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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 23:00

  

José María de Yermo y Parres

1851-1904

 

 

La famille de ce prêtre mexicain était originaire de Burgos en Espagne. Son père, Manuel de Yermo y Soviñas, avocat en retraite, et sa mère, Josefa Parres, tous deux excellents chrétiens, tenaient une propriété de campagne à Jalmolonga (Etat de Mexico). Il était leur fils unique, et fut baptisé le jour-même de sa naissance (10 novembre 1851).

La première de tant d’épreuves que dut éprouver José, fut le décès de sa maman à peine cinquante jours après sa naissance, juste avant la fête de Noël, qui fut cette année-là bien triste pour la famille Yermo. Mais le papa enseigna toujours au petit José ce que signifie être viril et chrétien : José grandit auprès de son père, de sa tante Carmen, de sa grand-mère, apprenant d’eux ce qui fut toute sa vie le trésor de son cœur : l’amour de Dieu et l’amour au service des pauvres.

José eut des maîtres à la maison, puis fréquenta des écoles privées. En 1864, à douze ans, il recevait des mains de l’empereur Maximilien la médaille d’honneur au mérite, pour s’être particulièrement signalé dans ses études (1). Sa formation continua à la maison, entre autres pour l’étude du latin.

Le désir du sacerdoce fut assez précoce chez José, mais les circonstances sociales du moment ne lui épargnèrent ni les luttes, ni les crises, ni les incertitudes. Sa première expérience religieuse fut chez les Pères Lazaristes dans la Congrégation de la Mission (fondés par s.Vincent de Paul).

Après sa profession religieuse, il fut envoyé à Paris pour poursuivre ses études théologiques. De retour dans sa patrie, l’année suivante, il se donna à l’apostolat avec ferveur et enthousiasme, dans diverses missions de l’archidiocèse. Mais il n’avait pas une bonne santé et ne put continuer ce dur travail apostolique, aussi revint-il pour quelque temps dans sa famille. Mais il resta lié aux supérieurs de la Congrégation et, au sein de l’archidiocèse de México, conserva la charge de secrétaire de l’archevêque Pelagio Antonio Labastida y Dávalos.

Les crises se succédèrent, au point qu’il obtint la dispense des vœux en 1874, puis réintégra la Congrégation, qu’il quitta définitivement en 1877. Il était persuadé de ne pas être sur le bon chemin. A l’école de saint Vincent, il avait appris à aimer et à servir les pauvres. Il atterrit finalement au séminaire de León (Etat de Guanajuato), accueilli par l’évêque José de Jesús Díez de Sollano, un lointain parent, qui l’ordonna sous-diacre, diacre et prêtre en 1879, à vingt-sept ans déjà.

Ses nombreuses qualités lui valurent dès son ordination plusieurs nominations et diverses charges. Ainsi les membres du Chapitre des Chanoines proposèrent à l’évêque de le nommer sixième chapelain de chœur et second maître des cérémonies, charges qu’il assuma jusqu’à son transfer à Puebla en 1889. Ses autres charges furent à cette époque : sous-secrétaire, puis secrétaire de la Curie, co-fondateur et secrétaire de l’Académie philosophico-théologique Saint Thomas d’Aquin, inaugurée en 1880 par le même évêque Sollano y Dávalos.

On citera ici le témoignage d’un témoin oculaire, sœur Refugio Ladrón de Guevara, qui décrit ainsi ses débuts apostoliques :

“Dès lors il montra une sublime éloquence, une sorte d’onction surnaturelle qui émouvait les cœurs ; quand on apprenait qu’il avait annoncé les sermons de carême, il s’y rendait une telle foule que l’église où il prêchait, Notre Dame des Anges, était remplie. Et comme cette église n’avait pas de tambour, toute la foule se tenait dans la rue, jusqu’au trottoir d’en face, au point que la rue était fermée à toute circulation ; tout ce monde écoutait et comprenait ce que disait notre Père, car notre Seigneur lui donna une voix à la fois douce, sonore et claire, ce qui faisait qu’on l’entendait distinctement même de loin. J’en donne le témoignage.”

