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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 23:00

Trinité Sainte - B

 

Si difficile à comprendre que soit le mystère de la Très Sainte Trinité, il est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 234).

Ce n’est pas parce qu’il est difficile à expliquer qu’on peut se permettre de s’en moquer, comme fit un de nos auteurs français du “siècle des lumières” (Montesquieu, Lettres Persanes). Ce n’est pas non plus parce qu’il est difficile à expliquer qu’il faut éviter d’en parler.

En apparence, les textes d’aujourd’hui ne nous apportent pas beaucoup d’éléments pour avancer dans la compréhension de ce mystère ; s’il est souvent question dans le Nouveau Testament du Père, du Fils et de l’Esprit, le mot “Trinité” lui-même est apparu seulement à partir du 2e siècle, sous la plume de Tertullien, et c’est surtout l’illustre s.Athanase d’Alexandrie qui l’a commenté et développé au 4e siècle, lors du concile de Nicée en 325 (v. 3 mai).

Mais la Sainte Ecriture contient tous les éléments sur lesquels s’est appuyée la doctrine de la Sainte Trinité, telle que l’Eglise l’enseigne depuis toujours, et que nous professons dans notre Credo. Il y a beaucoup de textes bibliques qui annoncent cette divine Réalité. Voyons donc ce que les textes de la fête d’aujourd’hui vont nous enseigner.

 

*       *       *

Dans le livre du Deutéronome, Moïse synthétise aux yeux de tout Israël la paternité de Dieu : le Créateur unique, qui a choisi Israël, qui l’a protégé, qui l’a installé dans la Terre Promise, l’unique Dieu qu’on doit adorer. Dieu est l’origine première de tout, l’autorité transcendante, la bonté et la sollicitude aimante pour tous ses enfants (Catéchisme, 239).

C’est dans le même passage, un peu plus loin, que Moïse adresse à Israel le fameux Shema, si cher à la piété juive, et que nous répétons chaque samedi soir à l’heure de Complies : 

Ecoute, Israël ! Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent gravées dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout ; tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau ; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes (Dt 6,4-9). 

Dans ces quelques lignes, Moïse exprime l’unicité de Dieu, mais aussi sa bonté ; la bonté de Dieu est tellement manifeste qu’elle attend en retour un amour total.

 

*       *       *

Nous ne lisons aujourd’hui que quelques versets du psaume 32. En l’approfondissant, on verra que ce psaume est toute une acclamation au Dieu Un et Trine. 

La terre est remplie de son amour exprime que toute la création est l’effet de la bonté de Dieu.

Le Seigneur a fait les cieux par sa Parole : cette Parole est le Verbe de Dieu, dont nous répétons dans le Credo  que par Lui tout a été créé.

Par le Souffle de sa bouche : le Souffle de Dieu, qui a ébranlé la maison des Apôtres à la Pentecôte, c’est l’Esprit.

Nous attendons notre vie du Seigneur : si le Christ a dit qu’il est la Voie, la Vérité et la Vie (Jn 14:6), l’Eglise nous fait redire aussi dans le Credo que l’Esprit est celui qui donne la Vie.

Le Seigneur est pour nous un appui, un bouclier : ici le psaume parle aussi du Paraclet, que le Christ promit à ses Apôtres (cf. Jn 16:7) ; le paracletos est le soutien, l’avocat, le protecteur.  

Notons aussi que le texte latin de la Vulgate, jusque dans sa dernière édition critique, écrit miséricorde pour amour, nous rappelant ainsi combien Dieu est riche en miséricorde (Eph 2:4), tant son amour est infini. 

Ainsi ces deux textes du Deutéronome et du Psaume nous montrent l’identité-même de Dieu : Père, Créateur, Amour. S.Jean l’écrira à son tour dans son épître : Dieu est amour (1Jn 4:16).

 

*       *       *

Dans l’épître aux Romains, l’Apôtre Paul nous parle plus amplement de l’Esprit de Dieu. Relevons quelques expressions de l’Ecriture à son sujet.

En Gn 1:2, l’esprit de Dieu planait sur les eaux.

En Mt 1:21, il est clair que l’enfant conçu par Marie, est le fruit de l’Esprit.

En Mt 4:1, c’est l’Esprit qui conduit Jésus au désert.

En Jn 14:16-17, Jésus promet d’envoyer l’Esprit, que les Apôtres connaissent parce qu’il demeure avec (eux) et qu’il est en (eux).

En Ac 2:33, saint Pierre proclame que Jésus a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu.

Jésus-Christ, Sagesse incarnée, qui aimait parfaitement le Père, était pleinement habité par l’Esprit-Saint. Lui le premier était en droit de dire à Dieu Abba ! Papa !

Dans la prière sacerdotale de Jésus après la Cène, Jésus dit Père ! (Jn 17:1,5,11,21,24,25) et dans la prière qu’il nous a enseignée, il nous fait dire aussi Notre Père.

Dans son épître, saint Paul va plus loin : selon lui, l’Esprit que nous avons reçu nous permet aussi de dire à notre tour Abba ! Papa ! C’est là une sainte familiarité, due à cette profonde et mystique réalité de notre union au Christ, Fils de Dieu. 

Si nous recevons vraiment au fond de nous la vie du Christ, nous éprouverons au-dedans de nous cette sainte présence de son Esprit. Sainte Thérèse d’Avila écrit que le seul fait de prononcer les deux mots Notre Père de la prière dominicale, la faisait ravir en extase.

Quelle reconnaissance devons-nous éprouver en pensant à ce Dieu infiniment Père, à ce Père infiniment divin. Le seul Nom de Dieu doit susciter en nos cœurs des sentiments de profonde action de grâce, d’adoration, de respect, et surtout de désir de tout faire pour rester dans cet amour.

Et si nous éprouvons déjà ici-bas cette plénitude, qu’en sera-t-il quand nous parviendrons au face-à-face éternel, dans la Vie qui ne finit pas…

Notre Catéchisme nous le rappelle en effet : Par la grâce du baptême, nous sommes appelés à partager la vie de la bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle (265).

 

*       *       *

Dans l’évangile, malgré le doute de certains disciples, Jésus leur donne deux missions et leur fait une promesse : 

Ils doivent d’abord baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

L’expression est claire et met en évidence la réalité unique et trine de Dieu en trois Personnes - les Grecs disent : trois Hypostases.

Tout en voulant dire la même chose, les Orientaux et les Occidentaux se sont malheureusement déchirés, parce qu’ils ne se comprenaient pas avec ces termes théologiques de racines différentes. On pourrait soupçonner que l’Esprit-Saint fut parfois absent de ces discussions, et que les langues furent à nouveau brouillées, mais de grands Saints ont très bien su exposer la Vérité, premier d’entre eux Athanase d’Alexandrie, cité plus haut, qui dut quitter par trois fois son diocèse à cause de l’animation des hérétiques, mais aussi Basile de Césarée, Jean Chrysostome, Hilaire de Poitiers, et bien d’autres.

L’autre mission des Apôtres (et de toute l’Eglise) sera d’enseigner, dit-il, à garder tous les commandements que je vous ai donnés. 

Les commandements de Jésus se trouvent à chaque page de l’Evangile, dans les enseignements proprement dits du Discours sur la Montagne (Mt 5,6,7), du discours sur le Pain de Vie (Jn 6), dans les paraboles, et surtout dans le discours après la Dernière Cène, où Jésus donne aux Apôtres «son» commandement : Aimez-vous les uns les autres (Jn 15:12), le commandement nouveau que Jean développe dans sa première épître.

