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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 23:00

 

Thérèse Martin

1873-1897

 

Les Français ont beaucoup entendu parler de «la petite Thérèse», mais ne la connaissent pas vraiment. 

De ses pieux parents, il y aura à écrire un autre article, depuis que tous deux ont été béatifiés en 2008 (1). 

Des neuf enfants de ce couple très chrétien, Thérèse était la dernière. Elle naquit à Alençon le 2 janvier 1873, et reçut au baptême, le 4 janvier suivant, les noms de Marie-Françoise-Thérèse. Sa marraine était sa sœur aînée, Marie-Louise, et son parrain Paul Boul ; tous deux âgés de treize ans.

Deux mois après, elle frôla la mort et fut confiée à une nourrice. La santé revint après un séjour vivifiant à la campagne.

Après la mort prématurée de la Maman Zélie (1877), qui affecta beaucoup Thérèse, Monsieur Martin transporta tout son petit monde dans cette propriété des Buissonnets à Lisieux, où était pharmacien son beau-frère. Déjà étaient morts deux de ses filles et ses deux petits garçons.

Thérèse était sa benjamine et, peut-être, sa préférée, quoiqu’il eût toutes les attentions nécessaires pour la bonne éducation de tous ses enfants. Il appelait Thérèse «la petite Reine de France et de Navarre».

On connaît bien des détails de l’évolution de sa personnalité par le récit sincère et sans complaisance qu’elle en fit plus tard, pour obéir à la volonté de sa Prieure au Carmel, sœur Agnès de Jésus, sa propre sœur Pauline. 

Elle n’était pas sans défauts et sans caprices, mais elle apprit tôt à se corriger. Elle combattit son entêtement et son égoïsme. A trois ans, elle avait résolu de ne rien refuser au bon Jésus.

En août 1879, elle crut voir passer dans le jardin son père, cassé, vieilli, la tête voilée : vision prophétique de la paralysie cérébrale qui frapperait bien plus tard Monsieur Martin, dès 1889.

Elle se confessa pour la première fois en 1880, démarche qu’elle répétera à toutes les grandes fêtes, et, dit-elle, «c'était une vraie fête pour moi chaque fois que j'y allais».

En 1881, elle fut demi-pensionnaire à l’abbaye des bénédictines de Lisieux.

En 1883, une maladie «étrange», peut-être simplement nerveuse, sembla conduire Thérèse au bord de la folie : tremblements, hallucinations, frayeurs, délire… Elle donnait tant de soucis à la famille qu’on faisait une neuvaine pour sa guérison à Notre-Dame des Victoires. Or, au soir de la Pentecôte, Thérèse vit s’animer la petite statue de la Vierge qui était dans sa chambre ; le mal disparut. Sa grande sœur était présente, et pouvait attester du changement, après avoir constaté l’attitude extatique de Thérèse.

1884 : Première communion, puis Confirmation.

Thérèse avait une forte tendance à une émotion excessive. Elle combattit aussi ce trait de caractère, et, à partir de Noël 1886, elle vainquit pour toujours les larmes ; ce sera pour elle sa «nuit de conversion», où elle changea vraiment du tout au tout.

Dans le sillage de ses deux sœurs aînées, Thérèse exprima en 1887 son désir d’entrer au Carmel, mais elle était bien jeune. Son père n’y mettait pas d’objection, si c’était là la volonté de Dieu, mais c’est l’oncle Guérin qui s’y opposait formellement. On prit rendez-vous chez l’évêque (et pour l’occasion, Thérèse avait relevé ses cheveux en chignon, pour se vieillir) ; l’évêque voulait réfléchir et aurait consulté Rome.

Un pélerinage à Rome donna à Thérèse l’occasion de montrer sa détermination et la solidité de sa vocation. Lors de l’audience papale, elle réussit à parler au pape (Léon XIII), qui lui répondit : «Si le Bon Dieu veut, vous entrerez».

De retour en France, Thérèse se prépara en se sanctifiant et en priant. Elle priait pour la conversion de l’assassin Pranzini qui, après avoir toujours refusé la présence du prêtre, demanda à baiser le crucifix avant son exécution ; elle brisait sa volonté propre, retenait une parole de réplique, rendait des services sans se faire valoir…

L’entrée au Carmel eut lieu en avril 1888. La prise d’habit, en janvier 1889. La première profession en septembre 1890, en s’offrant «pour sauver les âmes et surtout prier pour les prêtres».