Un autre témoignage vient de son ami, le prêtre Miguel Arizmendi : “Il faut parler surtout du zèle avec lequel il s’est consacré à l’exercice de son saint ministère. Des personnes de tout sexe et de toute condition venaient à lui pour entendre ses conseils et le consulter dans des cas difficiles, attirés par sa vaste culture, sa grande prudence et son inaltérable vertu.

Durant sa jeunesse, il avait déjà montré son zèle en fondant une association juvénile : L’Ange de la Pureté. Séminariste, il allait faire le catéchisme dans les quartiers pauvres. Une fois prêtre, son zèle le porta auprès des jeunes, organisant principalement la catéchèse et promouvant le culte au Sacré-Cœur et la dévotion mariale dans le diocèse. Il obtint même la conversion de Juifs et de Francs-maçons. 

En 1884, la délicate santé du père Yermo fut sérieusement menacée par une grave maladie pulmonaire qui préoccupa beaucoup ses supérieurs et lui-même, au point qu’il crut opportun de renoncer à la charge de sous-secrétaire de la Curie. Durant sa longue convalescence, il décida d’aider un brave vieux curé dans l’exercice de son ministère, dans la petite église du Calvaire, située en haut d’une colline non loin de la ville. Avec ce prêtre exemplaire (don Prudencio Castro), le père Yermo prit contact avec les pauvres et les marginaux de la vie, qui avaient besoin d’une assistance matérielle et surtout spirituelle. Il s’en occupa si bien, qu’à la mort de l’évêque, le successeur de ce dernier, Mgr Tomás Barón y Morales, nomma José dans les deux quartiers de banlieue du Calvaire et de l’Enfant-Jésus, pour succéder au curé défunt (1885). 

Ce fut une nomination qui, de l’aveu de José lui-même, blessa sérieusement son orgueil. Mais il prit à cœur son travail apostolique, se chargeant lui-même des travaux les plus humbles. Dieu le préparait ainsi à rencontrer la réalité de la souffrance des pauvres.

Et voici ce qu’il découvrit un jour d’août 1885, tandis qu’il se rendait à l’église du Calvaire. Comme tous les jours, il devait traverser un ruisseau pour y accéder, et voilà qu’il découvre sous ses yeux des porcs en train de dévorer deux nouveaux-nés, probablement abandonnés là par une pauvre malheureuse. Il n’en put dormir pendant plusieurs nuits, mais cette horrible scène lui suggéra de faire quelque chose pour les enfants abandonnés et pour les pauvres.

C’est ainsi que le 13 décembre 1885, avec l’accord de l’évêque, fut fondée sur cette même colline du Calvaire de la ville de León l’Asile du Sacré-Cœur qui bientôt devint un centre d’enseignement, et la première école du Père Yermo : cette école maternelle fut la Maison Mère de beaucoup d’autres œuvres que le Père Yermo mit sur pied, et qui continuèrent à se développer même après sa mort ; les quatre jeunes filles qui secondèrent le Père Yermo dans cette première fondation, furent ensuite les premières Sœurs de la prochaine Congrégation des Servantes du Sacré-Cœur de Jésus et des Pauvres. Lui-même, très humblement, affirmait : “C’est là ce grain de moutarde qui, je ne sais comment, m’est tombé dans les mains, a pris vie et grandi, jusqu’à abriter aujourd’hui dans ses branches un grand nombre de pauvres”.

Chaque occasion nouvelle qui se présentait à lui pour aider les pauvres, était dès lors une nouvelle étape sur son chemin de fondateur ; dès lors le père Yermo chercha tous les moyens d’être fidèle à ce que Dieu lui inspirait, s’entourant de personnes sages, et priant beaucoup pour discerner la volonté de Dieu.

