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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 00:00

Veillée pascale - ABC

Durant la messe de minuit, huit lectures sont proposées, avant l’évangile, dont particulièrement la troisième et la huitième sont toujours lues : le récit du passage de la Mer Rouge, et l’épître de saint Paul.

Des esprits rationalistes ont objecté que ce “passage de la Mer Rouge” n’avait rien de très spectaculaire puisque la région du nord de la Mer Rouge est marécageuse, peu profonde, et qu’elle permettait certainement un passage facile vers l’ouest - mais ceci n’explique pas bien pourquoi les Hébreux seuls aient pu passer, et pas les Egyptiens.

Il a aussi été fait remarquer qu’on n’avait trouvé dans la Mer Rouge nulle trace de tremblement de terre ou de glissement de terrain, qui eût pu expliquer ce déplacement gigantesque des eaux - à quoi on aura plaisir à répondre que c’est justement la marque d’un miracle, de ne pas laisser de traces après son passage ! Un tsunami opère quelque peu différemment…

On a aussi fait remarquer que toute l’histoire du “peuple opprimé par l’esclavage en Egypte” n’était qu’une fable épique, puisqu’on n’avait trouvé aucun texte mentionnant une quelconque allusion à l’esclavagisme en ce pays, et donc que les Hébreux n’ont jamais été opprimés en Egypte. Conclusion un peu rapide d’une observation plutôt élémentaire. Les historiens d’un pays se vanteront-ils jamais d’avoir réduit en esclavage tout un peuple étranger ? Les soldats de l’époque nazie ont-ils consigné minutieusement les horreurs qu’ils ont accomplies dans leur folie ? Ou ceux de la révolution espagnole de 1936 ? Ou ceux qui en 1794, ont “pacifié” (?) la Vendée en rasant au sol des centaines de localités, tuant, brûlant des centaines d’hommes, femmes, vieillards et enfants ?

Faisons aussi cette supposition : dans vingt siècles, lira-t-on des textes de notre époque racontant que les ouvriers étaient réduits à l’esclavage, qu’ils travaillaient jour et nuit, pour un salaire dérisoire, et qu’en-dehors de leurs impôts, ils devaient chaque mois restituer la moitié de leur gain en taxes diverses ? Et que pour gagner un peu plus, ils devaient travailler père et mère, laissant leurs enfants seuls à la maison ? Et il ne manquera pas alors de “spécialistes” qui affirmeront haut et fort que l’esclavage ayant été officiellement aboli en 1848, notre pays n’a plus connu cette plaie depuis le XXe siècle ; ils diront aussi que tous les programmes d’élections comportaient un souci marqué pour protéger la famille et que - donc - les enfants recevaient certainement une éducation exemplaire dans les familles. Voilà comment l’on fabrique parfois l’histoire.

Il reste que, comme pour le Déluge, cet épisode de la traversée des eaux anticipe le Baptême que recevront les chrétiens à partir de Jésus-Christ. La célébration la plus authentique de ce Sacrement devrait être l’immersion totale dans l’eau, ce que firent les premiers chrétiens, ce que conservèrent nos frères de l’Orthodoxie et quelques autres communautés chrétiennes ; par bonheur, ce rite se fait jour à nouveau ici et là, à la fois réaliste et impressionnant.

En s’immergeant par trois fois dans l’eau, le néophyte “meurt” comme le Christ resta trois jours dans les liens de la mort - certes, pas trois jours entiers, mais le Vendredi soir, le Samedi, et le Dimanche matin ; immergé dans cette eau, le baptisé ressort ressuscité, et purifié totalement. Cette purification est tellement radicale que le Nouveau-né chrétien n’a pas besoin du Sacrement de la Réconciliation pour recevoir l’Eucharistie.

Nous, qui sommes malheureusement retombés quelques fois dans le péché depuis notre baptême, nous avons le devoir de nous purifier, justement, au moins une fois l’an, au moment de la fête de Pâques, pour participer pleinement à la Résurrection du Christ, en ressuscitant dans Sa Vie. Ne restons pas couchés dans la mort. Disons fermement NON  au mal, à nos penchants mauvais. Ecoutons bien maintenant l’appel urgent de saint Paul :

“Si nous avons été mis au tombeau avec Lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle”.

Prions pour tous ceux qui reçoivent le Baptême cette nuit, pour tous ces nouveaux Chrétiens de toutes les nations, dans le monde entier.

Rendez grâce au Seigneur, car il est bon (Ps 135).

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 00:00

Jeudi Saint

Saint Jean écrit : Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Mais l’évangéliste ne parle ni de l’Eucharistie, ni du Sacerdoce ; il enchaîne : …Jésus se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture… et de décrire comment Jésus s’agenouille devant un chacun des apôtres et leur lave les pieds.
L’Apôtre de l’Amour, comme on a justement appelé saint Jean, ne parle pas du Sacrement de l’Amour, de l’Eucharistie, ni du Sacrement qui engendre l’Eucharistie, l’Ordre, par lequel sont institués les Evêques et les Prêtres, de même qu’il n’a pas parlé, au début de son évangile, de la naissance de Jésus, comme d’ailleurs l’autre évangéliste Marc, tandis que Matthieu et Luc se sont largement étendus sur l’Annonciation à Marie, la Nativité du Christ, l’Adoration des bergers et des rois mages, ainsi que sur l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre.
En réalité, Jean ne répète pas ce que les autres évangélistes ont écrit bien avant lui et qui, désormais, est largement répandu. Mais il s’attache à montrer la symbolique des divers épisodes de la vie de Jésus et de son enseignement.
S’il n’a pas parlé de la Nativité du Sauveur, il a écrit le premier : Le Verbe s’est fait chair  (Jn 1:14), mettant en relief l’Incarnation, la double nature divine et humaine de Jésus-Christ.
S’il n’a pas parlé de l’Eucharistie, seul Jean raconte le miracle de l’eau changée en vin à Cana où, bien que (son) heure ne soit pas venue (Jn 2:4), Jésus annonce le breuvage salutaire qu’il donnera bientôt à son Eglise. De même quand il dit à la Samaritaine qu’il lui aurait donné de l’eau vive (Jn 4:10). Ensuite, après la multiplication des pains, seul Jean rapporte le discours de Jésus sur le Pain de Vie, le vrai Pain que Jésus aurait bientôt donné à ses apôtres et à tous les fidèles : C’est mon Père qui vous le donne, le pain du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde… C’est moi qui suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim… Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera de ce pain, vivra à jamais. Et le pain que moi, je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde (Jn 6:32-33;35;51).
En mettant sa divine présence dans cette humble apparence du pain et du vin, Jésus se fait vraiment petit et humble : Il veut qu’on le mange ! Mais Jésus ne veut pas seulement laisser à ses Apôtres une doctrine, Il veut leur donner un exemple pratique. Comme dira plus tard saint Jacques : La foi sans les œuvres est tout-à-fait morte (Ja 2:17) ; quand Jésus quitte son manteau, prend un linge dont il se ceint… et se met à laver les pieds des disciples, il se met exactement dans la tenue de fonction caractéristique de l’esclave, lui, le Maître et Seigneur. Et d’exiger des siens de (se) laver les pieds les uns aux autres.
Traditionnellement en ce jour, l’Evêque lave les pieds à des prêtres, ou à des vieillards, ou à des pauvres : le geste est très significatif. Certains curés le font aussi dans leur paroisse. Mais au-delà de ce geste humble et sacré à la fois, Jésus exige de nous que nous sachions nous rendre mutuellement d’humbles services, que nous sachions supporter les travers et les défauts des uns et des autres, avec une charité patiente.
Supporter les défauts des autres : juste après avoir lavé les pieds des apôtres, Jésus parle avec grande mélancolie et grande douceur du Traître. Pouvait-il éprouver une plus grande angoisse, d’en parler devant Judas, à quelques heures de sa Passion, la veille de sa Mort ?
Quand il donne une bouchée à Judas, il ne semble pas que ce soit l’Eucharistie proprement dite, car Jésus aurait ainsi Lui-même conduit son traître à sa condamnation, comme écrira saint Paul plus tard aux Corinthiens : Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur… Celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il n’y discerne le Corps (du Seigneur) (1Co 11:27;29).
Il est certain que Jésus aurait pardonné à Judas, si ce dernier le Lui avait demandé au lieu de se faire justice lui-même et de s’enlever la vie. A ce propos, on se souviendra avec plaisir d’une récente anecdote : un néophyte baptisé par le pape disait que, s’il avait été Judas, il se serait… pendu au cou de Jésus.
L’Eucharistie est le Sacrement de l’Amour vrai, du don aux autres, de la Charité. Recevoir la Communion, c’est véritablement exprimer que tous ensemble nous sommes unis dans une même Communauté, une même Famille, unis dans l’Eglise, unis au Christ.  (On devrait presque orthographier avec un seul m «Comunion» et «Comunauté», pour rendre plus claire l’étymologie des mots).
Bientôt converti (quelques années après la mort du Christ), saint Paul rappelle aux Corinthiens et l’institution de l’Eucharistie et l’exigence de la charité fraternelle. Le récit que nous lisons aujourd’hui est même le premier récit qui en fut fait, avant même l’évangile de Matthieu et de Luc qui semblent avoir été écrits entre 50 et 70.  Déjà, dans les assemblées, certains Chrétiens avaient pris de mauvaises habitudes et Paul leur rappelle la dignité que doit avoir le Repas du Seigneur.
Dans l’Ancien Testament, la Pâque (c’est-à-dire le Passage) annonçait le passage de la mort à la résurrection du Christ. Les Israélites passaient de l’esclavage à la liberté et devaient fêter cet événement par l’immolation de l’agneau, figure de l’Agneau de Dieu, de Jésus immolé. Beaucoup de Juifs l’avaient compris, mais n’osèrent pas se déclarer ouvertement, ce que le même apôtre Jean note avec tristesse :
Même parmi les notables, un bon nombre crurent en lui ; mais à cause des Pharisiens ils ne se déclaraient pas, de peur d’être exclus de la synagogue, préférant la gloire qui vient des hommes à la gloire qui vient de Dieu (Jn 12:43).
En écho à ce verset, la liturgie de ce soir commence par l’appel de saint Paul : Que notre seule fierté soit la croix de notre Seigneur. En lui nous avons le salut, la vie et la résurrection, par lui, nous sommes sauvés et délivrés (Gal 6:14).
Eucharistie signifie : Action de grâces. Ce soir, que notre prière soit intense, devant ce Sacrement de l’Amour (voir la Prière) : disons Merci à Dieu pour ce Don, pour le Sacrifice de son Fils, pour nos prêtres, nos évêques, notre pape. Demandons pardon pour les prêtres infidèles, car les prêtres restent des hommes, avec leurs faiblesses ; mais surtout demandons à Dieu des prêtres saints et fervents, des prêtres qui nous donnent les Sacrements, qui baptisent les enfants pour les ouvrir à la Grâce, qui nous remettent nos péchés pour retrouver cette Grâce, qui nous donnent le Corps et le Sang du Christ, qui recueillent le consentement des époux dans le Mariage, qui nous réconfortent dans le Sacrement des Malades.
A chaque grande étape de notre vie, Jésus est là dans la personne de ses prêtres, de ses ministres.
Merci, Seigneur, pour tes Prêtres et pour l’Eglise.
Et Merci à Marie, mère du Sacerdoce, que Jésus nous a donnée comme Mère en disant sur la Croix à son cher disciple Jean :
Voici ta Mère (Jn 19:27).              

