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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 23:00

13.dimanche per annum

 

Une des questions les plus fondamentales que se pose l’homme dans son existence est celle-ci : Qu’est-ce que la mort ? Et une des difficultés métaphysiques est précisément celle-ci : Comment se fait-il qu’il faille mourir, alors que Dieu est l’Auteur de la Vie ? D’où vient donc la mort ? 

 

Oui, Dieu n’a pas fait la mort, répond ici le Livre de la Sagesse. La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon. Donc, en toute logique, le démon, prince des ténèbres et ennemi de Dieu, existait avant-même la création de l’homme.

 

Dans la Genèse, il est écrit que Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder (Gn 1:15) : le garder de quoi ? Très probablement de quelque présence non souhaitable, d’un ennemi. Or l’homme n’avait pas encore péché à ce moment-là, donc le Mal existait, la rébellion contre Dieu avait déjà eu lieu. On attribue cette rébellion à la révolte d’une partie des anges, ayant à leur tête Lucifer, “porteur de la lumière” par son intelligence extraordinaire.

 

On imagine la jalousie de ce prince des ténèbres, dans sa déchéance irréversible, en voyant la splendeur de la création, et en particulier cet être humain, Adam, créé à l’image de Dieu, dans un état de sainteté extraordinaire. Autant les Anges fidèles sont portés à aimer et à adorer Dieu, autant les anges déchus sont portés à haïr, à se révolter, à chercher par tous les moyens à emporter dans leur chute tous les autres êtres créés.

 

Toute notre existence est marquée par la présence de la mort, tous nous nous savons comme condamnés à mort dès lors que nous recevons la vie. En même temps, les croyants savent que, comme l’a dit sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, “ils ne meurent pas, ils entrent dans la Vie”, quittant ce monde pour l’autre, pour l’Eternité.

 

Il y a dans l’Apocalypse (ou Révélation) de Jean, un verset très significatif : Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection.  La seconde mort n’a point pouvoir sur ceux-là (Ap 20:6). La “première résurrection” advient après notre mort physique ; ceux qui seront alors dignes d’entrer au Royaume, seront pour toujours dans la Vie ; mais ceux qui auront refusé la Vérité dans leur vie, iront dans la Mort éternelle : c’est là la “seconde mort”.

 

Le chrétien doit être heureux de quitter ce monde rempli d’injustice et de péché, des œuvres que le Mal a apportées au milieu de la si belle et pure Création de Dieu. Notre fabuliste La Fontaine a bien touché du doigt ce que serait notre condition, si la mort n’existait pas : nous continuerions de vivre dans un monde d’imperfection et dans une perpétuelle désespérance. Cette première mort est donc un passage bien salutaire pour atteindre l’autre monde. 

 

Le psaume qui suit cette première lecture est le psaume 29 (et non 20, noté par erreur dans certains missels), qui est une prière d’action de grâces : Jean Cassien (IVe siècle) explique qu’il s’agit de l’action de grâces de Jésus à son Père, après la résurrection. Ce psaume est justement placé dans la prière de la Louange des Heures du Samedi Saint, lorsque désormais le Christ, libre de la mort, célèbre sa résurrection avec tous ceux qui l’attendaient, depuis Adam jusqu’au Bon Larron, à qui il disait la veille, sur la Croix : Aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis (Lc 23:43).

 

Notre récit évangélique parle aussi de la mort, mais ensuite de l’extraordinaire résurrection de la fille de Jaïre, interrompue par le récit d’un autre miracle, la guérison de cette femme atteinte de perte de sang, dans lequel beaucoup de détails valent la peine d’être relevés et commentés.

 

Jaïre n’est pas un païen, mais un chef de synagogue. On sait combien les Pharisiens ont été hostiles à l’enseignement de Jésus, au point que l’attitude de ce Jaïre est remarquable : contre les Pharisiens, il a le courage de demander une faveur à Jésus, et humblement se prosterne pour exprimer cette demande.

 

Il est très exceptionnel que le récit d’un miracle soit interrompu par celui d’un autre miracle, comme c’est le cas ici. Marc aurait très bien pu terminer le récit concernant Jaïre, puis ajouter quelque chose comme : “Pendant son déplacement, Jésus fit aussi cet autre miracle…” Non, Marc a tenu a maintenir dans son récit l’irruption de la guérison de cette femme, pour revenir ensuite à la résurrection de la petite fille de Jaïre : c’est que sans doute Jésus aura fait exprès de s’arrêter en chemin, laissant passer un peu de temps, pour pouvoir réellement ramener la petite morte à la vie, et ainsi annoncer déjà sa propre mort et sa résurrection.

 

Il faut noter combien est édifiante la conduite de cette femme si malheureuse : juste toucher le vêtement de Jésus ! Pas même lui parler, pas même le regarder en face ! Cette pauvre femme savait que, d’après la Loi, sa maladie la rendait “impure”, et fidèlement à la Loi elle se comportait comme une indigne, sans adresser la parole à Jésus, ni le regarder, osant seulement toucher le pan de son vêtement. Comme Jésus récompense l’humilité de cette femme ! Lui-même se tourne de façon qu’elle puisse le voir en face, Lui-même l’invite à s’exprimer ; on dirait, avant la lettre, le prêtre qui cherche à mettre à l’aise le pénitent ; en effet, dit Marc, elle lui dit toute la vérité, elle devait avoir beaucoup de remords cachés, et voulait en quelque sorte, se confesser. Sa sincérité et son humilité sont récompensées : Ta foi t’a sauvée, lui dit Jésus.

