Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 13:08

 

22e dimanche ordinaire - C

 

Il était question dimanche dernier de l’universalité de l’Eglise. Si aujourd’hui l’Eglise n’est pas majoritaire dans le monde entier, elle n’en reste pas moins présente universellement, avec ses évêques, ses vicaires apostoliques, ses nonces, tous ses prêtres, religieux, missionnaires qui œuvrent pour annoncer partout l’Evangile. 

Que cette universalitéi ne soit pas pour nous une occasion de pécher par orgueil ! Aussi l’Eglise s’empresse aujourd’hui de nous inviter à l’humilité.

 

*       *       *

 

Les Hébreux nouvellement convertis au Christ souffrirent beaucoup de la persécution et certains étaient tentés  de regretter la splendeur du culte de Jérusalem. Aussi l’auteur de l’épître aux Hébreux - saint Paul ou un de ses disciples, peu importe ici - leur rappelle que, par le sacrifice et la résurrection du Christ, nous avons été introduits sur la montagne de Sion, vers la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des milliers d’anges en fête… Qualitativement, c’est beaucoup plus que tous les événements grandioses que nous lisons dans l’Exode.  

Nous pourrions en effet facilement oublier que par notre baptême, par les Sacrements, par la prière, nous sommes en permanente compagnie de Dieu, des Anges et des Saints qui sont déjà au Ciel. Quel bonheur ! Quel honneur !

Mais cette divine élection ne doit pas nous aveugler et nous empêcher de nous rappeler que nous restons des pécheurs et que, pour cette raison, nous devons toujours rester humbles.

Spontanément, nous avons tous en nous une aversion envers les orgueilleux, les ambitieux, mais chacun de nous peut aussi se laisser aller parfois à des pensées vaniteuses et se prendre pour quelqu’un ; ou aussi, et c’est fréquent, prétendre faire mieux que les autres.

Rappelonsnous utilement la parabole du pharisien et du publicain, où le premier remercie Dieu de ne pas être comme ce publicain.

Déjà dans le Discours sur la Montagne, Jésus invitait notre gauche à ignorer ce que fait (notre) droite (Mt 6:3). Aujourd’hui, Jésus nous invite à prendre la dernière place, humblement, quand nous sommes invités. En réalité, Jésus rappelle à ses auditeurs un passage des Proverbes qu’ils devaient pourtant bien connaître : En face du roi, ne prends pas de grands airs, ne te mets pas à la place des grands ; car mieux vaut qu’on te dise ‘Monte ici’ que d’être abaissé en présence du prince” (Pr 25:6-7). 

Retenons bien aussi la deuxième partie de l’évangile : Invite chez toi, nous dit Jésus, ceux qui n’ont rien à te rendre. Leçon claire, qui n’a besoin d’aucun commentaire, mais seulement que nous l’appliquions à la lettre.

 

*       *       *

 

Cherchons quelques autres traits d’humilité dans l’Ecriture Sainte.

  •  Pensons d’abord à Abraham, qui vivait pour ainsi dire en compagnie de Dieu et n’agissait que sur l’ordre de Dieu ; on a lu il y a quelques semaines qu’au moment où il veut intercéder pour Sodome, le saint patriarche se rappelle d’abord qu’il est poussière et cendre  (Gn 18:27
  •  ) ; lui à qui Dieu avait parlé, il s’humilie profondément devant Yahwé. 
  •  On admirera aussi la modestie d’Anne, la future maman de Samuel (1S 1, premier livre des Règnes dans la Vulgate), et son très beau chant d’action de grâces : Mon âme exulte en Yahwé… Ne multipliez pas les paroles hautaines, que l’arrogance ne sorte pas de votre bouche… (1S 2:1,3), que reprendra à sa façon Marie quelques siècles plus tard : Mon âme exalte le Seigneur… Il a jeté les yeux sur son humble servante… Il a dispersé les hommes au cœur superbe… Il a élevé les humbles (Lc 1:46,48,51-52). 
  •  On lit aussi que le roi Roboam, reconnaissant ses erreurs, dit humblement avec ses officiers : Yahwé est juste (2Ch 12:6). 
  •  Plus loin encore, le roi Ezechias, repenti, s’humilia de l’orgueil de son cœur, ainsi que les habitants de Juda et de Jérusalem : la colère de Yahwé cessa de s’appesantir sur eux (2Ch 32:26). 
  •  Puis c’est au tour de Manassé, vaincu et captif, de se repentir, de s’humilier profondément devant le Dieu de ses pères ; il le pria et Dieu se laissa fléchir. Il entendit la supplication de Manassé et le réintégra dans son royaume à Jérusalem (2Ch 33:12-13). 
  •  Et le pieux roi Josias, devant qui on fait la lecture du Livre de la Loi, complètement oublié et égaré depuis des années : il déchira ses vêtements en signe de pénitence ; Dieu lui ait alors dire par le prophète : Parce que ton cœur a été touché et que tu t’es humilié devant Dieu en entendant les paroles dont il a menacé ce lieu et ses habitants, parce que tu t’es humilié devant moi, que tu as déchiré tes vêtements et que tu as pleuré devant moi, moi aussi j’ai entendu, oracle de Yahvé (2Ch 34:19,27). 
  • Ce sera le même mouvement de repentir qu’on trouvera à Ninive (Jon 3:5-10).
  • Le même livre des Proverbes que reprend Jésus, nous donne quelques versets bien marqués : Chez les humbles se trouve la sagesse (Pr 11:2b). Et encore : Mieux vaut être humble avec les petits qu’avec les superbes partager le butin (Pr 16:19). 
  • Par la bouche du prophète Isaïe, Dieu nous dit : J’habite une demeure élevée et sainte, mais je suis également avec l’homme contrit et humble, pour ranimer l’esprit des humbles, pour ranimer les cœurs contrits (Is 57:15).
  • Dans le Nouveau Testament, nous trouvons maintenant cette belle phrase du grand Jean-Baptiste, vers lequel accouraient les foules, et qui disait avec toute la simplicité de son cœur qu’il n’était pas digne de délier la courroie des sandales (de Jésus) (Jn 1:27).
  • Il y a aussi le Centurion, ce païen plein de foi dont chaque jour à la Messe nous redisons cette phrase si profonde : Je ne suis pas digne que tu viennes en moi (cf. Mt 8:8). 
  • Et pour résumer tout l’enseignement de Jésus et son amour pour les humbles, écoutons-Le nous dire : 

Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, voilà le plus grand dans le Royaume des Cieux (Mt 18:4).

 

*       *       *

 

C’est à dessein qu’on s’est un peu étendu ici sur la seule Ecriture, dont beaucoup de passages échappent totalement à notre mémoire, mais l’histoire humaine nous donne aussi d’autres exemples d’humilité. 

  • Ainsi Socrate, cinq siècles avant le Christ, qui répétait humblement : “Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien”. Et maintenant, voyons dans des exemples plus récents, plus proches de nous, comment de grands Saints ont cherché à vivre cette sainte vertu de l’humilité.
  • Le pieux roi de France Louis IX se fit un jour interpeller sous son chêne de Vincennes par une brave femme, qui l’accusa et l’insulta de la plus belle manière ; tandis que les proches du roi s’attendaient à devoir punir cette vilaine insolence, ils entendirent stupéfaits le roi répondre tout simplement : Vous avez raison, ma Dame, oncques n’ay songé que je valois davantage. Ce qui fit s’éloigner la malheureuse, toute confuse.
  •  
  • Une religieuse espagnole récemment béatifiée, Francinaina Cirer Carbonell de la Vierge des Douleurs, était  illettrée, mais c’est son zèle apostolique qui la conduisit à fonder à Majorque une Congrégation de Sœurs de la Charité. 
  •  Bien sûr, il ne s’agit pas ici de décourager nos jeunes de leurs études, mais on remarque comment Dieu choisit parfois les instruments les plus inattendus pour travailler à Sa vigne.
  • Le saint Curé d’Ars, quand il n’était que grand garçon et essayait d’apprendre ce que les plus jeunes savaient déjà, ne manquait pas de susciter quelques moqueries de la part de ses camarades, bien plus jeunes et plus vifs que lui pour assimiler les déclinaisons latines, mais jamais il ne se départit de son sourire et de son calme.
  •  Plus tard, une fois prêtre, il parlera de l’humilité en ces termes : L'humilité est aux vertus ce que la chaîne est aux chapelets : enlevez la chaîne et tous les grains s'échappent ; ôtez l'humilité, et toutes les vertus disparaissent.

 

*       *       *

 

Ces exemples nous font comprendre que la sainte vertu de l’humilité a ainsi des facettes diverses. Le psaume 67 d’aujourd’hui nous montre comment Dieu est proche des orphelins, des veuves, de l’isolé, du captif, Lui, le Dieu qui est bon pour le pauvre. Ce sont là tous les “blessés de la vie”. 

