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4e dimanche “per annum” - A

 

En ce 4e dimanche “per annum”, commence le long et magnifique Discours sur la Montagne. Les deux lectures vont nous y introduire.

 

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Sophonie prophétisait sept siècles avant le Christ, mais on pourrait croire qu’il venait d’entendre le Sermon sur la Montagne du Christ : il nous parle des humbles, de la justice. 

Le peuple petit et pauvre encore une fois doit s’entendre ici comme “doux et humble”. Les mots hébreux originaux n’étaient pas absolument interchangeables, mais se sont rapprochés dans les traductions grecque, puis latine, dans un contexte directement lié au langage du Christ. 

Le Reste d’Israël revêt pour nous un grand intérêt. Le Prophète explique en effet que seule une minorité de Justes ne commettra plus l’iniquité, renoncera au mensonge, pourra paître et se reposer sans être effrayé par personne.

D’abord, il nous vient souvent à l’esprit cette sorte de peur, de vertige, en constatant combien nous sommes minoritaires dans la société, et certains sont tentés de penser que “bientôt” le groupe des chrétiens pourrait disparaître.

D’un autre côté, nous nous lamentons souvent sur tous ceux qui nous déçoivent par leurs attitudes mensongères et leurs injustices ! Quelle tentation n’avons-nous pas de nous rebeller, de nous fâcher, de nous venger même. 

A ces deux “tentations” le Christ nous a répondu. D’une part, le “petit Reste” a toujours été ce “levain” biblique d’où est sortie la résurrection spirituelle d’Israël, soit après une période d’athéisme, soit après l’exil, soit après une persécution. C’est toujours cette petite minorité qui redonne l’espérance et ramène l’ordre perdu. D’autre part, l’agitation, qu’elle soit dans notre cœur ou dans la rue, n’a jamais conduit à de bonnes solutions. L’agitation ne vient pas du Christ. Nous chercherons sans doute souvent à nous justifier par le prétexte de ne pas nous “laisser manger”, mais là n’est pas l’enseignement du Maître Divin. Sinon, il aurait Lui-même été le premier à susciter un mouvement de révolte ; au contraire : Penses-tu que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? (Mt 26:53). 

Christ ne s’est jamais révolté.

 

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Il faudrait dire maintenant un mot sur le psaume 145, où l’on voit encore ici le Seigneur se mettre aux côtés des opprimés, des affamés, des prisonniers, des aveugles, des accablés, des justes, des étrangers, des veuves et des orphelins. Ici aussi une pensée de révolte pourrait envahir notre cœur, en pensant à tant de malheureux de notre monde : orphelins et veuves, victimes de la guerre, de l’injustice, des rapines, des vengeances, des épidémies, des catastrophes… Où donc est la main de Dieu ? Que fait ce “Seigneur tout puissant”, demandent beaucoup de gens. 

Il est très difficile d’entrer dans la “Providence” de Dieu. Pourquoi celui-ci est frappé, et pas celui-là ?

 

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On pourrait dire que c’est d’une telle “folie” que parle s.Paul dans l’extrait aux Corinthiens : Dieu a choisi ce qu’il y a de fou dans le monde pour couvrir de confusion les sages. Il rappelle que c’est Jésus Christ qui est notre Sagesse, notre Justice (encore une fois), notre sanctification, notre rédemption. Tentons quelques réflexions succinctes sur chacune de ces Béatitudes.

 

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Jésus monte sur la montagne, comme autrefois Moïse reçut la Loi de Dieu sur la montagne de l’Horeb. Moïse y reçut une Loi provisoire, dans l’attente du Messie ; aujourd’hui, le Verbe incarné nous donne de Lui-même Son enseignement. Aux préceptes de l’ancienne Loi, Jésus apporte la vie que donne l’amour de cette Loi. Il ne s’agit plus d’appliquer les articles de la Loi comme on respecte les articles du code de la route, il faut les vivre dans le plus profond de notre cœur, avec la joie intime d’être dans l’amour de Dieu.

1. Etre pauvre ne signifie pas simplement ne rien avoir. Etre pauvre selon Christ signifie : ne pas être attaché, ni aux choses, ni aux personnes, ni à soi-même, ni à la vie ; c’est savoir s’en remettre totalement à la volonté de Dieu. C’est le premier vœu que font les religieux. Mais ceux qui possèdent quelque chose, peuvent très bien être en même temps très pauvres, s’ils savent utiliser leurs biens au service des autres. L’ami de Jésus, Lazare, était fort riche, dit-on, et mettait sa fortune au service de Jésus et de ses amis.

2. Quand on s’est ainsi dépouillé, on éprouve souvent un grand sentiment de douceur envers tous et envers tout. Mais en même temps, Dieu donne une grande force intérieure : si je me suis libéré de la terre, celle-ci ne pourra plus m’abattre, parce que ma vie est ailleurs ; même conditionné par la terre, je n’en suis pas esclave. Dans le texte, Jésus dit précisément : “Heureux les doux, parce que ce sont eux qui possèderont la terre” ; ils en seront les maîtres, par leur force intérieure.

