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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 23:00

04 AOUT

 

I.

S Aristarque, évêque à Thessalonique, fidèle compagnon de s.Paul (cf. Ac 19:29, Col 4:10, Phil 24).

Ste Perpétue, pieuse femme romaine, baptisée par s.Pierre ; elle amena à la foi son époux et son fils.

III.

SS Iustinus et Crescentio, martyrs romains.

IV.

S Eleutherius, martyr à Tarse.

Ste Ia, martyre persane.

?

S Agabe, évêque à Vérone.

SS Epiphane et Isidore, martyrs (orientaux ?) vénérés à Besançon.

VI.

S Euphronius, évêque à Tours, de la famille de s.Grégoire de Langres ; il fit respecter les exemptions d'impôts de ses diocésains et reconstruire plusieurs églises détruites par le feu.

SS Pérégrin, Machorat et Viventien, frères, assassinés pour être venus rechercher dans le Maine leur sœur capturée après la bataille de Vouillé.

S Baumade, solitaire près de Tulle.

VII.

S Molua (Lugid), abbé en Irlande, auteur d'une règle très rigide, mais aussi plein de tendresse pour les hommes et les animaux : un oiselet se lamentait au moment de sa mort.

X.

S Onofrio, ermite à Catanzaro (Calabre).

XII.

S Raniero, camaldule, évêque à Cagli, à Split, martyrisé par des Slovènes qui occupaient illégalement un terrain appartenant à l'Eglise.

XIII.

Bse Cecilia Cesarini, compagne de la bse Diana d'Andalò, à Bologne ; c'est par elle qu'on connaît certains détails sur s.Dominique.

XVI.

B William Horne, chartreux anglais, martyr à Tyburn.

XIX.

S Jean-Marie Vianney, curé à Ars, patron des curés et, depuis 2009, de tous les prêtres.

XX.

B Frederick Jansoone (de Saint-Yves, 1838-1916), franciscain français, aumônier militaire en 1870 : il fonda un couvent à Bordeaux, travailla énormément en Terre Sainte (où il réussit aussi à rétablir la dévotion du Chemin de Croix dans Jérusalem, interdite depuis 1621), et au Canada ; béatifié en 1988.

Bx Martyrs espagnols de 1936 :

- béatifié en 1992 :

Hospitaliers : Gonzalo Gonzalo y Gonzalo (*1909), profès, à Madrid ;

- béatifiés en 2001 :

Salésiens : à Barcelone, le prêtre Josep Batalla Parramón (*1873) et les profès Josep Rabasa Betanachs et Gil Rodicio y Rodicio (*1862, 1888) ;

- béatifiés en 2013 :

Diocésains : près de Tarragona, Francesc Mercader Rendé et Josep Colom Alsina (*1881, 1906) ;

Frères Maristes : à Valencia, Joseph Sobraqués Glory (Luís Damián), Elías Garet Ventejo (Josep Ceferí), José Pampliega Santiago (Berardo José), Lucio Galerón Parte (Benedicto José) (*1891, 1905, 1912, 1912) ;

- béatifié en 2017 :

Laïcs : à Almería, Luis Quintas Durán (*1918) ;

- béatifiés en 2021 :

Diocésains : près de Cordoue, José López Cáceres (*1904) ;

Laïcs : près de Cordoue, Francisco Izquierdo Pérez (*1918).

B Józef Krzysztofik (Henryk, 1908-1942), capucin polonais, mort à Dachau, béatifié en 1999.

B Ioan Balăn (1880-1959), évêque gréco-catholique roumain, maltraité par le régime communiste, reconnu martyr et béatifié en 2019.

B Enrique Ángel Angelelli Carletti (1923-1976), évêque à La Rioja (Argentine), martyr, béatifié en 2019.

Aristarque

1er siècle

 

Cinq fois, dans le Nouveau Testament, se rencontre le nom de ce fidèle Aristarque, disciple et compagnon de saint Paul.

Dans les Actes des Apôtres, Aristarque se trouve à Ephèse, au cours de l’émeute qui se soulève contre saint Paul. Il y est dit qu’Aristarque est un Macédonien (Ac 19:29), de Thessalonique (Ac 20:4).

Plus tard, le même Aristarque accompagne Paul dans son voyage de captivité (Ac 27:2), et partage même cette captivité (Col 4:10 et Phm 24).

Qu’Aristarque ait été évêque à Thessalonique ou qu’il ait été décapité à Rome au même moment que saint Paul, tient d’une vraisemblance non accréditée historiquement.

Le Martyrologe fait mention de la fidélité d’Aristarque, et le place au 4 août.

 

 

Perpétue de Rome

1er siècle

 

Perpetua aurait été une Romaine, baptisée par saint Pierre.

Elle aurait servi l’Eglise fidèlement, en particulier en donnant une sépulture honorable aux corps des Martyrs.

Elle aurait amené à son tour son époux, Africanus, et son fils, Nazarius, à la foi chrétienne, d’après les Actes des Martyrs Nazaire et Celse, auxquels les historiens n’accordent pas une grande confiance.

Le Martyrologe faisait mention de Perpetua au 4 août, mais plus dans l’actuelle édition.

 

 

Iustus et Crescentio de Rome

† 3e siècle

 

Ces deux Martyrs reçurent la palme sur la Via Tiburtina, à Rome.

Iustus aurait eu le soin et le courage d’ensevelir dignement les corps des saints Xyste II, Laurent, Hippolyte (v. 6, 10 et 13 août) et d’autres encore.

Il semble qu’on ait renoncé à dire quelque chose de plus à leur sujet.

Saints Iustus et Crescentio de Rome sont commémorés le 4 août dans le Martyrologe Romain.

 

 

Eleutherios de Tarse

† 305

 

Eleutherios (le nom signifie libre) aurait été de rang sénatorial.

Il fut martyrisé à Tarse (Bithynie, auj. İçel, Turquie CS).

Ce fut vers 305.

Saint Eleutherios de Tarse est commémoré le 4 août dans le Martyrologe Romain.

 

 

Ia de Perse

† 362

 

Ia signifie violette. C’était une vierge chrétienne en Perse.

On pense placer son martyre vers 362, lorsque le roi perse Sapor II procéda au massacre de plusieurs milliers de chrétiens, qu’il considérait comme des alliés de Rome, et donc comme des espions.

Mais sur la vierge Ia particulièrement, on ne sait rien.

Sainte Ia de Perse est commémorée le 4 août dans le Martyrologe Romain.

 

 

Euphronius de Tours

503-573

 

Il ne faut pas confondre Euphronius de Tours et son homonyme d’Autun, qui vivait au siècle précédent (v. 3 août).

Celui d’aujourd’hui était d’une famille sénatoriale gallo-romaine, et parent de s.Grégoire de Langres (v. 4 janvier).

On croit pouvoir l’identifier avec un moine qui vécut quelques années dans le diocèse de Chartres, vers 533.

En 556, le roi Clotaire le désigna pour le siège épiscopal de Tours. Cet épiscopat allait durer dix-sept ans.

Euphronius montra son zèle surtout comme constructeur ou restaurateur. Un incendie détruisit la ville de Tours, dont il releva deux églises ; quand la basilique Saint-Martin fut aussi la proie des flammes au moment de guerres civiles, il s’employa à la relever et à la recouvrir d’un toit d’étain ; il fit élever la basilique Saint-Vincent et fonda les trois églises de Thuré, Céré et Orbigny. ; il bénit l’oratoire des saintes Maura et Britta (? v. 15 janvier) et un autre encore, élevé par son prédécesseur s.Senoch (v. 24 octobre).

Cet évêque participa aussi à plusieurs conciles, dont un à Tours en 567, au terme duquel les sept évêques présents envoyèrent une longue lettre à sainte Radegonde (v. 13 août) : ils lui faisaient parvenir les reliques de la vraie Croix.

Eufrone - comme on le nomme en français moderne - sut se faire entendre des grands de ce monde, exigeant d’eux de respecter les exemptions d’impôts accordées précédemment.

Il eut aussi le don de prophétie, ayant annoncé la mort du roi Charibert.

Il mourut en 573, fut en grande vénération, et canonisé au onzième siècle.

Saint Euphronius de Tours est commémoré le 4 août dans le Martyrologe Romain.

 

 

Onofrio de Catanzaro

† 995

 

On confond cet Onofrio avec celui du 12 juin, qui vivait en Thébaïde au 5e siècle.

Il y eut donc à Catanzaro (Calabre, Italie S) un ermite qui voulut prendre, effectivement, le nom de l’illustre ermite égyptien.

Né, dit-on, à Belforte (Catanzaro) de famille noble et aisée, il préféra la vie retirée et s’installa au pied d’une colline très escarpée, appelée localement chaos, en italien Cao, d’où le surnom de l’ermite : Onofrio du Cao.

Il aurait vécu fort longtemps, dans son petit abri perdu dans les rochers, jeûnant et faisant pénitence.

Des disciples se joignirent à lui, donnant naissance à un petit monastère ; la zone fut ainsi bonifiée par le travail de ces Religieux.

Onophrius mourut en 995. On s’est amusé à l’imaginer couvert de très longs cheveux, ce qui a donné lieu à quelques représentations iconograhiques presque amusantes.

Si le monastère a disparu, la localité qui s’y est développée s’appelle aujourd’hui Sant’Onofrio.

Saint Onofrio de Catanzaro est commémoré le 4 août dans le Martyrologe Romain.

Raniero de Split

† 1180

 

Comme on ne sait rien de lui jusqu’au moment de sa vie religieuse, on ne peut que présumer qu’il naquit au début du 12e siècle, peut-être dans la région centrale de l’Italie.

Raniero peut aussi avoir la forme de Rainerio.

Il entra au monastère camaldule de Fonte Avellana.

En 1156, il fut nommé évêque de Cagli. Durant son épiscopat, il célébra à Gubbio les solennelles obsèques de son grand ami, l’évêque Ubaldo († 1160). En 1162, il y eut une petite dispute entre un prieur de Gubbio et l’abbé de Cantiano, et c’est à Raniero qu’ils eurent recours pour arbitrer le différend.

A partir de 1170, les choses se compliquèrent, car la lutte entre guelfes (fidèles au pape) et gibelins (fidèles à l’empereur) se ralluma ; la majeure partie de la population s’était rangée du côté des gibelins, et se trouvait donc en face de son évêque, qui était évidemment «papiste», avec tout son clergé derrière lui. La situation était embrouillée. Le pape jugea opportun de déplacer l’évêque à Split, sur la côte dalmate.

Cette mesure ne dirima pas la situation de Cagli, qui connut des heurts pendant encore deux siècles. Mais à Split non plus, l’archevêque ne connut pas la paix.

Split (Spalato en italien) était métropole des diocèses locaux, et Raniero reçut donc du pape le pallium. Mais la ville faisait alors partie de l’empire byzantin et l’archevêque se déplaça à Constantinople pour saluer l’empereur Manuel Commène, dont il obtint quelques faveurs pour ses fidèles.

En 1177, il accompagna le pape à Zara, en vue de la rencontre avec Frédéric Barbarossa à Venise.

En 1178, il participe au 3e concile du Latran.

En 1179, Raniero fit un nouveau voyage à Constantinople, et reçut à cette occasion de l’empereur un magnifique étendard brodé d’or représentant saint Michel Archange.

Sur place, Raniero dut faire valoir ses droits sur les propriétés de l’Eglise et ce fut sa principale et douloureuse activité. Des terrains avaient été usurpés par des factions locales. Une de ces revendications fut à l’origine de son martyre.

En août 1180, Raniero se rendit à Serengene, où il voulait se faire restituer des terrains appartenants à l’Eglise de Split. Sur ce sujet, l’empereur ne se prononçait pas et l’archevêque devait agir. On l’avait prévenu du danger qu’il courait à s’y rendre, mais il considérait que son devoir était là, pour l’honneur de l’Eglise et de Dieu.

Arrivé au domaine contesté, il fut violemment pris à parti par une troupe déchaînée qui le menaça et, l’archevêque demeurant inébranlable, lui jetèrent une grêle de pierres et l’abandonnèrent au sol.

A l’endroit où Raniero tomba, aurait jailli une fontaine. Ce fut le 4 août 1180. Les fidèles et le clergé vinrent recueillir le corps du Martyr et l’ensevelirent solennellement.

Au 16e siècle, on parlait déjà de saint Raniero. En 1690, il fut proclamé co-patron de Split avec s. Domnio et son culte fut reconnu. En 1819, le culte fut également reconnu pour Cagli, enfin pacifiée, et s.Raniero en fut proclamé co-patron en 1981.

 

 

Cecilia Cesarini

† 1290

 

Cecilia était romaine et naquit au début du 13e siècle.

En réalité, beaucoup la relient à la famille Cesarini, sans en être absolument certains.

Elle fut religieuse dans le monastère Sainte-Marie in Tempulo et passa en 1221 à celui des Dominicaines de Saint-Sixte, qui s’ouvrait juste à ce moment.

En 1223 ou 1224, le pape envoya quelques-unes de ces moniales, dont Cecilia, au monastère Sainte-Agnès de Bologne, fondé depuis peu par Diana d’Andalò (v. 10 juin). Cecilia y fut prieure.