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 00:00

Dimanche des Rameaux - B

 

Aujourdhui, l’Eglise nous fait revivre l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. La couleur liturgique est rouge, car Jésus va verser son sang. Humblement assis sur un petit âne, Jésus montre sa vraie royauté : une royauté spirituelle, intérieure, qui désire commander à nos cœurs et n’a rien à voir avec la richesse orgueilleuse des rois de la terre.

La façon entendue dont Jésus parle de l’ânesse et de l’ânon, semble suggérer que Jésus en connaissait bien les propriétaires, et qu’Il les leur avait demandés d’avance pour telle occasion prochaine. On retrouvera tout-à-l’heure la même attitude lorsque Jésus enverra deux disciples préparer la Pâque. Quoi qu’il en soit, la facilité avec laquelle ces gens laissent faire les disciples de Jésus, montre bien qu’à côté de l’endurcissement de certains Juifs, d’autres en revanche étaient tout dévoués à la cause du Messie.

Ils furent même nombreux : Beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux ; quelle chaleur dans l’accueil, quelle humilité devant Jésus-Christ ! Aujourd’hui, on s’arrache le maillot d’un joueur, ou la chemise d’une vedette quelconque : là, on étendit les propres manteaux, comme des tapis, par terre, sur la route, dans la poussière, en l’honneur de Jésus. Comme Celui-ci a dû être touché de tant de marques d’humble respect pour Sa divine Personne ! comme Il dut être fortifié, quelques jours avant Sa douloureuse Passion !

On a dit parfois que la foule est très volubile, qu’on peut lui faire dire une chose aujourd’hui, et le contraire demain. On a tout de même du mal à penser que ce furent exactement les mêmes qui mirent leur manteau par-terre et qui crièrent A mort quatre jours après. Jérusalem était pleine de monde, au moment de la Pâque, et pour condamner Jésus on s’était bien gardé de convoquer devant le Sanhédrin Ses amis. Les Pharisiens savaient soudoyer leurs gens à l’occasion…

En même temps, ces deux épisodes montrent à leur façon l’authenticité de l’évangile. En effet, si l’évangile n’avait été qu’un écrit de propagande pour un personnage fictif appelé Jésus, son auteur n’aurait parlé que de l’entrée triomphale à Jérusalem et de l’Ascension miraculeuse, passant sous silence l’Agonie et la Passion.

On soulignera ici que la foule acclame Jésus avec un verset du psaume 117 : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , que nous chantons dans le Sanctus : effectivement, à ce moment de la Messe, le Seigneur va venir s’incarner dans le pain et dans le vin eucharistiques ; il convient de l’accueillir avec les mêmes sentiments que la foule de Jérusalem.

Il se peut que notre liturgie dominicale choisisse l’autre récit de l’entrée à Jérusalem, selon l’évangéliste Jean. Celui-ci mentionne moins de détails que Marc et ne parle pas des manteaux étendus à terre. 

Il se peut fort bien que Jean n’ait pas vu ces manteaux, mais seulement les branches de palmier, qui sont à l’origine de notre coutume de porter des branches le jour des Rameaux. Ces branches ne sont pas des porte-bonheur, elles sont très simplement une façon de nous unir facilement aux foules de Jérusalem. Qu’on accroche ensuite ces rameaux quelques jours aux crucifix, n’a rien de déplacé, mais les y laisser toute l’année, secs et poussiéreux, pourrait sans doute être évité.

 

*       *       *

 

La première lecture de la Messe, extraite d’Isaïe, est le troisième “chant du Serviteur de Yahwé” (Is 50:4-7), où l’auteur décrit littéralement le Christ souffrant, flagellé, insulté, blessé. Tout commentaire est superflu. Ecoutons avec recueillement.

 

*       *       *

    

Le psaume 21 nous présente aussi cet anéantissement complet de Jésus, dans le premier verset (celui que Jésus cita à voix haute sur la Croix) : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu avandonné ?

Est-ce à dire que Dieu le Père ait abandonné, oublié Jésus ? Est-ce à dire que Jésus ait été séparé de la communion avec son Père, avec qui il est Un dans la communion de l’Esprit Saint ? La Sainte Trinité aurait-elle été disloquée à cet instant suprême ? Cela est impossible en soi. 

Mais dans son humanité, Jésus devait connaître cet instant suprême, où tout s’éteint pour un homme dont la vie s’arrête : famille, amis, maison, biens, rang, récompenses et distinctions, absolument rien ne reste de tout cela. 

Il faut bien nous imprégner de ce sentiment : l’être qui arrive à la mort est totalement seul, nu comme un ver qui n’a rien pour se défendre. Jésus devait éprouver cette solitude totale humaine, sinon il n’aurait pas épousé vraiment notre condition. 

