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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 00:00

(Les textes des trois années A-B-C sont les mêmes - les commentaires également).

 

Noël : Messe de la  Nuit

 

 

Un de nos cantiques traditionnels de Noël dit : Depuis plus de quatre mille ans nous Le promettaient les prophètes. Voici que le prophète Isaïe, huit siècles avant la naissance du Sauveur, entrevoit cet heureux événement et s'en réjouit comme s'il y assistait. Huit siècles ! Imaginons que notre roi Louis IX nous ait annoncé la canonisation du pape Jean-Paul II…

Il faut comprendre dans un sens spirituel et théologique ces termes qui décrivent les hommes : les ténèbres, le pays de l'ombre, expriment l'héritage du péché ; la grande lumière est celle qui vient d'En-haut, celle dont parle l'évangéliste Jean à propos du Verbe éternel : C'était la vraie lumière qui illumine tout homme (Jn 1:9). De même le joug, le bâton, le fouet, font allusion à la situation des Israélites en Egypte, l'Egypte étant elle-même restée ensuite le symbole de l'esclavage du péché.

Quand ensuite Isaïe parle de la victoire de Madiane, il fait allusion à cette fameuse victoire du Juge Gédéon avec ses trois-cents hommes qui, de nuit, sans rien faire d'autre que de crier Pour Dieu et pour Gédéon et en heurtant entre elles les lanternes qu'ils portaient, ont engendré une telle panique dans le camp adverse, que les ennemis en se réveillant brusquement se sont entretués eux-mêmes (Jg 7).

Certes Dieu n'agit pas toujours ainsi ; pour Gédéon, Dieu voulait faire comprendre que ce n'était pas le grand nombre de combattants qui allaient garantir la victoire, mais la confiance en Dieu. De fait, sur les vingt-mille hommes dont disposait Gédéon au départ, seuls trois-cents restèrent avec lui. Les ennemis d'Israël, guerriers orgueilleux, ont été exterminés en un instant.

La victoire, désormais, est dans les mains de ce petit Bébé qui vient de naître ; il n'a ni épée, ni arc, ni bouclier, ni richesse, ni force physique : il est dans une étable, sur la paille, près des bêtes, et c'est Lui le Sauveur. Personne ne le connaît, mais il porte déjà l'insigne du pouvoir sur son épaule, et des titres de noblesse inégalables : Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.

Quand Isaïe écrit, il ne connaît encore ni Marie, ni Jésus, mais il apprend dans l’inspiration qui lui vient de Dieu d'une part que Marie est vierge (on va en reparler à propos de l'évangile), et qu’elle aura un Fils. C'est Dieu qui inspire à Isaïe de donner à cet Enfant ces noms extraordinaires : Jésus est en effet Un avec Dieu Père, dont Il est le Fils unique, éternellement engendré ; avec Dieu et comme Dieu, Christ est Fort, Père à jamais et Prince de la Paix.

La Paix que Jésus nous apporte n'est pas une paix sociale ou politique. Nous ne le savons que trop, hélas ! la guerre est chaque jour d'actualité, et même là où Jésus est né... Mais Jésus-Christ nous apporte une autre paix, la paix dans notre cœur, la paix harmonieuse entre Dieu et nous, la réconciliation entre Dieu et la Créature.

Toute créature fut blessée par le péché initial ; cette blessure ontologique ne pourra être guérie que par un sacrifice d’amour parfait : ce sera par le sang de sa croix que Jésus Christ apportera la paix, autant à ceux qui sont sur terre qu'à ceux qui sont (déjà) au ciel (Col 1:20).

 

*         *        *

Le psaume 95 chante cette joie immense de la Créature qui se sent consolée, renouvelée, une joie tellement universelle qu’elle se communique même aux arbres des forêts ! 

 

*         *        *

Saint Paul rappelle à son disciple Tite quelle grâce immense Dieu nous a ainsi donnée par la naissance du Christ. Cette grâce concerne tous les hommes, et nous appelle à rejeter le péché, à vivre en hommes raisonnables, justes et religieux. 

Il dit bien nous, car il ne s'adresse pas qu'à Tite : il pense à lui-même, à tous ceux qu'il a convertis, à toute l'Eglise, à nous tous, car chacun de nous doit se sentir concerné par cet appel à combattre le péché.

 

*         *        *

L'évangéliste Luc, le plus historien des quatre évangélistes, donne des précisions historiques sur la date de la naissance de Jésus, mais les spécialistes n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la date précise de cette naissance, sans doute parce que nous ne connaissons pas forcément tous les détails de la vie politique d'il y a deux mille ans, et qu'il y a bien probablement des faits que l'on croit établis avec certitude et qui devraient au contraire être repensés. Mais ceci n'a désormais plus d'importance. Maintenant que toute l’histoire tourne désormais autour de la naissance du Christ, avant et après, il serait inutile de revoir et corriger tous les livrres du monde. Ce qui compte aujourd’hui est de recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus et de la mettre en pratique. 

 

Luc signale que Marie mit au monde son fils premier-né, une expression qui a fait couler beaucoup d'encre, car certains ont voulu y voir une allusion à d'autres éventuels enfants qu'aurait eus Marie après Jésus. Ce n'est certainement pas la pensée de saint Luc.

Après avoir fait le récit de l'Annonciation, Luc rappelle par ce premier-né, d'une part que Jésus est effectivement né d'une Femme vierge, comme l'avait annoncé Isaïe (Is 7:14), mais surtout l'évangéliste affirme cette vérité fondamentale et théologique que Jésus est le Premier-né d'une nouvelle génération :  chacun de nous, par les sacrements de l'Eglise, reçoit de l'Eglise comme d'une Mère, cette nouvelle Vie divine que Jésus nous a apportée. Comme Marie a donné le jour à Jésus, ainsi l'Eglise, nouvelle Mère, engendre en nous la vie de l’âme.

Un texte du Concile Vatican II contient un très beau passage, où l’Eglise est comparée à Marie : 

En contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi : par la prédication en effet, et par le baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle aussi est vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère (Lumen Gentium, 8,64).

 Jésus ne pouvait pas naître sans Marie, et sur la croix, il nous a à son tour donné Marie comme Mère : Voici ta Mère, dit-il à Jean (Jn 19:26-27). Tout ce que nous recevons de Jésus, nous vient en même temps par Marie, Mère de l'Eglise et Mère de chacun d'entre nous. 