 

Entre temps, la petite fille est morte ; Jésus rassure son papa : Ne crains pas ! Une parole pleine de paix qu’on trouve tant de fois dans l’Evangile, tout particulièrement lors des apparitions après la Résurrection. On pourrait dire que Jaïre est le premier témoin de la Résurrection. Puis Jésus ne garde avec lui que Pierre, Jacques et Jean, ceux-là mêmes qui seront témoins de la Transfiguration et de l’Agonie à Gethsémani. Plus tard, Pierre aura raconté ce que Jésus dit à cette petite fille, et son disciple Marc l’a transcrit fidèlement ici, dans la langue-même de Jésus,  en araméen : Talitha koum !

 

Stupéfiante, cette recommandation de Jésus que personne ne le sache : comment taire un fait aussi exceptionnel ? Jésus aime la discrétion, la vraie conversion, celle du cœur, et non la publicité. Comme nous sommes loin ici de toute la presse qui inonde nos kiosques et maintenant aussi Internet ! Comme il est urgent que les Chrétiens s’efforcent d’utiliser ces moyens de communications pour le bien, pour la Charité, et non pour le bavardage et l’indiscrétion.

 

Enfin, Jésus demande de donner à manger à la petite fille, de la même façon qu’après sa résurrection, il mangera devant ses Apôtres stupéfaits, pour leur démontrer qu’il était bien vivant, et pas un fantôme qui ne peut pas manger (Lc 24:37-43).

 

Sans lien direct avec ce qui précède, nous poursuivons aujourd’hui la lecture de l’épître aux Corinthiens, où Paul invite ces derniers à être généreux envers leurs frères plus pauvres de Jérusalem, à l’image de Christ qui s’est humilié  jusqu’à la mort pour nous “enrichir” de la vie.

 

En clair, Paul fait la quête aux Chrétiens de Corinthe en faveur de ceux de Jérusalem. A nous qui sommes sollicités sans cesse par courrier ou par téléphone, qui voyons à la télévision des manifestations généreuses pour telle ou telle œuvre, le fait que Paul sollicite la charité des Corinthiens ne nous étonne pas beaucoup, mais mettons-nous en pensée dans l’ambiance du premier siècle : on connaît dans l’antiquité la démarche des Athéniens qui vinrent un jour demander aux Spartiates du blé, car ils avaient faim, mais le fait était vraiment insolite en ces temps-là ; des mendiants aux coins des rues, il y en avait de toute évidence, et Jésus l’avait dit à ses Apôtres : Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous (Jn 12:8). Mais ici non seulement Paul organise une collecte pour toute une communauté, mais en plus il s’engage, pour ainsi dire, à en assumer le transfert jusqu’à destination : Corinthe-Jérusalem, ce n’était pas un voyage de vingt-quatre heures ; le bateau pouvait être pris d’assaut par des pirates, ou simplement faire naufrage… Cette démarche de Paul est extrêmement novatrice et courageuse. On voit ici aussi l’Esprit Saint à l’œuvre, qui suscite dans le cœur des Apôtres des initiatives charitables et efficaces, montrant ainsi au monde romain la vie active et fraternelle de cette Eglise naissante.

 

A notre tour, soyons toujours sur la brèche. Ne nous laissons pas gagner par l’assoupissement spirituel, par l’indifférence. La prière du jour vient ici à point nommé : Ne permets pas que l’erreur nous plonge dans la nuit, mais accorde-nous d’être toujours rayonnants de ta vérité.  Et encore, après la Communion :“Reliés à toi par une charité qui ne passera jamais, nous porterons des fruits qui demeurent.

 

Oui, Amen : vivons toujours dans la Charité. 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 23:00

 

Saints Pierre et Paul

 

La liturgie donne la préséance à la solennité des saints Pierre et Paul, lorsque celle-ci tombe un dimanche après la Fête-Dieu.

 

Saint Pierre : le prince des apôtres. Saint Paul : l’apôtre des nations.

 

Dans les Actes des Apôtres, il est question d’Hérode. Il ne s’agit pas d’Hérode Ier qui fit massacrer les Saints Innocents à la naissance de Jésus, ni d’Hérode Antipas qui fit décapiter Jean-Baptiste peu avant la mort de Jésus-Christ, mais d’Hérode Agrippa, petit-fils du premier.

 

Hérode Agrippa fait décapiter s.Jacques (le Majeur), premier évêque à Jérusalem, mesure “bien vue des Juifs” qui, on le voit, dix ans environ après le sacrifice de Jésus, s’obstinent dans leur aveuglement. Mais pas tous : un témoignage de Clément d’Alexandrie (IIe siècle) raconte que le gardien de Jacques fut saisi de son courage et lui demanda pardon, et Jacques de lui répondre “La paix soit avec toi”, en l’embrassant. C’est ce même Jacques qui selon certaines traditions concordantes, aurait eu le temps d’évangéliser l’Espagne avant de revenir en Palestine et serait ainsi à l’origine du pèlerinage de Compostelle.

 

Ajoutant à sa perfidie, Hérode s’en prend maintenant à s.Pierre, car ce dernier est encore à Jérusalem (nous sommes dans les premières années 40) et le fait enfermer. Mais l’heure de Dieu n’est pas arrivée et tandis que “l’Eglise priait pour (Pierre) devant Dieu avec insistance”, le chef de l’Eglise est miraculeusement délivré et rendu à la communauté. Saint Pierre sera encore à Jérusalem vers 49-50, au moment du premier concile et successivement installera son ministère à Rome, où il sera martyrisé vers 64 ou 67. On le sait, c’est lui qui demanda à être crucifié la tête en bas, trop humble pour oser recevoir la même mort que son Maître.