C’est elle qui, un peu plus tard, raconta les épisodes de la vie de saint Dominique (v. 6 août) dont elle avait été témoin oculaire.

Elle s’éteignit, nonagénaire, le 4 août 1290, en grande odeur de sainteté.

On pensa avoir retrouvé son corps, avec celui de Diana, dans une tombe qu’on ouvrit en 1510 pour procéder à la reconnaissance des reliques.

Leur culte a été confirmé en 1891 et Cecilia est inscrite au 4 août dans le Martyrologe Romain.

 

 

William Horne

? -1540

 

Frère convers chartreux anglais, vivant à la Chartreuse de Londres et dont on ne connaît rien d’autre que les circonstances de son martyre.

Le 29 mai, on envoya les moines chartreux à la prison de Newgate, où ils furent enchaînés debout, les mains liées derrière le dos à des pitons. On voulait les laisser mourir de faim dans cette position.

Une sainte femme, Margaret Clement (ou Giggs), se faisant passer pour une crémière, réussit à toucher le gardien et à pénétrer dans la prison avec un grand bidon à lait, plein de nourriture, qu’elle distribua aux moines chartreux.

Là-dessus, le roi voulut savoir s’ils étaient déjà morts : le geôlier prit peur et n’osa plus laisser entrer Margaret, mais lui permit de passer sur le toit, de retirer des tuiles et de faire descendre la nourriture dans un panier aussi près que possible de la bouche des prisonniers. Mais ils ne purent pratiquement rien attrapper et le geôlier fit interrompre le stratagème.

William Greenwood mourut le premier, le 6 juin ; John Davy le 8 juin, Robert Salt le 9 juin, Walter Pierson et Thomas Green, le 10 juin, Thomas Scryven le 15 juin, Thomas Redyng le 16 juin, toujours en 1537.

D’autres moururent plus tard : on suppose qu’on fit exprès de maintenir en vie ceux qui restaient encore, pour leur faire subir la potence, suivie de l’éviscération et de la décapitation ; ainsi, Richard Bere mourut le 9 août, Thomas Johnson le 20 septembre, toujours en 1537 ; notre William Horne fut exécuté le 4 août 1540.

Ce martyre eut lieu à Newgate (Londres).

En 1886, la confirmation du culte qu’on leur rendait, équivalait à la béatification.

Jean-Marie Vianney

1786-1859

 

1. L’enfance et la formation

 

Le petit Jean-Marie avait trois ans lorsqu’éclata la triste Révolution Française. Ses pieux parents reçurent chez eux des prêtres réfractaires, mais bien avant ces faits, ils reçurent un jour un pieux voyageur, un certain Benoît-Joseph Labre, qui sera un jour canonisé (fête le 16 avril).

Les parents de Jean-Marie habitaient Dardilly, à quelques kilomètres de Lyon. C’étaient de bons paysans, croyants, fidèles à leurs devoirs chrétiens. De leurs six enfants, Jean-Marie était le quatrième, qui naquit le 8 mai 1786. Sans être un saint parfait dès le berceau, il montra vite des signes de profonde conviction.

Ainsi, à quinze mois, il se refusa à manger jusqu’à ce que sa mère ne fît avec lui le signe de croix comme à l’accoutumée. C’est de cette pieuse maman qu’il apprit aussi à “bénir l’heure”, en récitant un Ave Maria  quand l’heure sonnait. Il aimait prier, où qu’il fût, en particulier avec une petite statuette de la Vierge, qu’il avait reçue de sa mère. Un jour qu’on le cherchait partout, on finit par le retrouver… entre deux bêtes à l’étable, en train de prier avec ferveur devant sa petite statuette. Plus tard, lorsqu’il mènera les bêtes au pré, il commencera toujours par s’agenouiller pour offrir à Dieu sa tâche. Il disposait ensuite sa statuette dans le creux d’un arbre, l’ornait de feuillages, et priait le chapelet.

Il avait environ sept ans : c’est à ce moment que commença son activité “pastorale” au sens apostolique du mot. En effet, il se mit en devoir de catéchiser d’autres petits pâtres qu’il rencontrait alentours. Il chantait et priait avec eux, leur rappelait les enseignements de l’évangile, leur inculquant le sens du péché et le respect de Dieu, partageant avec eux son casse-croûte.

C’est aussi à cette époque qu’une petite bergère lui dit innocemment qu’ils pourraient peut-être se marier un jour, ce qu’il refusa énergiquement en lui demandant de n’en jamais plus parler.

La difficulté des temps fit que Jean-Marie reçut assez tard son instruction scolaire ainsi que la préparation à la première communion. Il avait déjà treize ans quand il reçut l’Hostie pour la première fois, avec d’ailleurs une joie indicible. Il passa son adolescence à aider aux travaux des champs.

Deux vertus firent remarquer le garçon à cet âge déjà : son silence et son obéissance. Il savait se taire, éviter de répondre, de se disculper en entendant un reproche ou une taquinerie déplacée ; et par-dessus tout il obéissait sans hésitation à ses parents.

Quand il avait un petit moment de libre, c’est à l’église du village qu’il allait volontiers : peu à peu sa vocation se précisait. Un souci l’avait envahi : sauver les âmes !

Parler à sa bonne maman de sa vocation n’était pas un problème, elle s’en réjouit même. Mais le papa mit deux années à accepter cette décision : il avait déjà dû marier sa fille et lui offrir une dot ; puis, pour garder son grand fils François à la maison, il avait payé un remplaçant pour la conscription (c’était l’époque des grandes guerres de Bonaparte, qui procédait à des levées de troupes en masse) ; dans ces circonstances, le pauvre papa Vianney n’avait plus les moyens d’envoyer son fils au séminaire et s’y opposa catégoriquement. Il finit tout de même par se rendre, en apprenant que le curé de la paroisse voisine (Ecully) recevait chez lui des jeunes pour leur donner les premiers éléments de leur formation avant de les diriger vers le séminaire.

Mais ce fut le curé lui-même qui mit une nouvelle opposition à la présence de Jean-Marie chez lui : il n’avait plus de place, plus de temps… L’anecdote vaut la peine d’être mentionnée : quand ce bon prêtre vit Jean-Marie en face de lui, après quelques propos, il l’embrassa et dit tout haut : “Oh ! pour celui-là, je l’accepte !” ; puis à Jean-Marie : “Soyez tranquille, mon ami, je me sacrifierai pour vous, s’il le faut.”

Si Jean-Marie était heureux de se sentir aidé, il fut vraiment malheureux dans l’étude : sa mémoire était comme rouillée, les rudiments péniblement appris étaient déjà loin ; et il fallait maintenant assimiler les déclinaisons latines ! Non seulement Jean-Marie était beaucoup moins rapide que ses confrères, mais en plus ces derniers - beaucoup plus jeunes que lui - ne pouvaient s’empêcher de sourire de ses échecs répétés : pendant les premiers mois, ses progrès furent à peu près nuls.

En plus, le pauvre garçon croyait qu’en s’imposant davantage de pénitences, de jeûnes, de privations, il obtiendrait plus de grâces pour ses études : peine perdue ! Et comme sa santé s’altérait, il se fit rappeler à l’ordre par le bon curé : “Vois-tu, lui dit-il, il faut bien prier et faire pénitence sans doute, mais il faut aussi se nourrir et ne pas ruiner sa santé.” Jean-Marie était découragé, proche de la crise, et faillit tout abandonner pour rentrer à la maison. Le bon curé lui parla des âmes : c’en fut assez pour lui redonner courage, mais pas pour faire entrer quelque chose “dans sa mauvaise tête”.

Alors Jean-Marie imagina de faire un vœu : d’aller en pèlerinage au tombeau de s.François Régis à La Louvesc, à une centaine de kilomètres de là. Ce grand saint avait été l’apôtre du Velay et du Vivarais, et s’était éteint après une vie apostolique harassante le 31 décembre 1640, à quarante-trois ans : Jean-Marie irait à pied demander une grâce spéciale pour ses études, et en se contentant en chemin de demander humblement un peu de nourriture et un peu de paille pour s’allonger la nuit. Ce pèlerinage fut très pénible et Jean-Marie arriva épuisé au sanctuaire. Là, un bon prêtre lui conseilla pour le retour de donner  plutôt que de demander,  selon le conseil donné par Jésus-Christ à ses Apôtres : “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir” (Ac 20:35) ; Jean-Marie avait en effet pris un peu d’argent par prudence ; au retour, il paya sa nourriture et son logis, mais aussi il donna à qui lui demandait. Le souvenir de ce pèlerinage le marqua longtemps ; il disait même : “Je ne conseillerai jamais à personne de faire le vœu de mendier”.

Il reste qu’après cet épisode, Jean-Marie reprit ses études avec un peu plus de succès ; ses livres étaient moins rébarbatifs. L’horizon semblait s’éclaircir. Peu après, il reçut le sacrement de Confirmation, au printemps 1807, à l’âge de plus de vingt ans. Pendant la Révolution, l’archevêque de Lyon avait suspendu ses visites pastorales, et beaucoup d’âmes n’avaient pas reçu la Confirmation. Maintenant que le calme était revenu, l’archevêque essayait de mettre les bouchées doubles : on estime qu’il confirma cette année-là quelque trente mille fidèles, de tous âges.

Jean-Marie vécut ce sacrement avec grande ferveur, on l’imagine. Ce jour-là il ajouta à son nom de baptême celui de saint Jean-Baptiste, qu’il aimait beaucoup. Désormais, il signerait toujours “Jean-Marie-Baptiste” ou “Jean-Baptiste-Marie”.

Qui était l’archevêque de Lyon ? C’était le cardinal Fesch, oncle de l’empereur Napoléon, et qui, comme tel, réussissait à en obtenir quelques faveurs pour son diocèse. Il avait obtenu ainsi que tous les étudiants ecclésiastiques inscrits sur les listes de l’archevêché fussent exempts de la milice, au même titre que les clercs déjà engagés dans les ordres sacrés. La mesure valait pour notre Jean-Marie.

Mais par une erreur inexpliquée, fin 1809, Jean-Marie reçut une feuille de route, selon laquelle il devait rejoindre sans délai les recrues au dépôt de Bayonne, pour être incorporé à l’armée qui descendait en Espagne.

La “vie militaire” de Jean-Marie Vianney dura en tout deux années, mais Jean-Marie connut le monde militaire seulement quelques jours. Voici pourquoi. Quand il rejoignit le dépôt de Lyon, il tomba malade deux jours après et fut hospitalisé pendant deux semaines ; derechef à Roanne, où il resta six semaines hospitalisé chez de bonnes religieuses ; quand enfin sur pied il fut en mesure de repartir, il manqua le départ de la colonne : arrivé tôt au rendez-vous, il s’abîma en prière dans l’église voisine, et ne vit pas l’heure tourner !  Il se présenta dès que possible au capitaine, qui finit par lui laisser une nouvelle feuille de route, sans le déclarer déserteur. Mais sur la route de Clermont, n’en pouvant plus, il s’écarta dans un sous-bois pour se reposer un peu : c’est là qu’un autre soldat, déserteur celui-là, le rencontra, se chargea de son sac pesant, et le conduisit au proche village.

Les soldats déserteurs ou réfractaires étaient nombreux dans ces forêts. Ils échappaient aux recherches et vivaient de petits travaux dans les fermes alentours. Jean-Marie n’avait d’abord rien compris à ce vilain jeu ; ce dont il avait besoin c’était de se reposer un peu. Mais ensuite, son compagnon dut le laisser se débrouiller, et Jean-Marie était bien embarrassé : il était à son tour déserteur, sans l’avoir cherché une minute. Et il savait ce que cela signifiait pour sa famille : on afficherait au lieu de son domicile la liste des réfractaires, avec les noms des père et mère ; après huit jours, la force armée viendrait s’établir au domicile du déserteur pour y vivre aux dépens des parents : d’abord un seul homme, puis la garnison augmenterait ; les familles devraient indemniser cette garnison, sinon on procéderait à la saisie des meubles et des biens (animaux de la ferme, en particulier).

Jean-Marie ne pouvait ni ne voulait entrer délibérément dans la clandestinité. Il alla simplement rencontrer le maire pour lui exposer son cas. Bienheureuse initiative, qui veut demeurer dans la sincérité et l’obéissance aux normes. Le maire était un fonctionnaire, qui devait respecter et faire respecter les lois de l’empire ; mais c’était aussi un homme droit et honnête, qui partageait les idées de beaucoup au sujet du service militaire : en diverses régions de France, la désertion était devenue règle générale, par antipathie au régime napoléonien. Les guerres de l’empereur rencontraient la plus extrême aversion de la part de beaucoup de Français - et de la part de notre maire. Ce dernier protégea le pauvre Jean-Marie : il le rassura en lui expliquant que de toutes façons il était impossible de rallier son détachement à Bayonne, et qu’il n’avait qu’à échapper aux recherches des gendarmes pendant quelque temps. Et de lui indiquer une maison où une brave femme pourrait l’héberger en toute sécurité. On mit en place toute une tactique : Jean-Marie s’appellerait Jérôme Vincent et serait un cousin éloigné des enfants ; de jour, il habiterait dans la grange ou dans l’étable et la brave paysanne lui porterait son repas comme pour les bêtes, dans un seau de bois ! De nuit, notre “Jérôme” sortait un peu, rencontrait la famille, leur parlait de Dieu et des Saints, et gagna ainsi leur bienveillance. Il couchait dans une “chambre” aménagée grâce à une grossière cloison dans un coin de l’étable près de la fenêtre.