Le même Apôtre écrit ce verset qui résume tout ce qui précède : Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui ; à ceci nous savons qu’Il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné (1Jn 3:24).

La promesse, enfin, que Jésus fait aux Apôtres, est d’être avec eux tous les jours jusqu’à la fin du monde. Matthieu réservait cette promesse pour clore son évangile.

Comment cette présence peut-elle se manifester ? Les Apôtres, écrit laconiquement Marc, confirmèrent la Parole par les miracles qui l’accompagnaient (Mc 16:20). Mais après les Apôtres, l’Eglise a continué son enseignement et les Saints accomplirent à leur tour d’autres miracles. Le plus grand Miracle, est incontestablement celui de l’Eucharistie, où tous les jours le pain devient le Corps du Christ, Fils de Dieu fait Homme, dans l’unité amoureuse du Saint-Esprit. Il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde.

 

*       *       *

Le mystère trinitaire a suscité d’abondants commentaires, chez les Pères de l’Eglise, principalement pour contrer les déviations de doctrine que certains penseurs trop audacieux s’étaient permis d’exprimer. Jusqu’à aujourd’hui ce mystère ne cesse d’alimenter la plume de saintes personnes inspirées, comme la bienheureuse Elisabeth de la Trinité (1880-1906, v. 9 novembre).

 Jamais on n’arrivera à épuiser ce thème, cette divine Source qui ne cesse de couler abondamment. Chaque dimanche nous proclamons notre foi, avec le symbole de Nicée-Constantinople (325-381) qui nous fait redire ces vérités :

Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; Il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire, Il a parlé par les prophètes.

Même si nous ne comprenons pas totalement ces expressions, nous savons qu’elles sont inspirées, et qu’elles essaient de dire une Vérité divine que les mots humains n’arrivent pas à expliquer dans son essence profonde. 

Avec notre Foi, de tout notre cœur, faisons un beau et large Signe de Croix : 

 

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Amen.

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 23:00

Æmilianus de Vercelli
† 506

Æmilianus naquit vers 450 (ou peut-être même plus tôt), sans doute dans le Piémont (Italie NO).
On a dit, mais le fait est contesté, qu’il vécut quarante années comme ermite près de Sostegno.
Il monta sur le siège épiscopal de Vercelli vers 493, ou un peu plus tard, devenant ainsi le treizième titulaire de ce diocèse.
La ville de Vercelli, comme tant d’autres cités, avait été dévastée par les incursions des Ostrogoths de Theodoric, et l’évêque chercha à obtenir de lui des conditions de vie acceptables. En effet, les impôts furent réduits et beaucoup d’esclaves affranchis. Plus particulièrement, il obtint de Theodoric de construire un pont, pour faciliter le travail des habitants.
Emiliano participa au pénible concile romain de 503 où le pape Symmaque, «réhabilité» par les évêques présents, prit des mesures pour mettre fin au schisme de Laurentius. Même Theodoric y mit du sien, en prenant des dispositions pour éviter les interférences externes dans l’élection du pape et les désordres qui s’ensuivaient.
On sait aussi qu’Emiliano donna le voile à quatre vierges, Licinia, Leontia, Ampelia et Flavia.
Il mourut le 11 septembre, vers 506. Selon sa date de naissance présumée, on l’a dit centenaire.
On «oublia» son tombeau assez longtemps, même si la vénération de cet évêque se maintenait vivante. Le 17 mai 1181 cependant, l’évêque d’alors transféra les restes d’Æmilianus près du maître-autel, et c’est cette translation qui est maintenant retenue pour fêter Æmilianus.
Saint Æmilianus de Vercelli est donc commémoré le 17 mai dans le Martyrologe Romain.

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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 23:00

Pentecôte - B

 

Au sujet de la première lecture, on pourra relire ce qui a été dit pour l’année A, puisque que c’est le même texte. Ajoutons-y quelques réflexions.

Le violent coup de vent est significatif de la présence de l’Esprit : le mot latin spiritus, comme le grec pneuma, signifie aussi bien le vent que l’esprit. On dit ordinairement que l’Esprit «souffle».

A ce coup de vent s’ajoute le feu, autre symbole de l’Esprit : le feu communique la chaleur, l’amour, jusqu’au martyre. Le prêtre revêt aujourd’hui la couleur du feu, rouge.

Ce feu n’est pas tombé du ciel comme la foudre désastreuse, mais délicatement, sous forme de langues.

C’est le premier fruit de cet Amour : contrairement à l’épisode de la tour de Babel (Gn 11:1-9), malgré la diversité des langues parlées par la foule, tous comprennent ce que disent les Apôtres. Un même Amour, un même Esprit les unit dans une même Foi.

Si l’on prend une carte ancienne du Moyen-Orient, on se rendra compte que les provinces citées par s.Luc représentent l’ensemble des régions de tout le Moyen-Orient, de la Turquie à la Tunisie actuelles, en passant par la Mésopotamie. C’est dire combien Jérusalem était envahie de pèlerins de tous azimuts, pour cette grande fête de Pentecôte.

La fête de Pentecôte (Chavouot) est en effet une des grandes fêtes juives, c’est le jour où l’on est invité à offrir les prémices des récoltes, sept semaines après la Pâque (Pessah), et donc occasion de pèlerinage à Jérusalem.

Chez les Chrétiens, cette fête est devenue la fête de l’Esprit Saint, reçu en ce jour par les Apôtres.

 

*       *       *

Ce fut donc pour tous ces pèlerins une journée mémorable, où douze braves hommes qu’on croyait incultes ou presque, se mettaient à louer Dieu et à exhorter les présents en une quinzaine de langues différentes, de sorte que tous les comprenaient.

Le psaume 103 dont la liturgie reprend trois des nombreuses strophes, est un hymne à toute la création de Dieu, reprenant les éléments successifs du récit de la Genèse (Gn 1).

L’auteur du psaume chante les merveilles de Dieu, et il y eut peut-être des Juifs qui entonnèrent ce chant devant le spectacle inouï qu’ils voyaient. 

Le psaume dit que quand (Dieu) reprend leur souffle, ils expirent. On pourrait très bien comprendre ce souffle comme la présence de l’Esprit : quand Dieu retire l’Esprit, le Vie cesse. Quand au contraire Il l’envoie, la Vie reprend.

Nous avons sans cesse à reprendre notre souffle, à nous renouveler. Même si nous ne recevons qu’une seule fois l’Esprit Saint dans le sacrement de la Confirmation, nous avons toujours besoin de Sa présence. La fête de la Pentecôte pourra nous en faire prendre conscience pour invoquer Sa présence continuelle en nous.

Ce n’est pas que l’Esprit-Saint s’éloigne de son Eglise : ce sont les hommes qui, à l’occasion, s’éloignent plus ou moins de l’Esprit.

 

*       *       *

Justement, dans l’extrait de l’épître aux Galates, Saint Paul nous parle des bons fruits que nous apporte l’Esprit Saint, en opposition aux mauvais fruits dûs à son absence. Ces deux listes pourront un peu déranger notre conscience, soit par les reproches que nous sentons nous envahir, soit par les regrets que nous avons devant nos trop petites perfections.

Mais soyons honnêtes ; dire les choses avec précision ne peut que nous aider à toucher du doigt nos plaies à soigner : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie ; et l’Apôtre d’ajouter : et autres choses du même genre

Il n’y a pas un journal, pas une émission de télévision, pas un film, pas un roman où l’on ne rencontrera pas au moins une scène de ces horreurs.