Mais en même temps, Jésus-Fils de Dieu reste Un avec le Père et l’Esprit, et c’est le même Jésus qui chante avec nous ce psaume 21, dont les derniers versets sont un chant de victoire et de joie devant la Résurrection :

 

Auprès de toi ma louange dans la grande assemblée (…) ;

Toutes les limites de la terre se souviendront et se convertiront au Seigneur,

toutes les familles des nations se prosterneront devant lui.

Car au Seigneur appartient le royaume, et c’est lui qui dominera les nations.

C’est lui seul qu’adoreront tous ceux qui dorment dans la terre ;

devant sa face se prosterneront tous ceux qui descendent dans la poussière.

Or mon âme vivra pour lui, et ma lignée le servira. 

On parlera du Seigneur à la prochaine génération, 

et l’on annoncera sa justice au peuple qui naîtra : Voici ce qu’a fait le Seigneur !

 

Uni à notre humanité, Jésus-Christ partage avec nous cette mort pour nous entraîner dans la nouvelle vie de la résurrection.

Nous ne remercierons jamais assez Dieu pour le don que fit Jésus de Sa vie pour nous. Mieux : Nous avons Sa présence dans le pain et le vin eucharistiques. Eu-charistie : action de grâce. Jésus, après sa mort, sa résurrection et son ascension, restera toujours avec nous, au milieu de nous, nourrissant notre vie intérieure. Nous allons le relire dans un instant.

*       *       *

 

De la deuxième lecture, extraite de la Lettre aux Philippiens (2:6-11), on retiendra surtout le verset 7, traduit actuellement ainsi : Il se dépouilla lui-même ; la version grecque originale utilise plus précisément un verbe qui peut littéralement être rendu par “il se vida de lui-même” (un peu comme on le dirait d’un bateau que l’on “vide” de sa cargaison).

En d’autres termes : il renonça lui-même à Sa condition divine et à la gloire qui lui est due, pour paraître en tout semblable aux hommes, avec leurs faiblesses physiques. Paul insiste : Non seulement il se comporta comme un homme, mais il s’humilia encore plus, se faisant obéissant, jusqu’à la mort, et même la mort en croix

Jésus s’est bien fait homme, esclave même (obéissant) ; plus encore : bandit, scélérat, pour mourir en croix comme le dernier des derniers, d’une mort la plus honteuse qui fût, la crucifixion étant effectivement réservée aux grands bandits.

 

*       *       *

D’abord, aussi humble que ceux qui mirent leur manteau par-terre, voici maintenant cette femme qui vient répandre sur la chevelure de Jésus un parfum très coûteux. Cet albâtre était alors une matière fort rare, dont on fabriquait un parfum qu’on conservait précieusement dans de petits flacons. Il fallait une fortune pour se procurer ces petits objets avec leur contenu, et cette humble femme y a mis, dit Jésus, tout ce qu’elle pouvait faire. Elle était peut-être peu lettrée, ignorante même, mais elle avait du cœur : sans parler, sans chercher à se faire voir, elle accomplit son geste, avant de s’éloigner discrètement ; c’est cette discrétion humble que Jésus récompense en promettant qu’on racontera partout ce qu’elle venait de faire.

L’évangile semble nous enseigner l’attitude à avoir au seuil de toute Eucharistie : demander pardon. L’humble pénitente s’abaisse, tandis que Judas se rebiffe. Pierre fait un peu le vantard, il n’aura pas le courage de reconnaître le Maître, et pleurera comme un gamin sa faiblesse momentanée. 

A propos de la trahison de Judas et du reniement de Pierre, on pourra utilement se rappeler cette récente anecdote d’un jeune néophyte viêt-namien, baptisé par Jean-Paul II une nuit de Pâques. Ce nouveau chrétien voulut prendre le nom de “Pierre” ; aux journalistes qui l’interrogeaient, il expliqua qu’il voulait porter le même nom que Pierre, parce qu’il avait pleuré son péché. “Et si, lui demandèrent-ils, tu avais été Judas, qu’aurais-tu fait ? - Je me serais, répondit-il, pendu au cou de Jésus.”

Petit détail historique du récit de la Passion, il est assez évident que le reniement de Pierre eut lieu dans la nuit, juste avant le chant du coq ; on lit ensuite que dès le matin le grand conseil fut convoqué, donc dans la première matinée : que fit Jésus pendant ce temps-là ? ou plutôt que fit-on de lui ? Une vieille tradition rapporte qu’Il fut alors descendu dans une citerne vide, humide et froide, comme ce fut le cas du prophète Jérémie, six siècles avant Jésus-Christ (Je 37 ; LXX : 44). 

Reprenons, pour finir, le verset du psaume 21 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?, en hébreux : Eloï, Eloï, lama sabactani ? que quelques-uns ne comprirent pas, puisqu’ils disent : Le voici qui appelle Elie. C’est que, parmi les présents, s’en trouvaient qui ne parlaient pas cette langue, des étrangers venus là pour la fête de la Pâque, ou bien des soldats qui n’étaient pas de cette région.

Jésus, en croix, suffoquait ; Il n’avait pas la force de parler, encore moins de proclamer jusqu’au bout tout ce long psaume : Il l’a médité tout au long, et ceux qui l’ont entendu commencer - Marie, Jean, les saintes femmes - ont probablement continué de le réciter à voix basse. Nous pouvons les imiter…

 

*       *       *

L’appel de Jésus retentit plus fort en nos cœurs en cette période de la Passion. En général, on nous propose, le Vendredi Saint - parfois aussi chaque vendredi de Carême - un pieux exercice, d’origine très ancienne, le Chemin de Croix. C’est là une belle méditation, qui peut revêtir des formes et des modes très divers, plus ou moins brefs selon l’horaire de chacun, et qui fait beaucoup de bien à l’âme. 

Notre méditation sur la Passion peut aussi prendre d’autres aspects, car l’Eglise ne veut pas nous contraindre. L’important est le recueillement, l’union au Sacrifice du Christ. Le carême n’est là que pour nous le rappeler plus intensément, mais toute l’année - toute la vie ! - les fidèles que nous voulons être gagneront beaucoup à méditer souvent sur la Passion de Jésus : l’agonie, la sueur de sang, les insultes, les crachats, les liens, les coups, les épines, les fouets des Romains - rappelons que ces instruments de torture étaient faits avec des lanières de cuir tranchant, garnies de billes de plomb -, puis les chutes à terre, la croix si pesante, les clous, la lance.

Prions aussi avec notre chapelet, avec les cinq Mystères douloureux : Agonie, Flagellation, Couronnement d’épines, Portement de la Croix, Crucifixion. Une prière si simple, si facile, tellement recommandée depuis des siècles par l’Eglise : en invoquant Marie, nous lui demandons de nous aider à entrer plus intimement dans les Mystères de son fils Jésus.

Source de méditations intenses, et tout-à-fait d’actualité, nous nous souviendrons aussi du si fameux Suaire de Turin, dont on n’a pas toujours bien parlé dans les innombrables écrits qui ont été publiés. A l’écart de toute polémique, mentionnons ici la déclaration faite par le Responsable lui-même du laboratoire où se firent des analyses au Carbone 14 : des erreurs auraient été faites lors de ces analyses, beaucoup d’éléments n’auraient pas été pris en considération… Il reste que la contemplation de cette Sainte Face ne laisse personne indifférent.

Beaucoup de Saints ont rappelé la profonde efficacité que peuvent avoir pour notre vie la lecture et la méditation des douloureux moments de la Passion de Notre-Seigneur. Faisons nôtres ces suggestions, relisons souvent ces lignes, nous en retirerons beaucoup d’enseignements, nous apprendrons mieux à accepter toutes les “petites choses” de la vie quotidienne.

Concluant cette méditation, revenons à la Prière du jour, qui nous fait méditer sur l’Humanité, la mort et la résurrection du Christ :

Tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix ; accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa passion et d’avoir part à sa résurrection.