Peu à peu, “Jérôme” osa s’aventurer à l’église, se mêler aux travaux de la ferme, rencontrer les habitants du pays. Il y eut cependant des alertes : les gendarmes se présentaient quelquefois, mais mystérieusement Jean-Marie avait toujours eu le pressentiment et le temps de se dissimuler dans la forêt. Un jour, un gendarme soupçonneux tira un grand coup de sabre dans une meule de foin où, justement, s’était réfugié Jean-Marie en catastrophe ; il ne se trahit pas, mais avouera plus tard qu’il n’avait jamais eu si mal et avait alors promis à Dieu de ne jamais se plaindre.

L’épreuve finit quand même au bout de deux années. Jean-Marie était hors de danger, grâce à l’évolution des temps : il put retourner chez les siens. C’est à ce  moment que mourut sa chère Maman. Mais il continua vaillamment sa route pour le sacerdoce. D’abord en reprenant ses livres et son étude auprès du bon curé d’Écully, en même temps qu’il servait de domestique et de sacristain à ce prêtre désormais fatigué par les années. Jean-Marie atteignait ses vingt-cinq ans. Il put enfin franchir le tout premier degré en vue du sacerdoce : la tonsure, que tout clerc recevait à cette époque avant de recevoir les “ordres mineurs”, puis les “ordres majeurs”.

L’Eglise a récemment un peu simplifié cette progression vers l’autel : actuellement, les clercs reçoivent le lectorat, l’acolytat, le diaconat et la prêtrise. A l’époque de Jean-Marie Vianney, on recevait d’abord la tonsure, en signe d’appartenance au clergé de l’Eglise, puis les ordres mineurs : portier, exorciste, lecteur, acolyte ; puis les ordres majeurs : sous-diaconat, diaconat et prêtrise.

Jean-Marie Vianney fut donc tonsuré le 28 mai 1811 ; l’année suivante il intégra enfin le séminaire, mais les études philosophiques en latin furent trop difficiles. On dut le préparer en français. On se moquait même un peu de lui, parmi les condisciples. Parlant de ce séminaire, il avoua un jour : “J’ai bien eu un peu à souffrir”. Il se réfugia plus que jamais dans la prière confiante ; il se confiera à la Sainte Vierge par le “vœu de servitude”, s’inspirant de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Mais il eut aussi de bons camarades, entre autres le futur Bienheureux Marcellin Champagnat, qui fonderait les “Petits Frères de Marie”.

Malgré des notes plutôt médiocres, Jean-Marie put entrer au grand séminaire de Lyon à l’automne 1813 - il avait vingt-sept ans ! On peut dire qu’il s’y distingua par son effacement, son humilité. Là encore, il dut bénéficier de répétitions en français, où il se montrait excellent par ses réponses et ses jugements. Toutefois, certains de ses professeurs décidèrent de le congédier, au regard des progrès nuls qu’il faisait dans la science théologique latine !

Jean-Marie songea un moment à rejoindre les Frères des Ecoles Chrétiennes. Mais son bon curé d’Écully l’en dissuada encore, l’encourageant à la persévérance et reprenant patiemment le travail, en français d’abord puis un peu en latin aussi. Il fit des démarches pour faire réadmettre Jean-Marie au séminaire : un premier examen fut malheureux, mais Jean-Marie fut réinterrogé en français, et reçut un avis très favorable en vue des ordinations. Ensuite la Providence fit qu’on passa simplement sur les éléments purement intellectuels de ce Candidat. Ce fut le vicaire général qui fut l’artisan de l’admission aux ordres de Jean-Marie. La conversation entre celui-ci et le prêtre qui présentait Jean-Marie, est célèbre :

“L’abbé Vianney est-il pieux ?… A-t-il de la dévotion à la Sainte Vierge ?… Sait-il dire son chapelet ?

- Oui, c’est un modèle de piété.

- Un modèle de piété ! Eh bien, je l’appelle. La grâce de Dieu fera le reste.”

Jean-Marie Vianney reçut donc les quatre ordres mineurs et le sous-diaconat le 2 juillet 1814, le diaconat le 23 juin 1815 (veille de Saint-Jean-Baptiste), puis fut ordonné prêtre le 13 août 1815. Il avait vingt-neuf ans.

Jean-Marie écrira plus tard :

“Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel… Si on le comprenait sur la terre, on mourrait, non de frayeur mais d’amour !…”

 

2. Jean-Marie Vianney, prêtre

 

Le premier poste que reçut Jean-Marie Vianney, fut celui de vicaire auprès de son bon curé d’Ecully. Ce choix faisait l’unanimité dans la joie, tant pour le curé que pour son vicaire, et que pour tous les paroissiens. Très vite l’abbé Vianney fut sollicité de tous côtés, d’autant plus que le curé était maintenant bien fatigué de ses années douloureuses de la Révolution et de ses activités pastorales.

Le premier pénitent à s’agenouiller aux pieds du jeune prêtre, fut le curé lui-même, humblement. Ce même curé continua à aider Jean-Marie à achever sa formation théologique. Ils vivaient tous deux en une harmonieuse fraternité, dans une sainte émulation.

Tous deux se mortifiaient : ce fut au point que le curé dénonça à l’évêché son vicaire comme dépassant les bornes, et le vicaire à son tour dénonça son curé pour excès de mortification. Ils furent simplement renvoyés dos à dos ! Il est vrai que, lorsqu’ils ne recevaient pas quelque Confrère, ils firent quelques excès de privation : pas de vin ; quelques pommes de terre avec du pain bis ; un morceau de bœuf bouilli revenait plusieurs fois sur la table, et finissait par devenir tout noir…

Jean-Marie apprit aussi de l’abbé Balley, son curé, la mortification par la flagellation ; le curé portait habituellement un cilice et se flagellait. Ces pratiques n’étaient pas nouvelles, elles ont même subsisté dans certains monastères jusqu’à présent. L’Eglise a connu cela presque dès les origines du Christianisme et l’a laissé faire, tout en rappelant toujours une sainte prudence et une pieuse discrétion, car des excès sont toujours à craindre, en particulier pour des âmes encore fragiles : le danger le plus grave est de faire de ces mortifications une fin en soi, et donc une source de véritable performance, et d’orgueil. Pour que ces mortifications soient vraiment fructueuses sur la vie spirituelle, il faut d’abord que cette vie spirituelle soit fortement ancrée dans un chemin de perfection. En réalité, la mortification la plus difficile à supporter, est d’obéir aux supérieurs sans le moindre retard, et l’obéissance est de beaucoup plus importante que toute mortification purement physique.

Deux vertus furent très vite remarquées en la personne du pieux Jean-Marie Vianney : sa pureté soutenue par une grande réserve de toute sa personne, et sa pauvreté.

Très réservé en effet, l’abbé Vianney écartait toute familiarité dans son comportement et savait, comme disait s.François de Sales, “voir tout le monde sans regarder personne”. Sa modestie virginale étonnait ; il confia un jour à un confrère qu’il avait prononcé à vingt-trois ans un vœu pour conserver toute sa vie la sainte vertu de la chasteté : il s’était engagé à prier chaque jour le Regina Cæli, et six fois cette jaculatoire : “Bénie soit la très sainte et Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu. A jamais. Ainsi soit-il”.

La pauvreté de Jean-Marie était presque aussi légendaire. Son curé disait : “M.Vianney est toujours le même ; il donne tout ce qu’il a.”

C’est aussi à cette époque qu’il connut la pieuse Pauline Jaricot, dont la famille était connue du curé d’Ecully, et avait acheté une grande maison tout près de là.

M. Balley, le pieux curé d’Ecully, mourut cependant prématurément, et l’abbé Vianney reçut une nouvelle mission : on lui confiait la paroisse d’Ars. Le vicaire général, signant la feuille de nomination de Jean-Marie, lui confiait : “Il n’y a pas beaucoup d’amour du bon Dieu dans cette paroisse ; vous y en mettrez”.

Ce n’est pas à dire que Ars était un bourg païen, sans foi ni loi. On y avait connu au XVIIIe siècle une activité religieuse très intense, avec plusieurs Confréries, une grande ferveur pour la fête du Sacré-Cœur récemment instituée, de fréquentes processions. Mais avec le temps, et surtout après la Révolution, la vie chrétienne s’était relâchée ; les habitants n’étaient pas à proprement parler des mécréants, mais il s’était installé généralement une forte dose d’indifférence, de négligence ; sans être hostiles à la Religion, ils n’allaient plus à l’église le dimanche, ils travaillaient aux champs ce jour-là, ou le passaient au cabaret, et l’on avait la bien vilaine habitude de blasphémer à tout propos. Ars, qui comptait moins de trois-cents habitants, se vantait d’avoir jusqu’à quatre cabarets !

En arrivant à Ars, perdu dans le brouillard, Jean-Marie Vianney dut demander son chemin à un jeune enfant qui gardait les moutons. Cet Antoine Givre est resté célèbre par la répartie que lui fit le nouveau curé d’Ars : “Tu m’as montré le chemin d’Ars ; je te montrerai le chemin du ciel”. Actuellement une célèbre statue commémore cette rencontre à l’entrée d’Ars. Fait étonnant : Antoine Givre fut justement le premier paroissien d’Ars à décéder après la mort du curé d’Ars.

Découvrant ensuite le village, avec quelques maisons entourant la petite église, Jean-Marie aurait eu cette phrase prophétique : “Que c’est petit ! Cette paroisse ne pourra contenir tous ceux qui plus tard y viendront”.

Le nouveau curé fut relativement bien accueilli. L’installation officielle du dimanche 13 février 1818 se fit en présence de toute la paroisse. Par la suite, si l’assistance ne brilla pas par son unanimité, l’église accueillit quand même plusieurs familles restées chrétiennes et fidèles à la vie chrétienne. Mais le zèle du curé nouvellement installé allait pour toutes les ouailles absentes ; dès le début il se mit en devoir d’aller chercher toutes ces brebis pour les ramener au bercail de la pratique religieuse.

Persuadé qu’on ne peut convertir sans donner l’exemple, le curé d’Ars s’habitua à une intense vie spirituelle de prière et de pénitence.

Très tôt le matin, on le voyait se rendre de son presbytère à l’église avec sa petite lanterne et il priait. On ne le trouvait qu’à l’église, à moins qu’il allât prier par les chemins du village. Quelqu’un l’entendit dire un jour : “Mon Dieu, convertissez ma paroisse !”

A la prière, le Curé joignit la pénitence, même excessive. Pas de matelas, au début quelques sarments au rez-de-chaussée du presbytère : des névralgies l’obligèrent à “mitiger” sa pénitence, et il se réfugia au grenier, la tête sur un morceau de poutre. Avant de dormir, il se flagellait d’importance, jusqu’au sang et même dut perdre connaissance parfois. Au moment du carême, il lui arriva de se priver de nourriture pendant plusieurs jours ; il cuisait d’avance des pommes de terre dans sa fameuse “marmite”, et en mangeait une ou deux pour dompter sa faim, froides, même celles qui commençaient à moisir. Il se préparait parfois de vilains “matefaims” avec une poignée de farine et un peu d’eau salée. Sa sévérité envers lui-même, envers son “cadavre”, comme il appelait son corps, l’amenait même à une sorte d’indélicatesse envers ceux ou celles qui voulaient lui apporter quelque assiette bien préparée : sans même ouvrir, il répondait de l’intérieur : “Je n’ai besoin de rien !”

Qu’on ne juge pas négativement ce que Jean-Marie Vianney appela lui-même ses “folies de jeunesse”. Certes, il eut quelques excès. Mais écoutons-le se confier lui-même plus tard à un Confrère :

“Mon ami, le démon fait peu de cas de la discipline et des autres instruments de pénitence. Ce qui le met en déroute, c’est la privation dans le boire, le manger et le dormir. Il n’y a rien que le démon redoute comme cela et qui soit par conséquent plus agréable au bon Dieu. Oh ! comme je l’ai éprouvé ! Lorsque j’étais seul, et je l’ai été pendant huit ou neuf ans, pouvant me livrer à mon aise à mon attrait, il m’arrivait de ne pas manger pendant des journées entières… J’obtenais alors du bon Dieu tout ce que je voulais pour moi comme pour les autres.

“Maintenant ce n’est pas tout à fait la même chose. Je ne puis pas demeurer si longtemps sans manger ; j’en viens à ne plus pouvoir parler… Mais que j’étais heureux quand j’étais seul ! J’achetais aux pauvres les morceaux de pain qu’on leur donnait ; je passais une bonne partie de la nuit à l’église : je n’avais pas autant de monde à confesser que j’en ai à présent… Et le bon Dieu me faisait des grâces extraordinaires…”

 

3. L’apostolat

 

Le curé d’Ars se mit donc au travail sans tarder. Pour “convertir sa paroisse”, il mit toute son ardeur à instruire les fidèles et à lutter contre leurs mauvaises habitudes.

