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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 23:00

Géraud d’Aurillac

850-909

Le seigneur Géraud d'Aurillac et son épouse Adaltrude, probables parents des Carolingiens,  avaient dans leurs ascendants saint Césaire d’Arles et saint Yrieix (v. 27 et 25 août).
Dès avant la naissance de Géraud, son père avait vu en songe un grand arbre sortir de son pied droit ; peu de jours avant la naissance, les parents entendirent dans le sein de la mère la voix de leur enfant qui, plus tard, devait si souvent louer la Sainte Trinité.
Comme son père, Géraud était comte. Il apprit le métier des armes, la chasse, mais se révéla de santé médiocre ; il fut même un moment couvert de boutons qu’on ne parvenait pas à guérir ; Géraud se perfectionna intellectuellement : grammaire, musique, Ecriture, droit, au point qu’il étonnait les clercs qui passaient à la maison.
Il se trouva à la tête d’un immense domaine à la mort de ses parents, qu’il voulut administrer avec une sainte sagesse, dans un esprit évangélique.
Il songea bientôt à épouser une très jolie jeune fille qu’il avait rencontrée ; mais en voulant aller rendre visite à ses parents, il ne la reconnut pas, Dieu lui permettant de remarquer en elle des défauts inaperçus précédemment ; en «punition» de sa précipitation, Dieu le rendit aveugle pendant une année. Mais Géraud ne voulait pas laisser cette demoiselle et sa famille dans la nécessité : il accorda à la jeune fille une dot pour qu’elle pût se marier honorablement. Plus tard, le duc d’Aquitaine lui proposa sa fille, mais Géraud déclina l’offre pour conserver sa chasteté.
Géraud organisa sa vie sous le regard de Dieu : il vivait et s’habillait simplement ; il étudiait beaucoup ; il prenait comme serviteurs des laïques honnêtes ainsi que des clercs renommés, avec lesquels il priait chaque jour l’office divin et assistait à la messe ; il prenait un repas par jour, s’abstenait de viande trois fois par semaine, jeûnait souvent, entendait une bonne lecture avant et après le repas, dont il discutait ensuite avec son entourage.
Il se rendit sept fois en pèlerinage à Rome, distribuant sur son passage de larges aumônes à droite et à gauche, au point qu’on l’attendait là ou il passerait : le Mont-Joux, Aoste, Pavie, Plaisance, Lucques, Sutri…
Géraud administrait son domaine très sagement, mais aussi très efficacement, visiblement aidé par la grâce de Dieu. Un jour que ses subordonnés crurent qu’il les laisseraient piller ses terres, il essaya d’abord tous les moyens pacifiques pour les contraindre, en vain, et se décida à prendre les armes ; mais il ordonna à ses soldats de tenir leurs épées à l’envers : les hommes obéirent, à contre-cœur, comme on peut l’imaginer, mais remportèrent si vite la victoire, qu’ils comprirent que c’était Dieu qui combattait avec eux.
Le comte de Turenne se blessa lui-même avec son épée et rentra honteux. Le comte Adémar voulut le surprendre de nuit quand il dormait dans un pré, mais ne put le trouver ; Adémar occupa un de ses châteaux mais, quand il voulut attaquer Géraud, ses hommes crurent voir en face d’eux des tentes innombrables et se rendirent : Géraud les laissa partir. Le frère d’Adémar voulut prendre Aurillac tandis que Géraud assistait à la Messe : il ne put voler que sept chevaux et en perdit plus de soixante sur son retour, et mourut deux semaines plus tard, pendant qu’une tempête arrachait le toit de sa demeure.
Devant prendre les armes contre un petit seigneur brigand, un certain Arlaldus, Géraud réussit à s’en saisir sans le blesser et se contenta de lui dire : Tu n’es pas le plus fort, cesse de faire le mal ; je te relâche sans te demander ni otage, ni serment, ni réparation.
Le dimanche, Géraud présidait le plaid, assemblée de justice aux jugements sans appel ; s’il ne pouvait empêcher parfois une peine de mort, il n’hésitait pas à favoriser une évasion pour un délit mineur : il envoya deux malfaiteurs, condamnés à mort, chercher dans la forêt des lianes et leur ordonna de les rapporter pour se faire pendre ; ils ne revinrent jamais, d’autant plus qu’il n'y avait pas de lianes dans la forêt.
Frappé un jour de voir une pauvre paysanne pousser la charrue, parce que son mari était fort malade, il lui donna de quoi embaucher des domestiques pour l’aider ; rencontrant près de Rome un Berrichon malade et abandonné de ses compagnons de pèlerinage, il lui donna l’argent nécessaire pour se soigner et achever son voyage.
Géraud n’allait pas aux réunions bruyantes de seigneurs, préférant faire des pèlerinages aux tombeaux de saint Martial ou de saint Martin.
Toute sa vie fut ainsi une succession d’actes de générosité. Sa justice était véritablement évangélique. Il savait défendre son droit, mais aussi pardonner. Géraud ne chercha jamais à étendre son domaine, se contentant d’y faire régner la justice. Il pardonnait volontiers des injustices, des erreurs, des révoltes même.