Doux Agneau de Dieu, chargé de nos péchés, muet devant tes accusateurs, aide-nous à prendre notre croix tous les jours. Amen.

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 00:00

 

5e dimanche de Carême - B

 

Dans deux semaines nous célébrerons la Pâque du Seigneur, le passage de la mort à la vie, la Résurrection.

*       *       *

 

Voici que Jérémie, sept siècles avant le Christ, nous annonce une Alliance nouvelle, une alliance vraiment heureuse, si tous connaîtront Dieu. 

Certes, beaucoup d’hommes aujourd’hui ne connaissent pas Dieu, mais ce n’est pas au sens qu’ils n’en ont jamais entendu parler : partout et dans les coins les plus reculés, on peut rencontrer des signes de l’évangélisation, une croix, un sanctuaire, un cimetière, une tradition chrétienne. Il n’y a pas de régions de la planète qui n’ait pas reçu la visite de quelque missionnaire.

Mais il y a aussi beaucoup de «mauvaises habitudes» qui se sont mélangées au Christianisme authentique, et nombreux aussi sont ceux qui ont des doutes, à cause des mauvais exemples qu’ils reçoivent de certains Chrétiens. C’est pourquoi nous avons sans cesse besoin d’une nouvelle évangélisation, et d’une conversion intérieure chaque jour plus profonde.

S’il est vrai que, par son Sacrifice parfait, le Christ nous a obtenu d’avance le pardon total, il ne nous a pas empêchés de «demander» pardon pour nos fautes. Ce n’est pas un mystère que nous avons sans cesse des choses à nous reprocher, nous le sentons bien intérieurement, notre conscience nous en avertit spontanément, l’honnêteté nous oblige à le reconnaître. Et Dieu, qui est riche en miséricorde, est toujours là pour nous pardonner.

*       *       *

 

Une des plus belles prières de repentir est ce magnifique psaume 50, dont nous relisons aujourd’hui plusieurs versets significatifs.

C’est d’abord la reconnaissance de la grande miséricorde de Dieu, à qui nous demandons de nous laver, de nous purifier.

C’est aussi la supplication à Dieu de créer en nous un cœur pur : le pardon de Dieu est comme une nouvelle création, on se sent re-naître, on a oublié la chute précédente, le péché d’avant, on s’est relevé, on est plein de vie pour reprendre la marche un moment interrompue : Dieu nous renouvelle, nous raffermit.

C’est ainsi une joie d’être sauvé, une joie si profonde, si exubérante, qu’on ne peut la conserver pour soi ; on veut la partager avec les amis, on est plein de zèle pour enseigner (les) chemins de Dieu ; non pas pour enseigner aux autres ce qu’ils savent déjà, comme on l’a lu dans Jérémie, mais pour donner aux autres l’exemple de notre conversion personnelle. Ainsi les égarés reviendront à Dieu.

Comment donc Jésus a-t-il pu prier avec ce psaume ? Comment lui, l’Agneau sans tache, l’Homme parfait, pouvait-il demander à Dieu son Père : Efface mon péché ?

C’est parce qu’il assumait sur lui tout le péché de chacun de nous, se présentant comme «Le» pécheur universel, s’offrant en Victime totale et parfaite pour expier à notre place.

Lui, plus que tout autre homme, pouvait dire : Aux pécheurs j’enseignerai tes chemins.

*       *       *

 

N’allons donc pas dire maintenant ce que l’épître aux Hébreux ne dit pas.

Si Dieu pouvait sauver de la mort le Christ, le Christ n’a jamais demandé à Dieu de lui épargner le sacrifice de la Croix. Comme homme, il aurait pu le demander, mais c’est pour ce sacrifice total qu’il est né et qu’il a vécu, en vue de la Résurrection.

On dit parfois qu’à Gethsémani, le Christ a prié pour que cette coupe s’éloigne de (Lui). Le Christ a pu avoir cette pensée, cette angoisse humaine qui refuse la mort, mais surtout il considéra avec immense tristesse le nombre si grand d’hommes qui refuseraient la grâce de la conversion, malgré Son sacrifice.

Tout prêtre a un peu ce sentiment de désespoir, quand il constate la dureté de cœur de certaines personnes, l’obstination que mettent certains à refuser la grâce sacramentelle.

Ce qui redonne au prêtre force et persévérance, c’est la certitude que la grâce de Dieu pourra quand même toucher un jour le cœur du pécheur. C’est aussi pour cela que le Christ a été exaucé, parce que en Lui nous avons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’il nous a prodiguée (Eph 1:7-8).

L’obéissance de Jésus envers Son Père lui était naturelle, il ne l’a pas apprise au sens où il ne savait pas ce que c’était avant, encore moins au sens où il aurait même «désobéi», évidemment ; on se demanderait bien en quoi Jésus pouvait désobéir, lui qui n’était venu que pour faire (la) volonté de son Père (Ps 39:7). Jésus a éprouvé dans sa nature humaine l’obéissance qu’il devait à Marie et à Joseph, et surtout à Dieu le Père : Je dois être aux choses de mon Père (Lc 2:49).

*       *       *

 

Dans l’évangile, nous voyons des «païens» grecs qui désirent voir Jésus. Eux, qui n’ont pas encore reçu le Message, ont besoin d’être évangélisés ; timides, ils s’adressent à Philippe, qui se réfère à André et l’accompagne auprès de Jésus. En témoin oculaire, l’évangéliste Jean nous parle de cette petite diplomatie un peu amusante pour montrer toute la véracité de la scène. Plus surprenante est la réponse de Jésus, qui semble n’avoir rien entendu et ne pas vouloir donner suite à la demande de ces braves Grecs. Mais nous allons voir que Jésus répond pleinement à leur désir, en parlant au plus profond de leur cœur.

Si Jésus s’était seulement montré à ces Grecs, ces derniers seraient repartis un peu comme lorsque nous nous contentons d’emporter une carte postale d’un sanctuaire. Jésus, qui voit leur cœur avide de Vérité, va leur faire comprendre que ce qu’ils doivent contempler, c’est le Sacrifice du Fils de l’Homme, en croix, parce que c’est pour cette heure qu’(il est) venu

Au moment de le dire, Jésus s’émeut, on le comprend aisément : Je suis bouleversé, dit-il après qu’il a parlé du grain tombé en terre, qui doit mourir pour porter du fruit. C’est que Jésus est désormais à deux pas de Son Sacrifice suprême et de la Croix.

Jésus parle de Son Père ; les Grecs vont comprendre que Le Père et Jésus ne font qu’Un (cf. Jn 17:22-23) et Dieu va se manifester : Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. Glorifié, Jésus l’a été à son Baptême par Jean-Baptiste (cf. Mt 3:17) et au jour de la Transfiguration (cf. Mt 17:5). Jésus sera encore plus glorifié en sa Résurrection et, finalement, à l’Ascension.

Aussi, en quelques mots, le Seigneur montre aux Grecs le chemin à suivre. Lui qui a dit précédemment : Je suis la Voie, la Vérité et la Vie (Jn 14:6), leur montre la Croix, la Résurrection et l’Ascension.

Le Sacrifice de la Croix est présent dans l’Eucharistie, où Jésus nous donne comme nourriture ce Corps qui va être livré pour nous, comme il l’avait déjà dit précédemment : Ma Chair est vraiment une nourriture et mon Sang véritablement un breuvage (Jn 6:55, le “discours eucharistique”).

Le Sacrifice de la Croix serait incomplet sans la Résurrection ; c’est parce qu’il allait ressusciter que le Christ ajoute maintenant :  Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes (une autre version dit : j’attirerai toutes choses à moi).

La Résurrection sera vraiment la victoire de la mission salvifique de Jésus-Christ, dont la dernière étape sur terre sera sa glorieuse Ascension.

C’est pourquoi l’Eglise rappelle, dans chacune des prières eucharistiques de la Messe, la passion, la résurection et l’ascension de Jésus-Christ notre Seigneur. C’est tout cela que Jésus fait comprendre à ces Grecs si avides de Le connaître.