Il commença par rendre plus attrayante sa petite église : un nouvel autel, de nouveaux ornements, jamais assez beaux selon son goût ; il repeignit lui-même les boiseries et les moulures de l’église. Plus tard il l’agrandit de plusieurs chapelles latérales et fit refaire le clocher.

Il s’attaqua à l’ignorance, qu’il voyait comme un réel péché : “Nous sommes sûrs, dit-il en chaire, que ce seul péché en damnera plus que tous les autres ensemble ; parce qu’une personne ignorante ne connaît ni le mal qu’elle fait ni le bien qu’elle perd en péchant.”

Puis il fit venir les enfants pour le catéchisme : chaque matin à six heures, de la Toussaint au mois de juin ! Il promettait : “Je donnerai une image à celui qui arrivera le premier à l’église”, et certains arrivaient dès quatre heures pour gagner le précieux cadeau ! Il s’occupa personnellement de la catéchèse des enfants, y mettant tout son zèle et aussi toute son exigence, rappelant à l’ordre les distraits, distribuant des chapelets à ceux qui n’en avaient pas.

Ces enfants finirent par être les mieux instruits de la région ; l’évêque le constata de lui-même. Mais certains eurent plus de difficultés à assimiler les réponses exactes du catéchisme, tel qu’il se faisait alors ; le curé d’Ars était inflexible et retarda parfois jusqu’à la seizième année la première communion de ses garçons. Le curé d’Ars voulait qu’ils fussent vraiment bien préparés à recevoir l’Eucharistie, mais il était aussi marqué par un relent de jansénisme qui sévissait encore cette époque, et n’avait pas peur d’un certain rigorisme pratique, qu’il atténua d’ailleurs de lui-même en vieillissant.

Il s’appliquait aussi à bien préparer ses homélies du dimanche, s’installant à la sacristie, allant prier devant le tabernacle, à genoux : le saint curé n’avait pas une éloquence savante, il utilisait des phrases toutes simples, mais il cherchait à toucher et convaincre et n’avait pas peur d’entretenir les fidèles même pendant une heure de temps. Lui-même eut parfois du mal à retenir les dizaines de pages qu’il avait préparées pour prêcher ; il pria, fit prier, obtint la grâce d’une mémoire moins ingrate, et même eut le don d’improviser quelquefois.

Rigoureux pour les fidèles comme pour lui-même, le curé d’Ars exigeait une tenue exemplaire à l’église : pas de bavardage, pas de bâillements, pas de bruits ; pas de retardataires… Il voulait que tous comprissent l’importance de l’Eucharistie comme Sacrement fondamental de la vie chrétienne.

Il s’en prit énergiquement au travail du dimanche, au blasphème, à la danse et aux cabarets. “En agissant ainsi, je fais tout ce que je dois faire. Il ne faut pas que cela vous irrite : votre pasteur fait son devoir.”

Pour amener les âmes à l’église, il fallait faire fermer les cabarets. Il s’y attaqua fermement : “Le cabaret, c’est la boutique du démon, l’école où l’enfer débite et enseigne sa doctrine, le lieu où l’on vend les âmes, où les ménages se ruinent, où les santés s’altèrent, où les disputes commencent et où les meurtres se commettent”. Et les cabaretiers “volent le pain d’une pauvre femme et de ses enfants, en donnant du vin à ces ivrognes, qui dépensent le dimanche tout ce qu’ils auront gagné la semaine…”

La clientèle se raréfia, les quatre cabaretiers durent fermer leurs portes et changer de métier. Sept autres essayèrent d’ouvrir boutique : ils durent tous fermer ! Résultat inattendu : même le paupérisme diminua. En revanche plusieurs petits hôtels s’installèrent plus tard, pour accueillir les pèlerins.

Une autre victoire du curé d’Ars lui vint de sa lutte contre le blasphème. “N’est-ce pas un miracle extraordinaire, disait-il, qu’une maison où se trouve un blasphémateur ne soit pas écrasée par la foudre et accablée de toutes sortes de malheurs ? Prenez bien garde ! Si la blasphème règne dans vos maisons, tout ira en périssant”. Les expressions grossières disparurent d’Ars. Les paysans changèrent tout-à-fait de vocabulaire et on les entendait dire : Que Dieu est bon ! Dieu soit béni !

Le saint curé ne réussit pas à abolir totalement le travail du dimanche. Comme chacun sait, c’est un problème qui revient sans cesse dans les discussions et les débats politiques : les paysans sont souvent tentés de rentrer une récolte menacée par le mauvais temps, et les producteurs le sont aussi pour produire davantage et amasser plus de gains. Et Jean-Marie Vianney de s’écrier : “Quand j’en vois qui charrient le dimanche, je pense qu’ils charrient leur âme en enfer ! Le dimanche, c’est le bien du bon Dieu, c’est son jour à lui, le jour du Seigneur. Il a fait tous les jours de la semaine ; il pouvait les garder tous ; il vous en a donné six ; il ne s’est réservé que le septième. De quel droit touchez-vous à ce qui ne vous appartient pas ? Vous savez que le bien volé ne profite jamais. Le jour que vous volez au Seigneur ne vous profitera pas non plus.”

Un dimanche que le curé d’Ars partit faire une petite promenade en fin d’après-midi, voilà qu’il rencontra un paysan qui rentrait sa récolte. Honteux, ce dernier se cache derrière la charrette. Mais le saint curé, tout triste, lui fait remarquer : “O mon ami, vous êtes bien attrapé de me trouver là… Mais le bon Dieu vous voit toujours : c’est lui qu’il vous faut craindre.”

Le curé d’Ars sut parfois “comprendre” la situation, comme lorsqu’il laissa se poursuivre un dimanche les travaux de forage d’un puits, ou quand le mauvais temps persistait et qu’il fallait absolument rentrer les récoltes.

La persévérance du curé d’Ars fut bien payée : le dimanche redevint au sens propre du mot “le Jour du Seigneur” : l’église ne désemplissait pas du matin au soir, pour l’assistance à la Messe (où beaucoup communiaient), le catéchisme à 13 heures, les vêpres et complies l’après-midi, le chapelet et la prière le soir. Parfois s’y ajoutait quelque procession. Entre temps, les paroissiens se rendaient visite, les hommes jouaient aux boules, tout était calme. On pouvait même voir sur le pas de sa porte tel vieillard qui égrenait silencieusement son chapelet.

Les paroissiens allèrent même plus loin : ils s’arrangèrent pour que chaque jour, l’un au moins de leurs membres assistât à la Messe du matin en semaine, de sorte que quotidiennement une soixantaine de personnes du village entouraient le curé d’Ars durant la Messe. A cette époque, le principe de la Communion fréquente n’était pas encore établi ; au contraire, le jansénisme marquait encore les esprits et les meilleurs chrétiens ne recevaient pas toujours la Communion à la Messe. Le curé d’Ars les y invitait pourtant et, à la fin de sa vie, regrettait : “S’ils m’avaient écouté, ils seraient tous des saints !” Les hommes en général “faisaient leurs pâques”, les femmes communiaient au moins une fois par mois ; mais un bon nombre d’entre elles la recevaient quand même quotidiennement.

On a mentionné plus haut un autre combat du saint curé : celui contre la danse et nos esprits actuels s’en étonneront. Dans notre monde habitué aux discothèques en fin de semaine, avec tout ce que cela comporte de consommation d’alcools, de tabac ou autres substances, de bruit et de déplacements, il est difficile de comprendre pourquoi un humble petit curé de campagne fit une guerre si énergique, si radicale contre les bals de son village. Nous sommes en plein XIXe siècle, loin des moyens techniques que nous connaissons, et ces réjouissances locales ne rassemblaient guère qu’un “violoneux” et des jeunes qui dansaient quelques valses ou menuets sur la place.

Ce qu’on sait moins est qu’en hiver surtout, les familles se retrouvaient dans les étables où la température est tiède ; et là, sous les yeux de parents muets ou complices, on voyait se renouveler des pratiques en honneur dans le paganisme lui-même.

Notre Curé ne voyait pas avec les yeux du corps ; en pasteur avisé, il pénétrait les cœurs et y voyait les vraies intentions des personnes. Tous les danseurs sincères savent et reconnaissent que ces intentions ne sont pas toujours honnêtes. Il y avait déjà celle de manquer les saints offices de la paroisse. Mais le très pur Jean-Marie Vianney savait ce qui se passait dans le cœur de ces jeunes ; il dit même un jour : “Oh ! si (une telle) ne danse point, son cœur dansera !”.

Sa lutte fut sans merci. Pendant des années il dénonça les dangers, il rappela à l’ordre ; une fois il alla au devant du violoneux et lui paya le double de son cachet prévu, de sorte que la “fête” n’eut simplement pas lieu. Longtemps aussi, il refusa jusqu’à l’absolution du sacrement de la Réconciliation, à ceux ou celles qui ne promettaient pas sincèrement de renoncer au bal.

Le saint Curé y alla même un peu d’une sainte ironie. On sait (d’après l’évangéliste Marc 6:21-29), comment advint le martyre de s. Jean-Baptiste. Quand fut construite la chapelle en l’honneur de s.Jean-Baptiste, l’abbé Vianney fit inscrire tout au long de la voûte : “Sa tête fut le prix d’une danse”, ce qui ne manqua pas de faire une forte impression.

Encore une fois on jugera ici un peu excessive la sévérité du saint Curé, mais on remarquera que quelques années après, tous les villageois étaient heureux et satisfaits de cette ambiance chrétienne qui inspirait chaque moment de la vie quotidienne.

Il y eut tout de même des moqueries, des attaques, jusqu’à de honteuses insinuations, visant l’abbé Vianney ; on lui demanda même simplement de partir de là… Le curé d’Ars patienta douloureusement en silence ; il dit à un confrère : “J’ai tout laissé dire, et de cette façon on a fini par se taire”.

Le bon curé d’Ars surmonta victorieusement ces épreuves et bien d’autres aussi, en acceptant courageusement la croix qui parfois l’accablait : “Souffrir en aimant, c’est n’est plus souffrir… Fuir la croix, au contraire, c’est vouloir en être accablé. Il faut demander l’amour des croix ; alors elles deviennent douces. J’en ai fait l’expérience pendant quatre ou cinq ans ; j’ai été bien calomnié, bien contredit. Oh ! j’avais des croix, j’en avais presque plus que je n’en pouvais porter. Je me mis à demander l’amour des croix, et je fus heureux ; je me dis : vraiment il n’y a de bonheur que là.”

Une autre fois : “La croix, nous faire perdre la paix !… Mais c’est elle qui doit l’apporter dans nos cœurs. Toutes nos misères viennent de ce que nous ne l’aimons pas.”

Donc, en quelques années, certes de dur combat et d’âpre persévérance, le curé d’Ars obtint de ses paroissiens une profonde conversion. “Ars n’est plus Ars”, reconnut-il avec joie un jour.

Les paroissiens aimaient faire ce que disait leur curé : “Notre curé est un saint, et nous devons lui obéir”. Ils priaient et fréquentaient assidûment l’église. Trois fois par jours, ils interrompaient leurs occupations pour réciter l’Angelus, chaque heure qui sonnait au clocher était saluée par un Notre Père  et un Je vous salue.

On pourra se demander si de telles habitudes pouvaient se retrouver aujourd’hui, en dehors d’un monastère. Une très grande majorité de chrétiens ignore ce qu’est l’Angelus, qui a inspiré un célèbre tableau de Millet. Cette brève prière rappelle l’Incarnation du Verbe Eternel. Elle est vraiment très facile à retenir, chacun pourrait y penser en allant au travail, ou en en revenant. Souvent on se demande : comment prier ? quoi dire ? Certes, une prière spontanée qui sort du cœur est une chose excellente ; mais en dire une toute simple comme l’Angelus, c’est s’unir aussi à tous ceux qui, dans le monde entier, prient en cet instant avec la même formule. C’est cette prière que récite le Pape chaque dimanche à midi avec les pèlerins venus le saluer.

Donc, une sainte atmosphère fraternelle régnait dans tout le village, où les maisons étaient toutes ornées de quelque statue ou image de la Vierge ou des Saints. Partout, quand il passait, le Curé était bien accueilli dans ces maisons.

Les parents ne toléraient plus le moindre larcin de leurs enfants. L’un d’eux osa un jour prendre une poire sur un étalage : sa mère le vit, lui lia les mains derrière le dos, et le fouetta jusqu’à la porte de la marchande, à qui l’enfant dut demander pardon en rendant la poire.

Le couronnement, en quelque sorte, de cet apostolat, fut la création d’une maison pour recueillir et éduquer gratuitement les petites filles pauvres et abandonnées à elles-mêmes. Pour cette œuvre, le Curé acquit une maison proche de l’église, la fameuse “Providence”, où il fit admettre parfois jusqu’à soixante petites filles de tous âges, qui apprenaient les rudiments de la lecture et du calcul, les occupations domestiques, et surtout les bonnes habitudes chrétiennes. Ensuite, ces jeunes filles trouvaient facilement quelque emploi dans la région, car le seul témoignage de leur passage à la Providence était pour elles un passeport de bonne conduite. Ce furent ensuite des mères exemplaires, qui surent éduquer leurs enfants selon tous les bons conseils qu’elles avaient reçus dans cette sainte maison.