 

Saint Paul, l’apôtre des Nations, voyagea beaucoup, depuis sa conversion à Damas ; toute l’Asie mineure (l’actuelle Turquie) reçut la Bonne Nouvelle de sa bouche, puis la Grèce, puis probablement aussi l’Espagne et le sud de la Gaule, avant qu’il rejoigne la communauté romaine, où il sera à son tour décapité (67). Sa deuxième épître à Timothée, brève, intense, est comme son testament ; il y apparaît lucide, très fatigué, il sait qu’il va au-devant du martyre, et montre sa compréhensible affliction pour ceux qui l’ont abandonné, mais il reste plein de confiance envers Dieu. Malgré toutes ses peines, il chante à Dieu : A lui la gloire pour les siècles des siècles.

 

On lira avec attention ces expressions de Paul : Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle, je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur. Paul ne se vante pas de lui-même, il ne se dit pas à l’abri de quelque faute, de quelque erreur ; simplement, il a tout fait pour rester fidèle à l’appel de Dieu. En cela réside la sainteté : être fidèle quoi qu’il arrive, persévérer malgré tous les obstacles, continuer la marche malgré toutes nos chutes, fidèles à notre divin Maître qui, sur le chemin du Calvaire, se relevait après chaque chute pour grimper jusqu’au bout de la montée : montée vers la mort, mais vers la résurrection surtout.

 

C’est cette confiance totale que chante le psaume 33 : Je bénirai le Seigneur en tout temps… Je cherche le Seigneur, il me répond… Le Seigneur (me) sauve de toutes (mes) angoisses… Le Seigneur est bon ; heureux qui trouve en lui son refuge.

 

En 1967-1968, le pape Paul VI avait proclamé l’Année de la Foi, pour célébrer le dix-neuvième centenaire du martyre des saints Pierre et Paul. L’année 2008 fut à son tour célébrée en l’honneur de saint Paul, pour le deuxième millénaire de la naissance de l’Apôtre. A cette occasion, les chrétiens étaient invités à s’associer aux célébrations romaines, particulièrement en la basilique “Saint-Paul-hors-les-murs”, construite non loin du lieu où saint Paul fut décapité : la petite église qui y avait été construite abrite les “Trois Fontaines” qui auraient jailli là où retomba sa tête.

 

Que demanderons-nous à Dieu, par l’intercession de saint Paul ? Des grâces; beaucoup de grâces ; en tout premier lieu la grâce de la fidélité : la Nouvelle Evangélisation a besoin de chacun de nous, où qu’il soit et quoi qu’il fasse ; notre devoir de chrétiens fidèles est de consacrer toutes nos actions, toutes nos prières, tous nos efforts, pour être fidèles à notre vocation, pour être, ou devenir, ou re-devenir des “pierres vivantes” de l’Eglise, du Corps Mystique de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres ; en second lieu, nous demanderons aussi de nous garder dans le droit chemin de la Vérité, à lui qui est le Docteur des Nations, gardien de la Doctrine qu’il a si savamment exposée et enseignée.

 

Saint-Pierre, chef des apôtres, garde-nous dans la foi en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité.

 

Saint-Paul, apôtre des nations, aide-nous à être fidèles dans l’apostolat quotidien, jusqu’à la mort. 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 23:00

 

Saint Jean-Baptiste

 

 

La naissance de saint Jean Baptiste est un événement que l'Eglise fête comme une solennité : lorsque celle-ci tombe un dimanche "ordinaire" après la Fête-Dieu, on la célèbre de préférence au dimanche (c'était le cas en 2007). 

 

Jean Baptiste est le seul Saint, à part Marie, dont l'Eglise fête et la naissance et la mort, celle-ci le 29 août. Il tient en effet un rôle très important dans l'Histoire du Salut, car sa vie et son message sont intimement liés à ceux du Christ. 

 

L'Eglise fête cette naissance le 24 juin, juste trois mois après l'Annonciation, quand l'Ange avait annoncé à Marie que Elisabeth en était "à son sixième mois", et Jésus naîtra six mois après, le 25 décembre. Rappelons aussi que la fête de la Visitation a été ramenée au 31 mai, pour être fêtée justement entre l'Annonciation et la naissance de Jean.

 

Comme celle de Jésus, la naissance de Jean tient du miracle. La particularité des parents de Jean est qu'ils sont âgés, ils étaient tristes, voire mortifiés (Luc 1,25) de n'avoir point d'enfants. Cette situation reflète la "vieillesse" de l'Ancien Testament qui ne pouvait plus produire de fruit, et qui attendait ardemment la "nouveauté" du Sauveur.

Marie avait posé une question à l'Ange : "Comment cela adviendra-t-il ?", un peu dans le sens de : Je suis toute disponible, mais comment faire ? ; Zacharie aussi a posé une question, mais avec doute : Ma femme et moi, on est trop vieux, c'est impossible ! Marie s'ouvre totalement à Dieu, elle qui dira à Cana : "Tout ce qu'il vous dira, faites-le". Zacharie est plus rationnel, et son petit raisonnement l'empêche de s'ouvrir à la lumière divine.  Là aussi, il figure le "vieux" Testament qui ne peut plus parler, dont l'enseignement est muet, dans l'attente du Verbe.

 

Comme l'avait dit l'ange, l'enfant fut rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère (Luc 1,15) : il tressaillira en effet en la présence de Marie, inspirant à sa mère ces mots que nous répétons chaque jour : "Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de ton sein est béni" (Luc 1,42).

