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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 09:22

Pauline Jaricot

1799-1862

 

Cette demoiselle naquit le 22 juillet 1799 à Lyon, dans une fratrie qui comportera six frères et sœurs. Les parents, Antoine Jaricot et Jeanne Latier, sont plieurs et vendeurs de soie, une profession florissante alors ; c’est un couple uni, qui mène bien ses affaires. Paulette reçoit le baptême à domicile, d’un prêtre réfractaire : on était au lendemain de la Révolution et les chrétiens n’aimaient pas fréquenter les “prêtres” jureurs, imposés par le régime républicain.

Pauline grandit ainsi dans l’aisance. On ne pourra pas dire d’elle, comme dans certaines vies de Saints, qu’elle montra les signes de la plus grande sainteté dès l’enfance. Au contraire, vive, coquette, coléreuse, orgueilleuse, elle fréquente les réceptions bourgeoises, où elle plaît. Elle n’est pas mécréante pour autant : elle est fidèle, elle prie Marie et sait parler à Jésus Christ présent dans l’Eucharistie.

L’épreuve de la mort de sa mère va la faire réfléchir : elle trouve sa vie monotone, ennuyeuse. Tout change brusquement un dimanche de carême 1816 : elle n’a encore que seize ans, et un sermon entendu à l’église sur les vanités de ce monde, la décide à se tourner vers les pauvres et à se donner à l’apostolat. Elle fait refaire un récent portrait trop avantageux pour elle, et s’habille comme les pauvres, au point que sa femme de ménage ne veut plus sortir avec elle.

Noël 1816 : elle fait le vœu de virginité. Puis s’engage à être servante du Christ.

Elle trouve des compagnes de son âge dans son quartier, qui partagent son idéal de “Réparatrices du Cœur de Jésus méconnu et méprisé”, et distribue tout ce qu’elle peut pour aider les pauvres : restes de cuisine, argent, linge… Son père se fâche et lui défend de donner le linge sans sa permission.

A cette époque l’élan missionnaire connaît un profond renouveau, qui enthousiasme Pauline. La Propagation de la Foi est une structure de l’Eglise visant à aider les missionnaires dans leur difficile apostolat en pays lointains. Elle a alors une idée géniale : associer les petits à cette grande œuvre de l’Eglise. Comment ? En constituant des groupes de dix personnes qui prient chaque jour à la même intention, font une petite offrande hebdomadaire et s’engagent à former un nouveau groupe de dix personnes. Elle quête humblement auprès des ouvrières généreuses le “sou hebdomadaire”, quelque chose comme cinquante centimes d’euro. Son initiative a un gros succès, et son frère, qui est prêtre aux Mission Etrangères de Paris (MEP), l’encourage ; c’est le clergé local qui s’alarme, craignant une perte de profits pour les œuvres locales diocésaines.

Mais l’idée fait son chemin. L’œuvre de Pauline se structure en associations de 10, 100, 1000 personnes. En 1822, dix messieurs reprennent l’association pour porter la foi jusqu’au fond de l’Amérique et de l’Asie. Ce sera le premier maillon des Œuvres Pontificales Missionnaires, très actives encore aujourd’hui.

Pauline, pour sa part, reste dans l’ombre, humblement. Son confesseur lui ordonne même de se retirer de la vie active, de rester chez elle, où elle va s’occuper de son père et des tâches familiales. Son désir est d’aider les pauvres à acquérir une vie de prière, une vie chrétienne, comme antidote à l’athéisme du milieu bourgeois.

En 1826, Pauline a une autre inspiration : le Rosaire Vivant, en adoptant un moyen analogue à celui qui avait fait le succès de la Propagation de la Foi. Comme il est difficile de demander à chacun de prier chaque jour le rosaire dans son intégralité, elle confie à autant de personnes qu’il en faut la récitation quotidienne d’une dizaine de chapelet. A cette époque le rosaire comprend quinze mystères, donc quinze dizaines de chapelet. Les quinze membres d’un groupe de Rosaire Vivant prient chaque jour pour une même intention. Notons ici qu’aujourd’hui, un rosaire comporte vingt mystères, depuis l’institution par s.Jean-Paul II, des Mystères Lumineux.

Pauline anime les groupes par de petites circulaires, élargissant la prière aux intentions de l’Eglise universelle. Elle demande à chaque membre de s’adjoindre cinq autres membres. Cela devient une véritable armée en prière, favorisant la vie chrétienne et les belles vertus dans la société. Le Rosaire Vivant se développe en France, mais aussi à l’étranger, gagne l’Amérique, l’Afrique… Un certain Karol Wojtyla, polonais, connaîtra cette dévotion dans les années 1930 et découvrira seulement plus tard, une fois devenu Jean-Paul II, son initiatrice.

En 1832, Pauline achète sur la colline de Lorette à Lyon une grande maison pour abriter son association et pour “offrir à Notre-Dame de Fourvière un piédestal de verdure et de prière.” De cette maison seront expédiées dès la première année 240.000 livres, 80.000 images, 40.000 médailles et 19.000 chapelets ! La même année elle reçoit du pape Grégoire XVI l’approbation pour son œuvre. La quasi-totalité des évêques de France la soutiennent dans leur diocèse. En 1834, en deux années seulement, l’association comptera déjà plus d’un million d’adhérents, qui seront plus de deux millions à la mort de Pauline.

Une autre initiative, mal engagée, vaudra à Pauline l’échec, la ruine et même le discrédit. Elle aurait voulu remettre en marche les forges du Vaucluse, pour faire travailler les ouvriers pauvres dans une atmosphère chrétienne. Mais celui qui semblait l’appuyer est un escroc qui la trompe et l’entraîne à la faillite totale.

Pauline termine ses jours dans une pauvreté extrême et meurt, abandonnée de tous, le 9 janvier 1862.

Des années plus tard, elle sera réhabilitée, et son procès de béatification, ouvert par le Bienheureux pape Jean XXIII, est arrivé à sa conclusion, à la suite d’un miracle prodigieux.

L’année 2012 était le cent-cinquantième anniversaire de la mort de Pauline. Cette année-là, à Lyon, une petite fille de trois ans perdit connaissance à cause d’un étouffement ; à la suite d’un arrêt cardio-vasculaire de vingt minutes, les médecins suspendirent les traitements et restaient extrêmement pessimistes ; mais la famille demanda la poursuite de l’alimentation artificielle et commença une neuvaine de prières à Pauline Jaricot : la petite fille se réveilla et, successivement, disparurent totalement les symptômes d’un état végétatif qui semblait certain. La guérison fut totale.

Le miracle fut reconnu ; la béatification devrait arriver en 2021. Pauline sera alors inscrite au Martyrologe le 9 janvier.

Depuis 2005, la maison de Lyon est ouverte au public ; un lieu de calme et de recueillement, moins bruyant que la basilique de Fourvières. Les Lyonnais la connaissent peut-être moins que nos frères des missions lointaines, mais on vient par milliers visiter chaque année l’exposition qui y est installée.

Emblème du renouveau religieux du XIXe siècle, Pauline a découvert, un siècle avant le concile de Vatican II, ce qu’est le sacerdoce des fidèles, cette grâce du baptême qui nous unit tous dans l’unique Corps de Jésus-Christ et nous pousse à exercer ce sacerdoce par la prière personnelle et l’exemple de la charité vécue.

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