Cette maison de la Providence subit, on le verra, quelques vicissitudes et même sembla compromise, mais elle reprit quelques années après la mort de Jean-Marie Vianney. Parallèlement, les dernières années de sa vie, il encouragea beaucoup la transformation de l’école communale en un petit pensionnat pour les garçons, œuvre qui fut menée à bien par le fameux frère Athanase, un Frère des Ecoles Chrétiennes qui seconda fidèlement le saint Curé et vécut à Ars jusqu’en 1912. Le pensionnat compta jusqu’à quatre-vingts enfants, mais fut anéanti en 1903 par la loi de l’Etat.

De même encore, le Curé d’Ars avait assuré des fondations de messes, en plaçant sur l’Etat d’importantes sommes, dont les revenus devaient assurer la célébration de quelque trois cents messes par an, dont beaucoup pour mettre les missionnaires de la Propagation de la Foi sous la protection de la Vierge Marie, et les autres pour la conversion des pécheurs. Là encore, l’Etat confisqua ce fonds et les messes cessèrent en 1908.

 

4. Le Démon

 

Parmi les épreuves que subit le curé d’Ars, il y eut les fameuses manifestations du “Grappin”, comme il appelait le Démon. Aujourd’hui, on s’étonnera un peu de ce chapitre, qui pourtant reprend des faits tout-à-fait historiques et constatés par des témoins, parfois même à leur corps défendant. N’ayons pas peur d’en parler.

Dans les débuts, le saint Curé ne parla de rien ; il se contenta de constater le bruit de rideaux déchirés pendant la nuit, croyant que des rats sévissaient chez lui ; mais les rideaux étaient absolument intacts au petit matin. Puis il y eut des coups contre les portes, des cris dans la cour : le Curé jugea bon de faire venir un de ses paroissiens pour, éventuellement, mettre en fuite les voleurs. Peine perdue ! Le brave villageois entendit de tels bruits, eut une telle frayeur, qu’il n’accepta pas de revenir la nuit suivante ! Mais d’autres villageois furent invités à venir monter la garde, qui pourtant n’entendirent rien ces nuits-là. Un jour qu’il avait neigé, le Curé d’Ars entendit comme une armée dans la cour, dont il ne comprenait pas la langue : n’apercevant sur la neige aucune trace de pas, il fut enfin certain que c’était vraiment là la présence du Diable, qui cherchait à le troubler durant ses quelques heures de sommeil. Il fit même cette constatation : “J’ai remarqué que le bruit est plus fort et les assauts plus multipliés lorsque, le lendemain, il doit venir quelque grand pécheur.”

Et de commenter : “Le grappin est bien bête : il m’annonce lui-même l’arrivée des grands pécheurs… Il est en colère. Tant mieux !”

Il y eut beaucoup de manifestations diverses et étranges du Grappin. Bruits de marteau, de sabots, hurlements ; un joli tableau de l’Annonciation fut horriblement maculé et couvert d’immondices… Ces faits ne sont pas inconnus de la théologie mystique. On les appelle “faits préternaturels extraordinaires”. Ordinairement, le diable nous tente tous de mille manières. De façon “extra-ordinaire”, le démon intervient par des vexations pénibles, effrayantes même, mais non douloureuses : on appelle cela “infestations”. Le saint Curé s’y habitua, en quelque sorte, au point qu’il répliqua un jour : “On s’habitue à tout. Le grappin et moi, nous sommes quasi camarades.”

Mais le saint Curé persévérait, et tenait tête aux menaces infernales. On le sut, le bruit se répandit, et l’on vint auprès de lui pour le solliciter de délivrer telle ou telle personne qui montrait les signes évidents d’une possession diabolique. Toujours, ces personnes repartirent délivrées. Et le Curé eut ainsi l’occasion de fustiger une autre manifestation diabolique : les tables tournantes. On pourra en sourire, mais le Curé savait de quoi il parlait ; il fit même cette question à une possédée : “Qu’est-ce qui fait tourner et parler les tables ?” - C’est moi ! répondit la pauvre femme… Tout cela, c’est mon affaire.” Pour une fois, le Menteur avait dit juste.

Finalement, ce fut l’abbé Vianney qui gagna la partie ; le Grappin lui-même se découragea et abandonna la lutte. Les quatre dernières années de sa vie, le Curé ne fut plus dérangé de cette façon.

5. Le Curé d’Ars, confesseur et directeur d’âmes.

 

Les événements d’Ars finirent par être connus, même au loin. Et des foules vinrent pour voir, rencontrer même le Curé d’Ars, se confesser à lui. Jusqu’à quatre cents pèlerins arrivaient chaque jour, au point que de la gare de Lyon un train spécial pour Ars partait, avec billet aller-retour valable huit jours (car il fallait environ ce temps pour arriver jusqu’au saint Prêtre).

Il était très bref, sachant toucher “le” point névralgique de l’âme malade ; il eut aussi un don extraordinaire, celui de lire dans les âmes ; il sut aider ainsi plus d’un pécheur à retourner en lui-même pour voir vraiment l’état de son âme.

Un chasseur un peu goguenard attendait un jour de voir passer le Curé d’Ars qui, effectivement, s’arrêta juste devant lui ; regardant tour à tour le chien et le chasseur, il lui dit : “Monsieur, il serait à souhaiter que votre âme fût aussi belle que votre chien !” L’homme fut tellement frappé de cette remarque faite à brûle-pourpoint, qu’il alla se confesser, puis entra bientôt à la Trappe, où il s’éteignit très saintement une trentaine d’année plus tard.

Si le Curé d’Ars sut découvrir mainte vocation sacerdotale ou religieuse, il ne faudrait pas croire qu’il “forçait” toutes les saintes âmes à entrer en religion. Un pieux officier qui n’était pas marié, pensait se faire religieux ; le Curé d’Ars lui rétorqua vivement : “Gardez-vous-en bien, l’armée a trop besoin de bons exemples comme les vôtres.”

Parfois une simple petite phrase : “Mon garçon, vous êtes damné” ou bien “O mon ami, des bonnes volontés !… l’enfer en est pavé” firent réfléchir profondément et aboutirent à des conversions profondes.

Beaucoup furent très impressionnés de le voir lui-même pleurer sur leurs propres péchés, et en conçurent un réel regret. “Ah ! disait-il un jour, les pauvres pécheurs ! si seulement je pouvais me confesser pour eux !”

Le Curé d’Ars s’efforça de guider les âmes dans leurs dévotions, préférant les pratiques officielles de l’Eglise aux dévotions privées, dans lesquelles il savait dénicher quelque égoïsme déguisé. “La prière particulière ressemble à la paille dispersée çà et là dans un champ ; si l’on y met le feu, la flamme a peu d’ardeur ; mais réunissez ces brins épars, la flamme est abondante et s’élève haut vers le ciel ; telle est la prière publique.” Celles qu’il conseillait en priorité étaient donc la Messe et les saints offices (les vêpres, par exemple), le chapelet, l’Angelus, les “oraisons jaculatoires”. Quand on l’interrogeait sur les lectures les plus utiles, il conseillait l’Evangile, l’Imitation de Jésus-Christ, la vie des Saints.

La prudence, mère de toutes les vertus, était celle que recommandait le saint Curé. A telle personne il déconseillait le jeûne : “Mais, Monsieur le Curé, vous jeûnez bien vous. - C’est vrai, mais moi en jeûnant je peux faire mon ouvrage ; vous, vous ne le pourriez pas.” A une mère de famille, il défendait de négliger le soin de sa maison pour venir à l’église lorsqu’elle n’y était pas obligée.

Signalons enfin que, en avance sur son temps, le saint Curé préconisa la communion fréquente - tout en exigeant de chacun de s’y bien préparer. De saintes personnes communiaient une fois le mois, ou une fois la semaine : il les invitait à s’approcher quotidiennement de l’Eucharistie.

Tous les efforts du Curé d’Ars, ses prières, ses lumières, ses conseils, firent un bien immense que seul Dieu pourra connaître. Mais le “Grappin” aussi s’en rendait compte, qui cria un jour par la bouche d’une pauvre possédée : “Que tu me fais souffrir !… S’il y en avait trois comme toi sur la terre, mon royaume serait détruit.”

Comme tout prêtre zélé, il aimait assister les moribonds, et se portait rapidement à leur chevet dès qu’il était informé de leur situation. Il conseillait à ses confrères : “Quand vous serez auprès des moribonds, lisez fort, parce que le malade entend, lors même qu’il paraît sans connaissance.” Jusqu’au bout, le souci de la conversion des âmes.

Plus tard, le saint Curé contribua avec enthousiasme à une autre œuvre destinée à la conversion des pécheurs : les Missions diocésaines. L’évêque désirait en effet toucher les paroisses les plus retirées du diocèse par la présence de missionnaires, qui y auraient prêché quelque temps et ranimé le sens religieux de ces populations ; et il en parla au Curé d’Ars. Ce dernier fit bientôt remettre à l’évêché une forte somme d’argent dont les revenus devaient aider à donner une mission tous les dix ans en deux paroisses différentes ; ce ne fut là qu’un début : à sa mort, on compta qu’il avait fondé près de cent missions décennales, de sorte que “une fois disparu, il continua à ramener les âmes à Dieu”.

 

6. Autres épreuves

 

Jean-Marie Vianney connut les tentations et les sacrifices qui éprouvent tout homme sur la terre. On a parlé des calomnies diverses. Il fut aussi tenté : tant de grâces qui se répandaient ne pouvaient laisser indifférent l’ennemi du Bien, qui tenta la pauvre Curé d’abandonner sa cure, plusieurs fois, pour se retirer dans la solitude, dans quelque couvent. Son intention semblait emplie d’une sainte préoccupation : “Il ne faut pas rester curé jusqu’à la fin de sa vie, disait-il : on doit se réserver quelque temps pour se préparer à la mort”. Mais en même temps un scrupule d’obéissance animait sa conscience : “Est-ce bien la volonté de Dieu que j’accomplis en ce moment ?” ; et considérant que sa place était là, dans sa paroisse d’Ars, il revint sur sa décision.

Une autre douloureuse épreuve fut celle de devoir fermer sa chère Providence ; en réalité, il fut amené à la céder à des Religieuses ; peut-être avait-on voulu progressivement remettre à d’autres l’organisation matérielle de cette maison, car le saint Curé n’attribuait pas beaucoup d’importance à certains détails de la vie quotidienne, pourvu que ces petites filles fussent de bonnes chrétiennes et qu’elles reçussent une éducation entièrement gratuite. Un moment, il n’y eut même plus que quelques-unes de ces petites dans l’école, alors qu’elles étaient une soixantaine auparavant ; mais bientôt elles revinrent et le bon Curé eut la joie de les rencontrer chaque jour, pour les bénir, les encourager.

Il persévérait, il priait, il restait humble et c’est cette humilité qui l’aida à traverser toutes les embûches. Cette humilité va se retrouver dans deux épisodes fameux, qui furent pour le saint Curé de véritables épreuves.

La célébrité du Curé d’Ars se répandait toujours plus, à son corps défendant, au point que les autorités ecclésiastiques et civiles voulurent l’honorer à leur façon.

C’est ainsi que l’évêque voulut lui remettre le camail de Chanoine. L’épisode eut lieu à Ars même, mais le bon Curé se démena comme un malheureux, baissant la tête comme un condamné, et finalement… revendant son camail, comme l’atteste ce petit billet qu’il écrivit lui-même à l’évêque :

“Monseigneur, le camaille (sic) que vous avez eu la grande charité de me donner m’a fait un grand plaisir ; car, ne pouvant achever de compléter une fondation, je l’ai vendu 50 francs. Avec ce prix j’ai été content.”

De son côté, l’administration civile n’était pas insensible au bien que faisait le Curé sur les populations, et voulut le remercier en le décorant de la Légion d’Honneur. La Croix lui fut remise en effet, mais on ne put la lui faire porter… que sur son cercueil.

Un brave artiste pensa bien faire de brosser un portrait de “M.le chanoine Vianney, chevalier de la Légion d’honneur” ; mais le Curé d’Ars fit remarquer : “Je vous conseille de me peindre avec mon camail et ma croix d’honneur, et vous écrirez en bas : néant, orgueil !”

Citons encore cette ultime épreuve, concernant son frère François, qui s’éteignait doucement à Dardilly. Ce dernier désirait ardemment revoir son frère avant de mourir et le fit mander ; mais le Curé d’Ars s’était désormais “figé” dans sa paroisse qu’il ne voulait plus quitter. Malade et fatigué, il regretta amèrement de ne pas revoir son frère, mais s’y résolut courageusement.