Et qu’on n’ose pas dire qu’on ne parle pas d’idolâtrie, quand on voit le nombre de voyants qui vous proposent leurs services et les invraisemblables considérations des horoscopes, qui prétendent vous dire ce que seul Dieu sait : l’avenir.

Gardons-nous de penser que ces défauts concernent les autres. Que chacun fasse son mea culpa personnel. Quand on va en discothèque, on boit, on fume, on se drogue, mais on ne fait «rien de mal», bien sûr ! Rentrer à six heures du matin sans pouvoir tenir sur ses jambes, “ce n’est pas grave”, bien sûr ! Rester des heures sur Internet à chercher Dieu sait quoi ou à “chatter”, c’est normal, bien sûr ! Critiquer son voisin, ou le maire, ou les hommes politiques, c’est pour dire la vérité, ce n’est jamais de la médisance, bien sûr ! N’a-t-on pas vu une publicité prétendant que la gourmandise n’est plus un péché… Si bien que, au final, nous ne sommes plus jamais pécheurs, nous sommes tous de petits anges à qui il ne manque que les ailes blanches, sans défauts à combattre, sans mauvais penchants.

Pour ceux qui ne se sentiraient pas concernés par cette suite de défauts, Paul passe alors à celle des bons fruits de l’Esprit ; voyons si nous les avons bien tous reçus : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi. Qui se reconnaîtra dans cette sainte panoplie ? Qui de nous aura l’audace, comme l’homme riche de l’évangile, de prétendre que tout cela je l’ai gardé dès ma jeunesse  (Lc 18:21) ? 

Heureusement, les bons exemples ne manquent pas. La presse a parlé il y a quelques années d’un jeune père de famille, mort de cancer à trente-et-un ans ; il avait quelques défauts et confiait à son entourage, huit jours avant de mourir : Dieu m’a donné ces trois années de souffrances pour m’ouvrir les yeux et me donner le temps de me convertir (Jean-Noël Berthelot, 1977-2009).

Heureusement aussi, dans le monde entier se trouvent des êtres, jeunes et vieux, qui accueillent cette grâce de la conversion : ils ne forment vraiment plus qu’une grande famille, par-delà frontières, langues, climats. Ils se retrouvent unis dans l’Amour de Dieu.

*       *       *

Traditionnellement, on chante aujourd’hui avant l’évangile une séquence, un chant en l’honneur du Saint-Esprit.

La séquence Veni, Sancte Spiritus est un des monuments de la liturgie ancienne. Elle fut composée par Stephen Langton, archevêque de Canterbury (1150-1228). C’est une belle poésie latine, rimée et rythmée, qu’une belle mélodie grégorienne met agréablement en valeur.

 

*       *       *

Si Jésus dit aux apôtres qu’il a encore beaucoup de choses à dire, nous en avons déjà beaucoup à dire aussi sur les quelques phrases que nous lisons dans l’évangile.

Jésus annonce l’envoi du Défenseur : c’est la traduction du mot grec Paraclitos, soutien, avocat, défenseur, témoin. Par les signes qui seront opérés, il témoignera que la doctrine du Christ est bien la Vérité. Et il assistera les Apôtres, puis les disciples des Apôtres, puis tous les fidèles : jusqu’à aujourd’hui, l’Esprit-Saint témoigne par des grâces nombreuses de la Vérité de l’Eglise. Jésus précise : Il vous guidera vers la Vérité tout entière.

Jésus donne aussi cette précision sur laquelle s’appuieront plus tard les Pères et les Docteurs de l’Eglise : cet Esprit procède du Père. C’est ce que nous répétons dans notre Credo : Je crois en l’Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la Vie ; il procède du Père et du Fils… En effet, l’Esprit procède aussi du Fils, puisque Jésus ajoute peu après : (L’) Esprit redira tout ce qu’il a entendu… il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

L’Esprit Saint est bien d’essence divine ; il est Dieu. L’Eglise nous le fait dire aussi dans le Credo : (L’Esprit) qui est Seigneur…  reçoit même adoration et même gloire que le Père et le Fils.

Le Credo de Nicée contient, on le voit, quelques expressions plus élaborées que le Symbole des Apôtres. Apprenons-les tous les deux en famille ; on sera heureux de savoir les répéter pour affirmer notre foi.

 

*       *       *

Voici le texte d’une ancienne préface, extraite du Sacramentaire de saint Léon (5e siècle) :

Il est vraiment juste et nécessaire de te rendre grâces, Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant. Accepte la louange des fils de la Promesse qui célèbrent le don le plus merveilleux des origines de l’Eglise. Ainsi disparut la malédiction que jadis avait méritée la construction orgueilleuse de Babel. Et la diversité des voix qui proclament l’Evangile, loin d’arrêter désormais l’édification de l’Eglise, renforce au contraire son unité.

 

Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! 

La terre s’emplit de tes biens (Ps 103).

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 23:00

Martyrs de Casamari

1799

 

L’abbaye cistercienne de Casamari se trouve à Veroli (Frosinone, Latium, Italie C).

En 1811, les troupes napoléoniennes s’emparèrent des bâtiments de l’abbaye ; dans leur élan dévastateur, ils s’apprêtaient à profaner les ornements liturgiques, les vases sacrés, le Saint Sacrement, que six moines tentèrent de protéger en s’interposant. Ils furent impitoyablement massacrés.

C’était le 13 mai 1799.

En voici les noms :

  • Ignace (Siméon) Cardon
  • Jan Chrysostom (Domenico Maria) Zavřel
  • Albertin-Marie Maisonade
  • Modeste-Marie Burgen
  • Mathurin-Marie Pitri
  • Zosimo Maria Brambat

 

Les Six Martyrs de Casamari seront béatifiés en 2021, et inscrits au Martyrologe le 13 mai.

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 23:00

Dedë Malaj

1917-1959

 

Dedë Malaj naquit le 16 novembre 1917 à Dushkul (Mali Shëngjinit, Lezhë, Albanie).

Après l’école et le collège, il étudia au Séminaire Pontifical Albanais de Shkodër, puis en Italie.

En 1942, il fut ordonné prêtre à Castel Gandolfo (Rome, Italie).

Revenu en Albanie, il exerça son ministère dans la région de Djaç.

Sous le régime de terreur communiste qui s’instaura à partir de 1944, il commit le crime gravissime de communiquer à l’étranger une liste de prêtres qui avaient été fusillés. Il fut donc arrêté, jugé et condamné à mort.

Durant son procès, dont il devinait très bien l’issue, il proclama haut et fort les injustices du gouvernement athée albanais. Il ajouta aussi : Je suis fier d’être fusillé en tant que prêtre catholique, pour l’Albanie et pour l’habit que je porte. Je demande pardon à tous ceux que j’ai pu offenser durant ce procès ou dans ce tribunal et je pardonne à ceux qui m’ont offensé.

Le 12 mai 1959, il fut abattu, sur les rives du lac de Shkodër.

Dedë Malaj fut béatifié en 2016, et inscrit au Martyrologe le 12 mai.

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 23:00

Pâques - 7 B

 

 

Jeudi dernier nous avons célébré la solennelle Ascension du Seigneur, son retour au Père, avec l’envoi en mission des Apôtres.

 

*       *       *

Au moment de l’Ascension, les Apôtres sont toujours au nombre de onze, mais le premier souci de Pierre, après ces jours de prière qui précédaient la Pentecôte, est de rétablir le saint nombre des Douze, établi par Jésus-Christ.