Ce n’est pas à dire que tout orphelin, toute veuve, tout prisonnier, soit automatiquement humble du moment qu’il est dans cette situation : des orphelins peuvent aussi être très orgueilleux ! Mais ces situations douloureuses, déjà humiliantes en soi, peuvent aussi parfois stimuler une grande sainteté. En voici quelques illustrations fameuses.

  • Comme exemple d’orphelin on pourra retenir le bienheureux Nunzio Sulprizio, jeune italien béatifié au moment du Concile de Vatican II, et proposé par le pape comme modèle de tous les jeunes ouvriers. Sa vie, si brève, ne fut qu’une ascension vers la sainteté
  •  .
  • On ne peut qu’être stupéfait d’admiration devant cette simple épouse espagnole du XIXe siècle, Rafaela Ybarra de Arambarri de Villalonga, déjà mère de sept enfants qui, sans hésiter, adopta avec son mari ses cinq neveux orphelins et, une fois veuve, ses six petits-enfants devenus eux-aussi orphelins ; non seulement, mais elle fonda ensuite à Bilbao le Collège des Anges Gardiens, pour s’occuper des petites filles abandonnées.
  • Citons enfin le cas d’une conversion vraiment exemplaire, celle du captif Jacques Fesch, un criminel condamné à mort et exécuté le 1er octobre 1957. De révolté, ce pauvre homme se repentit de son crime, s’humilia et peu à peu se soumit totalement à la volonté de Dieu, au point d’écrire, la veille de son exécution : Dans cinq heures, je serai avec Jésus. Son procès pour la béatification est en cours.
  •  

 

*       *       *

 

Quand nous demandons à Dieu, dans la Prière du jour, de “développer ce qui est bon en nous”, on pourra appliquer cette expression assez générale à l’acquisition de l’humilité, cette vertu si nécessaire. 

Et finissons par ce mot de saint Augustin : 

Trois sont les voies qui conduisent à la connaissance de Dieu : la première est l’humilité ; la seconde est l’humilité ; et la troisième est l’humilité.

Partager cet article
Repost0
24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 14:34

21e dimanche ordinaire - C

 

 

La période estivale que nous vivons est l’occasion de voyages, de rencontres nouvelles, de découvertes d’autres coutumes, d’autres paysages, d’autres horizons.

Au milieu de tous ces échanges humains, l’Eglise avec le Christ, nous rappelle que tous les hommes sont appelés au Royaume de Dieu, de quelque nation qu’ils soient.

 

*       *       *

 

Dès la première lecture, le prophète Isaïe annonce le dessein de Dieu d’appeler les hommes de toute nation et de toute langue. On retrouvera cette même expression dans l’Apocalypse, quand Jean a la vision d’une foule immense, impossible à dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue (Ap 6:9).

La prophétie, écrite huit siècles avant Jésus-Christ, décrit en termes clairs toute l’activité apostolique que développera l’Eglise pour atteindre ces nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n‘ont pas entendu parler de (Dieu).

On pense ici à l’apôtre Thomas qui, selon la Tradition, serait allé en Inde et jusqu’en Mandchourie, relayé (si l’on peut dire) par le basque François-Xavier (1), grâce à l’apostolat desquels la Chine et le Japon ont reçu la lumière de l’Evangile ; à Pierre Chanel, en Océanie (2) ; à Charles de Foucault au Sahara (3) ; mais aussi à tant d’autres Saints et Saintes de ces pays lointains qui, à leur tour, ont suivi Jésus dans la sainteté, par exemple Rose de Lima (4), Katheri Tekakwita (5) au Canada, sans oublier les innombrables chrétiens de tous les continents, dont beaucoup reçurent la grâce du martyre (6). 

La dernière phrase de la prophétie annonce que Dieu prendra des prêtres et des lévites parmi eux, issus de ces “îles lointaines”. L’Eglise évangélisa en effet tous ces peuples lointains, où peu à peu les missionnaires occidentaux laissèrent la place à tout un clergé autochtone.

Un autre cas de sainteté remarquable nous vient de la lointaine Madagascar, qui fête le 21 août la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, épouse fidèle d'un cruel mari sur l'île de Madagascar et béatifiée en 1989. On ne peut qu’admirer la constance héroïque de cette femme, quand dans notre Occident, même les chrétiens rompent le sacré lien du mariage. C’est une belle illustration de ce que nous dit le Christ, que des derniers seront premiers, et des premiers seront derniers.

 

*       *       *

 

 L’universalité de l’Eglise est proclamée dans le bref psaume 116, le plus court de tous les psaumes puisqu’il n’a que deux versets, mais combien riches de signification : prophétiquement, le psalmiste invite tous les peuples, tous les pays à louer Yahwé, tous sans exception. Le deuxième verset présente souvent quelques variantes suivant les traductions ; le mot latin misericordia a été rendu par amour, et veritas par fidélité. Il y a en cela quelques explications liées à la langue hébraïque, inutiles ici. Ce psaume est une belle prière : nous pourrions l’apprendre par cœur.

 

*       *       *

 

On vient de parler de la miséricorde de Dieu, mais Jésus semble bien dur, dans l’évangile, quand il dit à certains : Je ne sais pas d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. Jésus n’a-t-il pas dit ailleurs : Frappez, et l’on vous ouvrira (Mt 7:7) ? 

A qui donc Jésus pourrait-il dire éloignez-vous de moi ?

Ouvrira-t-il à des brebis qui ne sont pas de son bercail ? à ceux qui, déguisés en brebis, sont au-dedans des loups rapaces (Mt 7:15) ? Bien évidemment, les traîtres, ceux qui n’ont pas voulu se convertir vraiment, qui n’ont pas voulu demander pardon, ne pourront pas prendre part au Royaume.

Jésus n’ouvrira pas aux traîtres. On penserait tout de suite au malheureux traître Judas, qui a mangé et bu avec (Jésus). Il a laissé partir Judas, sans pour autant lui refuser la grâce du pardon, s’il l’avait demandée : à Gethsémani, Il l’a encore appelé Mon ami (Mt 26:50). Mais dans son cœur, Judas restait rebelle ; il s’est pendu à un arbre, sans avoir demandé et sans avoir reçu le pardon de sa faute.

Demandons-nous sincèrement si, à l’occasion, nous ne sommes pas des Judas, si notre vie n’est pas parfois une trahison, bien que nous ayons mangé et bu l’Eucharistie du Seigneur. Avons-nous pardonné à nos ennemis ? Avons-nous appris à être sobres ? Avons-nous lutté contre nos mauvais penchants ?

 

*       *       *

 

Tant que nous en avons le temps, recevons avec humilité les leçons du Seigneur, faisons des efforts de conversion, pour trouver la paix et devenir justes, selon les mots de l’épître aux Hébreux. Fréquemment des amis, des collègues, des voisins nous font quelque reproche, et ils n’ont pas toujours tort ! Au lieu de nous en offenser, il faut remercier Dieu de nous avoir fait voir une vérité. 

Une de ces leçons sera bien celle d’entrer par la porte étroite. En effet, sans nous en rendre compte parfois, nous nous embarrassons à tout moment de «bagages» inutiles : c’est que nous sommes attachés à tant de choses ici, que nous ne pourrons pas faire entrer au Ciel : nos belles demeures, nos belles voitures, nos belles tenues, nos collections, nos manies.… que nous n’emporterons pas quand il nous faudra partir d’ici. 

La porte du Ciel est assez large pour accueillir les élus de toutes races, tous ceux qui auront ouvert leur cœur pour accepter les leçons du Seigneur, tandis que nous, avec nos bagages terrestres trop lourds, nous risquons de la faire rétrécir ou de l’obstruer. Détachons-nous de la terre ! Jésus nous y invite instamment.

 

*       *       *

 

La Prière du jour nous invite ainsi à aimer ce que (Dieu) commande et à établir nos cœurs là où se trouvent les vraies joies.

Il nous arrive souvent, durant la Célébration eucharistique, d’avoir une distraction et d’écouter un peu machinalement les textes liturgiques. Or ces textes sont très riches, et nous en tirerions beaucoup plus de fruits si, de retour à la maison, le soir avant de se coucher, nous les reprenions - même rapidement - en nous demandant : Que m’a dit Jésus aujourd’hui ? Que Lui ai-je répondu ?

 

 

1 Saint Pantchoa Jabier, un basque dont on a francisé le nom en François Xavier, fut un des premiers compagnons jésuites de s.Ignace de Loyola, au XVIe siècle ; il est fêté le 3 décembre.

2 Saint Pierre Chanel, missionnaire mariste français, fut le premier martyr d’Océanie, au XIXe, et sa fête est au 28 avril.

3 Le bienheureux Charles de Foucauld, assassiné en 1916, béatifié récemment, a sa fête au 1er décembre.

4 La première Sainte du Pérou, fêtée le 23 août ; elle vécut au XVIIe siècle et était tertiaire dominicaine.

5 Kateri Tekakwitha, indienne iroquoise convertie et baptisée par les missionnaires jésuites du Canada au XVIIe siècle ;  première indienne à faire vœu de chasteté et béatifiée, elle est fêtée le 17 avril.