 

7. Les vertus de Saint Jean-Marie Vianney

 

Le Curé d’Ars manifesta donc une réelle sainteté, prêchant d’exemple devant tous ses paroissiens qui, à l’unanimité, reconnaissaient combien ce chaste prêtre savait se montrer humble, généreux, patient, constant, délicat avec chacun. Son zèle ne diminuait pas ; il avait toujours une attention paternelle pour chaque âme dans le besoin, pour chaque pauvre, pour chaque personne triste. Il aidait, il consolait, il encourageait, jamais on ne le quittait sans ressentir un réel soulagement. A qui savait comprendre, il disait parfois : “Creusez la patience de Notre Seigneur”. Il savait ce qu’il disait !

On lui demanda un jour : “Comment pouvez-vous rester calme avec la vivacité de votre caractère ?” - Ah ! mon ami, répondit-il, la vertu demande du courage, une violence continuelle et surtout le secours d’en-haut.”

On comprend ici cette phrase de l’Evangile où Notre Seigneur dit que “le Royaume des Cieux souffre la force, et les violents s’en emparent (Mt 11:12).

Patient en toute circonstance, patient avec les pèlerins, patient et même bon avec l’abbé Raymond, son vicaire assez indélicat, patient avec lui-même et ses ennuis de santé… Maux de tête dûs au rhumatisme, double hernie qui l’obligeait à rester courbé, violents maux de dents (il s’en fit arracher avec des tenailles par le brave instituteur) ; et surtout - les prêtres savent de quoi il s’agit - surtout il supporta l’inconfortable position au confessionnal, pendant des heures, des jours entiers, pendant des mois et des années, suffocant en été, grelottant en hiver, alors qu’il était depuis l’enfance habitué à respirer l’air pur des champs et à entendre le gazouillis des oiseaux. “Depuis la Toussaint jusqu’à Pâques, disait-il, mes pieds, je ne les sens pas !”.

Aujourd’hui, on a pensé à améliorer les lieux pour la Réconciliation ; on peut s’y asseoir sur une chaise, ou s’agenouiller sur un prie-dieu confortable ; les confessionaux d’autrefois étaient réellement des objets de pénitence, où les nœuds des planches rentraient dans les genoux des pénitents, mais surtout où le siège du confesseur lui rendait sa position absolument inconfortable, ne serait-ce qu’au bout de quelques minutes ; après deux heures de ce Sacrement, le prêtre pouvait ressortir du confessionnal littéralement vanné. D’autres que le saint Curé d’Ars furent les “martyrs de la confession” ; on connaît aussi saint Leopold Mandic, récemment canonisé, qui brilla par la même vertu de patience au siècle dernier à Padoue (fête le 30 juillet).

 

8. Miracles, intuitions, prédictions

 

Jusqu’ici on s’est occupé du chemin que le Curé d’Ars parcourut pour réaliser le but premier de notre existence : la sainteté. Dieu en effet exige de nous cet effort persévérant qui conduit peu à peu vers les cîmes. Il arrive que Dieu accorde aussi à certaines âmes privilégiées quelques charismes particuliers, sur lesquels l’Eglise conserve une grande prudence. Des témoignages sérieux et conservés par écrit ont permis, dans le cas du saint Curé, d’établir qu’il avait effectivement reçu des grâces toutes particulières.

Sur les miracles, les faits sont assez nombreux et frappants, mais en même temps l’humble Curé savait se dissimuler derrière sa Sainte de prédilection, sainte Philomène, qu’il invoquait et faisait invoquer à tout instant. “Je n’ai jamais rien demandé par elle sans être exaucé”, disait-il. Mais il voulait surtout la guérison des âmes, plus que celle des corps, et avait “passé un contrat” avec la Sainte en lui défendant de faire des miracles visibles  sur place, ce qui arriva effectivement : plusieurs malades guérirent une fois revenus chez eux, mais… pas toujours, et maintes fois le Saint fut pris en flagrant délit de miracle !

Un de ces miracles concerna une demoiselle sourde et aveugle. Jean-Marie Vianney la rencontra dans la foule, la prit par la main et la conduisit au confessionnal, où immédiatement elle put voir et entendre ; après sa confession, le Saint lui annonça qu’elle redeviendrait sourde pendant douze ans ; elle sortit en effet de l’église les yeux guéris, mais redevint sourde pendant douze années exactement et guérit alors.

Ceci nous amène à parler des intuitions et prédictions du Curé d’Ars. Mille fois il aida les pénitents à avouer tel péché qu’ils n’osaient formuler ou qu’ils oubliaient ; ou les orientait vers un choix meilleur. Ainsi à une demoiselle qui allait se marier et lui demandait de la bénir, il se met à pleurer : “Que vous serez malheureuse… Entrez à la Visitation, dépêchez-vous ; vous n’avez pas cinquante ans pour faire votre couronne” ; elle suivit son conseil, et mourut dans cet ordre, à quarante-neuf ans.

Une autre prédiction semblerait être d’actualité, lorsque le saint Curé dit à un évêque anglais : “Monseigneur, je crois que l’Eglise d’Angleterre retournera à son ancienne splendeur”.

 

 

Terminons cette petite illustration d’un grand Saint, par quelques notes de son humour, qui était vif, toujours délicat.

Un petit garçon de six ans n’éprouvait pas beaucoup d’attrait à apprendre la lecture ; il demande au bon Curé : “Faut-il que j’apprende ou que je jouille ? - Joue, mon enfant, c’est de ton âge.”

Un de ses bons confrères, un peu corpulent, lui fait part de son intention de “s’accrocher à (sa) soutane” quand il ira au ciel ; le Saint lui répartit : “O mon ami, gardez-vous en bien. L’entrée du ciel est étroite : nous resterions tous deux à la porte !”

Enfin, pour les “météo-dépendants” que nous sommes tous : “Il fait toujours beau temps pour le juste ; il ne fait mauvais temps que pour les pauvres pécheurs.”

 

9. Conclusion

 

Jean-Marie Vianney s’éteignit dans son presbytère dans la nuit du 3 au 4 août 1859. C’est le pape saint Pie X qui le proclama Bienheureux le 8 janvier 1905 en l’établissant céleste patron de tous les curés de France, et c’est le pape Pie XI qui le canonisa le 31 mai 1925.

Depuis son enfance, le Curé d’Ars avait une passion, une seule : la conversion des pécheurs. Notre terre de France peut se glorifier d’avoir abrité une si belle Figure au XIXe siècle. Nous l’invoquions particulièrement en 2009, cent-cinquantième anniversaire de sa mort : quel bonheur si beaucoup de Français se convertissaient en relisant les traits de la vie de saint Jean-Marie Vianney.

Frédéric Jansoone

1838-1916

 

Né le 9 novembre 1838 à Ghyvelde (Nord), Frédéric était d’une famille nombreuse très chrétienne. Ses parents s’appelaient Pierre et Marie-Isabelle.

Orphelin de père à dix ans, il commença de fréquenter le collège d’Hazebrouck en 1852. On signale qu’au même moment, son frère aîné, Pierre, commence les années de philosophie au Grand séminaire de Cambrai.

En 1856, il dut interrompre ses études, pour être commis-voyageur dans le textile à Estaires et aider un peu sa mère. Il resta cependant affilié au Tiers-Ordre franciscain.

Sa mère étant décédée en 1861, Frédéric décida courageusement de reprendre ses études, à vingt-trois ans.

En 1864, il entra au noviciat des Franciscains Observants à Amiens et fut ordonné prêtre, à Bourges, en 1870.

Il fut d’abord aumônier militaire durant la guerre franco-prussienne, puis sous-maître des novices à Branday ; l’année suivante, avec deux Confrères, il fonda à Bordeaux une maison dont il fut nommé supérieur, tout en dirigeant le Tiers-Ordre et la Revue franciscaine, ainsi que la bibliothèque de Paris.

La culture du père Frédéric était immense : histoire et géographie, astronomie et archéologie, botanique et peinture…

Il demanda à aller œuvrer au Pays de Jésus, en Terre Sainte. Il y fut nommé Vicaire Custodial (1878). C’est durant les dix années suivantes qu’il réorganisa la vie religieuse chrétienne sur les Lieux Saints, en particulier en reprenant la dévotion du Chemin de Croix dans Jérusalem, interdit depuis 1621.

Il lui fallait des subsides. En 1881-1882, sur l’invitation du curé de Cap-Rouge (Québec), il fit un séjour au Canada, mais préféra se transporter à Trois-Rivières, où il put collaborer efficacement avec le recteur de la basilique Notre-Dame du Cap, et organiser avec ce dernier le Commissariat de Terre Sainte, une association franciscaine visant à encadrer la vie catholique à Jérusalem.

Le père Frédéric fut extrêmement actif pour faire renaître la vie spirituelle, s’appuyant sur la vitalité des confréries et insistant sur la nécessité de la conversion intérieure. Ses prédications, ses articles, ses livres, dans un style simple et abordable, donnèrent une impulsion énorme au renouveau catholique du 19e siècle.

On a conservé de lui de nombreuses prédications, deux livres (Vie de Notre-Seigneur et Vie de Saint-François).

En 1888, le père Frédéric vint s’installer définitivement au Québec, dans cette paroisse de Notre-Dame du Cap, où il œuvra jusqu’à l’arrivée, sur sa demande, des Oblats de Marie Immaculée (1902). Le recteur et curé écrivit de lui ce témoignage : On se le dispute littéralement. Les malades le cherchent et le suivent partout. C’est un homme de Dieu… Si vous voyez ses supérieurs, vous pouvez les assurer qu’il vit comme un saint. On l’appelle le Bon père Frédéric.

C’est cette même année que, en compagnie du recteur de Notre-Dame du Cap et d’un autre laïc, le Bon père Frédéric fut témoin d’une manifestation particulière dans ce sanctuaire. On venait d’inaugurer la nouvelle chapelle de Notre-Dame du Rosaire. Tandis qu’ils priaient, d’après les propres termes du père Frédéric, la statue de la Vierge, qui a les yeux entièrement baissés, avait les yeux grandement ouverts ; le regard de la Vierge était fixe ; elle regardait devant elle, droit à sa hauteur. L’illusion était difficile : son visage se trouvait en pleine lumière par suite du soleil qui luisait à travers une fenêtre et éclairait parfaitement tout le sanctuaire. Ses yeux étaient noirs, bien formés et en pleine harmonie avec l’ensemble du visage. Le regard de la Vierge était celui d’une personne vivante ; il avait une expression de sévérité, mêlée de tristesse. Ce prodige à duré approximativement de cinq à dix minutes. Cependant, on ne sait pas si alors la Vierge a laissé un message, ou si quelque événement arriva pour expliquer cette soudaine manifestation.

C’est là que le père Frédéric vécut les dernières années de sa vie. Dirigeant efficacement les pèlerinages à Notre-Dame du Cap, il put en même temps continuer à soutenir l’œuvre de Terre Sainte grâce aux importantes aumônes des pèlerins canadiens.

La simplicité et la douceur du père Frédéric en firent vraiment un nouveau François d’Assise. Un cancer à l’estomac se déclara ; il mourut le 4 août 1916.

Frédéric Jansoone fut béatifié en 1988, un siècle après le prodige des yeux.

Josep Rabasa Bentanachs

1862-1936

 

Josep vit le jour le 26 juin 1862 à Noves de Segres (Lleida, Espagne).

Orphelin encore petit, une pieuse femme s’en chargea et le confia en 1890 aux Salésiens de Sarriá (Barcelone), pour aider à la cuisine.

Josep sentit l’appel de Dieu et demanda à être admis au noviciat. Il fit la profession en 1892, comme Frère laïc.

Après plusieurs postes, il revint à Sarriá.

Quand il arriva à soixante-dix ans, fatigué, il demanda à être déchargé et continua de vivre là, dans la prière fervente.

Le 21 juillet, les Religieux furent expulsés. Le directeur remit à chacun cinq pesetas, ne pouvant que leur dire de se réfugier où ils pouvaient. Frère Josep Rabasa et l’infirmier don Josep proposèrent de rester dans la maison pour s’occuper des blessés de guerre, puisque la maison était transformée en hôpital.

Le 31, on les mit à la rue. Ils se réfugièrent chez une pieuse femme où ils passèrent quelques jours dans le recueillement. Ils avaient juste à retirer leur passeport pour rejoindre l’Italie.

Mais en y allant, ils voulurent passer par la maison de Sarriá, pour y prendre quelques vêtements. Dans le tramway, ils furent reconnus, arrêtés, et assassinés.

C’était le 4 août 1936.

Frère Josep Rabasa fut béatifié en 2001.

 

 

Josep Batalla Parramón

1873-1936

 

Josep vit le jour le 15 janvier 1873 à Abella de la Conca (Lleida, Espagne).

Il entra dans la Société des Salésiens, y fit le noviciat, la profession en 1893 et fut ordonné prêtre en 1900.

Après plusieurs postes, il fut nommé en 1909 confesseur et infirmier à la maison de Sarriá (Barcelone).

Il s’y distingua tellement qu’on le surnomma saint Jean de Dieu (pour saint João Cidade de Dieu, voir au 8 mars). Il resta à cette place pendant vingt-sept ans.

Le 21 juillet, les Religieux furent expulsés. Le directeur remit à chacun cinq pesetas, ne pouvant que leur dire de se réfugier où ils pouvaient. Don Josep ainsi que le Frère Josep Rabasa proposèrent de rester dans la maison pour s’occuper des blessés de guerre, puisque la maison était transformée en hôpital.