Les difficultés ne se firent pas attendre, et furent très nombreuses : obstacles, incompréhensions, même de la part de ses amis. Ce fut pour lui, en plus de sa mauvaise santé, le départ d’une longue ascension de son esprit d’amour vers Dieu et vers les frères en difficulté. Il surmonta toute chose avec grande force d’âme et de foi. Le père Yermo s’était donné entièrement à Dieu, et n’hésitait pas à se décharger de certaines initiatives, quand il voyait qu’elles n’étaient pas de Dieu.

Les premiers fruits aussi se firent sentir : trois ans après son arrivée au Calvaire, il avait réussi à transformer cette petite église en un centre d’adoration eucharistique et de charité chrétienne fervente. Beaucoup de fidèles venaient des autres paroisses pour s’inscrire à la Garde d’Honneur du Sacré-Cœur ; chaque premier vendredi du mois une foule de gens remplissait l’église du Calvaire et la rue jusqu’en face, comme au temps des prédications de carême du père Yermo.

Son projet était l’évangélisation et la promotion du pauvre, et surtout de la femme. Il avait conscience qu’une femme bien éduquée est la base d’une société plus juste et plus chrétienne. Ceci ne l’empêcha pas de tourner aussi son attention et sa sollicitude vers d’autres secteurs de la société défavorisée. Dès 1888, les Sœurs prirent en charge l’Asile de la Charité, une maison pour les vieillards de la ville de Puebla, qui fonctionne encore de nos jours.

Cette même année, au moment où il pensait transférer son œuvre à Puebla, survint à León une de ces terribles inondations qui se produisent quelquefois dans ces belles régions. Voici ce que rapporta un journal de l’époque : “Hier soir, au milieu de la tempête et avec l’eau jusqu’à la ceinture, le père Yermo se rendait de tous côtés, là où il pouvait y avoir quelque danger. Il semblait se multiplier. Il fit élever une digue près de la Garita et ce n’est qu’après des efforts titanesques que l’entreprise dut être abandonnée, par lui et par ceux qui l’aidaient, entraînés par son exemple…” C’est à cette occasion que le Gouverneur de l’Etat de Guanajuato, le général Manuel González, fit son éloge en lui donnant le titre de “Géant de la Charité”. Toutefois, quelqu’un a dit à sa mort que le Père Yermo fut un géant à tous les moments de sa vie.

Le Père Yermo se rendit compte que Puebla devait être la ville qui abriterait le siège de la nouvelle Congrégation. C’est là qu’il fonda l’œuvre de la “Miséricorde Chrétienne”, pour la régénération de la femme tombée dans la prostitution. C’est dans cette propriété, acquise au prix de mille sacrifices, qu’il construisit successivement des écoles, des ateliers et des dortoirs pour petites filles orphelines.

Tout lui réussissait, grâce à sa grande confiance en Dieu, mais aussi à cette façon noble, douce et convainquante qu’il avait pour se faire aider par les couches modestes de la société.

Mais ses entreprises ne devaient pas s’arrêter à Puebla. Après y avoir installé diverses œuvres de bienfaisance, voici qu’en 1890 on le voit inaugurer une école à Mérida, dans l’Etat du Yucatán, à l’extrême limite de la patrie. En 1904, l’année de sa mort, fut fondée la première école parmi les indigènes de la Sierra Tarahumara, dans l’Etat de Chihuahua ; il y transféra les Servantes, pour la promotion des “rarámuri” (2), en collaboration avec les Jésuites ; il disait que c’était là son œuvre la plus précieuse, montrant toujours un grand désir de pousser les Sœurs à travailler dans ces endroits ; dans sa prière, il disait au Seigneur : “Si c’est Toi qui m’inspires cet ardent désir de missions parmi les infidèles, rends-le fécond et fais-m’en connaître la route”.

Successivement, on le vit ouvrir des écoles, des Foyers, des Maisons pour Vieillards, des hôpitaux, lancer des missions, en différents points du Mexique.