6 Rappelons quelques fêtes du calendrier romain :  

  •  le 6 février saint Paulus Miki et ses Compagnons, martyrs japonais au XVIe siècle; 
  •  le 10 septembre le bienheureux Sebastianus Kimura, et ses Compagnons, martyrs japonais du XVIIe siècle ; 
  • le 3 octobre, le bienheureux André de Soveral, prêtre brésilien, avec d’autres Compagnons, premiers martyrs du Brésil au XVIIe siècle, béatifiés récemment en 2000 ;  
  • le 20 septembre, saint Andeurea (André) Gim Dae-geon et ses Compagnons, martyrs coréens au XIXe siècle, canonisés en 1984 ; 
  • le 9 juillet, saint Augustin Zhao Rong et ses Compagnons, martyrs chinois au début du XXe siècle, canonisés en 2000 ; 
  • le 21 mai, saint Cristobal Magallanes Jara et ses Compagnons, martyrs mexicains en 1927, canonisés également en 2000.
Partager cet article
Repost0
17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 19:46

20e dimanche ordinaire - C

 

 

A Bethléem, les anges ont chanté Paix aux hommes de bonne volonté (Lc 2:14) ; dans l'Evangile, très souvent, Jésus nous dit Paix à vous (Jn 20:19 et 20:26). Est-ce le même Jésus qui nous dit aujourd'hui : Je suis venu apporter non pas la paix dans le monde, mais la division ?

C'est bien le même Jésus, mais c'est ce mot de paix qui a plusieurs facettes. Il y a la vraie paix et la fausse paix. Jésus l’avait dit lors de la dernière Cène : Je ne vous donne pas (la paix) comme le monde la donne (Jn :14:27).

La vraie paix, que Jésus apporte, est cette plénitude de vie intérieure qui nous unit tellement à Dieu que c’est peu à peu avec le regard-même de Dieu que nous voyons les choses. Malgré la souffrance et tous nos soucis, notre cœur reste confiant en Dieu.

La fausse paix est cette sorte de quiétude qui en réalité cache souvent de la haine, comme dans beaucoup de «traités de paix» ou d’ «accords sociaux» ; c’est aussi cette fausse paix dont parle l’Apocalypse à propos des tièdes, qui ne sont ni chauds ni froids (cf. Ap 3:15-16). 

Voici un cas très classique de vraie et de fausse paix. Un garçon ou une fille parle à ses parents de sa vocation sacerdotale ou religieuse ; si les parents sont en paix avec Dieu, ils savent que ce sera là une séparation qui leur coûtera, mais ils l'acceptent avec le sourire, et surtout avec une grande joie intérieure. D'autres parents qui, en apparence, n'auraient rien contre la religion, à l'écoute de cette vocation, peuvent s'irriter jusqu'à la colère, jusqu'à empêcher par tous les moyens leur fils ou leur fille de se consacrer : et voilà comment cette famille est divisée, à cause de Jésus.

 

*       *       *

 

La vie peut présenter beaucoup d'occasions de se réjouir, mais il faut parfois savoir y renoncer. L'épître aux Hébreux suggère que Jésus aurait renoncé à la joie qui lui était proposée : il aurait pu en effet se contenter de faire des miracles éclatants, d'échapper à la croix, aux coups, à l'humiliation. 

Figure annontiatrice de ce choix : Moïse, intendant du Pharaon, qui refusa d’être appelé fils d’une fille d’un Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieuestimant comme une richesse supérieure aux trésors de l’Egypte l’opprobre du Christ (He 11:23-26). 

Pour rejoindre notre Terre Promise, nous devrons rejeter beaucoup de lourdeurs, renoncer à beaucoup d’avantages humains, et ce au prix parfois de réels combats intérieurs. La persévérance, avec la grâce de Dieu, nous conduira à la vraie paix. Et nous sommes bien avertis : nous n'avons pas encore résisté jusqu'au sang !

 

*       *       *

 

Nous avons lu tout à l'heure un autre exemple de combat, celui de Jérémie. Pour avoir dit la vérité à ses compatriotes, il est condamné à mourir de faim dans une citerne infecte ; préfigurant le combat de Jésus, il souffre de la haine de ses proches, acceptant avec résignation la contradiction. Son combat ira jusqu'à la mort, plus tard. Lui, il a résisté jusqu'au sang.

Tous n'ont pas cette mission. Ceux qui ont su résister jusqu'au sang sont les martyrs. Les victimes des persécutions récentes nous en ont donné de brillants exemples : au Mexique dans les années 20, en Espagne en 1936, ils tombaient sous les balles en chantant : Vive le Christ Roi, et en pardonnant à leurs bourreaux. Saint Maximilien Kolbe s'est offert spontanément à la place d'un autre prisonnier condamné à mourir de faim et de soif, à Auschwitz. 

Les martyrs ont un tel amour total et inconditionnel de Dieu, qu'ils oublient les tortures qu'on leur fait subir. Tel fut scié en deux

 , tel autre eu la peau arrachée

 , tel autre mourut à petit feu sur une grille

 , à un autre on coupa successivement tous les membres par petits morceaux

 ; les martyrs anglais du XVIe siècle étaient particulièrement mal-traités : on les pendait, et avant leur dernier soupir, on leur ouvrait les entrailles, qu'on arrosait de sel et de vinaigre, puis on les écartelait ou on les décapitait ; un de ceux-là, s’entendant condamner à mort, répondit qu’il n’avait pas eu de meilleure nouvelle depuis (sa) naissance et dit à son bourreau : Je te pardonne de bon cœur.

 

Les religieuses qui montaient à l'échaffaud durant notre triste Révolution, éprouvaient une telle joie de bientôt paraître devant Jésus, que leurs bourreaux ont pu dire : Ces bougresses-là meurent toutes en riant ! 

 

 

*       *       *

 

Tous ces martyrs avaient à la pensée la Vie éternelle, où ils allaient entrer peu après. Horriblement torturés, comme le Christ leur maître, ils disaient ces mots du psaume d’aujourd’hui : (Le Seigneur) m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue et m’a fait reprendre pied sur le roc, le roc de l’Eglise, de la Vérité, de l’Eternité.

Cette force intérieure nous est donnée par la grâce de Dieu, pour que nous reprenions courage. En effet, nous n'avons pas encore résisté jusqu'au sang ; mieux : il arrive souvent, après une épreuve, un examen, une maladie, qu’on oublie bientôt le mal qu’on s’est donné et les souffrances qu’on a subies. Il en est ainsi de toute notre vie ; quand on arrivera devant la mort, on dira avec saint Paul : Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous (Ro 8:18).

 

*       *       *

 

Luttons contre nos défauts, aimons Dieu par-dessus tout, pour entrer un jour avec le Christ, vainqueurs, dans cet héritage promis qui surpasse tout désir (Prière du jour).

Partager cet article
Repost0
9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 23:00

 

19e dimanche ordinaire - C

 

 

Pendant quatre dimanches, nous allons lire quelques extraits de la Lettre aux Hébreux.

Une trentaine d'années à peine après la Résurrection, ces nouveaux Chrétiens de Palestine ont déjà subi beaucoup de persécutions depuis leur récente conversion

 ; ils ont dû quitter Jérusalem, accepter de tout laisser derrière eux ; désormais, là où ils sont, ils célèbrent l’Eucharistie avec les autres Chrétiens, mais le souvenir de la Ville sainte, avec son temple récemment reconstruit et ses cérémonies grandioses, reste très présent dans leur cœur ; la tentation est forte de regretter le passé. L'épître qui leur est adressée veut les confirmer dans leur foi, leur rappelant la foi de leurs ancêtres, les exhortant à ne pas se laisser enfermer dans la nuit de l’épreuve.

 

*       *       *

 

La Foi ! Combien cette vertu doit-elle être forte, pour accepter les événements de la vie ! Pour que nous ne nous laissions pas si facilement décourager, l’épître nous donne l’exemple d’Abraham.

Quelle foi devait avoir Abraham, invité par Dieu à tout laisser, sans savoir où il allait, acceptant de vivre dans un campement. Quelle foi aussi pour croire qu’il allait être père, et Sara mère, alors qu’ils étaient déjà si âgés

. Et surtout quand Dieu lui demanda d’immoler ce fils unique, Isaac, l’héritier de la promesse… L’auteur de l’épître aux Hébreux vante la foi profonde, indéfectible, d’Abraham, qui pensait, déjà à cette époque, que Dieu peut aller jusqu’à resssusciter les morts, alors que l’on ne savait encore rien de la résurrection du Christ.