Le 31, on les mit à la rue. Ils se réfugièrent chez une pieuse femme où ils passèrent quelques jours dans le recueillement. Ils avaient juste à retirer leur passeport pour rejoindre l’Italie.

Mais en y allant, ils voulurent passer par la maison de Sarriá, pour y prendre quelques vêtements. Dans le tramway, ils furent reconnus, arrêtés, et assassinés.

C’était le 4 août 1936.

Don Josep Batalla fut béatifié en 2001.

 

 

Francesc Mercadé Randé

1881-1936

 

Francesc était né le 27 mars 1881 à Roda de Barà (Tarragona), de Pau et María, qui le firent baptiser deux jours après.

Il fut ordonné prêtre en 1908.

Après avoir été vicaire à Prades, il demanda lui-même à être nommé à Barberá (Conca de Barberá), qui serait sinon resté sans prêtre.

Ce n’était pas une paroisse «pratiquante» ; un climat anticlérical lui coûta même beaucoup d’humiliations. Il disait : Puisqu’ils ne viennent pas à l’église, moi qui suis leur recteur, c’est moi qui irai à eux. Il rendit visite aux malades, malgré toutes les moqueries qu’il en reçut. Il se montrait charitable envers les pauvres. Il aimait faire le catéchisme aux enfants, sans épargner son temps.

Certains de ses ennemis disaient de lui : Après tout, c’est un brave homme. Dommage qu’il soit curé, c’est au moins un motif pour le mépriser.

Au moment de la révolution de 1936, don Francesc «prophétisa» : Voici le temps de la récolte. Barberà changera et deviendra pieuse.

Le Comité l’invita à préserver ce qui avait de la valeur dans son église. Il alla retirer le Saint Sacrement. On lui promit qu’il ne lui arriverait rien, s’il restait dans son presbytère.

Le 22 juillet, tout le matériel de l’église brûlait sur la place ; on vint l’obliger à venir voir brûler la statue de la Mère de Dieu du Rosaire. Ils lui dirent : Tu as vu comment nous avons supprimé les autels. Viens voir maintenant comment on va découper la statue de la Mère de Dieu du Rosaire. Alors il s’exclama : Non, mes enfants, ne touchez pas à la Mère de Dieu du Rosaire, c’est votre patronne ! Ne lui faites pas de mal ! Respectez-là ! Rien à faire, la statue roulait déjà par terre et on la tirait vers le feu de la place.

Le 4 août à six heures du matin, don Francesc Mercadé fut arrêté dans son presbytère. Quand on le tira de chez lui sous prétexte d’aller l’enregistrer à Tarragona, il mit les bras en croix et demanda d’être tué sur place, dans sa paroisse, disant : Je vis pour le Christ, je veux mourir pour lui.

Pendant tout le voyage, il pria, le chapelet dans ses mains. Quand on fut devant le siège de la Sécurité, on lui demanda : Alors, tu as assez prié ? Calmement, il dit : Oui. On le fit descendre de la voiture et on l’abattit au le bord de la rue.

Don Francesc Mercadé mourut le 4 août 1936, et fut béatifié en 2013.

 

 

Gil Rodicio Rodicio

1888-1936

 

Gil (Gilles) vit le jour le 23 mars 1888 à Requejo (Orense, Espagne).

Après avoir fréquenté la maison salésienne de Sarriá (Barcelone), il demanda à être admis au noviciat. Il fit la profession en 1908, comme Frère laïc.

Le 21 juillet, les Religieux furent expulsés. Le directeur remit à chacun cinq pesetas, ne pouvant que leur dire de se réfugier où ils pouvaient. Frère Gil trouva refuge chez un ami, où il passa son temps à prier et à accepter sa situation avec patience.

Dénoncé, arrêté, conduit au Comité, installé dans le Musée Naval, Gil demanda seulement aux membres de ce Comité de ne pas persécuter la famille qui l’avait hébergé.

Il fut assassiné à Barcelone le 4 août 1936.

Frère Josep Rabasa fut béatifié en 2001.

 

 

Joseph Sobraqués Glory

1891-1936

 

Joseph naquit le 28 mars 1891 dans le village français de Bouletemère (Pyrénées Orientales), de Joseph et Marie Glory, des parents extrêmement chrétiens et grands bienfaiteurs de l’Eglise.

Ils firent baptiser leur fils le 6 avril, lequel reçut la Première communion, en 1902.

Il fréquenta l’école communale, dirigée par les Frères Maristes, qui avaient une petite prédilection pour lui, en raison de sa profonde piété, ce qui lui attirait d’ailleurs des brimades de la part de quelques compagnons jaloux.

A la maison, il priait avec grand recueillement, ce qui lui valait encore quelques sourires moqueurs de la part de sa sœur aînée.

En 1903, à cause de la fameuse loi de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les Frères Maristes durent fermer leur école et rejoindre des maisons en Espagne. Le jeune Joseph, qui avait douze ans, n’entendait pas s’en séparer et obtint de ses parents de les suivre.

Joseph entra ainsi au juvénat de Vic (Barcelone), au noviciat de Palomar (Barcelone) en 1905, reçut l’habit en 1906, avec le nom (désormais catalan) de Luís Damián. Le novice eut tôt fait de s’habituer au catalan ! Joseph prit le nom de Louis par référence à saint Luigi Gonzaga, pour lequel il avait une dévotion toute particulière et préférentielle. Ceux qui connurent Luís Damián dirent qu’il avait tout de la délicatesse, de l’innocence du grand Saint italien.

Après les premiers vœux en 1907, il fit la profession solennelle en 1912, complétée en 1927 par le vœu de stabilité, propre aux Frères maristes.

Joseph - désormais Luís Damián - termina sa préparation à Manresa, et enseigna à Barcelone, Saragosse, Valencia et Murcia. En 1935, il était nommé directeur du collège de La Alameda à Valencia.

Survint la guerre civile en juillet 1936. Le Frère Luís Damián et un autre Frère de la communauté se réfugièrent à la fin du mois chez leur aumônier, don Arsenio. Tous trois y furent arrêtés, et mis en prison dans l’ancienne maison des Salésiens de Valencia. Un prêtre qui rejoignit Luís Damián dans la cellule - et qui survécut - révéla avoir pu lui donner l’absolution.

Quand on découvrit son cadavre, on déduisit qu’il avait été assassiné le 4 août 1936 au soir, avec l’autre Frère et l’aumônier, ainsi que deux autres Frères arrêtés précédemment.

Les quatre Frères maristes ont été béatifiés en 2013.

 

 

 

José López Cáceres

1904-1936

 

José López Cáceres naquit le 22 avril 1904 à Torrecampo (Cordoue, Espagne S).

Il reçut l’ordination sacerdotale.

Son martyre eut lieu à Espejo le 4 août 1936.

José López Cáceres sera béatifié en 2021, et inscrit au Martyrologe le 4 août.

 

 

Elías Garet Ventejo

1905-1936

 

Elías vit le jour le 28 janvier 1905 à (Barcelone, Espagne), de parents chrétiens qui le firent baptiser quelques jours après avec les noms de Elías Juan Miguel. La même année, selon une coutume de l’époque, il reçut la Confirmation.

Le papa, boulanger, travaillait de nuit ; la maman, malade et infirme, gardait la chambre, de sorte que Elías ne profita pas beaucoup de l’affection de ses parents, mais il fut bien suivi par les Frères maristes, dont il fréquenta l’école.

Après la mort de la maman, Elías entra en 1918 au séminaire mariste de Vic, en 1919 au noviciat de Las Avellanas (Lleida), reçut l’habit en 1920, avec le nom nouveau de José Ceferino, en catalan Josep Ceferí.

En 1921, il fit la première profession, temporaire, et la solennelle en 1926.

Après avoir terminé sa formation, le Frère José Ceferino enseigna successivement à Alcoy (Alicante), Valencia, et passa au Maroc (Larache et Alcazarquivir), avant de revenir en 1933 à Valencia, où était directeur le Frère Luís Damián (voir la notice Joseph Sobraqués Glory).

Ces deux Frères se ressemblaient dans leur idéal et leur comportement. Si le Frère Luís Damián rappelait en tout saint Luigi Gonzaga, le Frère José Ceferino était surnommé tout simplement Saint Louis. Ils étaient ainsi comme deux jumeaux, faits pour s’entendre, pour vivre et pour mourir ensemble.

Ils furent martyrisés ensemble le 4 août 1936, et béatifiés ensemble en 2013.

 

 

Josep Colom Alsina

1906-1936

 

Josep était né le 12 août 1906 à Súria (Bages, Espagne).

Ses parents s’installèrent bientôt à Casserres (Berguedà).

Il se trouvait dans le diocèse de Solsona, où il fréquenta le séminaire, puis il alla à Tarragona pour préparer sa licence de théologie : c’est dans cet archidiocèse qu’il fut alors incardiné et ordonné prêtre, en 1931.

Il sera vicaire à Alforja (Baix Camp), où il laissera un excellent souvenir.

Puis il sera nommé en 1935 à Montblanc (Conca de Barberà), où il se trouvait lors de la révolution de 1936.

En moins d’une année, il eut le temps de faire un travail important, particulièrement en fondant la Fédération des Jeunes Chrétiens de Catalogne, avec son confrère Dalmau Llebaria.

La nuit du 20 au 21 juillet 1936, les divers sanctuaires de la ville étaient déjà en flammes, quand on commença de s’attaquer aux portes de l’église Santa María : les révolutionnaires les aspergèrent d’essence et y mirent le feu.

Un des prêtres alla sonner les cloches pour appeler à l’aide, tandis que l’autre aspergeait le feu avec l’eau bénite : le feu s’éteignit, épargnant ainsi l’intérieur de l’église - et en particulier le vieil orgue baroque. C’est là l’origine de la poésie que don Josep écrivit ensuite en prison, avec le titre Le temple flamboyant (El temple flamejant).

Les deux prêtres allèrent retirer le Saint-Sacrement et autres choses précieuses pour les mettre en sûreté. Avec l’émotion qu’on imagine, ils célébrèrent ensuite leur dernière Messe à huis clos, puis allèrent se réfugier.

On arrêta d’abord don Dalmau. Pour aller le retrouver, don Josep sortit et fut à son tour arrêté. Ils se retrouvèrent donc tous deux dans la prison de Montblanc, le 21 juillet.

Le 22, arriva à son tour dans la prison don Josep Roselló ; le 23, le cardinal Vidal ; le 24 l’évêque auxiliaire, Mgr Borrás. Don Josep Colom fut chargé d’assister Mgr Borrás. Il priait beaucoup, donnait du courage aux autres prisonniers laïcs pour supporter leurs souffrances, et fit ainsi beaucoup de bien.

Au matin du 4 août, une patrouille vint chercher trois personnes, dont un caporal. Don Colom alors s’offrit à la place du caporal. Tous deux, avant de sortir, se confessèrent à don Dalmau. Puis don Colom remit son bréviaire à Sebastià Trèmol, en lui disant : Tiens, garde-le, et fais attention qu’on ne te le prenne pas. Dans le bréviaire, il y avait la poésie dont on a parlé plus haut, et un autre feuillet où étaient rédigés ces mots : Je suis très content d’accomplir la volonté de Dieu sur moi, et c’est pourquoi j’accepte que Notre-Seigneur veuille bien me donner la mort dans le temps et de la façon qu’il voudra. Je suis heureux. Au ciel !

Don Colom s’offrit à la place de ce caporal, qui était père de famille et dont l’épouse attendait un enfant. Le prêtre déclara : A moi, ça ne me fait rien de donner ma vie, en échange de ce Monsieur, qui a des enfants et toute une famille.

Don Colom salua tous les prisonniers et suivit l’officier. On le ligota fortement et on le fit monter dans la voiture.

Parvenus à Vallmoll (Baix Camp), sur la route de Masó, un peu en-dehors de la route, on fusilla le prêtre. C’était le 4 août.

A l’endroit du martyre se trouve maintenant une petite croix commémorative.

Don Josep Colom Alsina fut béatifié en 2013.

 

 

Gonzalo Gonzalo Gonzalo

1909-1936

 

Ce n’est pas une erreur : les parents du garçon étaient cousins de même nom de famille, et donnèrent à leur fils ce même prénom de saint Luigi Gonzaga (voir au 21 juin).

Gonzalo, donc, naquit le 24 février 1909 à Conquezuela (Soria, Espagne).

En 1930, il entra chez les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu et, après sa formation, fut destiné à la maison Saint-Raphael de Madrid (1933).

En 1936, on le nomma quêteur, car c’est des aumônes seulement que vivaient ces Religieux et qu’ils recevaient de quoi aider les malades qu’ils soignaient.

Le 18 juillet de cette même année, devant les événements tragiques, la communauté jugea opportun de suspendre quelque temps cette activité, mais elle n’avait pas d’autres ressources et les jours passaient.

Le Frère Gonzalo reprit ses démarches.

Le 4 août 1936, il fut dénoncé et arrêté dans une maison par des miliciens qui allèrent l’assassiner tout près de leur tchéka, abandonnant le corps en pleine rue.