Désormais elle signa «Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face». On se souvient de la «vision» qu’elle eut en 1879, et qui commençait à se vérifier : Monsieur Martin était soigné à Caen, avant de s’éteindre bientôt en 1894. C’est en référence à cette maladie dégénérescente que Thérèse se confiait à la «Sainte Face» du Christ.

Thérèse entra dans une communauté de femmes qui ne sont pas toujours des saintes, malgré leur état de sainteté, car chacune est toujours en route vers cette sainteté, avec des lacunes ici et là. Thérèse s’efforça de supporter tout cela avec le sourire, dans toutes les charges où on l’établit : au réfectoire, à la sacristie, ou comme assistante de l’économe, à la porterie.

En 1893, elle fut sous-maîtresse des novices. Elle écrivit de petites pièces de théâtre, des poèmes. On aimait sa poésie.

Monsieur Martin s’éteignit en 1894.

En 1895, Thérèse s’offrit à être consumée entièrement par l’amour miséricordieux du Bon Dieu. Elle en ressentit comme une blessure intérieure, une blessure d’amour, comparable à la transverbération de sainte Thérèse d’Avila. Mais elle eut aussi les premiers signes de sa prochaine maladie, avec des douleurs à la gorge et dans la poitrine.

A partir de 1896, pendant l’année qui précèda sa mort, elle fut frappée d’une pénible tentation contre la foi, ressentant comme l’absence totale de Dieu et de toute consolation spirituelle. Epreuve d’autant plus douloureuse que la tuberculose se déclara, avec des crachements de sang et la difficulté croissante pour respirer.

En juillet 1897, elle fut transférée définitivement à l’infirmerie. Le 19 août, elle reçut l’Eucharistie pour la dernière fois ; elle mourut le 30 septembre en exprimant ces dernières paroles à l’adresse de son Crucifix : «Oh ! je l’aime ! Mon Dieu ! je vous aime !» Elle eut un moment le regard irradié, fixé en haut, en extase, puis ferma les yeux.

La vie de la «petite Thérèse» est toute dans l’héroïsme, et Thérèse de Lisieux ne le cède en rien à la «grande» Thérèse d’Avila. Thérèse savait rejoindre Jésus-Christ dans l’effort du moment, dans l’humilité, dans la patience, dans la douceur. Elle se porta un jour volontaire pour seconder à la lingerie une religieuse âgée neurasthénique, au caractère très difficile, pour lui apporter un peu de douceur et de réconfort. Un jour qu’elle remarquait le bruit incessant que faisait une autre Consœur avec son dentier, elle eut l’idée d’écouter charitablement ce bruit comme une musique extrêmement harmonieuse, qu’elle prit même plaisir à entendre.

Comme on l’a dit, Thérèse avait un zèle réellement missionnaire pour les âmes. Elle correspondit avec deux jeunes missionnaires. Après sa mort, la dévotion à Thérèse se répandit dans le monde entier à une vitesse véritablement étonnante.

La «pluie de roses» qu’avait annoncée Thérèse avant sa mort se vérifia bien vite. Les miracles abondèrent. Elle fut proclamée bienheureuse en 1923, et sainte en 1925.

Un des miracles reconnus est la guérison de la cataracte d’une petite Edith, qu’on connaît très bien sous le nom de Edith Piaf.

En 1927, elle était proclamée patronne de toutes les missions dans l’univers, à l’instar de saint François-Xavier (2). En 1944, elle fut proclamée patronne secondaire de la France, à l’égal de sainte Jeanne d’Arc.

On se souviendra aussi de la conversion en prison du meurtrier Jacques Fesch, qui se référera à sainte Thérèse dans son dernier écrit, la veille de son exécution.

Enfin, en 1997, un siècle après sa mort, sainte Thérèse a été proclamée Docteur de l’Eglise, en considération de l’excellence de ses écrits.

Mentionnée le 30 septembre au Martyrologe, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face est fêtée le 1er octobre, mois particulièrement dédié à la prière pour les missions.