 

*       *       *

 

Plus tard, la foi a aussi accompagné les Israélites pour faire confiance à Moïse et aux promesses de Dieu : ce n’est pas anodin d’entendre toute l’Egypte hurler de douleur, à la suite de la mort subite du premier-né de chaque famille, et, au même moment, d’être invité à sortir de chez soi et de partir avec armes et bagages… vers le désert. C’est cette foi que les Juifs conservèrent en célébrant chaque année la Pâque, à laquelle se réfère notre première lecture.

 

*       *       *

 

Les textes d’aujourd’hui sont une invitation à rester éveillés, à conserver la foi malgré tout, à garder le cap de toutes façons. Quelle que soit l’épreuve, tous les hommes connaissent un jour ou l’autre cette “nuit” où il semble que tout s’effondre autour de nous. Nuit de la maladie, nuit de la persécution, nuit du doute, nuit de l’attente et de toute angoisse ; nuit laborieuse qui précéda la pêche miraculeuse (Jn : 21) ;  nuit de l’agonie et de la mort du Christ, nuit salvatrice certes, mais au prix de quelles souffrances ! 

Souvent nous trouvons trop longue, trop difficile, trop douloureuse, l’épreuve de la vie. Facilement notre foi chancelle et laisse échapper ces protestations mille fois entendues : Encore ! Toujours moi !

Quand on ne s’appuie que sur soi-même, on arrive bien vite à bout de résistance, et l’on se décourage. Tous ne sont pas comme cela : il y a des personnes frappées par la maladie ou quelque autre épreuve, qui ont le courage de dire : Oh, il y a plus malheureux que moi… C’est déjà là un commencement de redressement, de confiance en Celui qui peut tout : si quelqu’un qui est plus frappé que moi, a la force de résister, je pourrai moi aussi supporter telle ou telle épreuve passagère. La force nous viendra de notre Foi en Dieu. 

Croire en Dieu, c’est se détacher de soi-même.

 

*       *       *

 

Déjà dimanche dernier Jésus avertissait quiconque amasse pour lui-même au lieu d’être riche en vue de Dieu.  (Lc 12:21). Comme il est difficile de se détacher ! En s’adressant à son "petit troupeau", aux Apôtres, mais aussi à chacune de nos familles chrétiennes, Jésus veut nous y aider ; il nous invite à être un ferment au milieu de la société : Sois sans crainte, petit troupeau !

Quand Jésus nous invite aujourd’hui à vendre ce que (nous avons), Il ne nous invite pas à manquer de prudence pour les contingences quotidiennes de la vie, mais Il nous demande de nous séparer au moins de ce que nous croyons à tort indispensable, et dont nous pourrions très bien nous passer. De saints Evêques n’ont pas hésité parfois à vendre même les vases sacrés de l’Eglise pour venir en aide aux pauvres.

Il y eut dans l’histoire de l’Eglise des cas de Saints et de Saintes qui ont voulu pratiquer cette pauvreté dans l’absolu et ne dépendre que de l’aumône. Un cas très particulier fut celui de saint Benoît-Joseph Cottolengo à Turin, qui non seulement ne tenait pas de livre de comptes, mais encore distribuait le soir aux pauvres ce qui lui restait d’argent.

 

A la question de Pierre, Cette parabole est-elle pour nous ou pour tout le monde ?, Jésus ne répond pas directement ; Pierre doit le comprendre : nous sommes tous des serviteurs du même Maître ; à chacun il est conseillé d'être prêt. Les premiers à mettre en pratique cet appel, doivent être bien sûr les Apôtres, le petit troupeau, mais aussi après eux, tous ceux qui répéteront cet enseignement, les évêques et les prêtres, les parents, les professeurs, tous les responsables…

 

*       *       *

 

Rester éveillés, c’est garder la Foi pour être fort dans l’épreuve.

Les Chrétiens du IIIe siècle furent très surpris par la nouvelle persécution après une période d’accalmie de la part des autorités ; beaucoup tombèrent, parce que leur Foi avait tiédi, parce qu’ils s’étaient “endormis”. Ce furent les lapsi, ceux qui avaient “glissé”, et que certains refusaient de réadmettre dans la communion ; ils reçurent enfin le pardon après un temps de pénitence.

Beaucoup, beaucoup trop d’hommes, de femmes et surtout d’enfants orphelins, dans le monde, nous enseignent actuellement ce que signifie “tout quitter”, obligés à abandonner maison, village, terre, pâturages, troupeaux, tout, absolument tout, pour se réfugier sous des tentes des ONG, avec dans l’âme le seul souvenir de la mort et de la destruction. Ils savent ce que signifie partir sans savoir où l’on va, faisant l’âpre expérience d’être des étrangers et des voyageurs sur la terre. S’ils arrivent à dépasser ce déchirement et à refaire leur vie, ce sera une victoire exemplaire pour eux, mais que dirons-nous des responsables des guerres et de ces exils forcés ? Quel enseignement laissera à la postérité le XXe et le XXIe siècles ?

 

*       *       *

 

Combien de fois entendons-nous les hommes se plaindre : Que fait Dieu ? Pourquoi n'intervient-il pas ? Pourquoi tant de mal autour de nous ? 

La réponse n'est pas simple, mais une autre question devrait d'abord nous venir à l'esprit : Mais pourquoi l'homme s'est-il tant éloigné de Dieu ? Pourquoi les stades sont-ils pleins à craquer et les églises vides ? Pourquoi des discothèques assourdissantes et des chrétiens muets ? 

Qu'ai-je donné à Dieu, moi, pour espérer de Lui quelque chose ? Ai-je donné de mon temps aux autres ? Ai-je pardonné au pécheur, ou l'ai-je condamné en moi-même ? Ai-je accueilli au moins dans mon cœur l'étranger, ou l'ai-je méprisé ?

Beaucoup disent ne pas avoir de temps pour la foi, pour aller prier à l'église avec leurs frères… C’est trop d’une heure, une seule, pour participer à l'Eucharistie ! et combien en passons-nous, collés à la télévision ou à notre ordinateur ! Que n’est-on pas capable de faire pour assister sur place à un match, à un concert… 

Pas le temps de prier !

Avec Abraham, quittons nos habitudes, notre train-train, notre routine monotone et lasse, notre “métro- boulot-dodo” ; reprenons courage, quittons notre moi pécheur, réaffirmons notre lien filial à Dieu et, comme le dit la Prière de ce dimanche, nous serons capables d'entrer un jour dans l'héritage qui nous est promis.

 

*       *       *

 

Dans cette perspective, nous pouvons chanter avec le cœur libre ces versets du psaume 32 d’aujourd’hui :

 

Criez de joie pour le Seigneur !… Heureux le peuple dont le Seigneur est Dieu…

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour,

pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur.

 

 

Partager cet article
Repost0
5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 23:00

 

La fête de la Transfiguration du Seigneur

 

Les trois évangiles «synoptiques» relatent l’événement de la Transfiguration de Jésus-Christ, en présence des Apôtres Pierre, Jacques et Jean.

Le récit se trouve en Matthieu (Mt 17), Marc (Mc 9) et Luc (Lc 9), et c’est sans doute le récit de Marc qui est le plus vivant, ayant été reçu de la bouche même de Pierre par son disciple Marc qui l’écoutait parler à Rome.

L’évangéliste donne ce détail, que les vêtements du Christ devinrent étincelants, d’une blancheur extrême, comme il n’est foulon sur terre qui puisse ainsi blanchir.

Le Christ apparaît sur le Mont Thabor comme un nouveau Moïse et un nouvel Elie, législateur et prophète de la Nouvelle Alliance.

La fête existait très tôt chez les Grecs, et passa en occident après le 8e siècle, dans quelques diocèses d’Espagne, de France et d’Italie. Elle fut placée exactement quarante jours avant la fête de la Croix (14 septembre) : de même que le Christ voulut montrer aux Apôtres la gloire qui devait faire suite à la passion, de même la fête de la Transfiguration précède ainsi celle de la Croix dans notre calendrier liturgique.

Le 6 août 1457, pour marquer une victoire remportée sur les Turcs par le roi Jean Hunyade et saint Jean de Capistran, le pape Calliste III étendit la fête à l’Eglise universelle.

Cette scène de la Transfiguration constitue désormais le quatrième des cinq nouveaux «Mystères lumineux» de notre Rosaire, depuis la publication de la Lettre Apostolique de Jean-Paul II en 2002 (Rosarium Virginis Mariæ, n.21).

Certains pourraient se demander quel rôle joue Marie dans cette Transfiguration, dont elle est absente totalement.

Que nous dit le Père, lors de la Transfiguration du Christ ? Ecoutez-Le (Mc 9:7). Que nous dit Marie, lors des noces de Cana ? Tout ce qu’il vous dira, faites-le (Jn 2:5). On peut vraiment affirmer que l’enseignement est le même, dans la bouche de Marie, que dans la voix du Père. Les Noces de Cana constituent, elles, le deuxième des «Mystères lumineux».

Rappelons pour finir que c’est en ce jour que mourut le pape Paul VI (1978).