Il faut encore préciser ceci : après la naissance de Jésus, Marie est restée vierge, selon une tradition toujours répétée depuis les premiers siècles. D'ailleurs, si Jésus avait eu quelques frères et sœurs, Jésus n'aurait pas dit à sa Mère et à Jean, sur la Croix : Voici ton Fils, voici ta Mère. En outre, de même que la Tradition a eu le souci de répéter inlassablement que Marie était la « Toujours Vierge », de même elle aurait répété fidèlement et respectueusement – si ç'eût été le cas – que cette Mère aurait eu d'autres enfants, et elle nous aurait sans doute aussi conservé leurs noms. Rien de tout cela. Marie fut vierge avant la conception de Jésus, et après. Nous le répétons encore aujourd'hui, peut-être un peu machinalement, mais c'est l'expression de notre liturgie, dans le Je confesse à Dieu, dans le Canon romain, dans le Je crois en Dieu ; dans tous les textes, les prières et les textes conciliaires ou pontificaux, partout où il est question de Marie, on répète constamment qu'il s'agit de la Vierge Marie.

Cette Mère admirable, dit Luc, emmaillota Jésus, pour bien préciser que Jésus était né comme un homme, d'une Mère, qu’il avait besoin d’être soigné comme un enfant humain, et n'était pas seulement "apparu" sous forme humaine. Ceci a son importance, car on a parfois prétendu que Jésus était seulement un ange.

L'histoire de l'apparition des anges aux bergers, elle, fait aussi partie de la Révélation. L’évangile la relate fidèlement. On a voulu la qualifier de "légendaire", car les bergers ne dorment pas à la belle étoile un 25 décembre, même au Moyen-Orient où il fait un temps plus doux que dans nos régions occidentales. 

Or il sera bon de préciser ici que la date de Noël a été établie par l'Eglise de façon non pas historique, mais théologique : Noël se situe au moment où les jours commencent de s'allonger, où la lumière gagne en durée sur la nuit. D'ailleurs, cette fête ne fut instituée que relativement tard et fut plusieurs fois déplacée. Encore actuellement, nos frères d'Orient célèbrent la Nativité le 6 janvier au lieu du 25 décembre. 

Relevons enfin le chant des Anges à Bethléem, qui a été repris dans le chant du Gloria à la Messe des dimanches et jours de fête. On ne le chante pas les dimanches qui précèdent la fête de Noël, pour le reprendre avec joie au moment où les Anges l'ont chanté la première fois, dans la nuit de Noël.

 

*         *        *

Et puisque nous sommes dans la liturgie, parlons aussi ici de deux autres détails qui, probablement, passent  souvent inaperçus. L’un est le rite de la goutte d’eau à l’Offertoire, l’autre le chant de la Préface à Noël.

A chaque messe, le prêtre mélange une goutte d’eau au vin qui va être consacré, disant ces paroles : Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous êtres unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. Cette goutte d'eau se perd dans le vin, de même que notre nature humaine a été totalement assumée dans la divinité de Jésus-Christ.

 

Ecoutons attentivement, enfin, la préface de Noël : Par le mystère de l'incarnation du Verbe, la nouvelle lumière de Ta clarté a rayonné à nos yeux. Cette nouvelle Lumière, c’est la vraie Lumière dont il était question plus haut. C’est la vraie lumière dont il est question dans la Prière d’aujourd’hui.

La préface de Noël, jusqu’à il y a peu, était celle-là même de la Fête-Dieu, solennité du Saint-Sacrement. C’est qu’à chaque messe se renouvelle dans les mains du prêtre l'Incarnation et la Naissance du Christ parmi nous. Chaque messe est une actuation de la nuit de Noël. Le Verbe s’est fait chair et il a habité en nous, écrit l’évangéliste Jean dans son Prologue (Jn 1:14 : Verbum caro factum est, et habitavit in nobis) : en traduisant très littéralement, on se rend compte que cette phrase exprime aussi bien et l’Incarnation du Verbe, et l’Eucharistie où nous Le recevons.

La plus grande joie de la Vierge Marie est que son Fils naisse en chacun de nous.

 

*         *        *

A l'occasion de Noël, renouvelons notre reconnaissance envers la Mère du Sauveur, demandons-lui avec ferveur d'intercéder pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort, pour que cette grande fête d'aujourd'hui soit l’occasion de la re-naissance de nos âmes. 

Dans une semaine, nous célébrerons solennellement le 1er janvier, la Maternité de Marie, Mère de Dieu, notre Mère !

 

Merci, mon Dieu, pour la naissance de ton Fils !

Merci Jésus, de nous avoir donné ta Mère !

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12 décembre 2022 1 12 /12 /décembre /2022 00:00

Avent 4e dimanche A

 

Huit cents ans environ se sont écoulés entre la prophétie d'Isaïe et le récit évangélique d'aujourd'hui.

*       *       *

On imagine volontiers l'étonnement de tous ceux qui auront entendu cette prophétie : comment une vierge pourra-t-elle concevoir et enfanter ? Les esprits bien disposés auront pensé que Dieu Créateur est certainement capable d'intervenir avec puissance dans les lois de la création, et auront attendu avec foi cet événement. Marie était de ceux-là. 

Ceux au contraire qui auront entendu parler de cette prophétie, plus ou moins déformée dans des milieux idolâtriques, auront sans doute été à l'origine de certains récits mythologiques, pour tenter de donner une explication à cette mystérieuse prophétie. 

On sait que dans la région de Chartres, des païens vénéraient une mystérieuse "vierge qui devait enfanter". 

Un saint évêque du 3e siècle, Abdias de Babylone, rapporte cet enseignement remontant à l'apôtre saint André, que, de même qu'Adam fut formé de la terre avant qu'elle fût maudite, de même le Christ a été conçu de Marie, la vierge qui n'avait jamais été maudite.

Avant de continuer, il sera bon de rappeler ici un très étrange événement du livre des Nombres, lorsque le païen Balaam reçut de Dieu l'ordre de prophétiser sur le Christ : Une étoile se lèvera de Jacob (Nb 24:17).

 

*       *       *

Que penser, nous, devant la prophétie d’Isaïe ? Etonnement, doute, révolte peut-être. Mais nous ne devons pas pour autant la mettre en doute. Saint Paul, exhortant les chrétiens de Rome - et nous avec eux - affirme très nettement que Jésus Christ est bien né de la race de David, lui qui a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu : Jésus, vraiment Dieu et vraiment homme. 

Et pour bien nous convaincre, il nous rappelle aussi que toutes les nations païennes ont été (amenées) à l'obéissance de la foi, appelées par Dieu le peuple saint. 

Il faut vraiment la foi, la grâce de Dieu, pour entrer dans la "logique" de Dieu et saisir quelque chose du mystère de cette conception.

 

*       *       *

Saint Joseph, dont l’évangile va nous parler, a eu cette foi. Quelle mission sublime : accueillir le Messie ! Joseph devait avoir le cœur pur, les mains innocentes, il était digne de gravir la montagne du Seigneur, selon les termes du psaume 23 d'aujourd'hui. 