Dans l’ancienne Loi, Dieu avait établi les douze tribus d’Israël, héritées des douze fils de Jacob. Pour mémoire, ces douze fils étaient : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Zabulon, Dan, Nephthali, Gad, Aser, Joseph, Benjamin, dont les douze tribus d’Israel porteront les noms, quand Israël reprit possession des terres de la Palestine, après l’Exode d’Egypte (cf. Jos 13-19). Toutefois, la tribu de Joseph fut scindée en deux autres (Manassé et Ephraïm), et celle de Lévi ne reçut pas de terre propre, les “lévites” devant avoir une autre “constitution”.

Dans la nouvelle Loi, le Christ fonde son Eglise non plus sur ces douze tribus, mais sur les douze Apôtres, non pas pour effacer les tribus judaïques, qui sont aussi appelées au Salut, mais pour établir que ce Salut vient du Christ, mort et ressuscité, et non pas de la Loi ancienne, qui n’avait été établie que pour préparer la venue du Christ.

Pierre donc, citant le psaume 108, propose alors qu’un autre prenne sa charge ; le psaume 108 en effet évoque toute la trahison dont fut victime Jésus, l’exclusion du traître, la souffrance du Sauveur, et le remplacement de ce traître.

Quelles qualités doivent avoir les candidats présentés : aucune performance humaine ! Mais principalement avoir accompagné avec fidélité Jésus depuis son baptême par Jean-Baptiste jusqu’à l’Ascension : en un mot, dit Pierre, qu’il soit témoin de la Résurrection comme les autres. Si, le jour de Pâques, les Apôtres eurent des difficultés à admettre la réalité de la Résurrection, ils en ont maintenant fait le point central de leur Foi ; plus tard, s.Paul le proclamera : Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi (1Co 15:17).

L’élu, le “treizième apôtre”, fut Matthias ; fêté le 14 mai, il aurait évangélisé l’Ethiopie, d’après une tradition fort ancienne, ou bien aussi la Judée. 

Joseph Barsabbas, lui, est humblement rentré dans le silence : un des soixante-dix disciples de Jésus, comme Matthias, il aurait bien pu être choisi ; c’est vraiment parce que l’on ne pouvait discerner le meilleur des deux qu’on tira au sort. Il reste que ce Joseph est commémoré le 20 juillet ; Eusèbe de Césarée (4e siècle), évêque et grand historien, rapporte qu’il aurait bu un poison mortel sans en éprouver aucun mal (cf. Mc 16:18). 

 

*       *       *

Essayons d’imaginer Matthias après cette élection. Les Diacres, les Prêtres, les Evêques qui ont reçu l’ordination sacramentelle, n’ont pas de mots humains pour décrire ce qui se passe en eux au moment de leur prostration devant l’Evêque et de l’imposition des mains qu’ils reçoivent ensuite. Ils sont tellement nouveaux, qu’on dit en théologie qu’ils reçoivent un nouveau caractère.

Matthias, qui était un humble disciple parmi la première communauté, a reçu cette ordination. Loin de s’en vanter, il pria. Dans son cœur, pouvaient bien passer les sentiments qu’exprime le psaume 102 : Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être… N’oublie aucun de ses bienfaits !

On croit entendre le Magnificat de Marie : Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante (Lc 1:47sq).

Si la dernière strophe du psaume, citée en ce jour, évoque le trône du Seigneur, rappelant l’Ascension et le Règne du Christ, la deuxième (il y en a sept dans le psaume intégral) rappelle l’amour infini, éternel, de Dieu, avec cette image suggestive : Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés.

Matthias devait bien avoir présent à l’esprit ce psaume exaltant la miséricorde de Dieu. En devenant Apôtre, il recevait le pouvoir que les autres avaient reçu au soir de la Résurrection : remettre les péchés (cf. Jn 20:23). Ce n’est pas un honneur, c’est une charge. Remettre les péchés ne consiste pas seulement à lever la main pour faire un signe de croix en prononçant une formule ; le prêtre qui donne l’absolution sacramentelle, comme le Christ, en quelque sorte se charge des péchés de son Prochain et les efface dans le Cœur du Christ. Après, il ne sait plus ce qu’il a entendu, comme le Christ aussi.

 

*       *       *

Voilà l’amour de Dieu, dont nous parle avec tant d’effusion l’apôtre Jean. On vient de rappeler que c’est dans l’évangile de Jean que se trouve cette effusion de l’Esprit, grâce à laquelle les Apôtres remettront les péchés. Dans son épître, Jean parle abondamment de cet amour.

Dieu, personne ne l’a jamais vu, dit-il, mais nous le rendrons visible par notre amour fraternel. Celui qui demeure dans l’Amour, demeure en Dieu, et Dieu est en lui.

Avoir l’amour en nous, ne nous vient pas toujours spontanément ; ce n’est en tout cas pas le résultat d’un raisonnement intellectuel. Ce n’est pas par un syllogisme que je pardonne une insulte, une calomnie ; c’est un «je ne sais quoi» intérieur, qui me pousse à oublier, à ne pas me venger : c’est le signe de la présence de l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’Amour.

Cette présence de l’Esprit est la preuve que nous sommes en Dieu ; c’est pourquoi, Jean atteste ici que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde : l’Apôtre témoigne ici de l’amour infini de Jésus pour les pécheurs, signe qu’Il était Un avec le Père.

 

*       *       *

A la fin du discours de la Dernière Cène, dit Jean (Jn 17:1), Jésus s’adressa directement au Père, dans une grande prière d’oblation et d’intercession, priant pour ses Apôtres, pour leur fidélité, pour leur mission, pour leur unité fraternelle.

Jésus parle aussi de celui qui s’en va à sa perte, alludant au psaume : Même le confident sur qui je faisais fond et mangeait mon pain, se hausse à mes dépens (Ps 41:10).

Quand Jésus dit qu’ ils ne sont pas du monde, comme lui-même, il rappelle aux Apôtres qu’ils ne peuvent adopter les façons du monde où germent la jalousie, la haine, l’orgueil, l’amour du luxe et du plaisir…

Si les paroles de Jésus concernent directement les Apôtres, elles nous concernent à notre tour aussi, car chacun doit être, là où il est, un apôtre.

Le Christ ne nous a jamais promis que nous serions majoritaires dans le monde, ni que nous y serions en paix et loin des difficultés (cf. Jn 16:33). Le Christ nous a comparés à un petit troupeau (Lc 12:32), au sel de la terre (Mt 5:13), à la lumière du monde (Mt 5:14). Sans imposer une loi différente, nous devons simplement «être là».

Dans la “Lettre à Diognète” longtemps attribuée au philosophe saint Justin (Ier siècle), on trouve cette belle description des chrétiens qui, vivant dans le monde, ne sont pas du monde : 

Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier (…) Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Il résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre (…) On les insulte et ils bénissent (…) En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les Chrétiens le sont dans le monde (A Diognète, Cerf, 1997, pp.63-65).

 

*       *       *

Discrètement enfermés dans le Cénacle, les Apôtres font leur “récollection” : ils méditent sur l’amour fraternel, avec Marie, la mère de Jésus. Ils prient et se préparent ainsi à recevoir, au prochain jour de la Pentecôte, la plénitude de l’Esprit, l’Esprit d’Amour et d’Unité. 

Avec eux, disons de tout notre cœur :

Veni, Sáncte Spíritus, reple tuórum corda fidélium. 

Viens, Esprit Saint, remplis le cœur de tes fidèles.