Le père Yermo ne négligea aucun moyen pour impartir à ses filles spirituelles une doctrine solide, un réel amour pour l’Eglise et pour les pauvres, et une formation spirituelle et religieuse. Dès le départ il prescrivit d’utiles normes pour régler tous les rapports internes et externes de l’Œuvre, matériels et spirituels. Ce règlement, dûment révisé à la lumière du Magistère de l’Eglise, fut intégré aux Constitutions de la Congrégation, lesquelles furent approuvées par Rome dès 1910.

Il ne faudra pas croire que le père Yermo était un saint parfait en tout depuis sa naissance. La sainteté s’acquiert par étapes successives et parfois difficiles et même douloureuses. José avait un tempérament ardent, sanguin, avec des manifestations émotives assez visibles, mais qu’il apprit à dominer suffisamment pour qu’on pût dire de lui qu’il possédait une douce tranquillité en même temps qu’une profonde compassion. On le voyait régulier, ordonné, modeste, droit, tenace ; sincère, simple ; par son éducation soignée, il se montrait affable envers tous, quels qu’ils fussent.

Il se réjouissait de sentir la main de Dieu dans tout ce qu’il entreprenait, sans pour autant que lui fussent épargnées de grandes épreuves durant toute sa vie : malentendus avec ses évêques, souffrances et infirmités de tout genre. Ses derniers jours furent assombris par une terrible calomnie qui minèrent encore plus sa santé déjà bien précaire depuis longtemps (3). L’évêque le pria de déposer sa charge auprès des Sœurs de la Congrégation qu’il avait fondée : il se soumit humblement, il obéit. Toujours il conserva une foi et une espérance à toute épreuve, même quand ses propres amis le “lâchaient”. Sa charité était plus qu’évidente : c’était “un homme d’amour”. 

Son zèle pastoral et sacerdotal lui suggéra la fondation de la première revue sacerdotale mexicaine (4), grâce à laquelle il maintenait des contacts avec les prêtres de tout le Mexique et même d’autres pays d’Amérique Centrale et du Sud. 

Plus d’un siècle avant le récent document pastoral des évêques mexicains, le père Yermo apparaît comme le modèle sacerdotal que ces derniers décrivent pour les prêtres modernes du vingt-et-unième siècle :  fidèle au Christ et au sacerdoce; profonde insertion dans le monde actuel pour y apporter l’Evangile particulièrement là où il fait défaut, parmi les pauvres, parmi les jeunes, et surtout là où règne la délinquence, l’exploitation de la femme, l’analphabétisme, la misère, l’ignorance, la marginalisation ; enfin, le témoignage de la charité totale, dans le don total de soi, dans le célibat et dans une vie imprégnée de prière.

Il mourut au matin du 20 septembre 1904, de la mort des Justes et des grands hommes, et il se sentait très heureux parce qu’il allait vers son Seigneur, le fidèle Ami qui ne le trahit jamais : c’est pourquoi, au moment de mourir, il demanda qu’on lui chantât un chant à Marie, Etoile des Mers, qui l’accompagna au port de l’éternité.

Après l’avoir béatifié, le 6 mai 1990, lors de son voyage au Mexique, Jean-Paul II l’a canonisé le 21 mai 2000. Il est mentionné au Martyrologe le 20 septembre.

 

 

1 C’est à cette époque aussi qu’il se lia d’amitié avec Juan de Dios Peza, qui devint plus tard un grand poète mexicain : leur amitié dura jusqu’à la mort, quarante années plus tard. 

2 Les rarámuri sont une population très ancienne du Mexique, de race amérindienne, qu’on a successivement appelés “Tarahumara” ; ils sont réputés pour être d’excellents coureurs de fonds, habitués qu’ils sont à franchir à pied de grandes distances pour communiquer entre eux. Ils seraient environ cent mille aujourd’hui, catholiques, avec des traditions ancestrales. Ils sont menacés par l’infiltration chez eux de la drogue et de l’alimentation “moderne”.

3 Le père Yermo fut honteusement accusé d’être le père naturel d’un enfant.

4 “El Reproductor Eclesiástico Mexicano”. 