Comme lui, nous devons être le peuple de ceux qui cherchent (Dieu), qui recherchent la face de Dieu. 

Certes, il n’est pas facile de rechercher la face de Dieu, si Dieu est invisible ! Mais en sachant que Lui nous voit à chaque instant, nous pouvons de notre côté agir à chaque instant comme si nous le voyions. Rien ne Lui échappe, même pas la plus intime de nos pensées.

Quand je parle, Dieu attend de moi que je n’offense pas mon interlocuteur ; quand j’écris, quand je travaille, quand je voyage, Dieu attend de moi des actes nobles, droits, honnêtes. Est-ce que saint Joseph ferait comme moi à ma place ?

 

*       *       *

Voilà donc que Dieu accomplit effectivement cette prophétie : Marie est enceinte ! Une fois encore Matthieu montre la réalisation de la prophétie d'Isaïe. 

Quelle épreuve pour le pieux et chaste Joseph ! D'un côté, comme fiancé, il était déjà lié à Marie ; de l'autre, persuadé de la sainteté de Marie, il ne se résigne pas à appliquer la Loi du Deutéronome : d'après Dt 22:21, un époux qui découvrait la non-virginité de son épouse, devait la dénoncer, et celle-ci être lapidée.

Telle était alors la loi de Dieu. Dieu n'est pas "sévère", mais ceux qui le craignent du fond de leur cœur doivent savoir combien les liens d'un saint mariage sont sacrés, et avec quelle sainte jalousie on doit les observer. Pour son peuple choisi, Dieu exigeait que l'on fît disparaître le mal du milieu de son peuple (Dt 22:21,22).

Quel horrible dilemme, donc, pour Joseph ! On comprend sa décision de se séparer "secrètement" de Marie. Voici que l'Ange de Dieu vient le rassurer. 

C’est là que nous observons la sainte humilité de Joseph : il se soumet immédiatement à cette mission sacrée. Il sera le père visible d'un Enfant engendré par la volonté du Père Eternel. En d'autres termes, il assumera sur terre la Paternité de Dieu ; il représentera Dieu auprès de Jésus et devant les hommes. Quelle sainteté, quelle pureté, devaient habiter l’âme de Joseph, pour accomplir une telle mission !

Et il prit chez lui son épouse. Joseph et Marie sont réellement unis dans un vrai et authentique mariage, et leur Fils est vraiment l'enfant de la volonté de Dieu. Depuis le premier péché, les lois naturelles ne coïncident plus avec la sainteté de Dieu : à l'origine, la mission d'engendrer la vie était trop sublime, divine et sacrée, pour qu'elle fût entachée de ces plaisirs charnels que l'homme recherche tant, et même en-dehors des liens du mariage. 

Sur un sujet similaire, Jésus nous dit bien : A l'origine, il n'en était pas ainsi (Mt 19:8).

La conception de Jésus - nouvel Adam - devait tout naturellement advenir selon la première loi de la création, celle d'avant le péché de l'homme, quand la volonté de l'homme était tout entière conforme à la volonté de Dieu. Jésus devait naître dans la sainteté parfaite, dans la pureté parfaite, loin de tout sentiment humain, libre du moindre souvenir de la chute d'Adam. 

 

*       *       *

 

Avant de conclure, remarquons que la Prière d’aujourd’hui est justement celle qui conclut l’Angelus, cette prière quotidienne que les Chrétiens ont dites depuis des siècles, matin, midi et soir. Retrouvons-la, apprenons-la : en quelques secondes, nous réaffirmons notre foi en l’Incarnation, en la Rédemption et au Salut éternel par la Croix et la Résurrection du Christ.

Qu’il nous suffise - même si c'est difficile - de conserver comme Joseph un cœur pur, des mains innocentes qui nous permettront de gravir la montagne du Seigneur, c'est-à-dire d'élever notre âme toujours plus haut, d'être toujours plus proches de Dieu, pour savoir dire avec toujours plus de conviction, comme Joseph, comme Marie, comme Jésus : 

Que ta volonté soit faite !

 

 

 

 

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5 décembre 2022 1 05 /12 /décembre /2022 00:00

Avent 3e dimanche - A

 

Lors du deuxième dimanche de l’Avent, l’évangile nous a présenté plus particulièrement la figure de saint Jean-Baptiste. Aujourd’hui, nous allons entendre ce qu’en dit Jésus-Christ lui-même.

La sainteté de vie de Jean-Baptiste était connue de tout le monde, et Jésus n’a pas à le redire. Mais Jésus s’applique à montrer comment les Ecritures sont en train de s’appliquer, et l’évangéliste Matthieu ne manque jamais une occasion pour relever l’application des prophéties.

Jésus citera dans l’évangile le verset du prophète Malachie : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour qu’il prépare le chemin devant toi (Ml 3:1). 

 

*       *       *

 

Mais surtout - et c’est le texte de la première lecture - Jésus Christ rappellera Isaïe : Les aveugles voient, les boîteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.

L’extrait d’Isaïe est une acclamation au Dieu qui arrive pour redonner toute sa joie et sa gloire à son peuple.

 

*       *       *

 

En réalité, le texte d’Isaïe est un peu différent, mais Jésus le cite, sinon pas mot-à-mot, du moins selon sa vraie signification.

Pourquoi Jean fait-il demander à Jésus si c’est bien lui qui doit venir ? Ne le savait-il pas, lui qui avait déjà tressailli de joie quand les deux futures mamans, Elisabeth et Marie, se sont rencontrées (cf. Lc 1) ? 

En réalité, Jean n'a aucun doute sur Jésus mais, pour convaincre ses disciples, très pédagogiquement, il va les amener simplement à constater les faits, et c'est bien ce que Jésus va les aider à faire.

On remarquera cependant qu’aux versets d’Isaïe, Christ ajoute que les lépreux sont purifiés, et les morts ressuscités. 

Avant le chapitre 11 de Matthieu, que nous lisons aujourd'hui, Christ a déjà fait beaucoup de miracles, de guérisons multiples (chapitres 8-9), mais au nombre desquels on ne voit toujours qu'un seul lépreux (8:1-4) et une seule résurrection (9:18-26). Pourquoi donc Jésus parle-t-il, au pluriel, des lépreux et des morts ? 

Une réponse facile serait de supposer que l’évangéliste n’a pas raconté tous les miracles accomplis par Jésus ; hypothèse d’ailleurs très plausible. Mais on peut dire plus.

Il a été précédemment parlé de la lèpre, lors du 28e dimanche ordinaire de l’année C.