 

 

 

 

1 Louis Martin est commémoré le 29 juillet, et Zélie Martin le 28 août. 

2 Saint François-Xavier est fêté le 3 décembre.

 

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 23:00

 

Jean-Nicolas Cordier

1710-1794

 

Né le 3 décembre 1710 à Saint-André (Meuse), Jean-Nicolas entra chez les Jésuites à dix-huit ans.

Après son ordination, il fut théologien à Dijon, Auxerre, Autun, Strasbourg, Pont-à-Mousson.

Après la suppression de la Compagnie de Jésus, Jean-Nicolas continua d’exercer le saint ministère, comme aumônier de Religieuses à Saint-Mihiel, et quand la Révolution supprima toutes les communautés religieuses, il s’installa à Verdun.

Ayant refusé le serment constitutionnel de la République, il fut arrêté en octobre 1793 et condamné à l’exil.

A bord du Washington qui ne quitta jamais les pontons de Rochefort, le père Cordier subit le sort des centaines de prêtres entassés dans des conditions inhumaines.

Il mourut le 30 septembre 1794 et fut béatifié avec ses Compagnons en 1995.

Il est mentionné au Martyrologe le 30 septembre ; l’Ordre des Jésuites le fête au 17 août, en même temps que Joseph Imbert.

 

NB. Il y eut un autre Jean-Nicolas Cordier, chartreux, lui aussi déporté. Il survécut et fut un témoin précieux de ces heures difficiles. Il fut amnistié en 1803.

 

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 23:00

 

Grégoire l'Illuminateur

255-326 ?

 

Krikor Ier Loussavoritch, Grégoire l'Illuminateur, fut le grand apôtre de l'Arménie. Chez eux il est encore très populaire, et leurs schismatiques eux-mêmes se réclament de lui.

D'après une certaine légende, il était fils d'Anak, prince parthe arsacide qui mourut noyé dans un complot politique.

Krikor fut protégé, porté à Césarée de Cappadoce, où il fut baptisé.

Il se maria après ses études, puis vint à la cour de Tiridate, où il conquit son estime.

Mais Tiridate, païen, veut induire Krikor au paganisme, et sur son refus, le fait torturer par huit fois, avant de l'enfermer dans une "fosse profonde" à Artaxata, où il reste quinze années, parmi des serpents et des scorpions. Une pauvre veuve lui apporte chaque jour un morceau de pain.

Plus tard, Tiridate se convertit et libère Krikor, qui est ordonné prêtre, puis évêque. C'est là que commence le retour de toute l'Arménie au christianisme.

Krikor fonde des écoles, des séminaires où l'on apprendra le grec et le syriaque, il bâtit des églises, ordonne des dizaines d'évêques.

Cet apôtre parachève son action par la contemplation : il se retire volontiers dans une grotte, au nord du confluent des deux branches de l'Euphrate, et c'est là qu'il meurt vers 326.

Krikor n'est peut-être pas "le" fondateur de l'Eglise d'Arménie, qui existait déjà avant lui, mais il fit beaucoup pour christianiser l'Arménie romaine, à l'ouest. 

Krikor est appelé "romain" pour exprimer ses sympathies envers Rome : il a toujours prétendu être soumis à l'exarque de Césarée, donc au pape de Rome.

Il est mentionné au Martyrologe le 30 septembre.

 

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:41

René Goupil

1608-1642

 

René était né le 15 mai 1608 à Saint-Martin-du-Bois (Maine-et-Loire).

Après quelques études de médecine et de chirurgie, il était entré au noviciat des Jésuites à Chantilly, près de Paris, mais connut l’infortune de devoir le quitter en 1639, à cause de sa surdité. On ne peut que se révolter contre celui ou ceux qui prirent une telle décision, mais il y avait à cette époque des «principes» sur lesquels on ne pouvait passer.

Cependant, René se porta volontaire pour travailler comme donné auprès des missionnaires jésuites du Canada, qu’on appelait alors la Nouvelle-France. C’est ainsi qu’on le trouve en 1640 à la mission de Saint-Joseph-de-Sillery.

En 1642, le père Isaac Jogues dut faire un long voyage de sa mission Sainte-Marie à Québec : il fallait accompagner le père Raymbault, malade de tuberculose, qui avait besoin de soins spéciaux. Mais les Hurons étaient en guerre avec les terribles Iroquois. Des Hurons s’offrirent pour accompagner les missionnaires. Partis le 13 juin, ils arrivèrent à Québec le 17 juillet, épuisés, mais sains et saufs.