 

Grande joie à la naissance de Jean ! Zacharie retrouve la parole : par ce signe Dieu montrait que Jean était né pour annoncer la venue du Verbe. Cet enfant reçoit un nom "nouveau", que personne ne portait dans sa famille.

 

L'Evangile est très sobre sur l'enfance de Jean. "Il demeura dans les solitudes" (Luc 1,80) ; il se prépare à sa mission dans le silence du désert, comme Jésus avant sa vie publique, mais peut-être bien que Zacharie et Elisabeth cachèrent très tôt leur enfant, sinon il aurait été rejoint par la fureur d'Hérode lors du massacre des saints Innocents.

 

Jean, ensuite, a prêché, invité à la conversion, s'efforçant de "secouer" la foule : "Produisez donc des fruits dignes du repentir" (Luc 3,8) ; "Celui qui a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas, et celui qui a de quoi manger, de même" (Luc 3,11) ; "N'exigez rien au-delà de ce qui vous est fixé" (ibid, v.13) ; "Ne molestez personne… contentez-vous de votre solde" (ibid, v.14).

 

Préfigurant le Christ et la vie consacrée, Jean a vécu dans le don total de sa personne à Dieu, dans la chasteté parfaite, chose exceptionnelle à cette époque. Et son message annonçait celui que Jésus allait proclamer : conversion, générosité, miséricorde, pauvreté joyeuse, humilité.

 

Comme il était humble, Jean ! Il aurait très bien pu céder à quelque sentiment de vanité en voyant toute la foule qui l'écoutait, mais il resta très effacé : "Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales (Luc 3,16)".

 

Jean a fait plus encore. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle "Précurseur", au sens propre de "qui court devant (pour annoncer)" : il a voulu témoigner jusqu'au bout de la Vérité, sans craindre d'élever des reproches à Hérode pour sa conduite ; il versa son sang pour la Vérité.

 

Charnière entre l'Ancien Testament et le Nouveau, dernier des prophètes et premier témoin du Christ, Jean a été le premier à dire : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" ; on pourrait dire ainsi qu'il fut le premier prêtre de la nouvelle Alliance, non pas sacramentellement, mais par son message, son exemple, son attitude, en un mot par toute sa vie.

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 23:00

 

Cœur Immaculé de Marie

 

 

 

Le Christ avait un jour lancé cet appel (Lc 12:49) : C’est un feu que je suis venu répandre sur terre, et quelle est ma volonté ? S’il avait déjà été allumé ! (1) 

Quel cœur humain a-t-il plus été embrasé d’amour que celui de la Mère de Jésus, Marie Immaculée ?

 

Si l’on peut dire que l’appel de Jésus-Christ était une invitation à l’Amour, on peut dire en même temps que Marie est celle qui répondit le mieux et le plus complètement à cet Amour, par son adhésion totale, inconditionnelle, à l’appel de son Fils.

 

Nous fêtions hier la fête du Cœur Sacré et nous écoutions son appel. Nous fêtons aujourd’hui la réponse à cet appel, la réponse la plus sainte, la plus pure, la plus aimante, celle du Cœur Immaculé de Marie.

 

Le Cœur immaculé de Marie, symbole de sainteté, d’amour de Dieu et du Christ, de bonté envers les hommes sauvés par le divin Sacrifice, nous aidera à nous modeler sur le Cœur de Jésus.

 

La lecture de cette fête nous fait chanter avec Marie la joie qu’Isaïe exprimait pour le peuple d’Israël revenu à son Seigneur. Le nouvel Israël est l’épouse mystique et pure de Dieu ; c’est toute l’Eglise qui est annoncée ici, l’Epouse de l’Agneau, comme Marie est l’épouse mystique de l’Esprit Saint, par Lequel elle enfanta Jésus.

 

Le chant de méditation est le cantique d’Anne, la mère du petit Samuel, qui rend grâce à Dieu pour le don de la maternité. C’est de ce chant, bien connu de Marie, que celle-ci s’inspira lorsqu’elle improvisa son Magnificat.

 

L’évangile de l’Enfant-Jésus retrouvé au Temple a été lu au lendemain de Noël, lors de la fête de la Sainte Famille (année C). Cet épisode douloureux pour les parents de Jésus s’achève par cette remarque de l’évangéliste Luc : Sa mère conservait toutes (ses) paroles dans son cœur (Lc 2:40).

 

Comme il avait déjà été bien éprouvé, ce cœur de Marie ! La naissance dans l’étable froide, la fuite en Égypte, et maintenant trois jours d’angoisse avant de retrouver son Fils ! Quelle maman aurait conservé la paix de l’âme dans ces épreuves ? 

 

Or, voilà la sainteté de Marie : elle accepte généreusement les épreuves, sans se plaindre, sans se départir de sa mission. Elle est fidèle. Marie a répondu Fiat au moment de l’annonciation ; ce Fiat continue dans les épreuves, dans l’accompagnement de Jésus sur sa route, jusqu’au Golgotha.

 

Autrefois, cette fête du Cœur Immaculé de Marie avait été mise au jour octave de l’Assomption, au moment où Marie se trouvait pleinement unie au Christ glorifié. Mais cette fête a trouvé sa juste place maintenant au lendemain de la fête du Sacré-Cœur, en signe de la réponse totale de Marie à son Fils divin.

 

Avec Marie, répondons généreusement à l’appel de Jésus, et n’hésitons pas à nous accrocher à Elle pour être conduits plus sûrement à la Vérité et à la Sainteté. 

 

(1)  D’après le texte de la Nova Vulgata, éditions 1979-1986.