Dans la loi de Moïse, la lèpre était le signe d'un grave péché, le lépreux était exclu du camp (Lv 13:46) ; on ne disait pas guérir de la lèpre, mais être purifié, comme pour dire «être absout de son péché». Si "les" lépreux sont purifiés, cela veut dire que les pécheurs reçoivent le pardon de leurs péchés ; mieux, si "les" morts ressuscitent, cela signifie que ceux qui vivaient dans la mort spirituelle (dans le péché, hors de l'espérance, sans Dieu), retrouvent la vie, la vraie vie : la grâce de Dieu.

En quelque sorte, la réponse de Jésus est une confirmation de la mission de Jean : il a invité les foules à se convertir, leur a demandé d'aplanir les routes devant Celui qui vient ; eh bien, effectivement, voilà que les pécheurs peuvent revenir à Dieu, parce que l'Agneau de Dieu est là, qui va prendre sur lui les péchés de tous les hommes. La mission de Jean est tout-à-fait authentique, d’origine divine, et elle va bientôt s’achever parce qu’elle porte ses fruits. On sait que Jean sera décapité peu de temps après.

Jésus fait ainsi un éloge grandiose de Jean. Si les critiques récents ont parfois tamisé l'Ecriture et cherché tous les arguments possibles pour mettre en doute l'existence de certains personnages bibliques, jamais l'historicité de Jean Baptiste n'a été mise en cause. 

Signalons ici que, relativement récemment, un examen scientifique approfondi a été confié à des spécialistes pour analyser des ossements qui auraient appartenu à Jean-Baptiste ; sans savoir de qui il pouvait s’agir, ces scientifiques conclurent que l’homme en question devait être végétarien, fils de parents âgés, et du premier siècle de notre ère, détails qui coïncident parfaitement avec ce que l’on sait du saint Précurseur du Christ.

Là encore Jésus ne s'arrête pas à la considération humaine, historique ; certes, Jean est un personnage incontournable par sa mission exceptionnelle, mais surtout il est grand parce qu'il nous montre le chemin du Royaume. 

 

*       *       *

Entre les deux textes d’Isaïe et de Matthieu, nous avons maintenant un extrait du psaume 145 et un autre de l’épître de Jacques.

Le psaume allude également à la guérison : le Seigneur délie les enchaînés, parce qu'Il leur remet leurs péchés ; Il redresse les accablés, parce qu'Il prend sur Lui nos péchés ; Il soutient la veuve, parce que toute âme pécheresse est comme une femme qui a perdu le soutien de son mari défunt, et Jésus lui rend ce soutien ; l'orphelin aussi, parce qu'un enfant sans parents n'a plus d'héritage, tandis que recevoir l'enseignement de Jésus nous garantit l'héritage de la Vie éternelle.

 

*       *       *

Pour qui l’apôtre Jacques écrit-il ces mots : en attendant la venue du Seigneur ?

Puisque cette lettre est datée de l’année 49 environ, elle ne parle certainement pas de la venue historique du Christ, qui est déjà mort quinze ans plus tôt.

Désormais, dans l’ère chrétienne, nous devons chaque jour «attendre» le moment de notre rencontre avec le Christ. Comment pouvons-nous donc le rencontrer ?

Dans les sacrements, et tout particulièrement dans l’Eucharistie, mais bien sûr aussi dans le sacrement de la Réconciliation, ne l’oublions pas. Avons-nous pensé, au milieu de nos préparatifs des fêtes de Noël, à réserver un temps suffisant pour cette rencontre sacramentelle ?

Nous devons aussi chercher à rencontrer le Christ dans l’Ecriture, dans son message et son appel à la conversion et à la sainteté. Lisons-nous quelquefois, en dehors de la messe, quelques pages de l’Evangile ?

Nous pouvons aussi Le rencontrer dans chacun de nos frères, nos malades, nos pauvres, tous les «oubliés». Avons-nous une pensée, une démarche, pour ces malheureux ?

Et enfin, nous rencontrerons le Christ, inexorablement, au dernier jour de notre vie, lorsqu’Il lui plaira de nous appeler et que nous ne pourrons certainement pas lui dire d’attendre encore un peu.

Les Prophètes, sauf Jean-Baptiste, n’ont pas eu la joie de rencontrer Jésus personnellement, mais ils se sont tenus intérieurement en lien étroit avec le Sauveur. A notre tour, nous qui ne voyons pas physiquement le Christ, nous devons avoir cette endurance et cette patience des prophètes. 

Dans cette attente, nous pouvons déjà faire beaucoup de choses qui changeront notre vie. Avec l'Evangile, avec la prière, avec les sacrements, nous pouvons obtenir la guérison de notre surdité et entendre la Voix de Dieu ; de notre cécité et admirer les gestes divines ; de notre mutisme et proclamer la gloire de Dieu ; de nos membres boîteux et marcher désormais dans la voie de Dieu ; de notre lèpre et être purifiés de nos péchés ; de notre mort spirituelle enfin, et vivre d'une vie nouvelle.

Bien sûr, je ne "guérirai" peut-être pas instantanément, soit parce que je n'irai pas voir le médecin de mon âme, soit parce que je ne prendrai pas les médicaments qu'il m'aura donnés, soit parce que ces médicaments seront lents à agir (d'autant plus lents que j'aurai laissé la maladie gagner du terrain...) ; mais si je suis "patient" comme les prophètes, comme Jésus qui m'attend et qui frappe inlassablement à la porte de mon coeur, certainement je guérirai.

 

*       *       *

 

 

En marge des cadeaux, des repas abondants, des guirlandes et de toutes ces joies extérieures, faisons que le fête de Noël soit vécue, comme le dit la Prière, avec un cœur vraiment nouveau.

 

 

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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 00:00

Avent 2e dimanche - A

 

Le deuxième dimanche de l'Avent nous présente chaque année le personnage de saint Jean Baptiste, le dernier des prophètes, le seul qui ait annoncé puis rencontré personnellement Jésus Christ ; il est donc la charnière entre l'Ancien et le Nouveau Testament. le pré-curseur de Jésus Christ, celui qui a "couru devant" Jésus. 

Nous allons l’entendre dans l’Evangile ; huit siècles avant lui, c’était Isaïe qui avait annoncé la venue du Messie en des termes pleins d’espérance, tandis que saint Paul a été contemporain, et probablement un témoin direct de la vie du Christ.

 

*       *       *

 

Isaïe, donc, parlant au futur, voit Jessé, dont sortira un rameau. Historiquement, Jessé est le père de David, et vivait au 11e siècle avant le Christ, trois siècles avant Isaïe. Ce rameau de la prophétie rappelle en premier lieu comment le dernier fils de Jessé, David, devait devenir le roi, sur lequel reposera l’esprit du Seigneur (cf. 1S 16:1-13).