Son grand désir aurait été de tout donner à l’Eglise et de devenir moine, mais l’évêque l’en dissuada. Géraud obtint tout de même d’être tonsuré comme les clercs, et ne se vêtit que comme eux.
Il faut rappeler ici que la tonsure de l’époque, comme on le voit sur toutes les miniatures, ne laissait sur la tête qu’une couronne de cheveux, rappelant ainsi la couronne d’épines du Christ ; c’était le signe de l’appartenance au clergé. Mais Géraud, d’une part, était déjà partiellement chauve, et de plus portait habituellement sa coiffe de comte, pour dissimuler discrètement cette tonsure. S’il devait paraître en public avec son épée, il la faisait porter devant lui pour ne pas la porter lui-même.
C’est Géraud qui est à l’origine de l’abbaye d’Aurillac (890 environ), qui grandit vite et fut consacrée en 962 ; elle obtint du roi un diplôme d’immunité daté 899, et fut donnée à Saint Pierre, de sorte qu’elle était absolument exempte de toute autorité laïque ou religieuse. Elle était dotée de revenus suffisants pour nourrir les moines. La première église s’écroula ; c’est la deuxième qui fut dédiée à saint Pierre. C’est là que fut formé un certain Gerbert, le futur pape Sylvestre II. L’abbaye fut saccagée par les Huguenots en 1569.
Il y eut beaucoup de miracles déjà du vivant du saint comte ; on savait que l’eau dont Géraud se lavait les mains, faisait des guérisons, d’un boîteux ici, d’un enfant aveugle là ; il semble que les miracles de Géraud aient intéressé particulièrement les aveugles, en France ou en Italie. Gêné par cette renommée, il cherchait à faire des miracles «en secret» (!), rien à faire, on criait même Saint Géraud, saint Géraud !
Géraud apprit mystérieusement en Italie qu’un ami moine était mort et fit prier pour lui ; on remarqua qu’en effet le moine était mort au moment où Géraud faisait prier pour lui.
Géraud perdit définitivement la vue pendant les sept dernières années de sa vie, et passa son temps à entendre de saintes lectures.
En septembre 909, Géraud dicta son testament, léguant la quasi totalité de ses domaines à l’abbaye d’Aurillac, rendant la liberté à cent serfs (le maximum fixé par la loi).
Il tomba malade à Saint-Cirgues (Lot), récita encore l’office le vendredi 13 octobre, dit encore Subvenite, sancti Dei (Venez, vous les saints de Dieu), et put recevoir l’Eucharistie.
Un clerc de Rodez eut la vision de saint Pierre, saint André, saint Paul et saint Martial, qui disaient : Il a pu faire le mal et ne l’a pas fait, et accompagnaient Géraud jusqu’au Ciel au chant du Te Deum. Sept années après cette pieuse mort, un clerc limousin demanda aux moines si le sarcophage continuait à s’élever ;  les moines furent bien surpris, en l’examinant, qu’il n’était plus enterré que jusqu’au couvercle, et que le prodige continuait encore.
Le comte Raymond de Toulouse s’obstinait à garder prisonnier le neveu de Géraud ; celui-ci apparut auprès du lit de Raymond et le menaça des pires châtiments : Raymond implora son pardon et relâcha le prisonnier.
Les miracles continuèrent après la mort de Géraud. Aurillac devint célèbre, les bâtiments insuffisants. Une nouvelle église fut consacrée en 962. De cette abbaye sortit un certain Gerbert, le futur pape Sylvestre II. Un des abbés fut Odon, plus tard abbé de Cluny, et auteur de la première biographie de Géraud.
En 1569, les calvinistes détruisirent entièrement l’abbaye, brûlant tous les parchemins, les archives, les meubles ; l’église fut reconstruite plusieurs fois.
Géraud reste un exemple exceptionnel de «sainteté laïque» : il n’était ni prêtre, ni ermite, encore moins martyr ; il fut un saint homme, au sens propre du mot.
Saint Géraud est le patron de la Haute Auvergne.
Son culte s’est vite répandu, d’abord dans l’ordre de Cluny, puis dans toute l’Eglise. La fête de saint Géraud est au 13 octobre.

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