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 23:00

 

Sacré-Cœur

 

Il a déjà été dit (Année A) que cette solennité du Sacré-Cœur englobait tout le Mystère de la vie et de la mission salvifique de Jésus-Christ, depuis l’Incarnation jusqu’à la Passion et l’Eucharistie. De grands hérauts ont proclamé l’amour de Jésus dans et par Son Sacré-Cœur, à travers tous les âges.

 

Huit siècles avant Jésus-Christ déjà le Prophète Osée proclamait son message en Israël, sous une forme vraiment frappante : Dieu lui demande d’épouser une femme prostituée, pour montrer qu’Israël, l’épouse de Dieu, s’est éloignée de Lui et s’est prostituée vers le mal. Ses enfants auront symboliquement nom “Mal-aimée” et “Pas-mon-peuple”, pour montrer combien Dieu ne reconnaît plus ses enfants.

 

En même temps que Dieu reproche à Israël son infidélité, Il l’appelle à la conversion car Son amour demeure : “J’aimerai la Non-aimée, et à “Pas-mon-Peuple” je dirai “Tu es mon peuple”, et lui, dira “Mon Dieu” (Os 2:25). Ainsi continue le message d’Osée, assez bref et facile à lire. Faisons même l’effort de le lire dans son intégralité (il ne comporte qu’une dizaine de pages) et nous parviendrons à cette conclusion pleine d’espérance du Prophète : “Je guérirai leur infidélité, je les aimerai de bon cœur ; car ma colère s’est détournée d’eux (Os 13:5).

 

On le constatera, cette prophétie est toute une histoire d’Amour ; maintenant, le texte de méditation nous en donne un autre aperçu.

 

Ici, c’est Isaïe, qui nous invite à chanter notre Dieu, à Le remercier pour “ses hauts faits” ; c’est qu’en effet, Dieu n’est pas éloigné de l’homme, comme on l’entend souvent dire dans les conversations : c’est l’homme qui s’éloigne de Dieu, qui L’oublie. Mais Dieu est là, au milieu de nous, l’Emmanuel, “le Saint d’Israël” qui a “fait des prodiges” par l’Incarnation et la Rédemption.

 

Saint Paul ensuite montre aux Ephésiens combien il est infiniment reconnaissant à Dieu pour Son “projet éternel”, qui s’est réalisé en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous. La reconnaissance de Paul se manifeste d’abord par son humilité à se dire “le dernier de tous les fidèles”, car il a le douloureux souvenir d’avoir persécuté l’Eglise du Christ ; et il “tombe à genoux devant le Père” qui nous a enrichis de la “puissance de l’Esprit pour rendre fort l’homme intérieur”.

 

En effet, pour donner vie à l’homme nouveau, il faut faire mourir notre vieil homme, ses habitudes, ses attachements au négatif. Ce n’est que par la mort qu’on retrouve la vie ; déjà au baptême, l’immersion dans l’eau symbolise le passage de la mort à la vie ; ensuite, dans la vie quotidienne, nous avons mille occasions possibles de faire “mourir” le vieil homme, en renonçant autant de fois que cela nous est possible, aux mauvaises habitudes, aux actes imparfaits et aux occasions-mêmes de commettre ces actes. Mais il y faut parfois - c’est vrai - un cruel effort, qui sera facilité en recourant à l’Amour de Jésus : plein de miséricorde, Jésus nous enveloppe de force et de persévérance pour correspondre mieux à tout ce qu’Il a fait pour nous dans la Rédemption. C’est cette force dont parle Paul dans l’épître.

 

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus voudrait nous aider à comprendre un peu mieux ce don immense de l’Amour de Dieu en la personne de son Fils, pour introduire les hommes dans une vie toute nouvelle, dans la vie du Ressuscité.

 

On peut dire que l’évangéliste Jean fut le premier héraut du Sacré-Cœur, lui qui parle du douloureux coup de lance au côté de Jésus, d’où il sort du sang et de l’eau. Ce sera notre évangile d’aujourd’hui. Cet extrait est connu, nous le lisons le Vendredi Saint ; il y faut expliquer un détail parfois mal compris. 

 

Pourquoi briser les jambes des condamnés ? Si l’on se contentait de fixer en croix les condamnés, le supplice serait très rapide, car ils mourraient comme asphyxiés, le poids du corps les empêchant de respirer. Pour faire durer le supplice, on disposait un tout petit support sous les pieds et/ou sous le périnée, de sorte que les malheureux condamnés pouvaient respirer un peu plus longtemps - et souffrir davantage dans cette position écartelée. Quand enfin on voulait en finir, on ne prenait pas le temps de détacher les pieds de la croix : on brisait les jambes, dans un raffinement de cruelle douleur. Les deux larrons du Golgotha eurent ainsi les jambes brisées, et rendirent l’esprit en un instant. 

 

Mystérieusement, le soldat présent eut l’idée de transpercer le côté de Jésus qui avait déjà versé tant de sang. Jean précise qu’en effet, il est prescrit de ne pas briser les os de l’agneau du sacrifice, figure du vrai Agneau, Jésus (Ex 12:46). De nombreux Pères de l’Eglise ont vu dans l’eau le symbole du baptême, dans le sang celui de l’eucharistie et dans ces deux sacrements le signe de l’Eglise, nouvelle Eve naissant du côté du nouvel Adam. On se rappellera en effet que Dieu (Gn 2:21-23) “fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahwé façonna la femme”.