Pour le retour, il n’y avait pas encore d’autres missionnaires disponibles pour accompagner le père Jogues. Mais le Supérieur proposa d’envoyer ce jeune homme assez versé en médecine, qui était notre René Goupil.

René n’avait pas traversé l’océan pour se dorloter, et accepta de bon cœur. Avec le père Jogues et un autre donné, Guillaume Couture, il s’occupa du chargement des canots : étoffes, ornements, graines, médicaments, livres, outils, armes, porcelaine et verroteries, vivres et courrier.

On partit le 23 juillet. Le 31, on fêta la Saint-Ignace (le fondateur des Jésuites) à Trois-Rivières. Le bruit courait que les Iroquois, effrayés des préparatifs du gouverneur Montmagny, qui allait bâtir le Fort-Richelieu entre Trois-Rivières et Montréal, avaient déguerpi loin du fleuve. Il fallait en profiter.

Le 1er août, le père Jogues célébra la messe, sachant qu’il ne la dirait plus avant quelques semaines, et donna l’Eucharistie à tous ses compagnons, qui ne se doutaient pas que c’était là leur Viatique. A l’embarcadère, on trouva d’autres Hurons qui rentraient chez eux. Ils étaient quarante hommes en douze pirogues. Une longue palabre s’établit pour fixer la route et les étapes. 

Les Pères encouragèrent les voyageurs, qui jurèrent fidélité et obéissance au chef de la groupe, Eustache, un Huron converti. Celui-ci prononça un discours magnifique d’esprit de foi et de courage : Si je suis pris par nos ennemis, je subirai la mort vaillamment ; ils ne peuvent rien sur l’esprit et, malgré les tortures, grande sera ma joie parce que j’irai au ciel !

La flotille franchit cinquante kilomètres le premier jour. Le lendemain, on aperçut des traces de pas sur la rive ; effectivement, des Iroquois se dressèrent, épaulant leurs mousquets : c’étaient des Iroquois de la tribu Mohawks, la plus féroce des tribus et, de plus, amis des Hollandais, qui les fournissaient en armes et en munitions.

 Les six pirogues de tête furent balayées par la décharge. Certains Hurons tentèrent de fuir à travers bois. D’autres embarcations firent demi-tour, mais des Iroquois leur barrèrent la route.

Certains Hurons moururent vaillamment, pour éviter un pénible esclavage. Guillaume Couture réussit à s’échapper. René Goupil, lui, tomba et fut fait prisonnier. Le père Jogues, qui était resté invisible derrière les joncs, se livra aux Iroquois pour demeurer avec les siens.

Guillaume Couture revint sur ses pas. Mis en joue par un Iroquois, il l’abattit, mais fut aussitôt fait prisonnier par d’autres Iroquois qui, se jetant sur lui, le déshabillèrent, le rouèrent de coups, lui écorchèrent les mains, le ligotèrent et l’emmenèrent au camp.

Le père Jogues fut atrocement torturé, ainsi que René Goupil : leur saisissant les mains, on leur arracha plusieurs ongles à belles dents, puis, les mordant les uns après les autres, leur enlevèrent peu à peu l’extrémité des deux index. Ils les broyèrent et les écrasèrent jusqu’à en faire jaillir des fragments d’os.

Ls Hurons qui avaient pu fuir dès le début de l’attaque, rejoignirent Québec, où ils supposèrent que les prisonniers ne devaient plus être en vie : ainsi se répandit, jusqu’en Europe, le bruit de la mort du père Jogues et de René Goupil.

Mais ceux-ci étaient bel et bien vivants, aux mains des Iroquois. Ceux-ci les emmenèrent sur une île du lac Champlain, où ils exhibèrent leurs «trophées» à la tribu qui s’y trouvait. On fit passer les prisonniers entre deux files d’Iroquois, qui les frappaient tour à tour. On les hissa ensuite sur une sorte d’estrade faite de branches et de claies.

Le chef Eustache eut les deux pouces coupés. Par ses deux plaies béantes, le long des os, on enfonça lentement une baguette pointue qui rentra jusqu’au coude. Eustache ne poussait pas un cri.