Mais traditionnellement, l’exégèse a vu en David une image annontiatrice du Sauveur, roi de Justice et de Paix, car seul le Christ est véritablement le Roi parfait, juste, miséricordieux, sur lequel repose en plénitude l’Esprit du Seigneur.

C’est à cet extrait que remontent les sept dons du Saint-Esprit, qu’on nous fait apprendre au moment de notre confirmation : la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu. Tels sont du moins les termes habituels, qu’on peut retrouver dans le Catéchisme (Abrégé, p.268).

David fut, certes, sage et intelligent, fort et pieux, mais aussi gravement pécheur, tandis que le Christ, Fils de Dieu, avait une nature humaine parfaite, et c’est véritablement à Lui que s’applique la prophétie que nous lisons aujourd’hui, une prophétie qui ne peut que nous consoler et nous remplir d’espérance, quand nous voyons combien la «justice» des hommes est tellement limitée et injuste.

La prophétie continue avec des descriptions de la vie animale vraiment étonnantes, où l’on voit ensemble le loup et l’agneau, le veau et le lionceau, la vache et l’ourse. A quoi donc peut penser le prophète avec ces allusions ? 

C’est que dans le règne du Christ, il ne doit plus y avoir de loups, de lions, d’ours, ces bêtes féroces qui font la terreur des plus faibles. Ces loups, ces lions, ces ours, ce sont nous-mêmes, avec nos défauts, nos ambitions, nos absences de charité, qui, en quelque sorte, «dévorent» notre prochain avec injustice. 

Quand on vit avec le Christ, on ne peut plus être partagé entre le mal et le bien, on ne peut plus faire le mal, notre bête intérieure doit changer totalement. Résistons à la pensée que cela est impossible, car, même si nous n’atteignons jamais la perfection, nous devons au moins avoir la volonté d’y tendre, par nos petits efforts quotidiens persévérants.

Ce qu’ont fait tant de Saints est aussi à notre portée : 

Saint François d’Assise (sa fête est au 4 octobre) était un homme violent : il s’est fait violence, a appris à être doux, et sa douceur a commandé au loup de Gubbio de ne plus déranger les hommes.

Saint Camille de’ Lellis (voir au 14 juillet), perdait son temps et son argent dans le jeu ; converti, il se donna au soin des malades.

Le saint péruvien Martino de Porrés (3 novembre) ordonnait aux rats d'aller au fond du jardin au lieu de grignoter la nourriture des moines qui ne leur appartenait pas.

Plus près de nous, saint Charles de Foucauld (1er décembre) était un bon vivant très éloigné de toute religion ; on sait comment il donna sa vie à la méditation et à la prière.

Notons encore l’exemple singulier de Zozimas, un saint moine de Palestine au 6e siècle (30 novembre) : il rappela le lion qui avait dévoré son âne, et le dressa pour remplacer l’âne.

 

 

*       *       *

 

Une terre où habiteraient de tels sujets, serait vraiment le pays idéal du Messie, et son roi serait vraiment l'élu de Dieu. Les larges extraits du psaume 71 chantent ce roi, qui semble être dans un premier temps Salomon ou David, mais bien sûr le Roi messianique, Jésus lui-même. Dans ce pays merveilleux régnera la Justice qui doit venir de Dieu seul.

 

*       *       *

 

Une expression de la première lecture va nous amener à approfondir le texte de saint Paul aux Romains. Isaïe écrit : La connaissance du Seigneur remplira le pays. Connaître le Seigneur, sa vie, son œuvre, son enseignement, c’est un devoir qui nous concerne tous.

La lecture de l’Ecriture, de ces livres saints dont parle l’Apôtre, devrait être notre souci quotidien.

Mais qui peut dire qu’il a lu la Bible, au moins une fois dans sa vie ? Nous sommes souvent comme des sportifs qui voudraient être des champions sans connaître les règles de leur sport, comme des artisans électriciens qui ne sauraient pas distinguer un fil électrique d’une ligne à haute tension. 

Nous nous disons croyants et chrétiens, mais nous ignorons presque tout de ce que l’Ecriture dit de Dieu, de ses envoyés, des Juges, des Rois, des Prophètes.

Or saint Paul nous le répète : Tout ce que les livres saints ont dit avant nous, est écrit pour nous instruire… 

Alors, si nous sommes «instruits», nous apprendrons à faire mourir en nous le loup, le lion, l'ours. Nous comprendrons ce que signifie s’accueillir les uns les autres : c’est une autre façon de vivre le commandement du Christ, de nous laver les pieds les uns aux autres (cf. Jn 13:14), de nous pardonner et de vivre dans la paix de Dieu. 

Pardonnons ! Faisons la paix ! Ne disons pas machinalement comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, sans pardonner vraiment du fond du cœur ! 

Relisons ici un autre livre saint, l’épître de l’apôtre Jean : Celui qui hait son frère est dans les ténèbres… Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide… N’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes… Celui qui dit «J’aime Dieu» et déteste son frère, c’est un menteur (1Jn 1:11 ; 3:14-15;18 ; 4:20).

Quand nous échangeons un signe de paix avec notre voisin juste avant d’aller recevoir le Corps du Christ, pensons à ceux avec lesquels nous ne sommes pas en paix, et cherchons à nous réconcilier, sinon notre Eucharistie ne serait plus une com-union, mais un sacrilège.

C’est là un exemple de la façon dont nous devons accueillir le Messie et étendre son royaume divin. Chacun a son propre combat à faire ; celui qui est en paix avec ses frères, pourra combattre peut-être la gourmandise, ou la paresse, ou la jalousie… N’attendons pas à «plus tard», c’est aujourd’hui que nous devons faire ce mouvement de conversion.

 

*       *       *

 

Quand Jean-Baptiste dit à ses contemporains : Convertissez-vous, ce n’est pas aux gens du 1er siècle qu’il le dit seulement. Sa parole pressante s’adresse à nous. Cessons d’écouter distraitement ces «histoires du passé» : la parole de Dieu vaut pour moi, maintenant, ici.

Jean Baptiste et Jésus étaient cousins ; ils avaient le même âge, mais - humainement parlant - ils ne se connaissaient pas, parce que Jésus était resté "caché" à Nazareth, tandis que Jean s'était très tôt retiré dans le désert proche de Jérusalem (et notons-le, avec des habits et une nourriture dignes des plus grands ascètes : qu'on essaie de se mettre sur le dos du poil de chameau et qu'on se nourrisse uniquement de sauterelles et de miel sauvage…). Saint Luc dit en effet : Il demeura dans les solitudes jusqu’au jour où il se manifesta devant Israël (Lc 1:80).