Partager cet article
Repost0
27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 23:00

13e dimanche ordinaire-C

 

Nous entendons aujourd’hui l’appel qu‘Elisée reçoit d’Elie.

Elisée devait être d'une famille richissime, pour pouvoir labourer avec douze (!) paires de bœufs. C’est du moins ce qui est écrit dans le texte original. Notre traduction liturgique apporte une petite modification sans grande importance.

Dans l’évangile, nous voyons comment Jésus «appelle» à son tour, selon la disposition d’esprit des candidats. C’est l’occasion pour Jésus de nous donner trois leçons.

Dans le premier cas, bien que l’homme se sente disposé à Le suivre partout, Jésus voit qu’il n'est pas prêt : il ne l'invite pas (pas encore, disons).

Dans le deuxième cas, c’est Jésus qui appelle : Suis-moi ! Mais aussitôt, à cet homme qui veut d'abord enterrer son père, Jésus donne cette réponse assez énigmatique : Laisse les morts enterrer les morts. Tentons une explication : 

 Qui n'a jamais connu de conflits entre héritiers, après le décès d'un proche ? Eh bien, reconnaissons que ces héritiers cupides sont beaucoup plus "morts" intérieurement, que la personne défunte elle-même. Celui qui dans l'évangile d'aujourd'hui, voulait enterrer son père, n'était sans doute pas totalement libre quant à l'héritage paternel, et Jésus lui donne ce conseil : Ne t'occupe pas des biens terrestres, tu seras bien plus heureux d'annoncer le Royaume de Dieu. Abandonne les choses mortelles, et tu auras la Vie.

 Troisième cas de figure : J'arrive, Seigneur... mais pas tout de suite ! Cette attitude semblerait à première vue être celle d'Elisée : Attends que j'embrasse les parents, et je suis à toi. Mais il y a une grande différence entre les deux. Dans l'évangile, l'appelé répond "présent" tout en regardant en arrière : il n'est pas (encore) libre. Elisée, au contraire, laisse tout ; il immole sur place une paire de bœufs, qu'il fait cuire en brûlant sa charrue, de sorte que, de son état de laboureur, il ne reste rien : il appartient désormais à Elie, qui l'a appelé - et à Dieu.

 Il faut une réelle liberté intérieure pour suivre Jésus. Sans aller aujourd'hui au fond de la problématique de l'épître aux Galates, retenons de Paul son enseignement sur la liberté intérieure. Souvent notre réponse à l'appel de Jésus est ralentie par notre attachement à des réalités terrestres : biens matériels, argent, mode, voiture, moto, collection, liens affectifs, ambitions ; à d'autres moments, c'est notre propre "moi", notre rancune comme celle de Jacques et Jean, notre difficulté à pardonner du fond du cœur, ou d’autres défauts encore ; chacun connaît les siens…

 

*   *   *

 

Il y a une autre leçon, au début de l’extrait d’aujourd’hui. Jésus arrive dans un village de Samarie, où on lui refuse l’hospitalité. 

Nous sommes loin de la parabole du "bon Samaritain" hospitalier et même de l'entretien de Jésus avec la Samaritaine, qui était tout étonnée de cette gentillesse inhabituelle pour un Juif, Jn 4). Aujourd'hui, quand Jésus arrive en Samarie, on ne veut pas le recevoir parce qu'il se dirigeait à Jérusalem. Ignorance ? Racisme ? On ne reçoit pas Jésus à cause de ses liens avec Jérusalem : il est Juif ! 

Et voilà que les Fils du Tonnerre, Jacques et Jean, réagissent fortement : que la vengeance du ciel vienne mettre le feu à ce village ! Bien qu’ils suivent Jésus depuis déjà quelque temps, ils n'ont pas encore la "bonne" réaction, celle qui pardonne.

Jésus les réprimande : un vrai disciple du Seigneur n’a pas de rancune, pas de vengeance ! On ne va pas "punir" ces gens pour une porte qui se ferme ! L’évangéliste Luc, l'évangéliste du pardon, qui nous parlera bientôt du Fils prodigue et du Bon Larron, insiste sur cet enseignement du Seigneur sur le pardon : Faites du bien à ceux qui vous haïssent (6,27) ; ici, dit Luc, Jésus les réprimande ; dans un manuscrit, une addition fort intéressante ajoute aussi : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Car le Fils de l'homme n'est pas venu perdre les âmes, mais les sauver. 

Patience, douceur, pardon ; ce n'est plus l'implacable loi Œil pour œil, dent pour dent.

En passant, relevons l’ironie de la situation : on vient de mettre à la porte Jésus, et quelqu'un vient lui dire : Je te suivrai, partout où tu iras.

 

*   *   *

 

 

Jésus se montre exigeant - et Il a raison de l'être, mais il ne condamne pas ses protagonistes, il les avertit seulement, comme s'il disait : Oui, embrasse tes parents, mais ne t'attarde pas, viens vite ! Il les aide à se mettre sur le bon chemin ; personne ne nous dit qu'ils n'aient pas effectivement renoncé, plus tard, à ce qui faisait obstacle à leur décision. 

 Saint François de Sales laissa un jour entrer au monastère une demoiselle qui, malgré son désir réel d'être consacrée, n'arrivait pas à enlever ses boucles d'oreilles : dans sa joie d'être "épouse du Christ", elle comprit bien vite d’elle-même et se dépouilla spontanément de ses "ornements" ! 

 Chacun a avec lui des "ornements", des obstacles à une réponse totale à Dieu. C'est l'amour réel de Dieu et du prochain qui en viendra à bout ; parfois, comme Elisée, certains ont la force d'âme de tout brûler d'un coup ; parfois, cette décision n'arrive que par étapes ; cela ne doit ni nous étonner ni nous décourager. 

 Qu'on soit déjà disciple de Christ comme Jacques et Jean, ou qu'on entende plus tard son appel, chacun de nous a un chemin différent des autres, que Dieu seul connaît. L'important est de "s'engager" de façon toujours plus totale, par amour de la Vérité : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, vous connaîtrez la Vérité et la Vérité vous rendra libres (Jean 8,31-32).

 

*   *   *

 

Les Fils du tonnerre ont appris à être des Fils de lumière, à sortir de la nuit. C’est ce nous répétons dans la Prière du jour. 

Demandons à Dieu de tout notre être de nous sortir de la nuit de l’erreur, pour que nous soyons toujours rayonnants de vérité.

Partager cet article
Repost0
31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 23:00

9e dimanche ordinaire - C

 

 

Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri(e), disons-nous chaque fois que nous allons recevoir l’Eucharistie.

L’origine de cette prière se trouve dans le texte que nous lisons aujourd’hui dans l’évangile, et c’est un «païen» qui l’a exprimée le premier ! Ajoutons tout de suite : un païen ouvert à la Vérité, au cœur tourné vers la justice.

On lit en effet que, précédemment, ce centurion romain a fait construire la synagoge de Capharnaüm : lui, un Romain habitué à honorer les dieux monstrueux de la mythologie, Zeus, Apollon, Hermès, Diane, Vénus…, ce Romain, étranger, appartenant à l’armée d’occupation, oui, ce Romain considère juste de faire édifier un lieu de culte pour des habitants de Palestine, ses ennemis officiels.

Ce n’était pas présomption, envie de paraître : lui-même se cache, humblement, et envoie des hommes exposer à Jésus-Christ sa requête. 

Son serviteur, il l’aime  bien ; ce n’est pas un vulgaire esclave qu’on traite comme une chose : il regrette qu’il soit si malade et proche de la mort ; il voudrait le sauver : pourquoi n’appellerait-il pas ce Jésus qui fait des miracles ?

Le centurion montre qu’il est déjà habité par une réelle foi : si lui a la puissance de commander à des soldats et à des serviteurs, combien plus ce Jésus dont on lui a tant parlé aura la puissance de guérir son serviteur.

Même Jésus dit ouvertement qu’il n’a pas trouvé une telle foi en Israël ! Quelle leçon pour les Juifs, pour les Croyants, pour les Fidèles, pour les «pratiquants» !

Jésus réveille notre foi, qui est trop routinière. Et c’est la Foi de ce centurion, qu’il récompense par un miracle.

Ailleurs, il le répétera : Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous auriez dit à ce mûrier : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi (Lc 17:6).

 

*

Ce n’est pas le seul centurion que nous rencontrons dans l’Ecriture. Il y aura le centurion au pied de la croix et qui proclamera : Vraiment, celui-ci était fils de Dieu (Mt 27:54 ; Mc 15:39 ; Lc 23:47). Signalons au passage que Jean parle aussi du fils malade d’un fonctionnaire royal (Jn 4:46sq). Il y aura enfin le centurion Corneille, qui accueille Pierre et se fait baptiser avec ses parents et ses amis intimes (Ac 10). Ce Corneille est reconnu comme Saint par l’Eglise, qui l’a inscrit au Martyrologe le 20 octobre.