 

Une tradition “parallèle”, c’est-à-dire non officielle mais comportant plus d’un détail historique avéré, rapporte que ce soldat - Cassius, appelé ensuite Longin - était un jeune officier de vingt-cinq ans, dont on se moquait souvent car il louchait. Or, au moment où il ouvrit le côté du Christ, le sang et l’eau inondèrent sa face, guérissant extérieurement son strabisme, et intérieurement son âme. Il se mit à louer Dieu, et ce militaire souvent prétentieux et hautain devint désormais humble et modeste. Ce qui fit aussi se convertir les autres soldats présents. Saint Longin mourur martyr à Césarée de Cappadoce et sa fête est au 16 octobre.

 

Pour susciter à ceux qui le voudraient, quelques idées de bonne lecture à propos du Sacré-Cœur, on mentionnera ici en guise de conclusion, d’autres “Mystiques” de l’histoire de l’Eglise, dont on retrouvera aisément diverses informations soit sur ce Blog, soit sur Internet.

 

Il y eut, parmi tant d’autres, sainte Gertrude (†1302), sainte Catherine de Sienne (†1380), saint Jean Eudes (†1680), sainte Marguerite-Marie Alacoque (†1690) ; plus près de nous, la sainte Maria Faustyna Kowalska (†1938), qui fut à l’origine de la fête de la Miséricorde divine (deuxième dimanche de Pâques), la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa (†1955), outre d’autres âmes peu connues comme Cecilia Baji en Italie (XVII), l’espagnole Sœur Josefa Menéndez qui vivait à Poitiers (†1923), Madame Royer en France (†1924), et récemment encore Claire Ferchaud (†1972).

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 23:00

 

Fête-Dieu - B

 

Cette belle fête du Saint Sacrement est traditionnellement placée au jeudi après la fête de la Sainte Trinité, car c’est le Jeudi Saint que fut institué ce Sacrement de la Vie en même temps que celui du Sacerdoce. On y faisait autrefois une solennelle procession par les rues des villages et des villes, avec force concours de peuple, décorations, drapeaux, et pétales de fleurs. Mais comme en notre douce France chrétienne cette journée n’est plus chômée, l’Eglise la célèbre au dimanche suivant, pour qu’au moins elle soit célébrée avec quelque participation du Peuple chrétien.

 

Dans le livre de l’Exode, le chapitre 24 occupe une place centrale, comme conclusion de l’alliance instituée au Mont Sinaï, et comme prélude à l’organisation de culte au désert. Le récit que nous en lisons aujourd’hui montre les actes rituels de Moïse et du peuple au pied de la montagne, achèvement du contrat juridique et législatif, avant que Moïse, Aaron, Nadab et Abioud montent “vers le Seigneur”. C’est ensuite que Moïse s’approchera encore plus près de Dieu et en recevra toutes les instructions relative à l’Arche, aux prêtres, aux vêtements sacrés, et enfin les Tables de la Loi.

 

C’est un plaisir de lire ces pages de recommandations célestes, où Dieu décrit à Moïse en détail comment doit s’organiser le culte. Ici, Moïse commence par ériger un autel, avec “douze pierres pour les douze tribus d’Israël” : selon les grands exégètes (dont Philon, puis saint Augustin), c’est le peuple entier, représenté par ces douze pierres, qui est l’autel de Dieu et en même temps le temple où il habite, et dans ce sens-là s.Pierre écrira plus tard dans son épître : “Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce” (1Pt 2:5).

 

Moïse envoie ensuite les “jeunes gens” pour offrir des holocaustes ; ces jeunes gens sont choisis parce qu’ils sont encore vierges, purs, comme le veut Yahwé. Plus tard on verra que les prêtres, pour servir au Temple, devront vivre en totale continence avant d’aller officier. Encore une fois ici nous avons l’occasion de vérifier que le célibat ecclésiastique n’est pas une “récente invention” de l’Eglise, mais une tradition hautement attestée dès l’Ancien Testament. Les sacrifices offerts à ce moment-là ne sont pas encore les sacrifices pour les péchés, mais ce sont des holocaustes en l’honneur de Yahwé, des actions de grâces pour les dons reçus de Lui.

 

Ensuite intervient Moïse qui répand le sang en différents bassins, puis sur l’autel. Il préfigure le Sacrifice du Christ, l’effusion du Sang de l’Agneau innocent, dont il asperge ensuite tout le peuple. Puisque cet autel représente Yahwé, le symbole du sang aspergé sur le peuple montre l’union qui se fait alors entre Dieu et le peuple, par l’intermédiaire du médiateur, Moïse. Ainsi, commente la Lettre aux Hébreux, “La première alliance n’a pas été inaugurée sans effusion de sang… D’ailleurs selon la Loi, presque tout est purifié par le sang, et sans effusion de sang il n’y a point de rémission (He 9:18,22).

 

C’est justement ce même chapitre aux Hébreux qui est repris dans la deuxième lecture de cette grande fête.

 

Le psaume d’aujourd’hui, habituellement noté 115, parfois inclus dans le 116 en certaines versions, évoque ce sacrifice d’action de grâce. Il faut lire attentivement ces lignes du psaume, car nous n’y sommes pas assez habitués : soit on le perçoit comme un texte “mystique” incompréhensible, soit on écoute distraitement le psalmiste, sans se rendre compte que ces paroles sacrées ont été chantées par Jésus-Christ dans sa prière quotidienne, Lui qui en était précisément l’accomplissement vivant.