Inspiré par Dieu, Jean sait que le Messie va se manifester, mais comment les foules vont-elles accueillir ce Messie ? Trente ans plus tôt, Jésus était né dans l'extrême pauvreté, mal accueilli, ignoré et même persécuté ; il dut s’exiler, fuir en Egypte avec ses parents. Alors, maintenant, Jean-Baptiste est très pressant : Convertissez-vous ! Préparez le chemin du Seigneur !

Il ne faut pas imiter l’attitude de ceux qui ont refusé le Messie.

L’appel de Jean est cette voix qui crie dans le désert : l’expression est dans Isaïe (Is 40:3), et l’évangéliste Matthieu s’applique toujours à montrer la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament lors de la vie du Christ. La voix dans le désert, est celle de Jean dans le désert de Judée, au-delà du Jourdain, là où Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui.

C’est aussi l’appel de Dieu dans le désert de mon âme.

L'évangile ajoute que ces gens reconnaissaient leurs péchés, et c’était là le but de l’appel de Jean Baptiste.

Que faut-il entendre par "se convertir" ? Beaucoup se disent "croyants", ou "Fils d'Abraham". Mais cela est bien loin de l'appel de Jean. Se "convertir" signifie qu'on se "tourne complètement" (con-verti, en latin) vers Christ, vers la Vérité, pour ne pas être des croyants seulement de nom, mais aussi en réalité, dans la vie courante. 

Pharisiens et Sadducéens étaient des "croyants", mais n'ont pas reçu Jésus. Il y a aussi beaucoup de chrétiens qui ne reçoivent pas Jésus, qui acceptent de Jésus ce qui leur va, mais mettent de côté ce qui les contrarie. Pourquoi ? Parce qu’ils ne veulent pas se convertir. Ils veulent bien entendre parler de Jésus, mais il n’aplanissent pas la route de Jésus à eux-mêmes, ils y laissent des pierres, des obstacles, et Jésus reste loin d’eux. La conversion, c’est pour les autres !

Envers les représentants officiels de la religion (Pharisiens et Sadducéens), qui refusèrent d’accueillir le Christ, envers tous ceux qui ne sont pas vraiment convertis (envers nous tous, envers chacun de nous), Jean est direct : Engeance de vipères ! Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Devant le Christ qui arrive, on ne peut pas faire la vipère, faire semblant d’être inoffensif, et brusquement piquer son frère avec notre méchante langue.

 

*       *       *

En ce deuxième dimanche d’Avent, pour bien préparer la fête de Noël, il convient de prendre conscience de l’urgence de cette conversion. Nous avons souvent l’excuse de nos soucis quotidiens, qui nous accaparent, qui nous prennent du temps, et nous remettons ; c’est dommage. 

La Prière nous en fait prendre conscience : 

Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche.

 

 

 

 

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 00:00

Avent 1er dimanche - A

 

L'année liturgique s'est achevée dimanche dernier avec la fête du Christ Roi. Aujourd'hui commence la nouvelle année liturgique avec le premier dimanche de l'Avent.

"Avent" ni signifie pas que nous sommes "avant Noël", erreur qu'on entend toujours ici ou là, et même dans les réunions de catéchisme. "Avent" vient du latin "adventus", arrivée : Jésus vient, il va naître, il va nous apporter son message. 

Faisons aussi cette petite remarque : chaque jour à la Messe Jésus vient ; il s’incarne dans les mains du prêtre au moment de la Consécration ; et juste avant nous chantons : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur" (psaume 117).

Une caractéristique liturgique de l'Avent est que le prêtre revêt un ornement de couleur violette ; une couleur un peu sombre qui évoque la patiente, parfois douloureuse attente de tous les patriarches, de tous les prophètes, de tout le peuple d'Israel, à qui Dieu avait annoncé "la" promesse d'un Sauveur. En signe de cette longue attente, marquée par tant d'épreuves diverses, on ne chantera pas non plus le "Gloire à Dieu" : ce chant joyeux des Anges reviendra dans la nuit de Noël, au moment même où les Anges le chantèrent après avoir annoncé aux bergers la naissance du Christ.

*       *       *

Ecoutons la prophétie d'Isaïe, qui vivait huit siècles avant la naissance de Jésus. C'est le Prophète de l'Annonce par excellence, celui qui a prophétisé l'Emmanuel, l'Agneau innocent immolé, le Royaume nouveau, la Terre nouvelle. Dans l'extrait d'aujourd'hui, il évoque la colline où sera Jérusalem et son temple, cette colline qui sera le but du pèlerinage des enfants d'Israel, là où ils se retrouveront, là où Jésus accompagnera ses parents et où il consommera son sacrifice. Mystiquement, l'Eglise sera à son tour notre Jérusalem à nous.

Ceux qui chercheront dans la vérité de leur coeur à vivre selon l'enseignement de Dieu, qu'ils auront entendu dans le Temple - et maintenant dans l'Eglise - ceux-là se convertiront, seront des artisans de paix, transformeront leurs épées en socs de charrue, et ne songeront plus à la guerre. Ils rejetteront les ténèbres.

*       *       *

Une telle conversion profonde donne une grande joie, parce que notre âme se sent vraiment délivrée des liens de la terre. Cette joie est exprimée dans ce psaume 121, qui chante les sentiments des pèlerins en marche vers Jérusalem : Quelle joie, quand on m'a dit 'Nous irons à la maison du Seigneur', à Jérusalem, là où montent les tribus, où l'on rend grâce, où l'on vit en paix.

*       *       *

Si notre Maître nous rappelle instamment : Tenez-vous prêts, saint Paul, envers les chrétiens de Rome - et envers nous bien sûr - n’est pas moins clair : Rejetons les activités des ténèbres ! Ripailles, beuveries, orgies, débauches, dispute, jalousie… C'est qu'il y en avait, dans cette Rome du premier siècle, des débauches de toutes sortes ! Mais… les temps ont-ils beaucoup changé ?

*       *       *

En cette nouvelle année liturgique, année A du cycle des trois années liturgiques, l'Eglise nous propose la lecture particulière de l'évangile de s.Matthieu, dans lequel cet apôtre a voulu principalement démontrer l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament.

On s'étonnera sans doute que l'évangile d’aujourd’hui soit extrait d'un des derniers chapitres de Matthieu, qui évoque plutôt le retour de Jésus-Christ à la fin des temps. C’est à dessein. En réalité, si nous n'évoquions que sa venue il y a deux mille ans, nous nous en tiendrions à une simple commémoration du passé, stérile. Nous, croyants du XXIe siècle, nous devons renouveler l'accueil que nous devons à notre Sauveur, Le faire entrer dans notre maison, dans notre vie, dans notre coeur, dans notre cité. Quand le Christ est venu sur terre, il fut accueilli diversement par ses contemporains : et nous, comment l’accueillons-nous ?