 
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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 23:00

Ascension - B

 

 

L’adresse du début des Actes des Apôtres mentionne le “cher Théophile”, à qui s.Luc a déjà dédicacé son évangile. Ces deux écrits sont précieux pour nous, car leur auteur - qui n’était pas un Apôtre, mais sans doute un des soixante-douze disciples - précise qu’il s’est renseigné avec soin auprès des témoins des faits, en premier lieu auprès de la Mère de Jésus, auprès des Apôtres, de s.Paul qu’il a même accompagné jusqu’à Rome.

C’est donc au début de ces Actes des Apôtres que s.Luc mentionne l’Ascension du Christ devant les regards des Apôtres. 

Jésus leur annonce qu’ils vont être baptisés dans l’Esprit Saint. Baptême signifie immersion. Les Apôtres vont être immergés dans le feu d’amour de l’Esprit. L’amour pousse à faire de grandes choses, mais ils ne se rendent pas bien compte de ce que cela signifie pour eux, et certains en restent encore à des projets temporels : Tu vas restaurer maintenant la royauté d’Israël ?

Après trois années d’enseignement, après avoir entendu, comme Pilate, que le royaume du Christ n’est pas de ce monde… Jésus reste patient, et leur parle sur un tout autre registre : les délais et les dates appartiennent à Dieu, et leur mission à eux n’est pas d’entrer dans ces détails de l’histoire.

Cette réflexion sera peut-être utile pour répondre à certains Chrétiens qui parfois tentent de nous convaincre qu’il va se passer telle ou telle chose, une guerre, un cataclysme, ou la fin du monde. Ces événements entrent dans le dessein de la Providence divine, et nous avons autre chose à faire qu’à les attendre ; ce qui est primordial pour chacun de nous, est de nous préparer à rencontrer le Christ.

Avant cette ultime rencontre, nous avons chacun une mission à remplir. Celle des Apôtres sera d’être témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. Mission immense : ces onze Apôtres devraient aller porter l’Evangile au bout du monde…

Ils vont en recevoir la force du Saint Esprit : leur «baptême» dans l’Esprit sera d’être revêtus entièrement de cette force divine, dont ils auront bien besoin pour partir dans une telle aventure.

On sait que les Apôtres sont parvenus en Ethiopie (Matthieu), en Mésopotamie (Simon et Jude), en Inde et en Chine (Thomas), mais sont-ils parvenus vraiment jusqu’aux extrémités de la terre ?

Il ne semble pas qu’ils y soient parvenus personnellement, à moins qu’ils aient été transportés miraculeusement au-delà des continents, en Amérique par exemple. Mais à travers eux, ce sont tous leurs successeurs, les évêques, précédés des missionnaires, qui ont porté la Bonne Nouvelle partout dans le monde entier.

Dans son traité sur la prédication apostolique, Tertullien († 220) écrit ces lignes précieuses : 

(Les Apôtres) établirent d’abord en Judée la foi en Jésus-Christ et instituèrent les Eglises, puis ils partirent de par le monde, et annoncèrent aux nations la même doctrine et la même foi. Et dans chaque cité, ils fondèrent des Eglises, auxquelles dès lors les autres Eglises empruntèrent la bouture de la foi et la semence de l’enseignement, et l’empruntent tous les jours pour devenir elles-mêmes des Eglises. Et par cela, elles aussi sont considérées comme apostoliques, en tant que rejetons des Eglises apostoliques… Voilà pourquoi tant de si grandes Eglises ne sont que l’Eglise primitive dont toutes procèdent. Elles sont toutes primitives, toutes apostoliques, puisque toutes sont une…

Voilà donc nos Apôtres devant leur mission. Le Christ n’est plus là, devant eux ; l’Esprit arrivera prochainement. Que faire ?

Les deux hommes en vêtements blancs qui apparaissent à ce moment sont peut-être les mêmes que ceux qui sont apparus aux saintes femmes au matin de la résurrection (Lc 24:4), mais cette fois-ci ils s’adressent directement aux Apôtres. Par définition, les Anges ont pour mission d’annoncer. Mais à l’Ascension, ce sont les Apôtres qui doivent partir annoncer ; les Anges, eux, interviennent ici un peu comme les oiseaux qui poussent leurs petits en-dehors du nid pour voler de leurs propres ailes.

Ceux-ci ont dû être touchés de s’entendre appeler Galiléens. Ne serions-nous pas nous-mêmes réconfortés de nous entendre appeler Franciliens, ou Basques, ou Alsaciens, ou Bourguigons, ou Bretons, ou Corses ou Normands ?  

 

*       *       * 

Si Jésus, à ce moment-là, n’est plus visible à leurs yeux, il ne “disparaît” pas pour autant, ce sont les yeux humains qui ne peuvent plus Le voir, ni Le suivre. S’élever dans les airs est une marque de la glorification du corps du Christ ; les apparitions authentiques ont toujours cette caractéristique. Instinctivement, nous levons tous les yeux en pensant au Ciel : ce n’est pas que le Ciel soit au-dessus de nos têtes, parce que Dieu est partout avec nous, mais cette référence ascendante nous aide à nous détacher du visible, du tangible, comme les Apôtres, pour nous orienter avec détermination vers le vrai Royaume de Dieu.

Le psaume 46 évoque pour nous cette glorification définitive du Christ, grand roi sur toute la terre. Le psalmiste, ici le maître de chant, acclame la royauté universelle de Yahwé, qui s’élève parmi les ovations.

Il est évident que le psalmiste ait voulu annoncer ici l’ascension du Christ, car Christ, Fils de Dieu, est Un avec Dieu et Dieu lui-même.

Luc ne dit pas qu’au moment de l’ascension les Apôtres aient entendu sonner le cor, dont parle le psaume. Cette musique triomphale concerne le monde céleste, où nous sommes appelés.

 

*       *       * 

Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas (cf. Ac 9), a été introduit parmi les Apôtres. Il a annoncé la Résurrection du Christ en Asie Mineure et se trouve maintenant enchaîné à Rome (61-63). Luc semble bien être avec lui, car il achève les Actes avec le pronom pluriel «nous» ; il a fraternellement accompagné Paul dans son premier voyage de captivité.

L’unité de la Foi, dont Tertullien parlait plus haut, Paul l’exprime avec une intensité extrême, recommandant aux Chrétiens l’humilité, la douceur, la patience, l’unité dans l’Espérance et dans la Foi unique.

Avec d’autres termes, c’est ce même message que livrera un peu plus tard l’Apôtre Jean : 

Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres (1Jn 2:9).

Celui qui n’aime pas demeure dans la mort (1Jn 3:14).

Paul évoque la grâce qu’ont reçue les Chrétiens après que le Christ est monté : les Apôtres, les prophètes, les missionnaires, les pasteurs, en somme toute l’Eglise militante.

Avec cet amour fraternel, s.Paul a réalisé peut-être la plus grande révolution sociale de l’histoire, car sans heurts, sans haine, sans la force, il a rapproché les grands des petits, les riches des pauvres, les patrons des esclaves, les étrangers des autochtones, tous rachetés par le même Sauveur, croyant dans la même Foi, ayant reçu le même baptême.

C’est sur cette base que s’est édifiée toute la société du haut Moyen-Âge, remplaçant la société décadente de l’Empire romain aux abois.

Malgré beaucoup d’erreurs humaines, dans toute l’histoire, chaque fois qu’un conflit éclata, la meilleure solution a toujours été celle qui s’inspire de l’Evangile : le pardon, l’humilité.

 

*       *       * 

Notre Seigneur envoie ses Apôtres dans le monde entier. Si les missionnaires ont réussi à porter la Bonne Nouvelle vraiment partout, jusqu’aux extrêmes confins du monde, l’évangélisation n’est jamais finie, elle doit être reprise, nourrie, rajeunie. La société a besoin de ses missionnaires, et chaque chrétien est un missionnaire. 