José María de Yermo y Parres

1851-1904

 

La famille de ce prêtre mexicain était originaire de Burgos en Espagne. Son père, Manuel de Yermo y Soviñas, avocat en retraite, et sa mère, Josefa Parres, tous deux excellents chrétiens, tenaient une propriété de campagne à Jalmolonga (Etat de Mexico). Il était leur fils unique, et fut baptisé le jour-même de sa naissance (10 novembre 1851).

La première de tant d’épreuves que dut éprouver José, fut le décès de sa maman à peine cinquante jours après sa naissance, juste avant la fête de Noël, qui fut cette année-là bien triste pour la famille Yermo. Mais le papa enseigna toujours au petit José ce que signifie être viril et chrétien : José grandit auprès de son père, de sa tante Carmen, de sa grand-mère, apprenant d’eux ce qui fut toute sa vie le trésor de son cœur : l’amour de Dieu et l’amour au service des pauvres.

José eut des maîtres à la maison, puis fréquenta des écoles privées. En 1864, à douze ans, il recevait des mains de l’empereur Maximilien la médaille d’honneur au mérite, pour s’être particulièrement signalé dans ses études. C’est à cette époque aussi qu’il se lia d’amitié avec Juan de Dios Peza, qui devint plus tard un grand poète mexicain : leur amitié dura jusqu’à la mort, quarante années plus tard. Sa formation continua à la maison, entre autres pour l’étude du latin.

Le désir du sacerdoce fut assez précoce chez José, mais les circonstances sociales du moment ne lui épargnèrent ni les luttes, ni les crises, ni les incertitudes. Sa première expérience religieuse fut chez les Pères Lazaristes dans la Congrégation de la Mission (fondés par s.Vincent de Paul).

Après sa profession religieuse, il fut envoyé à Paris pour poursuivre ses études théologiques. De retour dans sa patrie, l’année suivante, il se donna à l’apostolat avec ferveur et enthousiasme, dans diverses missions de l’archidiocèse. Mais il n’avait pas une bonne santé et ne put continuer ce dur travail apostolique, aussi revint-il pour quelque temps dans sa famille. Mais il resta lié aux supérieurs de la Congrégation et, au sein de l’archidiocèse de México, conserva la charge de secrétaire de l’archevêque Pelagio Antonio Labastida y Dávalos.

Les crises se succédèrent, au point qu’il obtint la dispense des vœux en 1874, puis réintégra la Congrégation, qu’il quitta définitivement en 1877. Il était persuadé de ne pas être sur le bon chemin. A l’école de saint Vincent, il avait appris à aimer et à servir les pauvres. Il atterrit finalement au séminaire de León (Etat de Guanajuato), accueilli par l’évêque José de Jesús Díez de Sollano, un lointain parent, qui l’ordonna sous-diacre, diacre et prêtre en 1879, à vingt-sept ans déjà.

Ses nombreuses qualités lui valurent dès son ordination plusieurs nominations et diverses charges. Ainsi les membres du Chapitre des Chanoines proposèrent à l’évêque de le nommer sixième chapelain de chœur et second maître des cérémonies, charges qu’il assuma jusqu’à son transfer à Puebla en 1889. Ses autres charges furent à cette époque : sous-secrétaire, puis secrétaire de la Curie, co-fondateur et secrétaire de l’Académie philosophico-théologique Saint Thomas d’Aquin, inaugurée en 1880 par le même évêque Sollano y Dávalos.

On citera ici le témoignage d’un témoin oculaire, sœur Refugio Ladrón de Guevara, qui décrit ainsi ses débuts apostoliques :

“Dès lors il montra une sublime éloquence, une sorte d’onction surnaturelle qui émouvait les cœurs ; quand on apprenait qu’il avait annoncé les sermons de carême, il s’y rendait une telle foule que l’église où il prêchait, Notre Dame des Anges, était remplie. Et comme cette église n’avait pas de tambour, toute la foule se tenait dans la rue, jusqu’au trottoir d’en face, au point que la rue était fermée à toute circulation ; tout ce monde écoutait et comprenait ce que disait notre Père, car notre Seigneur lui donna une voix à la fois douce, sonore et claire, ce qui faisait qu’on l’entendait distinctement même de loin. J’en donne le témoignage.”