Les deux jours suivants, nouvelles rencontes de guerriers, nouvelles occasions de cruautés. Le 10 août, la troupe s’enfonça vers le Sud-Ouest à marches forcées. Jogues et Goupil n’en pouvaient plus ; leurs gardiens, pressés par le désir d’arriver chez eux, les laissèrent traîner à l’arrière. Le Père conseilla à son compagnon de fuir avec Couture. René Goupil refusa. A aucun prix il n’abandonnerait le Religieux.

Il demanda même à s’attacher à lui et à la Compagnie d’une façon plus étroite et sollicita la grâce de prononcer des vœux de dévotion. Jogues le lui accorda, et ensemble ils firent effort pour rejoindre la colonne.

On parvint à Ossernenon. Quatrième défilé entre les deux haies de bourreaux et l’installation sur l’estrade de torture. Jogues eut un pouce coupé. Les Iroquois se divertissaient à prolonger le supplice. Ils bandèrent les plaies et les cautérisèrent avec des tisons. Puis ce fut le tour de Goupil et de Couture.

A la nuit tombante, ils furent répartis entre diverses familles, on leur donna à manger un peu de blé d’Inde cuit à l’eau, puis on les étendit sur des écorces, les bras et les jambes liés à des pieux fichés en terre, comme s’ils eussent été sur une croix de Saint-André.

Alors vinrent les enfants, dont c’était le tour : pour s’amuser, ils jetaient sur les captifs des charbons rouges et des cendres brûlantes.

Les supplices se prolongèrent trois jours à l’échafaud ou dans les cases ; ainsi les captifs «fêtèrent»-ils la fête de l’Assomption de Marie (le dogme n’en était pas encore proclamé, mais la fête existait déjà).

Les tortures se répétèrent le 18 août à la halte suivante (Audagaron) ; à Tionotoguen, les jeunes gens déversèrent encore une fois des coups de bâtons sur les prisonniers, puis leur chatouillèrent les plaies à l’aide d’épines et de bâtons pointus,, puis suspendirent le père Isaac par les bras de façon que ses pieds ne touchassent pas le sol. Un quart d’heure après, le Père était fou de douleur et ne dut son salut qu’à la noblesse d’âme d’un autre Iroquois, qui trancha les cordes : les lois de l’hospitalité autorisaient cette audace. Plus tard, ce même homme mourut, baptisé par le père Jogues lui-même. 

Le 21 août, retour à Audagaron. On annonça aux prisonniers qu’ils seraient torturés et brûlés vifs la nuit suivante. L’exécution fut cependant différée et les Iroquois, divisés entre eux, décidèrent que Jogues, Goupil et Couture deviendraient esclaves de celui qui les avait faits prisonniers, tandis qu’Eustache et deux autres allaient mourir héroïquement sur le bûcher le soir-même.

L’apparente victoire des Iroquois n’était pas glorieuse : les prisonniers n’étaient plus d’aucune utilité pour leurs maîtres, car leurs mains mutilées ne pouvaient plus rien faire, pas même manger ; il fallait les nourrir comme des enfants ! Les Iroquois, dans leurs échanges avec les Hollandais, leur avaient annoncé leur volonté de tuer les Français, et de les manger. Les Hollandais, indignés, obtinrent au moins un sursis, cherchant à temporiser pour libérer enfin les Français. Ils rencontrèrent Jogues et Goupil, et en furent très bouleversés, mais repartirent avec seulement de belles promesses des Iroquois. 

Divisés de plus en plus, certains voulaient tuer les Français sans tarder. Un soir, la discussion arriva aux oreilles de Jogues, qui fit signe aux deux autres de se dissimuler : l’exécution n’eut pas lieu. La détention continuait.

René Goupil ne manquait pas d’audace, mais aussi, nouveau venu, avait le don d’agacer les Peaux-Rouges. Il fut séparé du père Jogues. Il osa enseigner à un petit enfant comment faire le Signe de la Croix : le grand-père le chassa de la case en poussant de hauts cris.

Averti par Jogues, Goupil rétorqua : Je ne crains rien. Dieu me protège. Père, pardonnez-moi ! Il reçut l’absolution de son péché d’imprudence ; ils prièrent le chapelet et regagnèrent le camp. Deux Iroquois les rejoignirent. L’un d’eux fit signe au Père d’entrer dans la case. Il n’avait pas fait dix pas qu’il entendit un cri. Le bras levé, l’autre guerrier achevait sa victime à coups de tomahawk. 