En parcourant la vie des Saints, on pourra trouver des centaines d’exemples de cas où ceux-ci auront chassé les esprits mauvais ou parlé en langues ou pris des serpents dans leurs mains ou encore bu quelque poison mortel sans en mourir et imposé les mains aux malades, qui furent guéris. Ce sont la preuve de leur union avec la Vérité.

Précisons ces petits détails de traduction : le texte original ne dit pas que les Apôtres parleraient un langage nouveau, mais bien en langues ; il ne dit pas non plus que les malades s’en trouveront bien, mais qu’ils seront guéris. C’est bien en cela que consistent les miracles opérés par le Christ à travers son Eglise. Et l’évangéliste Marc achève justement son évangile avec ce témoignage : Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

 

*       *       * 

 

A la fin de la Messe, le prêtre répète à nous aussi cet envoi en mission : Allez, dans la paix du Christ. Il n’y a pas de Messe sans mission.

Il n’est peut-être pas donné à chacun de nous d’accomplir des miracles (visibles) ; mais il incombe à tous d’annoncer l’Evangile, d’abord par son style de vie, puis par sa parole quand il en a l’occasion. A aucun moment, le Chrétien ne doit se sentir séparé du Corps du Christ.

La Prière de cette fête de l’Ascension doit nous aider à comprendre cette mission : 

L’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire ; nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance.

C’est pourquoi nous prions sans cesse : Que ton Règne vienne !

 

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 23:00

6e dimanche de Pâques - B

 

Un grand théologien a écrit ces mots pleins de vérité :

Le Christ n’a pas confié la transmission du dépôt sacré à la relativité et à l’instabilité de l’homme historique. C’est pour le libérer de cette relativité et instabilité qu’Il s’est incarné, qu’Il a subi la Passion et fondé l’Eglise pour la Rédemption (…) Ce ne sont pas les secousses, plus ou moins violentes et profondes, dans le corps des successeurs des Apôtres qui pourront prévaloir sur cette garantie à propos de vérité, que le Christ a donnée à l’Eglise (Cardinal G.Siri, Gethsémani, Téqui, 1981, pp.37-38).

 

*       *       *

 

La première lecture nous montre Pierre dans l’exercice de ses fonctions. L’auteur des Actes, Luc, au début du même chapitre 10, a fait un portrait rapide du centurion romain que Pierre va rencontrer : c’est un païen pieux et craignant Dieu, ainsi que toute sa maison, (faisant) de larges aumônes au peuple juif et (priant) Dieu sans cesse (Ac 10:2). Il est même dit que toute la nation des Juifs rend un bon témoignage à cet homme (ibid. 22). 

L’attitude de ce centurion et celle de Pierre sont édifiantes. 

Le centurion, qui d’habitude donne des ordres, se jette humblement aux pieds de celui qui préside l’Eglise naissante ; d’après Luc, il ne prend pas la parole, tant qu’il n’y est pas invité par Pierre. Il est prêt, avec toute sa maison, à entendre ce qui a été prescrit par Dieu à Pierre.

Pierre, quant à lui, relève aussitôt le centurion avec des mots tout simples : Je ne suis qu’un homme, moi aussi !, toujours conscient de sa faiblesse, de ses chutes, de sa trahison momentanée, de ses gaffes humaines. En toute simplicité aussi, il reconnaît son hésitation : il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ; mais Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur” (ibid. 28).

C’est une grande grâce d’être humble comme le centurion Corneille, mais c’en est aussi une de savoir rester simple et humble quand on est investi de l’autorité.

Et voilà que tout ce monde païen se met à dire des paroles mystérieuses. Le teste original utilise l’expression parler en langues, le don que les Apôtres reçurent le jour de la Pentecôte. Pour certains, «parler en langues» consiste à émettre des sons inarticulés, qui voudraient remplacer un chant de louange, une prière. Si c’était le cas, Luc aurait certainement utilisé d’autres termes. Contrairement au phénomène de la Tour de Babel, «parler en langues» devrait plutôt signifier une situation où l’on se comprend, car le don de l’Esprit est l’Amour, et là où il y l’Amour, les cœurs se comprennent.

Apparemment, cet Esprit Saint a fait une «erreur» chez le centurion : il descend sur tous ceux qui sont là, alors qu’ils ne sont pas encore baptisés ! C’est que, par leur ouverture de cœur, ils avaient le désir du baptême, et que Dieu leur avait déjà accordé ce que nous appelons le baptême de désir. 

L’ouverture de cœur du centurion lui a permis de recevoir pleinement la parole de Dieu, annoncée par la bouche de Pierre. Au même moment, lui et sa famille ont reçu les deux Sacrements de l’initiation chrétienne : le Baptême et la Confirmation.

Que devint donc ensuite le centurion Corneille ? Des informations qui se complètent indiquent qu’il aurait fondé à Césarée-même une Eglise composée de païens convertis, qu’il serait ensuite devenu le deuxième évêque de cette même ville, après Zachée, puis aussi qu’il serait allé en Mésie pour évangéliser ; il est fêté le 20 octobre. 

Ce qui est beau aussi dans cet épisode, c’est l’amitié qui lie immédiatement ces nouveaux baptisés de Césarée avec Pierre et l’Eglise : Ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux. On imagine sans peine la joie que partagèrent ces Chrétiens, leur prière, leur action de grâce.

 

*       *       *

 

Le psaume 97 pourrait tout-à-fait exprimer cette joie : Chantez au Seigneur un chant nouveau.

De même que les convertis de la maison de Corneille, a dit Luc, se mirent à chanter la grandeur de Dieu, le psalmiste évoque ici les merveilles et la victoire de Dieu.

L’épisode du centurion est effectivement une avancée importante dans l’épanouissement de l’Eglise : Pierre et les Apôtres se rendent compte que les païens, tous les païens, sont appelés au salut ; après avoir entendu le récit que leur fera Pierre, ils comprirent qu’aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie (Ac 11:18).

C’est un chant nouveau, parce que la première communauté va comprendre que les païens n’ont pas à assimiler d’abord les rites juifs avant d’être baptisés.

C’est une victoire de la Vérité et de l’Amour universel de Dieu.

Le psaume chante l’amour de Dieu en faveur de la maison d’Israël, le nouvel Israël, l’Eglise du Christ. 

Nous y voyons aussi comment le psalmiste attribue à Dieu la paternité de cette victoire. Pierre, quand il racontera l’événement à la communauté de Jérusalem, n’aura pas l’idée de s’approprier quoi que ce soit dans l’épisode, bien au contraire : Si Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu ? (Ac 10:17). 

En cela, il persévère dans cette attitude humble qui lui fait tout attribuer à la puissance du Christ ressuscité. Quand le boîteux de Jérusalem fut guéri, il protesta solennellement : Qu’avez-vous à nous regarder, comme si c’était par notre propre puissance ou grâce à notre piété que nous avons fait marcher cet homme ? (Ac 3:12).

Heureusement, Pierre ne s’exprime pas en paroles mystérieuses.

 

*       *       *

Tout aussi explicite est la lettre de Jean. 

Dans la première communauté, même s’il y avait une sainte hiérarchie, même si Pierre devait décider, tous se sentaient frères dans l’unique Amour de Dieu. Pierre ne s’imposait pas, mais les autres apôtres le respectaient ; lors du concile de Jérusalem, il sera le premier à prendre la parole, non pour s’imposer, mais rappelant simplement les signes de Dieu (cf. Ac 15:7-11).