 

On pourra s’arrêter sur cette expression : “Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens”, qui semble évoquer une “souffrance” de Dieu au regard du sacrifice de Jésus, ou de tous les Martyrs de tous les temps. La souffrance appartient à Jésus, comme Chef du Corps Mystique de l’Eglise tout entière, à tous ses Martyrs et à tous les Fidèles, comme membres du même Corps Mystique ; selon le mot de s.Paul, ces membres achèvent en leur chair “ce qui manque aux épreuves du Christ”, non pas que le Sacrifice du Christ soit imparfait, mais chaque Chrétien doit participer personnellement au Sacrifice Éternel, par une part de souffrances qui sont son “sacrifice”. De même que Jésus a offert à Son Père un Sacrifice agréable, de même les Martyrs et tous les Fidèles ont la mission d’offrir à Dieu leurs sacrifices agréables à Ses yeux. 

 

Avec Louis Segond et d’autres, on pourra donc préférer cette autre traduction du verset en question : “Elle a du prix aux yeux de Yahwé, la mort de ceux qui l’aiment”. Dans la Vulgate (y compris la dernière édition Nova Vulgata) : “Pretiosa in conspectu Domini mors Sanctorum eius”.

 

Enfin, le texte de l’évangile est pris en saint Marc, car nous sommes dans l’année liturgique “B”, liée au deuxième évangile. Ici Jésus déclare ouvertement aux Apôtres que ce Sang est celui “de l’Alliance, répandu pour la multitude”. Quelques heures après, Jésus mourait sur la Croix, avant d’entrer dans la Gloire de l’Éternité, où il boit désormais non plus ce vin humain, mais où Il est l’éternel et souverain Prêtre de l’Alliance Nouvelle et Éternelle : ce sera le Festin éternel, celui des Noces éternelles, dans l’union définitive de l’Époux avec l’Épouse immaculée, l’Église, la Jérusalem céleste “belle, comme une jeune mariée parée pour son époux (Ap 21:2). 

 

Pour finir, un petit mot sur la Séquence “Lauda Sion” qu’on chante parfois après la deuxième lecture. C’est un texte tardif du célèbre dominicain s.Thomas d’Aquin (†1274), qu’il composa justement pour la Fête-Dieu nouvellement instituée. Cette belle poésie expose toute la doctrine de l’Eucharistie et du Sacrifice. La mélodie n’est pas vraiment grégorienne, mais s’en inspire suffisamment pour être encore appréciée des spécialistes. L’important ici est de chanter avec vigueur notre foi et notre action de grâces pour ce Don divin de l’Eucharistie.

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 23:00

 

La Sainte Trinité

 

Si difficile à comprendre que soit le mystère de la Très Sainte Trinité, il  “est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne” (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 234).

 

Ce n’est pas parce qu’il est difficile à expliquer qu’on peut se permettre de s’en moquer, comme fit un de nos auteurs français du “siècle des lumières” (Montesquieu, Lettres Persanes). Ce n’est pas non plus parce qu’il est difficile à expliquer qu’il faut éviter d’en parler.

 

Apparemment, les textes d’aujourd’hui ne nous apportent pas beaucoup d’éléments pour avancer dans la compréhension de ce mystère, tant il est vrai que le mot “Trinité” ne s’y trouve jamais. D’ailleurs, ce mot apparaîtra seulement à partir du IIe siècle avec Tertullien, et ne s’imposera qu’avec l’illustre s.Athanase d’Alexandrie (IVe siècle, concile de Nicée en 325).

 

Mais la Sainte Ecriture contient tous les éléments sur lesquels s’est appuyée la doctrine de la Sainte Trinité, telle que l’Eglise l’enseigne depuis toujours, et que nous professons dans notre Credo. Il y a même beaucoup de textes bibliques qui annoncent cette divine Réalité. Lisons bien les textes de la fête d’aujourd’hui.

 

Dans le livre du Deutéronome, Moïse synthétise aux yeux de tout Israël leur longue marche de quarante années, en leur rappelant qu’en tous ces événements c’est le Dieu tout-puissant qui les guidait : Dieu-Père, comme “origine première de tout et autorité transcendante” et “bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants” (Catéchisme, 239).

 

C’est dans le même passage, un peu plus loin, que Moïse adresse à Israel le fameux “Shema”, qui est resté si cher à la piété juive, et que nous répétons chaque samedi soir à l’heure de Complies : 

 

“Ecoute, Israël ! Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent gravées dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout ; tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau ; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes” (Dt 6,4-9). Ce respect pour la Parole de Dieu exprime bien tout l’amour filial que Moïse et Israël doivent à Celui qui s’est montré leur Père en toute occasion.

 

Passons maintenant au psaume 32, dont nous lisons quelques versets. Ce psaume est toute une acclamation au Dieu vainqueur, au Dieu Créateur, Roi, Sauveur et Juge : 

 

La terre est remplie de son amour… 

Le Seigneur a fait les cieux… l’univers… 

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour… 

Le Seigneur est pour nous un appui, un bouclier…

 

Le texte latin de la  Vulgate écrit “miséricorde” pour “amour”, nous rappelant ainsi combien Dieu est “riche en miséricorde” (Eph 2:4), tant son amour est infini. Ainsi ces deux textes du Deutéronome et du Psaume nous montrent l’identité-même de Dieu : Père, Créateur, Amour, comme le redit s.Jean dans son épître : “Dieu est amour” (1Jn 4:16).

 

Quand Jésus commence sa prière sacerdotale au terme de la dernière Cène, son premier mot est celui par lequel un fils s’adresse à son père : “Père, l’heure est venue” (Jn 17:1), et quel fils pouvait le dire plus pleinement que le Fils de Dieu ? Mais ce n’est pas tout : Jésus a voulu que nous aussi, nous pussions nous adresser à Dieu avec ce même terme, dans la prière qu’Il nous a enseignée (“Notre Père…”), et en nous remplissant de l’Esprit d’Amour qui déjà l’unit à Son Père.