*       *       *

 

Mais à nous, qui n’étions pas présents à Gethsémani, ni au Calvaire, ni au Jardin de la Résurrection, ni sur la colline de l’Ascension, nous avons cette promesse du Maître : Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps (Mt 28:20). Dans l’Eucharistie, dans le Tabernacle de la Présence réelle, nous contemplons le Fils de Dieu incarné, humilié, crucifié et ressuscité. 

Regarder la Croix, faire le signe de la Croix, participer à l’Eucharistie, c’est le chemin pour connaître Jésus, dans toute sa réalité humaine et sa puissance divine, Lui qui a donné sa vie par amour pour le monde (Prière du jour).

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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 21:16

Antonio Pavoni

1325-1374

 

Antonio Pavoni naquit en 1325 à Savigliano (Cuneo, Piémont, Italie NO), de famille noble.

A quinze ans déjà, il put entrer au couvent dominicain de sa ville, et fut ordonné prêtre en 1350. A l’autel, il parut un ange.

Devenu inquisiteur général du Piémont en 1365, il exposa toute sa personne et sa vie à la rencontre des Vaudois dans la vallée de Pinerolo. En 1368 et 1372, il fut élu prieur de son couvent ; en 1374, l’évêque lui demanda de prêcher le carême dans le Val Pellice ; puis Antonio parcourut Campiglione, Bibiana et Fenile ; il célébra la Pâques à Bricherasio, où il se trouvait encore le dimanche suivant, 9 avril.

Si les fidèles reprenaient courage en le voyant réfuter les erreurs vaudoises, les ennemis de la Foi résolurent de l’intimider et même de l’assassiner, dans l’espoir de faire taire cette voix de la Vérité. Antonio l’apprit, et fut divinement informé des jour et heure de son prochain martyre, auquel il se prépara en chantant chaque jour le psaume Lætatus sum (Ps 124).

La veille de ce dimanche, il entra chez un barbier et lui demanda de bien le raser, car il allait à une noce. Le barbier lui répondit d’abord que c’était impossible, car dans son échope on connaissait tous les potins, et personne n’avait parlé de noces. Sur l’insistance d’Antonio, le barbier s’exécuta avec soin.

Le lendemain, dimanche 9 avril 1374, Antonio se prépara à la Messe, célébra, prêcha, rendit grâces et sortit de l’église. Là, sept sicaires l’attendaient. Antonio reçut une blessure sous l’œil gauche, deux coups de poignard dans la poitrine, un coup d’épée sur l’épaule droite. Il mourut à l’instant, et les bourreaux s’acharnèrent sur son corps.

Il y eut quantité de miracles sur la tombe du Martyr, parmi lesquels un brave gentilhomme réussit, après invocation à Antonio Pavoni, à retrouver le document nécessaire à prouver ses droits en face d’un accusateur malhonnête. Ce qui fait qu’Antonio est lui aussi invoqué pour retrouver des objets perdus, comme l’autre Antonio «de Padoue».

Le culte d’Antonio Pavoni fut autorisé en 1856, ce qui le fait considérer comme Bienheureux.

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 00:00

Quatrième dimanche de Carême  - B

Les épisodes racontés dans la première lecture d’aujourd’hui (dans le second livre des Chroniques) se situent aux 7e et 6e siècles avant Jésus-Christ.
Après une réforme religieuse importante, conduite par Josias, plusieurs rois se succédèrent, pas meilleurs les uns que les autres, et qui furent tous soit enlevés soit déportés, qui en Egypte, qui à Babylone ; dans le même temps, Dieu suscita plusieurs prophètes pour ramener le peuple d’Israël dans le bon chemin : Jérémie, Ezéchiel et Habaquq firent connaître au peuple son péché, au nom de Dieu, mais on les méprisa.
Finalement - le texte le dit - Jérusalem et son Temple furent totalement détruits par les Babyloniens ; Nabuchodonosor emmena chez lui les survivants du massacre en les réduisant à l’esclavage pendant soixante-dix ans. Imaginons ce que serait cet esclavage, s’il nous concernait, depuis l’année 1939… Déjà ces cinq années furent particulièrement douloureuses ; on a du mal à imaginer ce qui se serait passé pendant soixante-dix années.
Le peuple d’Israël connut donc cette pénible situation, que le récit de la Bible met en relation avec son éloignement de la Loi de Dieu. Apparemment, Nabuchodonosor ne détruisit pas immédiatement le Temple, mais les murailles et les palais (598) ; plus tard Nabuzeriddinam détruira le Temple ainsi que la ville et fera de nouvelles déportations (587-581). Jérémie sera emprisonné, puis expédié en Egypte…
L’avènement de Cyrus au 6
e siècle va mettre fin à cet exil. Dieu lui suggère cette mesure de miséricorde par laquelle il renverra chez eux les Israélites pour reconstruire leur Temple (538). Si, pour les Israélites, ce Cyrus est un païen, un incirconcis, un étranger, Dieu s’en sert pour faire connaître à tout Israël sa miséricorde. C’était aussi une leçon :  ayant refusé d’écouter les Prophètes envoyés par Dieu, le peuple d’Israël fera l’expérience d’un Juste païen.
En même temps, Cyrus sera l’image du Sauveur futur, qui nous fera passer de l’esclavage du péché à la liberté de la vie nouvelle.


*       *       *

Le psaume 137 illustre cette situation de l’année 587 : les Israélites sont à Babylone, loin de leur pays, tristes, et n’ont pas vraiment le cœur à chanter.
Ce n’est peut-être pas le moment de chanter, mais c’est bien celui de se repentir, de réfléchir à ce qui a causé cet exil.
Et voici qu’une âme fidèle et repentante se souvient de la colline de Sion, de Jérusalem, du Temple. Dans sa tristesse, le chantre n’ose pas prononcer le nom de Yahwé ; il s’adresse à Jérusalem, à la Maison de Jahwé. De tout son cœur, il exprime sa volonté d’être uni à ce Temple où est présent le Créateur.
Une comparaison forte traduit ce sentiment : comme mon corps ne peut travailler sans la main droite, de même je ne peux vivre sans penser à Jérusalem.
L’auteur va même jusqu’à préférer être muet (que ma langue s’attache à mon palais), plutôt que d’oublier la Ville sainte. Mieux : le mot joie couronne cette phrase, montrant jusqu’où doit aller le vrai repentir.


*       *       *

Il faut bien se rappeler cette réalité : comme Israël était exilé, loin de Jérusalem, notre péché aussi nous sépare de Dieu. Sans le Christ, nous n’aurions pas reçu cette vie nouvelle, cette nouvelle naissance par le Baptême ; nous serions restés comme morts, loin de Dieu, exilés et exclus du Paradis.
Ce n’est qu’avec et par le sacrifice du Christ, que Dieu nous délivre de notre exil, nous pardonne et nous comble de Sa grâce.
L’épître de saint Paul aux Ephésiens est riche de ces verbes où l’Apôtre explique que nous sommes avec le Christ.
Une fois que Christ a pris notre nature humaine, Il nous a assumés dans sa divinité, que nous partageons à la mesure où nous abandonnons vraiment notre vieil homme. Nous vivons avec Lui, nous sommes ressuscités avec Lui, nous régnons aux cieux avec Lui.
Paul est radical dans sa pensée : même nos meilleures actions seraient restées nulles et sans fruit, si Dieu ne nous avait donné Sa grâce, dans la Vie sacramentelle qui nous unit à Jésus-Christ. Si, heureusement, Dieu n’abandonne jamais quelqu’un qui n’est pas baptisé, c’est tout de même autre chose d’avoir une vie honnête et même généreuse, et autre chose de participer pleinement à la divinité de Jésus dès ici-bas, par la participation aux Sacrements institués par Lui pour développer en nous une plénitude de Paix, de Joie, et surtout d’union avec Lui, ce qui a fait dire à Saint Paul : Je puis tout en Celui qui me fortifie (Ph 4:13).
Celui qui me fortifie, c’est ce Jésus qui a donné Sa vie pour moi. Ce Jésus crucifié, l’Innocent abaissé au plus vil des châtiments, en compagnie de brigands, c’est Lui qui, désormais, par son Sacrifice total et parfait, est devenu notre Salut. Ne l’oublions pas : à force de le répéter machinalement, nous ne réalisons peut-être plus quelle grâce Dieu nous a faite.