3. Le dépouillement est parfois un arrachement difficile ; mais il ne l’est plus quand on a compris quel gain spirituel on obtient en compensation. Le monde est tellement triste, avec ses guerres, ses orgueils, ses jalousies, ses ambitions, ses jeux. Il y a vraiment de quoi pleurer sur une société où les uns et les autres ne pensent pas (ou pas assez) à Dieu. A ceux qui pleurent ainsi, Dieu promet la consolation, “mais pour plus tard”, comme a dit la Vierge Marie à sainte Bernadette, la voyante de Lourdes.

4. La quatrième béatitude évoque la faim et la soif de la justice. Ius en latin, est le Droit. Le seul Juste est, par essence et par excellence, le Christ : Le juste fleurira comme le palmier (Ps 91,13). Avoir faim et soif de justice, c’est désirer ardemment l’Eucharistie où l’on reçoit le Corps et le Sang du Seigneur. Oui, ceux-là seront rassasiés, dit Jésus. 

5. Le vrai Juste sait être miséricordieux. Dieu nous juge parfaitement parce qu'Il nous connaît parfaitement. Sa justice est miséricordieuse. Pour exprimer un jugement qui soit le plus “juste” possible, il faut tenir compte de l’imperfection de chaque être ; savoir nuancer son propre jugement, c’est se montrer magnanime et miséricordieux, et c’est pourquoi Jésus s’adresse ici aux miséricordieux, leur promettant miséricorde pour eux aussi. Il le dira d’ailleurs quelques versets plus bas (Mt 6:14).

6. La béatitude des cœurs purs doit être comprise positivement. S’en tenir aux conseils de “ne pas” faire ou dire ou lire, n’est pas très instructif ni formateur. Il faut pouvoir parler de tout sans malice, sans fausseté, sans “double jeu”, avec simplicité et prudence, pour que tout soit dit selon la Vérité et avec la Charité. Chaque être a droit à la Vérité et à la Charité ; il ne faut pas les leur masquer. Pour être dans la Vérité et dans la Charité, il faut vivre en Christ avec ferveur, de sorte que, comme Christ, “nous verrons Dieu”.

7. Plus on avance dans la pratique des Béatitudes, plus on s’unit intimement avec Jésus Christ, jusqu’à s’identifier avec Lui. Précédemment on L’a reçu dans l’Eucharistie, maintenant Jésus promet aux artisans de paix d’être appelés fils de Dieu, ni plus ni moins, comme Lui-même est Fils de Dieu par nature. 

8. Cette ressemblance va s’accomplir encore plus ontologiquement lorsque, à la suite du Christ, les chrétiens seront persécutés pour la Justice. Il faudrait écrire Justice avec une majuscule, parce qu’elle représente pleinement le Fils de Dieu.

Après ces huit béatitudes, en arrive une neuvième où Jésus change de ton. Jusqu’ici Il a dit : Heureux tels et tels. Maintenant : Heureux êtes-vous, vous qui m’écoutez, vous qui lisez l’Evangile maintenant. Les Béatitudes ne concernent pas une espèce de gens inconnus, une race idéale, intouchable : elles nous concernent tous, et après avoir énoncé cette merveilleuse Charte, Jésus nous avertit de ne pas nous endormir sur notre pauvreté, notre douceur, notre justice, notre paix : il faudra être forts dans le combat, au milieu des contradictions, des persécutions, des insultes… Abondante (copiosa !) sera votre récompense dans les cieux. Réjouissez-vous donc alors. 

Nous fêtons ces jours-ci (le 21 janvier) sainte Agnès. Douze ans, l’âge de nos collégiennes de Sixième, à peine sorties de l’école primaire ! Ayant refusé de sacrifier aux idoles, elle devait être décapitée. Et comme le bourreau n’osait pas frapper cette jeune créature délicate, c’est elle qui le pressait. Même le juge était frappé de la joie qu’elle avait de quitter la terre pour rejoindre le Christ.

 

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A priori, tous les malheureux, tous les blessés, toutes les victimes, rejoignent les bienheureux des Béatitudes : les affligés qui seront consolés, les doux qui posséderont la terre, les affamés qui seront rassasiés, les persécutés qui seront grandement récompensés dans le Ciel.

Mais ajoutons aussi que beaucoup de maux de la terre viennent des hommes, et non pas de Dieu. Les guerres sont habituellement générées par l’orgueil et l’injustice des hommes. Les mensonges dont est truffée la vie sociale, viennent des hommes aussi : Dieu ne dit jamais de mensonges !

Il ne faut pas oublier que la souffrance “invisible” des uns l’emporte de beaucoup sur celle “visible” des autres.

La souffrance d’ici-bas, si grande, si injuste soit-elle, est pour un temps seulement. Nous savons que cette vie est brève, et que c’est l’éternité qui nous attend ensuite. Dans l’éternité, ceux qui auront souffert obtiendront leur récompense, et celle-ci sera d’autant plus grande que leur patience aura été persévérante maintenant. C’est la justice qui sera récompensée, la vérité, l’humilité. 

Cette patience n’est pas innée. Mais la grâce de Dieu ne fera jamais défaut à ceux qui la Lui demanderont. L’amour vrai de Dieu et du prochain nous aidera à surmonter beaucoup d’épreuves. Ainsi pouvons-nous demander, dans la Prière du jour, d’ adorer (Dieu) sans partage et d’avoir pour tout homme une vraie charité.

 

 

 

 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année A

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