 

*

 

La prière du roi Salomon que nous lisons dans la première lecture a une dimension tout-à-fait universelle, œcuménique, et annonce la conversion des païens et leur entrée dans l’Eglise.

Exauce toutes les demandes de l’étranger, à cause de ton Nom. Salomon fut vraiment inspiré d’étendre sa bienveillance sur l’étranger, à cause du Nom de Dieu. Les apôtres eux-mêmes n’avaient pas tout de suite saisi cette universalité de l’appel, puisqu’il fallut tout l’épisode de la conversion du centurion Corneille et tout le discours de Pierre, pour qu’ils pussent constater qu’ Ainsi donc, aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie (Ac 11:18).

*

Le psaume 116, dans l’intégralité de ses deux petits versets, chante cette universalité : Tous les peuples - tous les pays, sont invités à louer Dieu, l’Eternel, le Fidèle.

 

*

Encore faut-il que l’annonce de l’Evangile parvienne aux païens. Les Apôtres en cela ont suivi l’ordre du Seigneur. Saint Paul a parcouru le Moyen Orient pour annoncer la Bonne Nouvelle. Même si l’épître aux Galates n’est pas directement liée à l’autre lecture et à l’évangile de ce jour (car nous continuerons de la lire pendant six dimanches), elle s’y rattache par l’amour de la Vérité que veut transmettre Paul aux premiers Chrétiens.

Cette communauté des Galates (1) venait d’être évangélisée par Paul, et voilà que déjà elle s’agite : faut-il appliquer les coutumes judaïques de l’Ancien Testament ?

Or saint Paul proteste énergiquement : tout ce qui a précédé le Christ était dicté par Dieu et les Prophètes pour se préparer à recevoir le Christ ; à partir du moment où l’on reçoit le Christ avec foi réelle, toute la préparation de l’Ancien Testament n’a plus de raison d’être. 

C’est le Baptême qui nous fait entrer dans l’Eglise ; c’est l’Eucharistie qui fait la «communion» entre tous les Frères. Tout ce qu’on dira à côté ou en plus, sera superflu, et même condamnable : Si quelqu’un vient vous annoncer un Evangile différent, qu’il soit maudit ! proclame Paul avec force.

*

Aujourd’hui, approchons-nous vraiment de l’Eucharistie avec l’humilité du centurion, et renouvelons notre foi.

Nous ne sommes pas tous appelés à parcourir le monde pour évangéliser, mais nous avons tous à donner un témoignage de notre foi où que nous soyons. 

Si parfois nous trouvons dans la Prière du jour une sorte de synthèse de tout cet enseignement, on pourrait aujourd’hui retenir plus particulièrement la Prière finale, où nous demandons à Dieu de témoigner non seulement avec des paroles, mais aussi par nos actes. Que le premier de ceux-ci soit notre participation fréquente et digne à l’Eucharistie.

 

1 Région centrale de l’Asie Mineure, la plus nordique que Paul ait parcourue.


Partager cet article
Repost0
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 00:00

 

Sixième dimanche de Carême (Rameaux) - année C

 

La première lecture de ce jour, tirée d’Isaïe, est le troisième des quatre Chants que les exégètes appellent Chants du Serviteur de Yahwé.

Nous y entendons le Christ victime, «sans se dérober», qui est flagellé, giflé.

Le psaume 21 qui suit évoque aussi la passion. Il y a ce même verset que les Pharisiens rediront en face de la Croix : Il comptait sur le Seigneur, qu’il le délivre ! Le psalmiste évoque les clous, dans les mains et dans les pieds, le partage des vêtements.

Il est probablement inutile de commenter ces textes sacrés. 

 

,

 

Chaque année en ce jour des Rameaux, nous entendons la lecture d'un des récits de la Passion, et celui de cette année est de saint Luc. Ce dernier n'était pas un des douze Apôtres, mais il a pu être des soixante-douze disciples choisis par Jésus, en tout cas il fut le fidèle compagnon des voyages de Paul et donc aura pu entendre dire beaucoup de choses de témoins sûrs. 

Luc a été très sensible à la sollicitude de Jésus pour les petits, à sa miséricorde pour les pécheurs. S'il note cette vaine discussion des apôtres entre eux, juste au moment de la Dernière Cène, pour savoir qui d'entre eux était le plus grand, ce n'est pas pour stigmatiser les apôtres, mais pour exposer la parole de Jésus : Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert (Lc 22:26).

Quel enseignement nous donne Jésus à la veille de sa mort ! Lui, le Maître divin, se fait le Serviteur ! 

Saint Paul rappelle aux Philippiens l’humilité parfaite de Jésus, qui, quoique de condition divine, s’est fait obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

 

,

 

Dans ce récit de la Passion, nous noterons plusieurs passages racontés particulièrement par Luc, où il relève la miséricorde de Jésus. 

Quand Pierre frappe le serviteur du Grand Prêtre et lui tranche l'oreille (cf. aussi Jn 18-10), Jésus intervient doucement et guérit ce serviteur. 

Le lendemain, Jésus est en croix et prie en des termes que Luc seul rapporte : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.  Ainsi commente ce passage Aelred de Rievaux (1)  :

"En entendant cette admirable parole, pleine de douceur, d'amour et d'imperturbable sérénité : Père, pardonne-leur, que pourrait-on ajouter à la douceur et à la charité de cette prière ? Et pourtant le Seigneur ajouta quelque chose. Il ne se contenta pas de prier, il voulut aussi excuser : Père, dit-il, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils sont sans doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience ; c'est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils crucifient, mais ils ne savent pas qui ils crucifient, car s'ils l'avaient su, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. c'est pourquoi, Père, pardonne-leur."


Oh, qu'il est fréquent d'entendre cette parole dure : Je pardonne, oui, mais je n'oublie pas. Cette réflexion n'est pas chrétienne, elle n'est pas de Jésus. Jésus pardonne et excuse ; ensuite, il n'a pas de rancœur. 

L'épisode du Bon Larron, particulier aussi chez Luc, nous montre encore cette charité immense de Jésus : les autres évangélistes disent que les deux larrons insultaient Jésus (Mt 27:44 ; Mc 15:32). Luc rapporte que l'un deux - sans doute en se reprenant de ses railleries - implora de Jésus son pardon et que Jésus lui fit cette célèbre promesse : Aujourd'hui, tu seras avec moi en Paradis. Ce voleur de grands chemins est depuis lors saint Dismas, le premier qui entra avec Jésus dans la gloire du Paradis

 .

Avant ces épisodes, nous avons entendu le triple reniement de Pierre. Luc dit que Jésus fixa son regard sur Pierre, un regard sans rancœur, mais combien douloureux : Jésus a entendu Pierre le renier, à deux pas de lui, comme il le lui avait prédit quelques heures avant (22:34). Ce regard a suffi pour provoquer les larmes de Pierre, ce pêcheur simple, spontané, fougueux, gaffeur, mais aussi très sensible et humblement repentant. 

A Gethsémani, Jésus a aussi regardé en face Judas, en lui disant C'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme !, mais Judas n'a pas été touché par ce regard divin ; il ne s'est pas repenti, il n'a pas pleuré. Ajoutant le désespoir à son péché, il s'est suicidé. 

Il ne faut jamais désespérer du pardon de Dieu, qui l'accorde à tous ceux qui le Lui demandent sincèrement.

 

,

 

On notera maintenant un autre passage propre à saint Luc, là où Jésus dit à Pierre : J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras revenu, affermis tes frères (22:32). C'est là que Pierre, enflammé, promet fidélité totale à Jésus, qui lui annonce en revanche son triple reniement. 

Pierre en effet, aura cette faiblesse, non pas vraiment par peur, mais par calcul, pour pouvoir rester le plus près possible de Jésus et voir ce qui se passait ; il feint de ne pas connaître Jésus, mais sa foi demeure ; son attitude est double, mais il en a honte et pleure aussitôt après. 

Ensuite, "revenu" de sa trahison, il sera là pour assembler, pour convaincre, pour témoigner, il sera la pierre d'angle de l'Eglise naissante, la référence de la chrétienté, l'autorité humaine qui s'exercera au nom de l'autorité divine du Christ. Cette petite phrase de Jésus a une grande importance, car juste avant de mourir, il montre encore une fois à Pierre sa mission : affermir ses frères, ainsi que nous l'ont rappelé tant de fois nos papes, évoquant leur rôle à la tête de l'Eglise.

C'est saint Luc qui nous rapporte ce détail. Il l'a reçu de saint Paul, qu'il a accompagné longtemps. Et Paul aura toujours enseigné que l'autorité de l'Eglise est assumée par Pierre, choisi par Jésus. On présente parfois Paul comme concurrent de l'autorité de Pierre. Or, si Paul a pris la parole contre Pierre un jour, c'est justement pour que Pierre corrige son jugement et l'impose à l'Eglise (voir Ga 2:11-14), car c'est à Pierre que tous se référaient. Sinon, Paul se serait simplement détaché de l'Eglise et aurait poursuivi son chemin propre. Pierre et Paul ont agi de concert, ont tous deux enseigné la même foi, et ont subi le martyre tous deux à Rome.