René murmurait : Jésus ! Jésus ! Isaac ne fut pas abattu encore cette fois-là. C’était le 29 septembre 1642, fête de saint Michel Archange.

Le corps de René fut livré aux enfants et subit toutes sortes d’outrages avant d’être jeté dans un torrent. Le père Jogues réussit à le retrouver, non sans peine, et à le recouvrir de pierres, espérant pouvoir l’enterrer. Quand il revint, il ne retrouva rien. Des jeunes gens avaient emporté le corps pour le jeter aux bêtes. Il ne devait en découvrir les ossements épars que bien des mois plus tard, à la fin de l’hiver.

Il retrouva, écrivit-il, quelques ossements à demi rongés, restes des chiens, des loups et des corbeaux, et en particulier une tête brisée en plusieurs endroits.

Isaac Jogues devait être martyrisé quatre ans plus tard, le 18 octobre 1646. 

Guillaume Couture, lui, qui put résister à toutes les tortures, en fut «récompensé» : il fut libéré, devint ensuite un grand ami des Iroquois convertis, et s’installa en colon à Lauzon, où il mourut en 1701. Par ses dix enfants, il est l’ancêtre de tous les Couture qui résident actuellement au Canada. C’est lui qui obtint l’établissement du premier curé de cet endroit.

René Goupil, avec Jean de La Lande et les autres prêtres jésuites martyrs, fut béatifié en 1925 et canonisé en 1930.

Leur fête commune est au 19 octobre.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:24

Luigi Monza

1898-1954

 

Il vint au monde le 22 juin 1898 à Cislago (Varese; Lombardie, Italie Nord), dans une pauvre famille de paysans travailleurs et courageux.

Si l’on avait demandé aux parents pourquoi ils firent donner au Baptême le nom de Luigi à leur enfant, ils auraient probablement répondu que saint Luigi Gonzaga (qu’on fête le 21 juin) leur était plus connu que saint Paolino de Nola (fêté le 22 juin).

Luigi grandit en apprenant comment survivre chaque jour au prix du patient labeur de la culture des champs, et cherchant à ronger sur son sommeil pour récupérer quelques heures d’étude.

A dix-huit ans, Luigi entra au séminaire et fut ordonné prêtre en 1925.

Son premier apostolat fut l’Oratoire des jeunes garçons d’un petit pays proche de Varese, Vedano Olona.

Ce ne fut pas une période particulièrement heureuse pour le jeune prêtre ; il en vint même à être mis en prison avec son curé, tous deux accusés par les autorités fascistes d’avoir comploté contre la vie du maire : ce n’est qu’au bout de quatre mois que les deux prêtres furent blanchis.

En 1929, don Luigi fut transféré au sanctuaire marial de Saronno. Il s’interrogea sur les moyens à prendre pour orienter ce monde vers Dieu. Rappelons en effet que la fête du Christ Roi venait d’être instituée (1925) : comment faire régner le Christ sur une société si déchristianisée ?

Il s’adressa à ses ouailles : Chrétiens, chacun de vous doit devenir un artiste d’âmes et nous devons peindre la beauté de Jésus non pas sur la toile, mais dans les âmes. Et que le pinceau de l’apostolat ne nous tombe jamais des mains.

En 1936, il fut envoyé à Lecco comme curé, où il fut sur tous les fronts, y compris pour soulager les familles qui avaient des militaires sous les drapeaux. Sans distinction aucune, il protégea autant des partigiani que des fascisti menacés de violences. Son zèle fit dire plus tard au cardinal de Milan  (Alfredo Schuster, voir au 30 août) qu’il avait véritablement imité le Pasteur Bonus de l’évangile. 

C’est en 1937 qu’il donna enfin le coup d’envoi à une nouvelle famille religieuse : les Piccole Apostole della Carità (Petites Sœurs Apôtres de la Charité), qui devaient apporter dans la société le témoignage d’une vie toute consacrée à Jésus dans l’esprit de la première communauté chrétienne.