*       *       *

Quand nous regardons la Croix, cet instrument honteux de supplice chez les Romains, cette Croix est désormais pour nous le Signe de la Paix retrouvée, le Signe du Salut, l’instrument qui nous a reconduits à Jérusalem.
C’est en annonce de ce réel prodige, que Moïse eut à exposer dans le désert l’image de ces serpents qui décimaient le peuple d’Israël (cf. Nb 21:4-9) : regarder ce serpent désormais immobilisé signifiait la victoire sur l’ennemi.
A propos de cette Croix, signalons une erreur évidente que commettent certains Chrétiens - qui ne se reconnaissent pas dans les rangs des Catholiques : selon eux, Jésus aurait été attaché non pas à une croix telle que nous la connaissons, mais à un unique poteau vertical (ce qui, reconnaissons-le au passage, n’aurait pas constitué un supplice moins horrible que celui de la croix). C’est pourquoi les publications de cette Secte ont abandonné le signe de la croix, qui était leur emblême au début. Ne leur en voulons pas ; s’ils aiment vraiment la Vérité, ils comprendront d’eux-mêmes leur erreur (qui par ailleurs ne les empêchera pas d’être des personnes très vertueuses).


*       *       *


A notre tour, n’accrochons pas nos harpes aux arbres de Babylone ! A l’approche de la fête de Pâques, chantons de tout notre cœur, par exemple l’hymne Vexilla Regis prodeunt de s.Venance Fortunat († 609), en particulier cette strophe :

O Crux, ave, spes unica :     
Hoc Passionis tempore    
Piis adauge gratiam,    
Reisque dele crimina.    

O Croix, notre unique Espoir : Salut !
En ce temps de la Passion
Pour les justes, augmente la grâce,
Et pour les pécheurs, efface leurs crimes.

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 00:00

German Gardiner

 ? -1544

 

Laïc anglais, on suppose qu’il fut parent (et secrétaire) de Stephen Gardiner, l’évêque de Winchester.

Formé probablement au Trinity Hall de Cambridge, il ne craignit pas de s’exposer pour défendre la foi catholique.

Il publia ainsi un tract en 1534. Pendant la persécution de cette période, il fut pénétré de courage par l’héroïcité des Martyrs, en particulier de Thomas More (v. 6 juillet). Il eut une occasion de donner un témoignage remarquable.

En 1543, il fut accusé d’avoir dressé une liste d’erreurs contre la foi. Cette année-là, le Despote royal changea de caprice, et préféra sacrifier les Catholiques au lieu des hérétiques, tandis qu’ensuite il se retourna plutôt contre les Protestants. 

L’acte d’accusation de German montre clairement qu’il fut accusé de vouloir priver le roi de sa dignité et de son titre de Chef suprême de l’Eglise d’Angleterre et du Pays de Galles.

Il fut exécuté pour sa foi le 7 mars 1543 ou 1544 à Tyburn, dernier des Martyrs catholiques sous le roi Henry VIII, en même temps que les prêtres John Larke et John Ireland.

Le culte de German et de ses Compagnons a été confirmé en 1886, ce qui équivaut à la béatification.

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 23:02

Dominik Metodij Trcka
1886-1959

Dominik Trcka naquit le 6 juillet 1886 à Frydlant nad Ostravici (dans l’actuelle République Tchèque), dernier des sept enfants de Tomas et de Frantiska, qui le firent baptiser dès le lendemain.
Il fréquenta l’école primaire de son village, puis le gymnase de Mistek, enfin celui des Pères Rédemptoristes de Cervenka.
Il entre au noviciat de cette Congrégation à Bilsko en 1903 et fait sa première profession en 1904. Durant ses études de philosophie et de théologie à Oboriste, il est saisi par l’idéal des apôtres de son pays, les saints Cyrille et Méthode (v. 14 février) et désire travailler de tout son cœur à l’unité de l’Eglise.
Il est ordonné prêtre en 1910 et, selon l’habitude de cette Congrégation, effectue le “second noviciat”, pour se préparer à l’apostolat. On note de lui : Le Père Trcka, quand il prépare son sermon, veut être original. Il n’y réussit pas toujours, mais il accepte les observations. Pour ce qui est de proclamer, il le fait avec beaucoup de douceur. Ce qui fait qu’il reste à Prague comme missionnaire.
Il exercera son ministère à Svata Hora, puis Plzen, puis de nouveau à Svata Hora, où on lui confie le soin de Croates réfugiés. Il s’y donne de toute son âme, célébrant pour les Croates, mais aussi pour les Slovènes et les Ruthènes, qu’ils soient fugitifs ou soldats de l’hôpital de Pribram. Il est noté comme confrère aimable, zélé, toujours joyeux, ouvrier infatigable. Puis il est muté à Brno en Galicie (1919) pour s’occuper des gréco-catholiques.
Là se trouvent déjà des Pères rédemptoristes belges, qui sont stupéfaits de voir avec quelle rapidité le père Dominique apprend la langue, le rite et la tradition orientale. C’est là que Dominik prend le nom de Metodij. Puis il fera partie des fondateurs du nouveau couvent de Stanislavov (aujourd’hui Ivanofrankivsk), et sera envoyé enfin à celui de Stopkov, où l’on prévoit de réunir des religieux rédemptoristes des deux rites, latin et gréco-catholique. Il y est économe et vice-recteur, et en 1924 supérieur.
En 1931, est consacré le nouveau couvent à Michalovce, qui sera destiné aux seuls gréco-catholiques. Il était trop fatigué, après les travaux de construction, pour en être supérieur, et resta à Stopkov, où on le connaissait pour sa belle barbe déjà blanche. Il fut ensuite économe à Michalovce, puis nommé visiteur apostolique pour les moniales basiliennes de Presov e Uzhorod, et enfin supérieur à Michalovce en 1936. Son activité ne s’arrêtait pas.
Ces années-là, l’état slovaque ne voyait pas d’un bon œil les activités de Michalovce, suspectant les religieux d’être fanatiques comme les Ruthènes, du fait de leur origine tchèque ; ou bien on les accusait de propagande tchèque. Ce fut au point que le père Metodij fut une fois arrêté en 1941, mais relâché car on ne trouvait rien à lui reprocher. Le père Metodij continua énergiquement à célébrer selon le calendrier julien et à prêcher en ruthène.
A partir de 1942, il fut déchargé de sa place de supérieur et se mit au service des paroisses alentour, ce qui le fatigua beaucoup et l’obligea à garder la chambre, mais il s’y remit dès qu’il put. Il pourvut aussi à aider les Juifs.
A la fin de la guerre, il obtint la création d’une vice-province pour les rédemptoristes gréco-catholiques, et en fut évidemment chargé (1946), avec l’assentiment de tous.
Le père Trcka chercha à faire construire d’autres monastères, mais l’arrivée du pouvoir communiste lui rendit très difficile le travail. On le convoquait souvent ; en 1948, la police vint perquisitionner.
La vice-province gréco-catholique fut supprimée, et contrainte à passer sous la vice-province latine ; le père Trcka dut quitter Michalovce pour Sabinov, tout en visitant les autres maisons pour encourager les religieux.
La situation était très tendue, jusqu’au jeudi de Pâques, 13 avril 1950, où la police vint arrêter les religieux en pleine nuit. Père Trcka fut accusé d’avoir voulu usurper une autre identité (en se faisant raser la barbe) pour fuir à l’étranger. On lui fit subir maint transfert et surtout beaucoup de tortures : lumière forte jour et nuit, pieds nus, en simple pantalon et chemise… Père Trcka fut très traumatisé par ces fatigues, mais put se remettre, grâce à son caractère équilibré et sa confiance en Dieu.
Dans la prison de Podolinec, les religieux eurent la possibilité de prier ensemble, de célébrer la liturgie, et ainsi de s’encourager réciproquement. En 1951, après la longue série d’interrogatoires, le père Trcka fut transféré dans la prison de Bratislava, en vue du jugement. Le 21 avril 1952, accusé d’espionnage et de haute trahison, il reçoit une peine de douze ans de prison, avec une forte amende, la confiscation des biens et la perte de ses droits civils pour dix ans. Le calvaire commençait.
Il fut déplacé en diverses prisons. Il réussissait à se procurer du pain et du vin pour célébrer en cachette. Sa santé déjà ébranlée fut encore plus mise à dure épreuve ; l’urémie le fit conduire inconscient à l’hôpital Sainte Anne de Brno, où on désespérait de le guérir. Mais, semble-t-il par l’intercession justement de sainte Anne, il n’eut pas à être opéré et sorti guéri de l’hôpital.
Même si sa famille essayait (en vain, d’ailleurs) de lui obtenir la grâce, il ne s’attendait à aucune amnistie. Pour l’abattre encore plus, on lui fit croire qu’il allait être libéré, ayant purgé déjà la moitié de sa peine, puis on lui refusa la libération à laquelle il croyait tant, ce qui le plongea dans une noire déception.
En 1958, il est transféré à Leopoldov, où il semble qu’il ait un peu récupéré, au point qu’il espère avec l’aide de Dieu, pouvoir bientôt terminer les cinq années qui lui restent à purger. Mais à Noël, surpris en train de chantonner un air de Noël, il est condamné à la cellule de correction, où il couchait sur le ciment. La fièvre monta, on obtint de le mettre en cellule d’isolement, “moins froide”, où il s’éteignit peu à peu, pour mourir le 23 mars 1959. Il fut enterré dans le cimetière de la prison.
Lors de la restauration de l’Eglise gréco-catholique en 1968, les restes du père Trcka furent transférés de la prison de Leopoldov à Michalovce, dans le cimetière des pères rédemptoristes. On l’avait reconnu grâce à sa dent en or, qui brillait chaque fois qu’il souriait. Plus tard, après la chute du régime communiste, il fut réhabilité.
Le père Dominik Metodij Trcka fut béatifié en 2001.