 

,

 

Il est aussi dans ce récit de la Passion un passage un peu obscur, où Jésus recommande aux apôtres d'avoir bourse et besace, et de se procurer un glaive. Précédemment (10:4), Jésus leur avait précisément recommandé de ne prendre ni bourse, ni besace, ni chaussures, et voilà qu'il semble leur dire exactement le contraire, et même d'acheter une épée ! On imagine leur état d'esprit assez confus, surtout après que Jésus leur a dit que le traître mange avec eux en ce moment, et à Pierre qu'il allait le renier par trois fois cette nuit-même. Il se trouve qu'ils ont justement là, non pas un, mais deux glaives. On pourrait se demander à quoi ils pouvaient servir : les apôtres prévoyaient-ils quelque bagarre ? Ont-ils servi pour préparer l'Agneau Pascal ? Pierre s'en est sans doute servi pour trancher l'oreille de Malchus. 

Mais quand Jésus conseille aux apôtres de se procurer un glaive, il doit certainement parler d'un glaive qui n'est pas en métal, qui n'est pas matériel, de ce glaive dont parle saint Paul aux Hébreux : Vivante est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, car elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des mœlles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur (He 4:12). 

Si Jésus demande à Pierre de rengainer son glaive, s'il répond brièvement C'est assez aux apôtres qui lui présentent les deux glaives, c'est qu'il a sûrement en tête autre chose, qu'ils ne comprennent pas encore. Ils ne se souviennent pas non plus que Jésus leur a dit précédemment qu'il était venu apporter non pas la paix, mais le glaive (Mt 10:33), ce même glaive de la Vérité, où se reconnaîtront les fidèles du Christ de ceux qui n'auront pas voulu le recevoir (Jn 1:11).

Dans leur première mission, les apôtres n'ont manqué de rien, confiants en la parole de Jésus. Maintenant, au moment de la Passion, ils doivent eux aussi se préparer à la souffrance, à la privation, aux épreuves de toutes sortes, par lesquelles ils devront passer pour annoncer la Parole de Dieu. Ils auront l'assistance de l'Esprit Saint, certes, mais ils devront aussi avoir la vertu de Prudence, sans laquelle aucune vertu ne peut rester équilibrée. On n'imagine pas un missionnaire partir au fond de la jungle sans une petite besace, sans une paire de bottes ! 

Et Jésus confirme : Si on l'a mis au rang des scélérats, à plus forte raison eux aussi doivent se préparer à traverser beaucoup de difficultés, à recevoir beaucoup d'injustices, en se défendant avec le glaive de la Parole de Dieu, bien conscients que "l'Esprit du Père parlera en (eux)" (Mt 10:20).

 

,

 

Que de pensées nous suggère le cher évangéliste Luc aujourd'hui ! On pourrait s'étendre davantage encore ; par exemple pour noter que, grâce à Jésus, Hérode et Pilate devinrent amis, d'ennemis farouches qu'ils étaient. Celui qui a toujours dit Paix à vous, N'ayez pas peur, se fait aussi le médiateur des deux ennemis qui l'ont tour à tour insulté et condamné.

La méditation de la Passion de notre Seigneur procurera toujours beaucoup de bons fruits en nous et nous aidera sur notre chemin quotidien. Notre conversion plus profonde apportera au moins à Jésus, si seul à Gethsémani, la consolation que ses sueurs de sang n'ont pas été vaines pour nous. Ce détail aussi nous a été transmis par l'évangéliste Luc, médecin de son métier, dont l'œil expérimenté sait remarquer ces "détails" biologiques. 

 

,

 

Qu'au moins la Passion de Jésus nous aide à supporter la vie difficile de notre époque, ainsi aussi que le conseille Paul aux Hébreux : Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes. Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans la lutte contre le péché (He 12:3-4).

 

O Crux, ave, spes unica !

Hoc passionis tempore, piis adauge gratiam, reisque dele crimina.

 

O Croix, salut, notre unique espérance !

En cette heure de la passion, augmente la grâce dans le cœur des justes, efface leurs crimes aux pécheurs.

 

 

 

 

1 Saint Aelred de Rievaux, abbé cistercien anglais, 12e siècle, fêté le 12 janvier.

 

 

Partager cet article
Repost0
16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 16:03

 

Cinquième dimanche de Carême - année C

 

Au peuple d'Israël exilé à Babylone, qui gémit de son exil alors que sans cesse on lui rappelle que Dieu avait délivré leurs ancêtres de l'Egypte, le prophète Isaïe rappelle que, pour eux aussi Dieu transformera le désert en pays fécond, que la sécheresse laissera la place à des fleuves, que les pistes sableuses se transformeront en vrais sentiers. 

Que doivent faire les Israélites ? Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau.

Dieu intervient sur la route de chacun de nous, à tous moments. C'est nous qui sommes trop souvent aveugles, ou sourds, ou indifférents à la grâce divine.

Le psaume 125 rappelle en effet la joie du peuple, au retour de l'exil à Babylone. Après les larmes, arrive la consolation ; après la semence dans la peine, on récolte dans la joie.

Saint Paul, qui se souvient toujours d'avoir persécuté l'Eglise naissante, d'avoir livré des Chrétiens à la torture, d'avoir approuvé la lapidation d'Etienne, ne désespère pourtant pas de la grâce de Dieu : tout ce qui est passé n'est rien, si j'ai la joie de la Résurrection dans le cœur.

Humblement, Paul se reprend et complète sa pensée : il n'est pas parfait, il n'en a pas fini de lutter ! Mais, sans regarder en arrière inutilement, il court vers le But, vers la Conversion, vers la Résurrection. Avec Paul, ne nous arrêtons jamais sur la tristesse de nos péchés, regardons en avant, vers la conversion.

Paul a la joie d'être Autre !

Quelle délicatesse, maintenant, dans l'attitude de Jésus en face de cette malheureuse femme adultère ! Voici un cas magnifique où le Maître nous enseigne ce que signifie pardonner, sans écraser le pécheur sous le poids du péché, et tout en restant dans la Vérité.

Il est vrai que cette femme était dans un grave péché ; oui, rappelons-le : l'adultère, c'est-à-dire une liaison qui se fait malgré un premier lien de mariage d'au moins un des deux partenaires, est un péché grave devant Dieu. C'est une trahison, c'est un mensonge, devant Dieu, devant les hommes, devant le ou la partenaire, devant soi-même. Le sixième commandement de Dieu le condamne explicitement : Tu ne commettras pas d'adultère.

Il est vrai aussi que, dans l'ancienne Loi, Dieu voulait que ce peuple d'Israël fût "parfait", qu'il fût aux yeux de tous les peuples, "exemplaire", qu'on reconnût vraiment en lui le peuple choisi. Il fallait faire disparaître le mal du milieu de (lui) (Dt 19:19). C'est pourquoi le péché de l'adultère - et quelques autres aussi d'ailleurs, devaient être punis par une sanction radicale : la lapidation.

Mais cette Loi préparait à la Loi plus parfaite encore de Jésus-Christ : punir le mal, oui, mais selon la Justice. A ceux qui sont là pour accuser et punir, Jésus rappelle qu'ils sont eux-aussi des hommes, et qu'ils doivent d'abord s'accuser eux-mêmes avant d'accuser dédaigneusement les autres.

Que celui qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ! 

Il y a eu des interrogations et des explications diverses au sujet de l'attitude de Jésus qui se baisse pour écrire dans le sable. Une tradition constante et ancienne explique que, quand Il se baisse la première fois, les Pharisiens croient qu'il s'amuse comme les petits enfants, et fait semblant de ne pas les entendre ; puis, après l'invitation de Jésus à jeter la première pierre, ils se mettent à regarder plus précisément ce qui est écrit par terre, et ils lisent alors tous les péchés dont ils étaient eux-mêmes coupables. Et ce sont les plus âgés qui se retirent sur la pointe des pieds, tout gênés et honteux, et n'osant plus accuser cette femme.

Enlève d'abord la poutre qui est dans ton œil, dit Jésus, et après tu verras clair pour enlever la paille de l'œil de ton frère (Mt 7:5).

On imagine ce qui peut alors se passer dans le cœur de la pauvre femme adultère : si ses accusateurs sont tous partis, elle échappera à leur lapidation, mais Lui, Jésus, que va-t-Il lui faire ? La voilà toute timide, toute seule, toute tremblante devant l'Innocence. Mais non, Jésus ne la condamne pas ! 

Ce n’est pas la première fois qu’on lit l’indulgence de Dieu envers le pécheur. Dans la propre lignée des ancêtres de Jésus, le grand roi Salomon est un fils adultérin de David. Jésus lui-même, qui a accepté d'avoir dans sa lignée des "accidents", ne condamne pas non plus cette femme qui est devant lui. 