 

Voilà ce que maintenant s.Paul nous explique dans l’épître aux Romains : puisque nous avons reçu l’Esprit-même de Dieu, nous sommes unis à Dieu dans cet amour filial que Jésus a pour Son Père. A notre tour, nous pouvons “crier”, dit s.Paul : “Abba”, Père ! et même plutôt : Papa ! Quelle tendresse ! Quelle condescendance de notre Dieu !

 

Mais aussi, de notre part, quelle reconnaissance devons-nous éprouver en pensant à ce Dieu infiniment Père, à ce Père infiniment divin. Le seul Nom de Dieu doit susciter en nos cœurs des sentiments de profonde action de grâce, d’adoration, de respect, et surtout de désir de tout faire pour rester dans cet amour, dont nous pourrons jouir pleinement un jour, dans le face-à-face éternel de la Vie qui ne finit pas.

 

Sainte Thérèse d’Avila écrit que le seul fait de prononcer les deux mots “Notre Père” de la prière dominicale, la faisait ravir en extase.

 

Dans l’évangile enfin, Jésus invite Lui-même les Apôtres (et avec eux toute l’Eglise) à baptiser “au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit”. Notre Catéchisme nous le rappelle en effet : “Par la grâce du baptême, nous sommes appelés à partager la vie de la bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle” (265).

 

Le mystère trinitaire a suscité des volumes entiers de commentaires, chez les Pères de l’Eglise, principalement pour contrer les déviations de doctrine que certains penseurs trop audacieux s’étaient permis d’exprimer. Jusqu’à aujourd’hui ce mystère ne cesse d’alimenter la plume de beaucoup de théologiens, de religieux et religieuses, comme la bienheureuse Elisabeth de la Trinité (1880-1906). Jamais on n’arrivera à épuiser ce thème, cette divine Source qui ne cesse de couler abondamment. Chaque dimanche nous proclamons notre foi, avec le symbole de Nicée-Constantinople (325-381) qui nous fait redire ces vérités :

 

“Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; Il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire, Il a parlé par les prophètes.”

 

Même si nous ne comprenons pas totalement ces expressions, nous savons qu’elles sont inspirées, et qu’elles essaient de dire une Vérité divine que les mots humains n’arrivent pas à expliquer dans son essence profonde. 

 

Avec notre Foi, de tout notre cœur, faisons un beau et large Signe de Croix : 

 

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

 

Amen.

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3 juillet 15 3 03 /07 /juillet /15 23:00

Giovanni Becchetti

1350-1420

 

Voir la notice Pietro et Giovanni Becchetti

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3 juillet 15 3 03 /07 /juillet /15 23:00

Pietro et Giovanni Becchetti

1340-1421 et 1350-1420

 

Pietro et Giovanni Becchetti étaient cousins, appartenant à un rameau italien de la famille anglaise de s.Thomas Becket (v. 29 décembre), installée à Fabriano (Italie).

 

Pietro était né en 1340. Entré dès l’adolescence chez les Augustins, il s’y distingua par la sainteté de sa vie.

Après ses études à Padoue et après avoir reçu le doctorat à Pérouse, il se mit à prêcher avec enthousiasme.

En 1388, il fut nommé Visiteur pour le couvent de Rimini ; en 1389, Lecteur pour celui de Tolentino, et en 1391 pour celui de Venise.

En 1393, il fit le pèlerinage à Jérusalem. A son retour, il construisit avec son cousin un oratoire dédié au Saint-Sépulcre. Ensuite, il «disparaît» des annales ; seule, une lettre du Père général adressée à lui en 1421, laisse supposer qu’il était probablement encore en vie.

Il serait mort cette même année 1421.

Un miracle retentissant se produisit devant son tombeau lorsqu’un homme, poursuivi par son ennemi et mortellement frappé, se releva avec seulement un blessure superficielle à la tête.

 

Giovanni était né en 1350.

Il entra lui aussi au monastère des Augustins de Fabriano, où il fut remarqué pour son goût de la prière, de l’étude de l’Ecriture et de la Théologie.

Il connaissait à fond Platon et Aristote et fut surnommé par ses Confrères Aristotélicien ou Platonicien. Il composa un traité où il essayait de concilier les idées de Platon avec l’Ecriture.

Bachelier en théologie, il enseigna à Rimini en 1385 et, la même année, fut envoyé à Oxford, dont il revint auréolé du titre de Maître en Théologie. Il y fut également professeur pendant deux années, combattant par les idées mais aussi par la prière, les idées controversées de Wiclef.

En 1391, il était directeur des études à Pérouse. Il le fut peut-être aussi à Bologne.

Il accompagna probablement aussi son cousin Pietro dans son pèlerinage à Jérusalem.

En 1420, il était recteur à Fabriano, mais les documents de la période postérieure à cette date ont disparu.

On croit qu’il mourut en 1420.

 

 

Proches par le sang, les deux cousins furent encore plus proches dans l’amour de Dieu et dans le sacerdoce. Une même urne contient leurs reliques à Fabriano. Quand on voulut reconnaître leurs corps, à l’ouverture de la tombe, des roses blanches apparurent sur la branche d’aubépine qu’on y avait déposée au 15e siècle ; on en déduisit que les épines de leurs mortifications avaient produit les roses célestes. Ils furent honorés ensemble d’un culte, approuvé en 1835.

Ces deux Bienheureux sont maintenant commémorés ensemble le 2 juillet au Martyrologe.

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