Frère Gonzalo fut béatifié en 1992.

 

 

José Pampliega Santiago

1912-1936

 

José vit le jour le 26 août 1912 à Cañizar de los Ajos, aujourd’hui Cañizar de Argaño (Burgos, Espagne), fut baptisé le lendemain, confirmé le mois suivant, et reçut la Première communion en 1920.

Les parents étaient pauvres mais très chrétiens ; d’un premier mariage, le père eut une fille bénédictine en Australie ; du second mariage naquirent José et Eutiquio, qui furent un moment condisciples au noviciat des Frères maristes. Tandis qu’Eutiquio changeait d’orientation en 1931, José avançait dans la voie religieuse.

Il avait commencé le juvénat à Vic en 1924, était passé au noviciat de Las Avellanas en 1928, reçut l’habit en 1929 avec le nouveau nom de Berardo José, et fit la première profession en 1930.

Au terme de sa formation, il enseigna au lycée Mayáns (1931) puis à l’Académie Nebrija (1934), toujours à Valencia

Il aurait dû faire la profession solennelle en 1936, mais les événements l’en empêchèrent.

Le 1er août 1936, il fut arrêté avec un autre Frère (voir notice Lucio Galerón Parte), et tous deux furent assassinés le 4 août, avec les Frères Luis Damian et José Ceferino (voir les notices Joseph Sobraqués et Elias Garet).

Leur aumônier, don Arsenio, assassiné avec eux, ne fait pas partie de la même cause de béatification.

Les quatre Frères maristes furent béatifiés en 2013.

 

 

Lucio Galerón Parte

1912-1936

 

Lucio vit le jour le 13 décembre 1912, fête de sainte Lucie, à Yudego (Burgos, Espagne), de Amancio et Úrsula, de modestes paysans.

Lucio fut baptisé le 15 décembre suivant.

Il eut un frère, Lorenzo, dominicain et évêque au Vénézuéla, et une sœur dominicaine.

Lucio entra au séminaire mariste de Vic en 1924, au noviciat de Las Avellanas (Lleida) en 1927, reçut l’habit en 1928 avec le nom de Benedicto José et fit la première profession en 1929.

Au terme de sa formation pédagogique, il enseigna à Vallejo de Orbó (1930), à Barruelo de Santullán (1932), puis Logroño (1933) et Valencia (1934).

Les événements politiques et la révolution de 1936 firent qu’il n’eut pas le temps et la possibilité de faire la profession solennelle, cinq ans après la première. Dieu lui réservait une plus grande gloire : le martyre.

Le 1er août 1936, il fut arrêté avec un autre Frère (voir notice José Pampliega Santiago), et tous deux furent assassinés le 4 août, avec les Frères Luis Damian et José Ceferino (voir les notices Joseph Sobraqués et Elías Garet).

Leur aumônier, don Arsenio, assassiné avec eux, ne fait pas partie de la même cause de béatification.

Les quatre Frères maristes furent béatifiés en 2013.

 

 

Luis Quintas Durán

1918-1936

 

Né le 24 avril 1918 à Almería, Luis était le troisième des huit enfants d’une famille très chrétienne ; son frère aîné, José, fut prêtre et martyr également (v. 22 mai) ; son jeune frère était Mario, sa sœur Julia. Ils considéraient leur frère le plus intelligent de tous.

Luis devait avoir à peine son baccalauréat, mais il avait aussi appris à être charitable envers les pauvres et fidèle à Dieu en toutes choses ; il faisait partie des Adorateurs nocturnes, de l’association S.Louis de Gonzague, des Conférences s.Vincent de Paul.

C’était une victime de choix pour les révolutionnaires. Dès le début de la guerre civile, il fut arrêté avec ses deux frères. Ligoté dans sa cellule, c’est lui qui remontait le courage de ses parents.

Les révolutionnaires s’en prenaient beaucoup à lui, qui était si jeune ; ils se moquaient de lui et le menaçaient continuellement. Un jour qu’il était en train de boire avec son verre, ils lui tirèrent une balle dans la tête. Il avait dix-huit ans.

Le jeune bourreau et ses compères sortirent alors dans la rue et ils l’acclamèrent pour sa «victoire».

Puis ils vinrent dans la prison et obligèrent le jeune frère de Luis, Mario, qui avait alors quatorze ans, de reconnaître le cadavre de son frère et d’aller l’ensevelir. Mario obéit courageusement. Au moment de la sépulture, il fit un signe de croix sur le Défunt : ils reçut à son tour une avalanche de coups et d’insultes.

La famille refusa constamment de dénoncer celui qui avait assassiné leur fils ; mieux, le bourreau lui-même rencontra le même Mario, une vingtaine d’années plus tard, pour lui demander pardon.

Martyrisé le 4 août 1936 et béatifié comme son frère José en 2017, Luis Quintas Durán sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 4 août.

 

 

 

Francisco Izquierdo Pérez

1918-1936

 

Francisco Izquierdo Pérez naquit en 1918.

Il témoigna courageusement de sa foi en Jésus-Christ, préférant perdre sa vie pour Lui et la retrouver dans l’Eternité (cf. Mt 10:39).

Son martyre eut lieu à El Carpio le 4 août 1936. Francisco avait dix-huit ans.

Francisco Izquierdo Pérez sera béatifié en 2021, et inscrit au Martyrologe le 4 août.

Józef Krzysztofik

1908-1942

 

Il vit le jour le 22 mars 1908 à Zachorzóv (Opoczna, Radom, Pologne), de Józef et Franciszka Franaszczyk.

Il fréquenta l’école populaire à Zachorzowie, puis l’école de Łomża, tenue par les Pères capucins.

En 1927, il prit l’habit des Capucins, avec le nom de Henryk.

Comme il n’y avait plus de noviciat à l’époque, on l’envoya étudier la philosophie à Breust-Eijsden (Pays-Bas) et, en 1930, la théologie à Rome.

A Rome, il fit la profession en 1933, fut ordonné prêtre et passa la licence en théologie (1935).

De retour en Pologne, il enseigna la théologie dogmatique et apologétique au nouveau couvent de Cracovie, puis fut nommé recteur du séminaire de Lublin.

Quand éclata la répression nazie, les Religieux hollandais furent interdits de séjour, le père Henryk dut aussi remplacer le Supérieur de son couvent, se trouvant ainsi dans la position de réconforter les esprits et de les préparer à l’épreuve.

Le 25 janvier 1940, furent arrêtés les vingt-trois Religieux capucins du couvent (huit prêtres et quinze séminaristes), parmi lesquels se trouvait le père Henryk.

Dans la prison de Lublin, il eut l’habileté d’organiser discrètement la célébration de la Messe chaque matin : comme autel, l’unique tabouret de la pièce ; comme calice, un verre ordinaire ; mais quel recueillement…

Le 18 juin, on les transféra au camp de concentration de Sachsenhausen, proche de Berlin.

Le 14 décembre, ce fut Dachau. Le père Henryk y porta le numéro 22637.

On souffrait terriblement du froid et de la faim. Les prisonniers, parfois, se battaient pour un morceau de pain. C’est dans ces pénibles conditions que le père Henryk, ayant providentiellement pu se procurer un jour deux pains, les partagea en vingt-cinq portions, qu’il distribua calmement à chacun de ses compagnons.

Il maigrit, il s’affaiblit. Complètement déshydraté, réduit à un état plus que squelettique, alité à l’infirmerie, il s’éteignit le 4 août 1942.

Il fut béatifié en 1999.

 

Ioan Bălan

1880-1959

 

Ioan Bălan naquit le 11 février 1880 à Teiuş (Roumanie), dans une famille de rit gréco-catholique.

Il étudia la Théologie au Grand séminaire de Budapest et fut ordonné prêtre en 1903.

Après avoir poursuivi d’autres études à Vienne, il revint en Roumanie, à Blaj puis, en 1909, à Bucarest.

En 1919, de retour à Blaj, il fut nommé chanoine et, en 1921, recteur de l’académie de Théologie.

En 1929, il fut appelé à faire partie de la Commission vaticane pour la rédaction du nouveau Code de Droit Canonique concernant les Eglises orientales.

En novembre 1936, il fut consacré évêque de Lugoj.

Lors de l’établissement du gouvernement communiste, il résista courageusement aux injonctions du parti, qui le sommait de rompre avec Rome et de rentrer dans les files de l’Eglise orthodoxe roumaine, qui était noyautée par le parti communiste.

Mgr Balan fut arrêté le 28 octobre 1948, conduit au monastère orthodoxe de Dragoslavele, puis au monastère (transformé en prison) de Căldăruşani en février 1949, enfin à la prison de Sighet en mai 1950.

Plus tard, on le confina dans le monastère de Curtea de Argeş (1955) puis, en 1956, on le transféra au monastère orthodoxe des Sœurs de la Ciorogârla (près de Bucarest), où il devait rester dans l’isolement complet jusqu’à la fin de ses jours.

Mgr Balan approchait des quatre-vingts ans. Affaibli et malade, il fut transporté dans un hôpital de Bucarest, où il mourut le 4 août 1959.

Il faut remarquer que Mgr Balan n’a jamais été ni inculpé, ni jugé, ni condamné.

Il a été enterré au cimetière catholique de Bellu.

Ioan Bălan est un des sept évêques roumains reconnus martyrs et béatifiés en juin 2019, par le pape François lui-même, lors de son voyage apostolique en Roumanie.

 

 

Enrique Ángel Angelelli Carletti

1923-1976

 

Enrique Ángel était le fils d’un couple d’immigrés italiens et naquit le 18 juillet 1923 à Córdoba (Argentine).

Il entra au séminaire Notre-Dame-de-Lorette en 1938 et acheva ses études au Collège Pontifical latino-américain de Rome, où il fut ordonné prêtre en 1949. Il se diplôma ensuite en Droit canonique à l’Université Grégorienne de Rome.

De retour en Argentine, il fut nommé vicaire de la paroisse Saint-Joseph de Barrio Alto et aumônier de l’hôpital ; il s’occupa particulièrement de visiter les pauvres dans les bidonvilles et de former des groupes de jeunes. Il fut aussi nommé professeur de Droit canonique au Grand séminaire et de théologie à l’Institut Lumen Christi.

En 1960, il fut nommé évêque auxiliaire de Córdoba et fut recteur du Grand séminaire ; de concert avec des prêtres préoccupés comme lui de la condition des classes inférieures, des ouvriers, des paysans, le jeune évêque s’intéressa aux conflits sociaux, déclarant ouvertement que l’Eglise devait faire évoluer son attitude devant ces graves problèmes. Le nouvel archevêque de Córdoba, en revanche, n’aimait pas ce genre de déclarations, condamnant même cette position trop gauchisante, et releva l’évêque contestataire de ses fonctions, le nommant simple aumônier du couvent des Adoratrices au Collège Villa Eucharistica.

Mais Mgr Angelelli restait évêque, et comme tel participa aux sessions du Concile Vatican II. Au terme du Concile, il fut rétabli évêque auxiliaire de Córdoba (1965).

En 1968, il fut nommé évêque de La Rioja. Dès lors, il avait les mains libres pour s’introduire dans la cause des mineurs, des ouvriers agricoles, des employés domestiques, qu’il encouragea à se regrouper en syndicats, en coopératives (tissage, briques, boulangerie, coopératives agricoles).

En 1973, un premier incident grave se produisit lors de la visite de Mgr Angelelli à Anillaco : une troupe menée par des grands propriétaires pénétra de force dans l’église, forçant l’évêque à interrompre la cérémonie et jeta des pierres contre l’évêque quand il sortit de l’église ; l’évêque alors frappa d’interdit les auteurs de ces faits.

Une enquête fut ordonnée par Rome, qui fut menée par le général des Jésuites et l’archevêque de Santa Fe. Mgr Angelelli offrit sa démission au Pape. Les prêtres du diocèse soutenaient leur évêque, et tandis que le nonce restait très prudent dans sa position neutre, l’archevêque de Santa Fe prenait ouvertement position pour Mgr Angelelli.

Il y eut ensuite la Guerre Sale et les changements politiques. Attentats, enlèvements, tortures, disparitions. Mgr Angelelli voulut obtenir des renseignements sur les prisonniers ; il lui fut répondu : C’est vous qui devez vous tenir sur vos gardes. L’évêque savait dès lors qu’il était visé et attendait son tour.

Le 4 août 1976, dans la localité de Punta de los Llanos, un «accident» mystérieux renversa la camionnette conduite par l’évêque. Mgr Angelelli mourut ; on releva sur son cou de fortes lésions dues à un objet contondant, une fracture en forme d’étoile dans l’os occipital et plusieurs côtes cassées.

Après la version de l’accident de la route, il y eut celle de l’homicide froidement prémédité. En 2009, une autopsie officielle révéla que la mort avait été causée par les fractures du crâne et non par un banal accident de la route. Peu à peu, l’Eglise reconnut que l’accident avait été provoqué intentionnellement ; enfin un certain cardinal Jorge Bergoglio parla de martyre.

Mgr Enrique Ángel Angelelli Carletti fut béatifié en 2019, et inscrit au Martyrologe le 4 août.

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