L’œuvre commença par une association, La Nostra Famiglia, qui se diversifia en de nombreuses branches pour l’assistance socio-sanitaire, l’instruction et la formation selon les meilleures techniques pédagogiques et comportant des occupations culturelles diverses : chorale, théâtre, études.

Le travail était énorme, et le bon curé de Lecco chercha vraiment à rehausser le niveau spirituel de sa paroisse, en payant aussi de sa personne. Ereinté, il fut frappé d’un grave infarctus le 29 septembre 1954, dont il mourut le jour-même.

Don Luigi fut béatifié en 2006.

L’œuvre de don Luigi Monza perdure. Elle est présente en Italie, au Soudan, au Brésil et en Equateur, mais aussi en Chine, au Maroc et en Palestine.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:23

Lazarus de Kyōto

 † 1637

 

Il naquit à Kyōto, à une date qu’on ignore.

Comme Lazare dans l’évangile, le pauvre Lazarus était lépreux.

Il vivait comme laïc chez les Pères dominicains.

Arrêté avec Lorenzo Ruiz, il fut durement torturé et, un moment, renonça à sa foi sous l’emprise de la douleur extrême. 

Mais encouragé par Lorenzo et les autres Martyrs, il se reprit, confessa courageusement le nom du Christ et mourut en martyr, à Nishizaka, le 29 septembre 1637.

Entré au Paradis en même temps que les Religieux dominicains, Lazarus fut avec eux béatifié en 1981 et canonisé en 1987.

Il est fêté le même jour que saint Lorenzo Ruiz, le 28 septembre.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:21

Vincentius Shiotsuka

1576-1637

 

Né vers 1576 à Nagasaki (Japon), Vincentius entra chez les Dominicains, prenant le nom de Vincentius de la Croix.

Il fut ordonné prêtre.

Il subit le martyre, le même jour que Lorenzo Ruiz, et que les pères Guillaume Courtet et Miguel González Aoazaraza de Leibar, à Nishizaka (Nagasaki), le 29 septembre 1637.

On peut retenir que ce prêtre eut un moment de faiblesse durant son martyre et que, sous la douleur extrême des tortures, il céda un moment et sembla renier (ou renia) sa foi. Mais les exhortations de ses Compagnons le firent reprendre courage et il confessa fortement le Nom du Christ, pour lequel il versa son sang jusqu’à la dernière goutte.

Béatifié en 1981, il fut canonisé en 1987, avec ses Compagnons.

Leur fête commune est au 28 septembre.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:19

Miguel González de Aozaraza de Leibar

1598-1637

 

Ce vrai Basque espagnol (il faudrait écrire son nom : Migel Gonzalez Aozaratzakoa Leibar) naquit en février 1598 à Oñate (Guipuzcoa, Espagne).

Entré chez les Dominicains, il fut ordonné prêtre.

Envoyé aux missions du Japon, il y subit le martyre, le même jour que Lorenzo Ruiz et le père Guillaume Courtet, à Nishizaka (Nagasaki), le 29 septembre 1637, le jour de la fête de l’Archange Michel.

Béatifié en 1981, il fut canonisé en 1987.

Leur fête commune est au 28 septembre.

 
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:17

Guillaume Courtet

1590-1637

 

Né vers 1590 (ou 1599) à Sérignan (Hérault), il était fils de Jehan Cortet (ou Courtet) et de Barbe Malaure.

Orphelin de mère en 1602, alors qu’il est élève à Béziers, il devint parrain d’un fils de Lort, une grande famille locale, ce qui prouve la réputation et le rang qu’il devait avoir alors.

En 1605, il partit pour l’université de Toulouse, et étudie la philosophie et la théologie.

En 1607, il entra au noviciat dominicain d’Albi et professa en 1608.

Son père mourra en 1611. En 1612, Guillaume fut nommé lecteur (professeur) de théologie, au vu de ses excellentes qualités religieuses et intellectuelles.

Il fut ordonné prêtre en 1614 et sera formateur des jeunes novices à Toulouse et à Bordeaux.

En 1624, il fut nommé prieur en Avignon. Il sera deux ans prieur, et recevra dix nouvelles vocations.

En 1626, il fut nommé commissaire pour l’Europe du Nord, une mission difficile durant laquelle il ne sera pas toujours bien reçu. C’est de cette époque que date une lettre où il se dit attiré depuis toujours vers les missions extrême-orientales.