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 21:42

Bronisław Komorowski
1889-1940

Né près de Skorcz (près Dantzig en allemand, Gdansk en polonais), Bronisław fut tôt orphelin de père. Sa mère épousa en secondes noces Jan Fankidejski, qui lui enseigna l’histoire de la Pologne.

Le garçon étudia au Collegium Marianum à Pelpin. 

Il fit partie de la société secrète des Philarètes, cercles où l’on étudiait différentes matières avec ce sentiment unanime patriote pour la Pologne. 

Après avoir étudié la physique et les mathématiques, la médecine, les lettres et le droit, il poursuivit sa formation à Chelmno (Culm en allemand), moitié catholique et moitié protestante.

Il ressentit alors la vocation au sacerdoce, en réponse au Kulturkampf laïc de la politique prussienne de Bismarck.

Ordonné prêtre en 1914, il fut vicaire à Praust (actuelle Pruszcz, faubourg de Dantzig), une agglomération où se développait une intense industrialisation.

Nommé à Saint-Nicolas de Dantzig, rattachée de force à la Prusse mais polonaise, Bronisław enseigna l’histoire de la Pologne.

Au lendemain de la guerre, le traité de Versailles proclamait Dantzig ville libre, mais cette ville était encore majoritairement allemande. C’était localement l’expression même du germe de la prochaine guerre.

En 1924, Bronisław changea de faubourg et se retrouva à Langfuhr (aujourd’hui Wrzeszcz), où il fit construire une église nouvelle. Il y avait là une école technique fréquentée majoritairement par des polonais (qui durent évacuer en 1939).

En 1933-1934, il fut élu au parlement de Dantzig. La ville se reprenait de l’après-guerre, et les habitants allemands voulaient se réunir à l’Allemagne, tandis que les Polonais s’y attachaient ou commençaient à émigrer vers le sud, d’autant plus que sévissaient des lois anti-catholiques.

L’évêque confia la pastorale des Polonais à l’abbé Bronisław, avant de se retirer à Rome sur la pression nazie. Bronisław réunit les Polonais dans des cercles et des clubs culturels, religieux et sportifs.

Lors de l’invasion nazie du 1er septembre 1939, toute cette élite polonaise fut ratissée, quinze cents personnes arrêtées, et tandis que commençait la Deuxième Guerre mondiale, la ville de Dantzig «votait» son rattachement à l’Allemagne. 

L’abbé Bronisław fut arrêté, mis en prison à la Viktoriaschule, déporté à Stutthof, en même temps que l’abbé Marian Górecki. 

Ils y travaillèrent eux-mêmes, nuit et jour, à l’abattage des arbres, la construction des bâtiments du camp et la pose des vitres. S’ils chantaient en travaillant, ils étaient «punis». 

Le 22 mars 1940, ils furent tous deux fusillés le jour-même du Vendredi Saint, pour avoir célébré la messe la veille, le Jeudi Saint avec d’autres prisonniers. 

Rappelons que la ville de Dantzig fut rasée à 90%, faisant cent-mille morts ; les survivants, allemands, furent à leur tour expulsés par l’Armée rouge, et la ville fut de nouveau polonaise en 1945.

Ces deux prêtres ont été reconnus Martyrs de l’époque nazie, et béatifiés parmi les cent-huit Polonais en 1999.

A un ami qui lui demandait quels étaient ses sentiments dans les moments de grande humiliation (on songe aux mauvais traitements qu’il dut subir entre septembre et mars…), il répondit : Je me sens comme en chaire et je pense à faire une bonne prédication.

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 00:00

 

3e dimanche de Carême - B

 

Le bref évangile de saint Marc est complété, en cette année B, par des extraits de l’évangile de saint Jean. Mais il se peut que certaines communautés choisissent d’utiliser les lectures de l’année A, auxquelles on pourra se reporter.

*       *       *

Qui n’a jamais entendu parler des Dix Commandements ? Il faut tout de suite préciser que le texte biblique ne se présente pas de la façon qu’on a adoptée pour reproduire le Décalogue dans nos catéchismes.

Le texte de l’Exode que nous lisons aujourd’hui en est une première version ; il en existe une autre, postérieure, dans le livre du Deutéronome (Dt 5:6-22) ; l’Eglise a pendant longtemps repris la division proposée  par saint Augustin en dix commandements, trois concernant l’amour de Dieu, sept concernant l’amour du prochain.

L’actuel Catéchisme (Abrégé, n. 436) parle du Décalogue comme d’un résumé de la Loi mosaïque, d’une formule catéchétique que nous ferons bien de réapprendre dans nos familles.

1. Quand Dieu interdit de faire une quelconque image de lui, c’est pour qu’Israël se démarque nettement des pratiques idolâtriques des autres peuples, où l’on se prosterne devant des idoles, des totems, des objets inanimés dont on espère protection et bienveillance. 

Certaines tendances ont interprété cela comme une interdiction totale de toute représentation artistique. Il y eut la tristement célèbre période de l’iconoclasme, qui engendra une véritable persécution pendant deux siècles, et qui fit beaucoup de martyrs.

L’enseignement de l’Eglise est clair : il n’est pas question d’adorer ce morceau de bois ou cette peinture, comme font les idolâtres en se prosternant devant un totem «sacré» ; de la même façon qu’on respecte la photographie d’une personne chère, cette photographie n’est pas «la» personne en question.

Tout ce que l’homme a essayé, bien ou mal (souvent très mal !) de représenter par la peinture ou la sculpture, n’est qu’une image pour orienter notre esprit. 

Aujourd’hui il semble qu’on ait beaucoup plus confiance dans les horoscopes, les superstitions de corbeaux ou de chiffre 13, le loto, que dans les images pieuses.

2. Quand Dieu interdit d’invoquer le nom du Seigneur pour le mal, il nous est rappelé de veiller à notre langage de chaque instant. Dans une célèbre apparition (La Salette, 1846 ; l’apparition est reconnue par l’Eglise), Marie évoque avec grande tristesse ceux qui mettent le nom de (son) Fils chaque fois qu’ils se fâchent

A notre époque, on pourrait croire que ce sont plutôt les mots grossiers qui prévalent ; mais comme il est vilain d’entendre un blasphème ! A l’un de nos rois français qui répétait trop souvent un vilain Jarnidieu («je renie Dieu»), son aumônier, l’abbé Cotton, lui proposa de dire plutôt Jarnicotton, fantaisie qui plut beaucoup au roi.