Mais Jésus ne lui pardonne pas purement et simplement son péché, comme si rien ne s'était passé. Il lui dit aussi : Ne pèche plus ! Jésus ne se contente pas de renvoyer tranquillement chez elle cette pécheresse ; il l'invite à la conversion : Ne pèche plus ! Encore une fois : ne regarde pas en arrière ; tourne-toi vers Dieu ; change ta vie ; et sois en paix.

Il est parfois difficile de retrouver la paix après être tombé. Le remords nous tenaille. Il y a parfois là une autre tentation qui cherche à nous faire désespérer du pardon et à nous barrer la route vers la paix. Or c’est Jésus qui est là pour donner la paix. Si je n'ai pas la paix, c'est que je n'ai pas encore vraiment ouvert mon cœur à Jésus.

Tel est l'appel de Jésus pour son Royaume : la conversion du cœur. Nous devons toujours nous projeter en avant vers le mieux, vers le plus parfait, sans regarder en arrière.

L'Eglise nous invite tous à nous approcher du Sacrement de la Réconciliation, au moins chaque année à Pâques - et bien sûr aussi du Sacrement de l'Eucharistie. Dans la Réconciliation, il ne s'agit pas de nous humilier devant tel ou tel prêtre, il s'agit d'abord de retrouver la Joie d'être avec Christ ressuscité. Le prêtre qui est là ne vous "entend" pas : il vous comprend ; quand vous aurez fini de lui parler, il ne saura pas ce que vous lui avez dit, mais il vous parlera au nom de Christ, qui lui suggèrera de vous dire quelque chose pour votre bien. 

Le prêtre vous invitera, probablement, à prier l'Acte de Contrition. Beaucoup ne le savent pas, ou plus. Il comporte justement tout ce que nous avons entendu aujourd'hui : le regret, le repentir, le ferme désir de ne plus pécher, et aussi bien sûr d'en éviter les occasions. Il en existe d'ailleurs plusieurs formules ; on en trouvera une ci-dessous, traduite du Rituel officiel de la Réconciliation.

Amis ! Frères ! Préparez bien cette rencontre de Réconciliation ! Soyez heureux de vous y rendre : c'est votre Joie en Christ ressuscité.

 

 

 

Acte de Contrition.

 

Mon Dieu, je me repens de tout mon cœur et avec profonde douleur du mal que j'ai fait et du bien que j'ai omis de faire, parce qu'en péchant je t'ai offensé, toi, le Bien suprême et digne d'être aimé par-dessus tout.

Je fais un ferme propos, moyennant ta sainte grâce, de faire pénitence, de ne plus t'offenser et d'en éviter les occasions.

O mon Dieu, par les mérites de la passion de notre Sauveur Jésus Christ, fais-moi miséricorde ! Amen.


Partager cet article
Repost0
9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 00:00

 

4e dimanche de Carême - année C

 

Un des traits les plus émouvants de l'attitude du Père, dans cette parabole du Fils prodigue, est qu'il l'attend de loin, comme s'il s'attendait à le voir revenir d'un moment à l'autre. 

Mais alors, pourrait-on dire, pourquoi n'est-il pas allé le chercher plus tôt pour l'inviter à revenir à la maison, au lieu de l'attendre simplement ? C'est que la grâce agit ainsi : elle est là comme une invitation constante de la part de Dieu, mais laisse l'homme libre de répondre.

Quand enfin le pécheur veut vraiment prendre le chemin de la conversion, reconnaître son erreur et en demander pardon, alors le Père s'empresse d'aller au-devant de lui, le prend dans ses bras, ne lui laisse pas même le temps d'achever sa phrase, et l'embrasse paternellement, tout ému, tout heureux.

Dans les deux paraboles précédant celle-ci, Jésus affirme qu'il y a plus de joie au Paradis pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion (Lc 15:7 et 10).

C'est ce que n'a pas compris le frère de notre fils prodigue : qui peut oser dire qu'il n'a pas péché, qu'il n'a pas besoin de se convertir ? Tous les Saints, sur terre, ont avoué leur faiblesse, ont reconnu le chemin encore long qu'ils devaient parcourir pour accéder à la Sainteté. Aucun n'a osé dire : J'y suis arrivé. Au contraire dans notre parabole, l’aîné se croit juste, meilleur que son frère, comme le Pharisien de l'autre parabole, qui se félicite de n'être pas comme le reste des hommes (Lc 17:11).

Nous devons être très attentifs dans nos jugements, car spontanément nous avons tous tendance à être sévères pour les autres et très indulgents pour nous-mêmes ; pointer du doigt un défaut chez notre prochain, est chose très facile ; on apprécie beaucoup moins quand un autre doigt pointe notre propre défaut. 

Or, suivre Jésus consiste justement à s'accuser soi-même et à pardonner aux autres. Durant la période du Carême, nous sommes invités à méditer sur le Chemin de la Croix : imiter notre Maître, ce n'est pas se priver de chocolat ou de confiture (en tout cas, pas seulement), c'est surtout porter la croix sur nos propres épaules, faire notre propre examen de conscience, nous accuser nous-mêmes, et savoir excuser les fautes du prochain. Sur la croix, exténué, exsangue, Jésus pardonnait encore aux bourreaux, et même les excusait : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font (Lc 23:34).

Même si en tout temps nous pouvons avoir l'occasion de nous convertir, ce temps de "réconciliation" dont parle saint Paul aux Corinthiens, est propice à chacun de nous pour s'examiner plus en profondeur : il s'agit vraiment de se réconcilier avec Dieu, de se mesurer avec Sa Sainteté, avec la Perfection. 

Bien sûr, il y a un abîme entre la Perfection divine et notre petite misère, mais Dieu ne regarde pas à cette différence ; Dieu attend de nous un petit effort ; à chaque moment, nous pouvons faire mieux. 

Souvent aussi, Dieu nous cache certains défauts que nous avons, pour que nous n’ayons pas à nous décourager. Tous les confesseurs nous donnent le conseil de combattre un défaut à la fois, parce qu’on ne peut tous les combattre simultanément ; mais le combat intérieur qu’on fait sur un front, nous aide ensuite à affronter le combat sur un autre front.

Quand nous nous rendons compte d’un défaut, loin de nous en affliger, nous devons réaliser que, pour voir ce défaut, c’est que nous sommes dans la Lumière de Dieu. Au contraire, remercions Dieu pour cette découverte !

Le psaume a été choisi pour nous encourager à regarder vers Dieu : Qui regarde vers lui resplendira. Comme les Apôtres au moment de la Transfiguration, la Lumière de Dieu nous illumine et nous aide à entrer plus intimement dans la sainteté. 

Dans ce mouvement de conversion, tout le sens de notre vie change. Dans le désert, les Israélites mangeaient une nourriture céleste, la manne ; une fois dans la Terre Promise, ils mangent une nourriture nouvelle, fruit de cette nouvelle terre ; plus tard, après la mort et la résurrection du Christ, nous mangerons la Nourriture eucharistique.

Saint Paul supplie littéralement les chrétiens de Corinthe (et nous en même temps) : Au nom du Christ, convertissez-vous ! Changez votre cœur ! 

Le Christ a trop souffert, pour que nous laissions passer cette grâce de la conversion.

Pâques est déjà proche. «Passons» du vieil homme à l’homme nouveau. La Prière du jour l’exprime aussi : …pour que le peuple chrétien se hâte avec amour au-devant des fêtes pascales.

Autrefois, la couleur liturgique de ce quatrième dimanche de Carême n'était pas le violet, mais le rose, pour exprimer cette joie de la victoire prochaine, et encourager les fidèles à aller "jusqu'au bout", avec Jésus. C'est pourquoi aussi le chant d'entrée est ce fameux "Laetare", dont la mélodie grégorienne est parmi les plus belles : Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l'aimez ; réjouissez-vous avec allégresse, vous qui étiez dans la tristesse, pour que vous vous releviez, et que vous soyez remplis des fruits de votre consolation. (1)

A cela nous reconnaîtrons notre vraie conversion : nous ressentirons en nous une grande joie profonde et durable. 

 

 

1 C’est une traduction littérale.


Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • : Près de 9600 notices de Bienheureux et Saints. Ont été successivement illustrés : - Les personnages bibliques de l'ancien et du nouveau Testaments. - Tous les Saints et Bienheureux reconnus, depuis les débuts de l'Eglise jusqu'aux derniers récemment proclamés. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Les textes sont maintenant mis à jour selon le nouveau texte de la Nova Vulgata (ed. 2005). Nous avons aussi le Lectionnaire latin pour toutes les fêtes du Sanctoral, sans renvois, également mis à jour selon le texte de la Nova Vulgata. Bienvenue à nos Lecteurs, à nos abonnés, avec lesquels nous entamerons volontiers des échanges. Bonne visite !
  • Contact

Recherche

Pages

Liens