Un autre témoignage vient de son ami, le prêtre Miguel Arizmendi : “Il faut parler surtout du zèle avec lequel il s’est consacré à l’exercice de son saint ministère. Des personnes de tout sexe et de toute condition venaient à lui pour entendre ses conseils et le consulter dans des cas difficiles, attirés par sa vaste culture, sa grande prudence et son inaltérable vertu.

Durant sa jeunesse, il avait déjà montré son zèle en fondant une association juvénile : L’Ange de la Pureté. Séminariste, il allait faire le catéchisme dans les quartiers pauvres. Une fois prêtre, son zèle le porta auprès des jeunes, organisant principalement la catéchèse et promouvant le culte au Sacré-Cœur et la dévotion mariale dans le diocèse. Il obtint même la conversion de Juifs et de Francs-maçons. 

En 1884, la délicate santé du père Yermo fut sérieusement menacée par une grave maladie pulmonaire qui préoccupa beaucoup ses supérieurs et lui-même, au point qu’il crut opportun de renoncer à la charge de sous-secrétaire de la Curie. Durant sa longue convalescence, il décida d’aider un brave vieux curé dans l’exercice de son ministère, dans la petite église du Calvaire, située en haut d’une colline non loin de la ville. Avec ce prêtre exemplaire (don Prudencio Castro), le père Yermo prit contact avec les pauvres et les marginaux de la vie, qui avaient besoin d’une assistance matérielle et surtout spirituelle. Il s’en occupa si bien, qu’à la mort de l’évêque, le successeur de ce dernier, Mgr Tomás Barón y Morales, nomma José dans les deux quartiers de banlieue du Calvaire et de l’Enfant-Jésus, pour succéder au curé défunt (1885). 

Ce fut une nomination qui, de l’aveu de José lui-même, blessa sérieusement son orgueil. Mais il prit à cœur son travail apostolique, se chargeant lui-même des travaux les plus humbles. Dieu le préparait ainsi à rencontrer la réalité de la souffrance des pauvres.

Et voici ce qu’il découvrit un jour d’août 1885, tandis qu’il se rendait à l’église du Calvaire. Comme tous les jours, il devait traverser un ruisseau pour y accéder, et voilà qu’il découvre sous ses yeux des porcs en train de dévorer deux nouveaux-nés, probablement abandonnés là par une pauvre malheureuse. Il n’en put dormir pendant plusieurs nuits, mais cette horrible scène lui suggéra de faire quelque chose pour les enfants abandonnés et pour les pauvres.

C’est ainsi que le 13 décembre 1885, avec l’accord de l’évêque, fut fondée sur cette même colline du Calvaire de la ville de León l’Asile du Sacré-Cœur qui bientôt devint un centre d’enseignement, et la première école du Père Yermo : cette école maternelle fut la Maison Mère de beaucoup d’autres œuvres que le Père Yermo mit sur pied, et qui continuèrent à se développer même après sa mort ; les quatre jeunes filles qui secondèrent le Père Yermo dans cette première fondation, furent ensuite les premières Sœurs de la prochaine Congrégation des Servantes du Sacré-Cœur de Jésus et des Pauvres. Lui-même, très humblement, affirmait : “C’est là ce grain de moutarde qui, je ne sais comment, m’est tombé dans les mains, a pris vie et grandi, jusqu’à abriter aujourd’hui dans ses branches un grand nombre de pauvres”.

Chaque occasion nouvelle qui se présentait à lui pour aider les pauvres, était dès lors une nouvelle étape sur son chemin de fondateur ; dès lors le père Yermo chercha tous les moyens d’être fidèle à ce que Dieu lui inspirait, s’entourant de personnes sages, et priant beaucoup pour discerner la volonté de Dieu.