Pour y arriver, il dut obtenir de ses supérieurs l’autorisation de séjourner quelque temps en Espagne (car seuls les Espagnols et les Portugais avaient alors la possibilité de rejoindre ces missions lointaines). Guillaume s’appela désormais Tomás de Santo Domingo. 

Pendant son séjour de cinq ans en Espagne, notre Tomás enseigna la théologie, fut confesseur de l’ambassadeur de France et conseiller spiriuel de la reine Isabelle (la fille d’Henri IV).

Le voyage pour les Philippines commença fin 1634, par le Mexique ; on arriva à Manille en juin 1635.

En attendant une possibilité de rejoindre le Japon, le père Tomás enseigna la théologie, car les Dominicains avaient une université à Manille.

Le gouvernement civil de Manille interdisait les voyages pour le Japon, craignant des représailles. Aussi le père Tomás s’embarqua clandestinement avec trois autres prêtres : Miguel Aozaraza, Antonio González, Vincentius Shihozuka, et deux laïcs : Lorenzo Ruiz et Lazarus.

Après un voyage véritablement houleux, ils abordèrent clandestinement sur l’île de Liou-Kiou, le 10 juillet 1636. 

Les précautions prises par les voyageurs et les chrétiens locaux furent insuffisantes et les cinq compagnons furent arrêtés dès septembre. Ils resteront enfermés en prison à Kagoshima durant un an en attente de leur procès.

En septembre 1637, ils furent transférés à Nagasaki, pour y être torturés et martyrisés.

Des témoins furent présents, qui purent raconter ces événements à des navigateurs en partance pour l’Occident : les Martyrs subirent le supplice de l’eau (maintes fois ingurgitée et régurgitée par des coups frappés sur le ventre), des alènes enfoncées sous les ongles, et le fameux tsurushi : pendues par les pieds, les victimes ont la tête au-dessus d’une fosse pleine d’ordures puantes, tandis qu’on comprime tout leur corps avec des plaques de bois solidement attachées, de sorte que la circulation du sang est très ralentie et que l’agonie est prolongée.

Durant ces supplices, le père Guillaume-Tomás fit dire aux bourreaux et aux juges qu’ils n’étaient pas si ennemis de la vie que le désir de mourir les eusse conduits au Japon ; que le but de leur voyage n’estait pas d’y laisser la vie mais d’y prescher l’Evangile de Jésus-Christ vray Dieu.

Les trois prêtres ayant résisté, ils furent décapités le 29 septembre 1637, avec Lorenzo Ruiz et Lazarus.

Les cinq furent béatifiés en 1981, et canonisés en 1987.

Le père Guillaume est ainsi le premier martyr français au Japon, et le premier dominicain français canonisé.

La fête commune de ces Martyrs est au 28 septembre.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 23:16

  

Jan de Dukla

1414-1484

 

Ce n’est ce qu’on sait de lui qui remplira beaucoup de pages.

Jan naquit en 1414 à Dukla (Podkarpackie, Pologne).

Il fréquenta l’université de Cracovie et sut arriver à une heureuse harmonie entre la simplicité franciscaine et la sagesse théologique. Beaucoup voudront écouter ses homélies ou ses conseils en confession.

Il commença par vivre en ermite, dans la plus absolue pauvreté franciscaine, non loin du couvent de Dukla, où il entra ensuite. 

Bien vite, il fut appelé à être gardien (supérieur) de couvent de Lviv (actuelle Lvov, Ukraine), où il eut une grande activité comme prédicateur et confesseur.

Sur la suggestion de Giovanni de Capistrano, Jan passa aux Bernardins, des Franciscains réformés selon l’idéal de Bernardino de Sienne.

Parvenu à un grand âge, revenu à Dukla, il devint aveugle et se faisait lire l’Ecriture pour préparer ses homélies ; il gagnait à tâtons son confessionnal.

Il mourut le 29 septembre 1484 à Dukla.

De nombreux miracles attestèrent sa sainteté. Celui qu’on choisit en vue de la canonisation, fut reconnu en 1997.

Son culte fut confirmé en 1733. En 1739 Jan de Dukla fut proclamé patron principal de la Pologne et de la Lituanie, puis de la ville de Lvov et de la région.

Il fut canonisé en 1997.

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