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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 23:00

 

Fête-Dieu - B

 

Cette belle fête du Saint Sacrement est traditionnellement placée au jeudi après la fête de la Sainte Trinité, car c’est le Jeudi Saint que fut institué ce Sacrement de la Vie en même temps que celui du Sacerdoce. On y faisait autrefois une solennelle procession par les rues des villages et des villes, avec force concours de peuple, décorations, drapeaux, et pétales de fleurs. Mais comme en notre douce France chrétienne cette journée n’est plus chômée, l’Eglise la célèbre au dimanche suivant, pour qu’au moins elle soit célébrée avec quelque participation du Peuple chrétien.

 

Dans le livre de l’Exode, le chapitre 24 occupe une place centrale, comme conclusion de l’alliance instituée au Mont Sinaï, et comme prélude à l’organisation de culte au désert. Le récit que nous en lisons aujourd’hui montre les actes rituels de Moïse et du peuple au pied de la montagne, achèvement du contrat juridique et législatif, avant que Moïse, Aaron, Nadab et Abioud montent “vers le Seigneur”. C’est ensuite que Moïse s’approchera encore plus près de Dieu et en recevra toutes les instructions relative à l’Arche, aux prêtres, aux vêtements sacrés, et enfin les Tables de la Loi.

 

C’est un plaisir de lire ces pages de recommandations célestes, où Dieu décrit à Moïse en détail comment doit s’organiser le culte. Ici, Moïse commence par ériger un autel, avec “douze pierres pour les douze tribus d’Israël” : selon les grands exégètes (dont Philon, puis saint Augustin), c’est le peuple entier, représenté par ces douze pierres, qui est l’autel de Dieu et en même temps le temple où il habite, et dans ce sens-là s.Pierre écrira plus tard dans son épître : “Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce” (1Pt 2:5).

 

Moïse envoie ensuite les “jeunes gens” pour offrir des holocaustes ; ces jeunes gens sont choisis parce qu’ils sont encore vierges, purs, comme le veut Yahwé. Plus tard on verra que les prêtres, pour servir au Temple, devront vivre en totale continence avant d’aller officier. Encore une fois ici nous avons l’occasion de vérifier que le célibat ecclésiastique n’est pas une “récente invention” de l’Eglise, mais une tradition hautement attestée dès l’Ancien Testament. Les sacrifices offerts à ce moment-là ne sont pas encore les sacrifices pour les péchés, mais ce sont des holocaustes en l’honneur de Yahwé, des actions de grâces pour les dons reçus de Lui.

 

Ensuite intervient Moïse qui répand le sang en différents bassins, puis sur l’autel. Il préfigure le Sacrifice du Christ, l’effusion du Sang de l’Agneau innocent, dont il asperge ensuite tout le peuple. Puisque cet autel représente Yahwé, le symbole du sang aspergé sur le peuple montre l’union qui se fait alors entre Dieu et le peuple, par l’intermédiaire du médiateur, Moïse. Ainsi, commente la Lettre aux Hébreux, “La première alliance n’a pas été inaugurée sans effusion de sang… D’ailleurs selon la Loi, presque tout est purifié par le sang, et sans effusion de sang il n’y a point de rémission (He 9:18,22).

 

C’est justement ce même chapitre aux Hébreux qui est repris dans la deuxième lecture de cette grande fête.

 

Le psaume d’aujourd’hui, habituellement noté 115, parfois inclus dans le 116 en certaines versions, évoque ce sacrifice d’action de grâce. Il faut lire attentivement ces lignes du psaume, car nous n’y sommes pas assez habitués : soit on le perçoit comme un texte “mystique” incompréhensible, soit on écoute distraitement le psalmiste, sans se rendre compte que ces paroles sacrées ont été chantées par Jésus-Christ dans sa prière quotidienne, Lui qui en était précisément l’accomplissement vivant.

 

On pourra s’arrêter sur cette expression : “Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens”, qui semble évoquer une “souffrance” de Dieu au regard du sacrifice de Jésus, ou de tous les Martyrs de tous les temps. La souffrance appartient à Jésus, comme Chef du Corps Mystique de l’Eglise tout entière, à tous ses Martyrs et à tous les Fidèles, comme membres du même Corps Mystique ; selon le mot de s.Paul, ces membres achèvent en leur chair “ce qui manque aux épreuves du Christ”, non pas que le Sacrifice du Christ soit imparfait, mais chaque Chrétien doit participer personnellement au Sacrifice Éternel, par une part de souffrances qui sont son “sacrifice”. De même que Jésus a offert à Son Père un Sacrifice agréable, de même les Martyrs et tous les Fidèles ont la mission d’offrir à Dieu leurs sacrifices agréables à Ses yeux. 

 

Avec Louis Segond et d’autres, on pourra donc préférer cette autre traduction du verset en question : “Elle a du prix aux yeux de Yahwé, la mort de ceux qui l’aiment”. Dans la Vulgate (y compris la dernière édition Nova Vulgata) : “Pretiosa in conspectu Domini mors Sanctorum eius”.

 

Enfin, le texte de l’évangile est pris en saint Marc, car nous sommes dans l’année liturgique “B”, liée au deuxième évangile. Ici Jésus déclare ouvertement aux Apôtres que ce Sang est celui “de l’Alliance, répandu pour la multitude”. Quelques heures après, Jésus mourait sur la Croix, avant d’entrer dans la Gloire de l’Éternité, où il boit désormais non plus ce vin humain, mais où Il est l’éternel et souverain Prêtre de l’Alliance Nouvelle et Éternelle : ce sera le Festin éternel, celui des Noces éternelles, dans l’union définitive de l’Époux avec l’Épouse immaculée, l’Église, la Jérusalem céleste “belle, comme une jeune mariée parée pour son époux (Ap 21:2). 

 

Pour finir, un petit mot sur la Séquence “Lauda Sion” qu’on chante parfois après la deuxième lecture. C’est un texte tardif du célèbre dominicain s.Thomas d’Aquin (†1274), qu’il composa justement pour la Fête-Dieu nouvellement instituée. Cette belle poésie expose toute la doctrine de l’Eucharistie et du Sacrifice. La mélodie n’est pas vraiment grégorienne, mais s’en inspire suffisamment pour être encore appréciée des spécialistes. L’important ici est de chanter avec vigueur notre foi et notre action de grâces pour ce Don divin de l’Eucharistie.

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