Les difficultés ne se firent pas attendre, et furent très nombreuses : obstacles, incompréhensions, même de la part de ses amis. Ce fut pour lui, en plus de sa mauvaise santé, le départ d’une longue ascension de son esprit d’amour vers Dieu et vers les frères en difficulté. Il surmonta toute chose avec grande force d’âme et de foi. Le père Yermo s’était donné entièrement à Dieu, et n’hésitait pas à se décharger de certaines initiatives, quand il voyait qu’elles n’étaient pas de Dieu.

Les premiers fruits aussi se firent sentir : trois ans après son arrivée au Calvaire, il avait réussi à transformer cette petite église en un centre d’adoration eucharistique et de charité chrétienne fervente. Beaucoup de fidèles venaient des autres paroisses pour s’inscrire à la Garde d’Honneur du Sacré-Cœur ; chaque premier vendredi du mois une foule de gens remplissait l’église du Calvaire et la rue jusqu’en face, comme au temps des prédications de carême du père Yermo.

Son projet était l’évangélisation et la promotion du pauvre, et surtout de la femme. Il avait conscience qu’une femme bien éduquée est la base d’une société plus juste et plus chrétienne. Ceci ne l’empêcha pas de tourner aussi son attention et sa sollicitude vers d’autres secteurs de la société défavorisée. Dès 1888, les Sœurs prirent en charge l’Asile de la Charité, une maison pour les vieillards de la ville de Puebla, qui fonctionne encore de nos jours.

Cette même année, au moment où il pensait transférer son œuvre à Puebla, survint à León une de ces terribles inondations qui se produisent quelquefois dans ces belles régions. Voici ce que rapporta un journal de l’époque : “Hier soir, au milieu de la tempête et avec l’eau jusqu’à la ceinture, le père Yermo se rendait de tous côtés, là où il pouvait y avoir quelque danger. Il semblait se multiplier. Il fit élever une digue près de la Garita et ce n’est qu’après des efforts titanesques que l’entreprise dut être abandonnée, par lui et par ceux qui l’aidaient, entraînés par son exemple…” C’est à cette occasion que le Gouverneur de l’Etat de Guanajuato, le général Manuel González, fit son éloge en lui donnant le titre de “Géant de la Charité”. Toutefois, quelqu’un a dit à sa mort que le Père Yermo fut un géant à tous les moments de sa vie.

Le Père Yermo se rendit compte que Puebla devait être la ville qui abriterait le siège de la nouvelle Congrégation. C’est là qu’il fonda l’œuvre de la “Miséricorde Chrétienne”, pour la régénération de la femme tombée dans la prostitution. C’est dans cette propriété, acquise au prix de mille sacrifices, qu’il construisit successivement des écoles, des ateliers et des dortoirs pour petites filles orphelines.

Tout lui réussissait, grâce à sa grande confiance en Dieu, mais aussi à cette façon noble, douce et convainquante qu’il avait pour se faire aider par les couches modestes de la société.

Mais ses entreprises ne devaient pas s’arrêter à Puebla. Après y avoir installé diverses œuvres de bienfaisance, voici qu’en 1890 on le voit inaugurer une école à Mérida, dans l’Etat du Yucatán, à l’extrême limite de la patrie. En 1904, l’année de sa mort, fut fondée la première école parmi les indigènes de la Sierra Tarahumara, dans l’Etat de Chihuahua ; il y transféra les Servantes, pour la promotion des “rarámuri”, en collaboration avec les Jésuites (Les rarámuri sont une population très ancienne du Mexique, de race amérindienne, qu’on a successivement appelés “Tarahumara” ; ils sont réputés pour être d’excellents coureurs de fonds, habitués qu’ils sont à franchir à pied de grandes distances pour communiquer entre eux. Ils seraient environ cent mille aujourd’hui, catholiques, avec des traditions ancestrales. Ils sont menacés par l’infiltration chez eux de la drogue et de l’alimentation “moderne”) ; il disait que c’était là son œuvre la plus précieuse, montrant toujours un grand désir de pousser les Sœurs à travailler dans ces endroits ; dans sa prière, il disait au Seigneur : “Si c’est Toi qui m’inspires cet ardent désir de missions parmi les infidèles, rends-le fécond et fais-m’en connaître la route”.