Par ailleurs, il est bien vrai aussi que la venue du Seigneur a une grande importance pour tous les hommes de tous les temps, quand le Seigneur viendra rassembler près de lui tous les justes, pour la vie éternelle. C'est pourquoi il y a un lien très fort entre la fête du Christ-Roi de dimanche dernier, et ce premier dimanche de l'Avent.

Observons aussi un détail qui donne toute son authenticité à l’évangile : Matthieu rapporte cette expression du “Fils de l’homme”, que seul Jésus utilise dans tout l’Evangile. Le Fils de Dieu incarné a voulu rappeler par là que, vrai Dieu, il est aussi vrai Homme (par sa naissance, et par sa Passion) ; mais l’expression, déjà utilisée, par Daniel en particulier (cf. Dn 7:13) devait évoquer chez les auditeurs le retour eschatologique du Christ, sa vraie mission.

L'évangile de s.Matthieu semble nous avertir sur l'heure du Jugement dernier,  et se situer bien loin de la naissance du Christ. Mais si le souvenir de cet heureux événement nous comble de joie, il ne doit faire aucun doute à chacun d'entre nous que nous devons chaque jour nous préparer à rencontrer le Christ au moment où il nous appellera à passer dans l'Eternité, l'unique but de notre vie terrestre ; ce sera en effet le jour de notre naissance au Ciel.

Pourquoi ne savons-nous pas quel sera ce jour ? Parce que nous pourrions être tentés de remettre sans cesse à plus tard notre conversion totale, notre confession, la pratique des bonnes oeuvres, et ainsi - comme les contemporains de Noé - "manger, boire, se marier" sans se soucier jamais de l'arrivée prochaine de notre Maître.

Ce jour-là alors, on sera stupéfait de voir que "l'un est pris, l'autre laissé" : le Seigneur distinguera alors qui mérite ou pas d'entrer dans la béatitude avec lui. Les hommes seront aux champs et les femmes en train de préparer de la farine, mais les uns seront attachés à la terre, les autres auront l'esprit tourné vers le Ciel.

Le Diable peut nous tenter facilement en nous donnant l'illusion que nous sommes en bonne santé, que nous ferons "bientôt" telle ou telle action charitable, que nous remettons indéfiniment, comme de pardonner une offense reçue. Débarrassons-nous de cette supercherie diabolique et pensons au contraire, chaque matin : Dieu m'a gardé en vie, mais le serai-je encore ce soir ? Un accident est si vite arrivé... Et qui est ce "voleur", sinon le Diable lui-même qui guette sans cesse autour de notre "maison" (notre âme), prêt à nous enlever la vie (spirituelle) en nous entraînant au péché.

Mais le Christ, le Fils de l'Homme, se compare à ce voleur non pas pour nous voler quelque chose, bien sûr, mais parce qu'il viendra dans le silence de notre nuit, de notre sommeil, à un moment où nous serons distraits. S.Paul nous en avertit aussi, comme nous l'avons vu plus haut ; il nous écrit aussi : "Vous n'êtes pas dans les ténèbres, au point que ce jour-là vous rapte comme un voleur, mais vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour... Ne nous endormons pas, mais restons éveillés et sobres" (1Th 5:4).

*       *       *

Il faut vivre intensément cette conversion. Quand le prêtre dit d'échanger un signe de paix, il faut que ce signe de paix évoque vraiment autant notre conversion que notre réel amour des frères, pour que notre communion soit préparée avec sincérité, sinon, nous répétons des rites morts et nous nous endurcissons. Souhaitons de tout notre cœur que la paix règne en nos murs, dans les murs de l’Eglise.

Notre charité doit toujours être réchauffée, parce que c'est ainsi que le Seigneur peut "venir parmi nous". La Prière du jour englobe les deux aspects de cette venue du Seigneur : si nous allons sincèrement à Sa rencontre dès maintenant, nous serons  aussi appelés, plus tard, à entrer dans Son Royaume.

 

 

 

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 00:00

Baptême du Seigneur - A

 

Dans l’ancien missel, cette fête n’existait pas ; l’épisode du baptême du Christ par Jean-Baptiste était mentionné au moment de l’Epiphanie. Mais lisons d’abord les lectures.

 

*       *       *

Le chapitre 42 du prophète Isaïe est le premier des quatre «Chants du Serviteur de Yahwé». Ces quatre Chants nous parlent d'un Serviteur chargé d'une grande mission salvifique, et dont tous les traits se réaliseront pleinement en Jésus-Christ. 

On notera tout de sute l'expression mon élu en qui j'ai mis toute ma joie, reprise dans l'évangile ; cette joie est spécifiquement une des manifestations de l’Esprit. Ainsi l’écrit saint Paul : Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix… (Ga 5:22) ; au moment de l’Ascension, avant même l’événement de la Pentecôte, saint Luc mentionne que les apôtres revinrent à Jérusalem en grande joie (Lc 24:53).

Quelques remarques encore : 

    - Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la place publique : Jésus parlera beaucoup, certes, mais sans s'imposer, sans faire de «publicité», et surtout il parle à chacun de nous dans notre cœur, doucement ;

    - Il n'écrasera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui faiblit : Jésus ne brimera pas le pécheur, il ne condamnera pas, mieux : il sait discerner en toute âme pécheresse quelque chose de bon qu'il encourage ;

    - Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé : ceci ne contredit pas l'autre chant (Is 52-53) où est annoncée la passion de ce Serviteur ; le Christ souffrira beaucoup, certes, mais acceptera totalement, jusqu’au bout, ces souffrances ; par le sacrifice-même de sa Croix, le Christ affirmera sa victoire sur la mort, comme nous chantions dans le vieux cantique : Victoire, tu régneras, ô Croix, tu nous sauveras.

 

*       *       *

 

Dans le psaume 28 David chante la puissance de Dieu. 

Ici, la voix du Seigneur domine les eaux, alors qu’en Isaïe, il n’élevait pas la voix. Le contexte est différent : en Isaïe, le Serviteur de Dieu ne s’impose pas aux hommes par la force ; dans le psaume, Dieu se montre bien supérieur aux éléments de la nature.

Mais aussi sa douce voix - si nous l'écoutons, bien sûr, - fait taire le tumulte de nos murmures, qui sont comme des eaux bourbeuses et bruyantes. Laissons parler le Seigneur, mettons un frein aux plaintes, aux critiques, aux médisances, aux mensonges, aux conversations inutiles ! Nous avons tant à apprendre encore !