3. Le “jour sacré” du sabbat, le jour où Dieu se reposa (Gn 2:2) est aussi le jour où Jésus-Christ se reposa dans la tombe, dans l’attente de la Résurrection. Le Sabbat était un jour d’attente ; à partir de la Résurrection du Christ, les Chrétiens fêtèrent ce «huitième jour» comme le premier, pour fêter la nouvelle Lumière, après la création de la lumière au Premier jour. La fête de Pâques sera l’occasion de reparler de ce thème.

A la fin du 19e siècle, tout un courant mobilisait déjà, en France, les artisans et les tenanciers de bars pour ne pas travailler le dimanche. L’argument du “repos dominical” nécessaire à la famille et aux occupations personnelles, n’est qu’un argument laïque. Fondamentalement, ce jour est celui de Dieu. Dominica dies, d’où vient notre dimanche, est littéralement «le jour du Seigneur».

Il serait heureux de chercher une solution plus adéquate pour ce Jour saint, qui convienne aux Chrétiens, aux Juifs ou aux Musulmans. Il ne semble pas que les Chrétiens aient la possibilité de s’opposer au jour de la prière en pays juif ou musulman ; dès lors on ne voit pas pourquoi ces derniers ne pourraient pas prier le dimanche en pays chrétien. La prière reste la prière.

4. Il est tout naturel d’honorer ses père et mère, qui nous transmettent la vie que nous recevons de Dieu. Ils représentent la première autorité sur terre. C’est au nom de cette autorité sainte que Paul recommande aussi de respecter nos maîtres d’ici-bas en leur obéissant comme au Christ.

5. Quand Dieu réprouve le meurtre, l’adultère, le vol, le mensonge, Il demande à chacun de nous d’avoir une vie honnête à tous instants. 

a. Attenter à la vie d’un être est un crime grave. La vie appartient à Dieu, qui la donne et qui la reprend. L’homme n’a pas le droit d’interférer sur cette Loi divine. N’entrons pas dans la polémique : adorons l’Auteur de la vie et respectons-la.

b. A notre époque, il semble que l’adultère et la fornication aient obtenu droit de cité, en dépit de toute référence morale et familiale : l’homme s’est abaissé au niveau des bêtes et même plus bas, et l’on a tendance à trouver cela tout-à-fait normal, habituel et même légitime. Qu’au moins dans notre conscience il n’en soit pas ainsi.

c. Il tombe sous les sens que voler est une injustice grave. Le vol, comme tout détournement, est une forme pratique du mensonge.

d. Un des remèdes à notre société, un auteur russe l’a écrit il y a bien des années, serait de “Vivre sans mensonges” (Alexandre Issaeïevitch Soljenitsine). La sincérité va de pair avec la pureté d’esprit : nous devons condamner en nous toute duplicité et regarder les choses et les personnes avec un œil sans ambiguité.

*       *       *

Le psaume 18 est un hymne à Yahvé, créateur du ciel et tout spécialement du soleil et auteur de la Loi : la nature et la Loi manifestent les perfections divines. 

Le Soleil de Justice est le Verbe incarné, Jésus-Christ, l’envoyé du Père : la liturgie de Noël le répète en chantant ce même psaume 18. Dans l’ancien Orient païen, il y avait une fréquente assimilation du Soleil avec la Justice. C’est pour ce Soleil que Dieu dressa une tente (v. 5 du psaume, non cité aujourd’hui) ; ce pourrait être le sein virginal de Marie, ou l’Eglise entière, puisque l’une et l’autre engendrent la vie du Christ (cf. Concile Vatican II, Constitution Lumen Gentium, 8, 62-63) et c’est ce Soleil qui s’est ensuite exprimé pour toute la terre jusqu’aux limites du monde (v. 6), par l’intermédiaire des Apôtres.

La Loi ainsi transmise est d’origine divine : elle est parfaite !

La crainte qu’elle inspire est pure, parce que nous n’avons pas peur de Dieu : nous le «craignons» au sens où nous le respectons profondément et nous L’adorons humblement.

*       *       *

Puisque dans l’Evangile, nous allons lire que les Juifs demandent à Jésus un signe, nous lisons d’abord ce qu’en dit l’Apôtre Paul : Jésus connut la mort du dernier des brigands, mais c’est Lui le Signe, la vraie Sagesse. C’est pourquoi le signe de notre foi est la Croix. 

Les Martyrs de tous les siècles ont connu d’horribles tourments, mais devant Dieu ce sont eux les vainqueurs d’un monde inique.

N’ayons pas de respect humain à affirmer notre foi, notre attachement à ce Crucifié : c’est Lui qui nous donnera la force nécessaire, le moment voulu, et la sagesse, pour répondre à nos accusateurs (cf. Mt 10:19). 

*       *       *

 

Aujourd’hui, Jésus fait un peu de “nettoyage” dans le Temple de Jérusalem, où l’on accumule un peu tout et n’importe quoi, bêtes et commerçants, sous prétexte que les fidèles ont besoin d’acheter ce qui est nécessaire aux sacrifices du Temple. 

Certes, le commerce reste le même, dedans ou dehors, et au Temple comme dans tout lieu de pèlerinage, les fidèles ont besoin d’acheter ne serait-ce qu’une image en souvenir. Mais il y a un endroit approprié pour prier, un autre pour parler ; de la même façon qu’il est un peu déplacé d’utiliser une salle “polyvalente” pour, un soir, danser et s’amuser, et le lendemain s’y réunir pour prier, sous prétexte qu’il y fait plus chaud ou plus “convivial”. En fait de convivialité, il faudrait d’abord chercher à être convivial avec Dieu. Il y aurait peut-être ici à faire une petite méditation sur la crainte de Dieu et le respect qu’on doit au sanctuaire.

Donc, on a prétendu que Jésus s’est “mis en colère” en chassant du Temple de Jérusalem vendeurs et bêtes et en renversant les tables avec l’argent des changeurs. Jésus ne s’est certainement pas mis en colère, parce que la colère provoque des attitudes et des paroles déplacées et incontrôlées ; pour faire sortir des bêtes d’un endroit, il ne faut surtout pas les affoler, mais simplement les diriger vers la porte, comme font tous les paysans avec leur bâton et leur chien ; Jésus  se fit un fouet avec des cordes, donc avec les moyens du bord, et nul ne dit qu’il se soit déchaîné sur les pauvres bêtes innocentes qui se trouvaient là.

De même au sujet des changeurs et des marchands : Jésus ne les a certainement pas battus, ni privés de leur argent ; sinon, leur première réaction aurait été d’avertir l’autorité pour se faire restituer leur argent perdu et se venger de Jésus. Rien de tout cela, parce que les intéressés savaient très bien qu’ils n’étaient pas à leur place et qu’ils avaient mauvaise conscience de tout ce trafic.

Non, Jésus ne s’est pas “mis en colère” ce jour-là ; plutôt, il nous a montré avec quelle énergie nous pourrions expulser de notre temple personnel nos vilains défauts : l’orgueil avant tout, l’avarice, la gourmandise, la paresse…

Le Temple de Jésus, son Corps humain, va bientôt disparaître, pour reparaître plein de gloire au jour de la Résurrection.

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Nous aussi, purifions notre temple intérieur. Dans ce combat parfois difficile, il est bon de recourir à la prière, à de petites privations, pour élever notre âme vers la Perfection divine. 

La Prière du jour est intense, qu’elle soit la nôtre chaque jour : nous avons conscience de nos fautes, patiemment, relève-nous, Seigneur, avec amour.

S’il est éblouissant de fixer le soleil, il est indispensable au contraire de fixer le Soleil de Justice, le Christ mort et ressuscité. C’est pourquoi l’Antienne d’ouverture reprend le verset du psaume 24 : J’ai toujours les yeux sur le Seigneur.

 
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