Successivement, on le vit ouvrir des écoles, des Foyers, des Maisons pour Vieillards, des hôpitaux, lancer des missions, en différents points du Mexique.

Le père Yermo ne négligea aucun moyen pour impartir à ses filles spirituelles une doctrine solide, un réel amour pour l’Eglise et pour les pauvres, et une formation spirituelle et religieuse. Dès le départ il prescrivit d’utiles normes pour régler tous les rapports internes et externes de l’Œuvre, matériels et spirituels. Ce règlement, dûment révisé à la lumière du Magistère de l’Eglise, fut intégré aux Constitutions de la Congrégation, lesquelles furent approuvées par Rome dès 1910.

Il ne faudra pas croire que le père Yermo était un saint parfait en tout depuis sa naissance. La sainteté s’acquiert par étapes successives et parfois difficiles et même douloureuses. José avait un tempérament ardent, sanguin, avec des manifestations émotives assez visibles, mais qu’il apprit à dominer suffisamment pour qu’on pût dire de lui qu’il possédait une douce tranquillité en même temps qu’une profonde compassion. On le voyait régulier, ordonné, modeste, droit, tenace ; sincère, simple ; par son éducation soignée, il se montrait affable envers tous, quels qu’ils fussent.

Il se réjouissait de sentir la main de Dieu dans tout ce qu’il entreprenait, sans pour autant que lui fussent épargnées de grandes épreuves durant toute sa vie : malentendus avec ses évêques, souffrances et infirmités de tout genre. Ses derniers jours furent assombris par une terrible calomnie qui mina encore plus sa santé déjà bien précaire depuis longtemps (il fut honteusement accusé d’être le père naturel d’un enfant). L’évêque le pria de déposer sa charge auprès des Sœurs de la Congrégation qu’il avait fondée : il se soumit humblement, il obéit. Toujours il conserva une foi et une espérance à toute épreuve, même quand ses propres amis le “lâchaient”. Sa charité était plus qu’évidente : c’était “un homme d’amour”. 

Son zèle pastoral et sacerdotal lui suggéra la fondation de la première revue sacerdotale mexicaine (El Reproductor Eclesiástico Mexicano), grâce à laquelle il maintenait des contacts avec les prêtres de tout le Mexique et même d’autres pays d’Amérique Centrale et du Sud. 

Plus d’un siècle avant le récent document pastoral des évêques mexicains, le père Yermo apparaît comme le modèle sacerdotal que ces derniers décrivent pour les prêtres modernes du vingt-et-unième siècle :  fidèle au Christ et au sacerdoce; profonde insertion dans le monde actuel pour y apporter l’Evangile particulièrement là où il fait défaut, parmi les pauvres, parmi les jeunes, et surtout là où règne la délinquence, l’exploitation de la femme, l’analphabétisme, la misère, l’ignorance, la marginalisation ; enfin, le témoignage de la charité totale, dans le don total de soi, dans le célibat et dans une vie imprégnée de prière.

Il mourut au matin du 20 septembre 1904 à Puebla de los Angeles, de la mort des Justes et des grands hommes, et il se sentait très heureux parce qu’il allait vers son Seigneur, le fidèle Ami qui ne le trahit jamais : c’est pourquoi, au moment de mourir, il demanda qu’on lui chantât un chant à Marie, Etoile des Mers, qui l’accompagna au port de l’éternité.

Après l’avoir béatifié, le 6 mai 1990, lors de son voyage au Mexique, Jean-Paul II l’a canonisé le 21 mai 2000. Il est mentionné au Martyrologe le 20 septembre.

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