On l’a vu dans d’autres passages des Actes des Apôtres : Tous les croyants mettaient tout en commun (Ac 2:44), Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun (Ac 4:32). 

L’apôtre Jean résume parfaitement cette atmosphère fraternelle : Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu… Celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu.

Ce qu’il écrit dans le paragraphe suivant explicite ce commandement de l’Amour : à l’image de Dieu qui donne son Fils, et du Fils qui donne sa vie, l’Amour donne ce qu’il a de plus cher ; à l’image de l’Amour gratuit de Dieu et du Christ, l’Amour s’offre de lui-même : Dieu aime le pécheur et lui offre sa grâce. Nos plus graves désobéissances, si nous les reconnaissaons, disparaissent dans l’océan de l’Amour divin.

 

*       *       *

Jésus l’a dit aux apôtres, juste avant de mourir : Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. L’évangile d’aujourd’hui est la suite de celui de dimanche dernier, tous deux extraits du 15e chapitre de s.Jean. Il s’agit du dernier entretien de Jésus avec les Apôtres, lors de la Dernière Cène.

Dans une heure ou deux, commencera la douloureuse Passion du Seigneur ; Jésus sait qu’il va mourir, demain après-midi. Il vit les dernières heures d’un condamné à mort, et pourtant toutes ses paroles ne parlent que d’amour fraternel, que d’union avec le Père, que de fidélité, d’amitié, de paix.

Et même de joie : Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. Jésus va mourir, et il donne «sa» joie ! 

Jésus leur rappelle en même temps leur vocation : C’est moi qui vous ai choisis, et leur mission : …que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Un fruit qui demeure, qui ne pourrit pas, est sûrement un fruit spirituel, mystique : la mission des apôtres, après celle du Christ, est de transmettre la Vie du Christ, de conduire toutes les âmes à la Vie éternelle.

En vérité, les Apôtres sont pleinement les amis de Jésus, et Jésus les traite en égaux de lui-même, et ce, malgré tous les à-côtés humains, malgré toutes les faiblesses, malgré tous les défauts. Le jour de sa résurrection, il va leur donner le pouvoir et l’ordre de baptiser, de remettre les péchés, d’invoquer l’Esprit.

 

*       *       *

L’histoire de l’Eglise est ainsi faite : Jésus confie son œuvre à des hommes qui ont des défauts, pour bien montrer que cette œuvre est toute spirituelle, mystique, et qu’elle se transmet d’âge en âge, de siècle en siècle, malgré les travers de tous ces hommes. C’est pourquoi nous ne devons pas nous laisser capter par les accidents de l’histoire.

Il faut sortir de l’histoire et toujours voir devant nous l’éternité. Demandons pour cela à Dieu que le mystère de Pâques reste présent dans notre vie et la transforme.

 

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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 23:00

Jovana Katarina Kosić
1493-1565

Jovana naquit le 25 novembre 1493 à Relezi (Zeta, Montenegro), de Pero Kosić, un prêtre orthodoxe comme son grand-père et son arrière-grand-père. Son oncle, moine, devint évêque à Zeta.
Petite, elle fut bergère et s’habitua vite à passer ses heures de solitude dans la prière.
On rapporte qu’elle vit un jour un très joli Bébé dans l’herbe et que, voulant le prendre dans ses bras, celui-ci disparut tout-à-coup. Elle devait avoir souvent d’autres apparitions de ce genre.
A quatorze ans, Jovana voulut rejoindre la côte vénétienne et s’établir à Kotor (actuel Montenegro), où elle espérait pouvoir prier davantage. Sa mère ne comprenait rien à ce langage et lui trouva une place de domestique dans la famille Bucca, qui était catholique.
Cette famille permit à la jeune fille de fréquenter l’église catholique autant qu’elle le désirait. Jovana put bientôt entrer officiellement dans l’Eglise catholique, prenant désormais le nom de Katarina (on se souvient qu’elle était née en effet le jour de la fête de sainte Catherine).
Elle apprit alors à lire et à écrire dans ses moments libres et put ainsi lire aussi bien en latin qu’en italien des livres de piété, et surtout la Sainte Ecriture.
Bientôt, Katarina se sentit appelée à davantage de solitude et voulut embrasser l’état d’ermite. Son confesseur la trouvait encore bien jeune, et l’établit dans une petite cellule proche de l’église Saint-Bonaventure à Kotor. Par une fenêtre, elle pouvait suivre la Messe, et par l’autre, elle pouvait répondre aux gens qui venaient lui confier des intentions de prières ou lui donner de la nourriture. Katarina fit le vœu de stabilité et la porte fut scellée. C’est à cette période de sa vie que remonte son nom de Katarina Kotorska.
Un tremblement de terre détruisit la cellule et Katarina se déplaça dans une autre cellule voisine de l’église Saint-Paul. A cette occasion elle devint Tertiaire dominicaine, et prit le nom religieux de Ozana, en souvenir de Osanna de Mantoue, une autre dominicaine mystique (v. 19 avril). Elle allait désormais suivre la règle dominicaine pendant plus d’un demi-siècle.
Un groupe de sœurs dominicaines s’établit non loin d’elle et la prit comme «supérieure» ; il y en eut tant, que l’on y construisit un véritable couvent. On en considéra Ozana comme la fondatrice, quoiqu’elle ne le fut jamais.
Ozana eut des visions de Jésus enfant, de la Vierge Marie, des Saints. Un jour, même le Diable prit les traits de Marie et lui suggéra d’alléger ses mortifications : Ozana comprit d’où venait la tentation et fit disparaître l’Ennemi.
On attribua à ses prières et à ses conseils la libération de Kotor lors de l’invasion des Turcs en 1539, ainsi que lors d’une épidémie de peste. Les gens accouraient de toutes parts pour obtenir par sa prière des grâces, pour rétablir la paix. On l’appela la trompette du Saint Esprit ou aussi la Maîtresse de Mystique, ou encore la vierge réconciliatrice, l’Ange de la paix.
Ozana mourut le 27 avril 1565 et fut béatifiée en 1934.

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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 23:00

5e dimanche de Pâques - B

 

Un mois déjà est passé depuis la fête de Pâques. Avec le temps, très souvent on perd de bonnes habitudes : peut-être la solennité de Pâques s’est-elle déjà estompée dans notre esprit, et en même temps nos résolutions d’être “renouvelés” et ressuscités avec Christ… C’est là la faiblesse humaine, et cela arriva chez les chrétiens du premier siècle, où des dissensions naquirent ici et là, qu’il fallut examiner fraternellement et résoudre. 

*       *       *

On le voit dans la première lecture d’aujourd’hui : Paul ne fut pas reçu très facilement par tous après sa conversion, pourtant bouleversante, à Damas : c’est Barnabé qui fraternellement dut se charger de le présenter aux Apôtres, pour les rassurer. 

Qui était ce Barnabé ? Les Actes des Apôtres nous le disent brièvement en Ac 4:36-37 : Joseph, surnommé par les apôtres Barnabé (ce qui veut dire fils d’encouragement), lévite originaire de Chypre, possédait un champ ; il le vendit, apporta l’argent et le déposa aux pieds des apôtres.

Il faut savoir que l’île de Chypre, qui se trouve en face de Tarse, possédait une colonie juive importante, et que cette colonie avait reçu une forte influence hellénistique. Paul, comme Barnabé, parlait le grec, comme on le lit aujourd’hui : Il parlait aux Juifs de langue grecque. Paul et Barnabé s’étaient vraisemblablement déjà connus à Tarse, à l’école de Gamaliel.

Après sa conversion, Paul resta, dit-il lui-même (cf. Ga 1:17-18), trois ans à Damas. C’est là que les Chrétiens lui firent descendre les murs de la ville dans une corbeille (Ac 9:25) pour échapper aux Juifs révoltés et lui permettre de gagner Jérusalem.

On reste touché par l’attitude fraternelle et courageuse de Barnabé, qui prend sur lui de convaincre la communauté sur la sincère conversion de Paul : Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres, écrit Luc. Dès sa conversion, Barnabé s’était montré généreux en vendant son champ ; ici, il se montre courageux en affrontant l’opinion publique ; il est fraternel en protégeant son ami. C’est l’expression chrétienne de l’amitié dans l’amour de la Vérité.

La lecture s’achève aujourd’hui par cette brève description de l’atmosphère fraternelle dans la première Eglise : L’Eglise était en paix… Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint.

 

*       *       *

Le psaume que nous lisons parle de l’annonce du Seigneur aux générations à venir. Nous sommes bien dans l’ambiance de l’annonce, du «kérigme» des premiers Apôtres. 

Mais comment commence ce psaume 21 ? Par ce verset que le Christ prononça sur la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? 

Le Christ a vécu, sur la croix, ce moment d’abandon, de solitude totale, pour consommer son Sacrifice jusqu’au bout. Mais ce moment de la mort n’était que le passage vers la résurrection. Quand Jésus prononce le premier verset du psaume 21, Il sait bien que le psaume s’achève sur un cri de victoire et d’action de grâce : dans moins de deux jours, Il sera ressuscité.

Ce psaume est vraiment le psaume du “passage” (Pascha = Passage) : commençant par les souffrances et les sentiments de la Passion, peu à peu le psalmiste exprime sa foi en Dieu sauveur, son espérance d’être sauvé, et finalement achève sa prière par un véritable chant de victoire, d’action de grâce pour tout ce que Dieu a fait : “Voilà son œuvre”.

Notre foi doit nous aider, à tout moment, à “passer” du mal au bien ; il ne faut jamais nous arrêter à un échec, à une épreuve, à une chute : après la détresse, l’espérance ; après la chute, le relèvement. Le juste tombe sept fois et se relève, lit-on au livre des Proverbes (Prov 24:16).

*       *       *

On a vu, dans l’attitude de Barnabé envers Paul, quelle amitié liait les premiers Chrétiens : c’était un amour fraternel dans la crainte de Dieu.

Ce que saint Jean nous enseigne dans la deuxième lecture est frappant ; si un commandement suggère d’habitude quelque chose de contraignant et d’ennuyeux, celui qu’il nous rappelle est vraiment un commandement spécial et nouveau : Avoir foi en Jésus, et nous aimer les uns les autres.

Aucun précepte moral, aucune attitude disciplinaire, rien d’imposé, rien de difficile ! Et Jean ne dit pas que c’est son opinion personnelle, c’est son commandement, dit-il, le commandement de Jésus : croire qu’il est le Fils de Dieu, envoyé dans le monde, et le suivre en nous aimant fraternellement.

Jean y met, certes, une «condition» : si notre cœur ne nous accuse pas. Notre cœur nous accuse si nous tenons cachés des sentiments qui ne coïncident pas avec l’amour fraternel que nous proclamons, si notre attitude est double, fausse, mensongère. Mais les enfants de Dieu ne peuvent pas être doubles.

Spontanément, les enfants de Dieu entretiennent l’amour fraternel, à l’image du Christ : le pardon, la patience, le sourire, la bonne humeur, l’humilité, l’entr’aide, les petits services quotidiens qu’on sait se rendre les uns aux autres pour se faciliter la vie, pour aider les personnes handicapées et âgées…

Mais comme l’Esprit du mal est toujours à l’affût pour casser les meilleures amitiés, nous sommes bien tentés parfois, de renoncer à l’amour total, par esprit de vengeance pour un affront reçu, par souci de “justice” pour un dû, pour une injuste inégalité de traitement, pour un professeur trop sévère ; très facilement on se vexe pour une injustice, une réflexion mal-venue. Mais nous sentons bien, en nous, que ce n’est pas l’Esprit-Saint qui nous suggère ces pensées. Saint Pierre nous en avertit dans son épître : Le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer (1P : 5:8).

Au contraire, demeurer dans l’amour, c’est demeurer en Dieu, et l’Esprit nous suggère bien autre chose que l’aggressivité.

Jésus s’est toujours tu devant ses agresseurs : Si l’on te frappe sur la joue droite, tends l’autre aussi (Mt 5:39). En voici d’autres exemples : le pasteur protestant roumain Richard Wurmbrand (que l’on trouvera aisément sur Internet), fut tellement patient et doux envers son geôlier qui le torturait, qu’il l’amena à la conversion ; une femme malgache, maintenant canonisée, supporta très patiemment la dureté de son pauvre mari, par fidélité au lien sacré du mariage et par amour de Jésus-Christ : c’est sainte Victoire Rasoamanarivo, qui vivait au XIXe siècle, canonisée en 1989 (v. 21 août). Avec la grâce de Dieu, tout est possible.

Plutôt que de se plaindre que les voisins de l’immeuble nous sont inconnus, essayons de les inviter à prendre une tasse de thé !

 

*       *       *

Jean ajoute que, si notre cœur ne nous accuse pas, tout ce que nous demandons (à Dieu), il nous l’accorde. C’est précisément ce qu’il a entendu Jésus dire lors de la Dernière Cène et que nous lisons aujourd’hui : Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez.

Quelle grande promesse ! N’hésitons pas à en profiter ! Demandons !

Il n’est pas rare, toutefois, d’entendre ce genre de réflexions : Ma prière ne sert à rien… Dieu ne m’écoute pas… Dieu nous a abandonnés…

Ce n’est pas vrai ! Dieu écoute toujours notre prière, jamais Il ne nous abandonne.

Dieu nous met aussi à l’épreuve ; nous avons le «droit» d’imiter Jésus-Christ dans sa passion avant de Le suivre dans la résurrection, parce que nous ne faisons qu’Un avec Lui. C’est là la vraie Vigne, que Dieu soigne avec tant de patience et d’amour.

Quand Jésus dit aux Apôtres (et à nous, bien sûr) : Demeurez en moi, il ne dit pas autre chose que le commandement dont parlait Jean plus haut.

Mais quels sont donc les fruits que nous promet Jésus ? Lisons les vies des Saints : 

Les Saints ont été tellement humbles, tellement perdus dans l’Amour de Dieu, que leur volonté adhérait totalement à celle de Dieu : ce n’était pour ainsi dire pas étonnant qu’ils obtenaient de Dieu “tout ce qu’ils voulaient” : s.François d’Assise commanda au loup de Gubbio de ne plus tracasser la vie des habitants ; s.Martino de Porrès (XVIIe siècle) commandait aux rats d’aller au fond du jardin et de laisser tranquilles les moines du couvent ; s. Rieul (IIIe siècle), évêque à Senlis, fit taire les grenouilles dont le coassement couvrait sa voix lors d’une prédication. Des milliers de cas semblables illustrent vingt siècles de christianisme.

 

*       *       *

Quand nous sommes installés dans l’amour fraternel, nous nous sentons intimement «libres», car nous sentons en nous la vérité, le bien. Seul Dieu est vraiment «libre», car Il ne peut faire le mal.

Dans la vie éternelle, nous connaîtrons cette liberté totale et entière.

Tout ce que nous pouvons demander à Dieu peut ainsi se ramener à cette instante Prière que nous disons aujourd’hui : Accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle.

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