 

*       *       *

 

A tout âge, enfants, jeunes, adultes, vieillards, nous avons encore quelque chose à apprendre. Et c’est à chacun de nous que s’adresse saint Pierre dans les Actes que nous lisons aujourd’hui : (Dieu) accueille les hommes qui l'adorent et font ce qui est juste, quelle que soit leur race.

Il faudrait relever une phrase importante du même discours de Pierre, quand il dit que Dieu l'a consacré par l'Esprit. 

Il ne faudrait pas croire ici que la présence visible de la colombe au moment du baptême de Jésus soit le signe que seulement à ce moment précis Dieu ait investi Jésus de sa divinité et de sa mission. Jésus est conscient qu’il est parfaitement Dieu et parfaitement homme. Il n’est que de rappeler le gentil enseignement qu’il fit à ses parents à Jérusalem, à douze ans (cf. Lc 2:49, voir le commentaire pour la Sainte-Famille, année C).

Quand saint Pierre dit que Dieu l'a consacré par l’Esprit, il veut d’abord rappeler la conception virginale de Jésus. Jésus est éternellement Fils de Dieu, engendré de Lui, et Son image. De même il est éternellement "oint" (christos) de l'Esprit qui est Un dans le Père et le Fils. Un psaume le chante : Dieu, ton Dieu, t'a oint de l'huile de la joie (Ps 44:8, cf. He 1:9), une joie non humaine, la joie de l’Esprit, dont on a parlé plus haut.

 

*       *       *

 

Maintenant, après trente années environ de vie cachée, Jésus va commencer sa mission auprès des hommes, et Dieu va le manifester par un "signe" pour convaincre la foule qu'elle est bien en présence du Sauveur. 

Jésus ne reçoit pas ici une sorte de révélation sur sa mission ou sur son identité ; mais c'est la foule - et nous autres, qui recevons la solennelle invitation à nous tourner résolument vers Lui et à L'écouter.

La première question qui nous vient à l'esprit à propos du baptême de Jésus est celle ci : si Jésus est Dieu, pourquoi se fait-il baptiser ?

Homme, Jésus épouse notre condition humaine. Quand Jean-Baptiste verse l'eau sur la personne de Jésus, c'est l'humanité de Jésus, c'est notre humanité qui reçoit cette eau. C'est alors une nouvelle ère qui s’ouvre : maintenant, l'eau est sanctifiée par la divinité de Jésus et, par suite, l’eau reçoit le pouvoir de purifier nos âmes ; c'est pourquoi les hommes devront être baptisés en Jésus, Dieu et Homme.

Quand Jésus enverra ses Apôtres en mission, il leur dira de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (Mt 28:19). La Trinité se manifeste au baptême de Jésus par la voix du Père, le corps du Fils et la colombe de l'Esprit.

Le texte d’aujourd’hui fait suite à celui que nous avons lu durant l'Avent : Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui (Mt 3:5), c'est-à-dire des centaines et des centaines de personnes. Quand Jésus s'est trouvé là, beaucoup purent voir ce prodige et entendre cette solennelle déclaration de Dieu : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : en lui, j'ai mis tout mon amour.

On imagine l'étonnement de chacun. 

L’expression tout mon amour rappelle celle d’Isaïe : toute ma joie. Amour et Joie expriment la présence du l’Esprit. Dans notre Credo, nous affirmons bien que l’Esprit procède du Père et du Fils. L’Esprit est pleinement présent dans le Père et dans le Fils.

Deux versets apocryphes ont été parfois ajoutés ici : Et tandis qu'il était baptisé, une lumière intense se répandit hors de l'eau, au point que tous les assistants furent saisis de crainte. Cette lumière n'aurait rien de surprenant, elle accompagne beaucoup de phénomènes extraordinaires, comme déjà les grandes théophanies de l'Ecriture : la Nuée au désert (Ex 13:21-22), Moïse au Sinaï (Ex 19:18), plus tard la conversion de Paul près de Damas (Ac 9:3), comme aussi les apparitions mariales. 

Il sera bon de remarquer avec quelle humilité Jean-Baptiste reçoit Jésus. Encore une fois imaginons la scène. Il y a là quelques dizaines de personnes au moins ; Jean -Baptiste est assailli de tous côtés, on le questionne ; Jésus se présente : une réaction bien humaine, de la part du Baptiste, aurait pu être une certaine complaisance intérieure, à la pensée d'avoir côtoyé de si près le Seigneur, devant toute la foule. Tout au contraire, Jean proteste et s'efface : C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi.

Mais alors, en effet, qui a baptisé Jean ? La Tradition patristique affirme que Jean-Baptiste fut purifié dès le sein maternel par la présence du Christ lors de la rencontre de Marie et Elisabeth après l’Annonciation (cf. Lc 1:41- 44) : l’évangéliste mentionne précisément que l’enfant tressaillit dans son sein et Elisabeth fut remplie du Saint Esprit, encore une fois l’Esprit purificateur qui apporte la joie. Jean sera ensuite baptisé dans son sang, un ou deux ans après le baptême du Christ, lorsqu'Hérode le fera décapiter (cf. Mc 6:17-29), ce que nous appelons le baptême de sang.

 

*       *       *

C'est avec grande reconnaissance envers saint Jean-Paul II que nous prions maintenant chaque jeudi le Mystère lumineux du Baptême de Jésus (Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, 21).

Peu de temps après le baptême, nous raconte l'évangéliste Jean, Jésus sera avec Marie à des noces ; et Marie nous dira : Tout ce qu'il vous dira, faites-le (Jn 2:5). Ce miracle de Cana est d’ailleurs le deuxième Mystère lumineux.

A nous d’écouter, de mettre en pratique, ce que Dieu va nous suggérer.

La Prière du jour nous fait ainsi demander de nous garder toujours dans (sa) sainte volonté. Demander cela de tout notre cœur, c’est déjà nous ouvrir à la voix divine, c’est déjà nous disposer à accueillir cette grâce.

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 20:10

33e dimanche per annum

 

Nous arrivons à la conclusion de l’année liturgique, où les textes nous font méditer sur le retour du Seigneur. 

*       *       *

L’éloge de la femme vaillante du Livre des Proverbes peut nous poser problème, si nous le rapprochons du Sermon sur la Montagne, dans lequel le Christ nous recommande : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez (Mt 5:25).

S’il est bon de s’abandonner à la Providence comme l’ont fait les ermites et tant de saints moines, la Providence ne nous a pas interdit d’être prudents (c’est-à-dire prévoyants), lorsque nous avons la responsabilité de nourrir une famille, d’entretenir une école ou une cantine.  

Tout l’extrait que nous lisons ici peut très bien se comprendre au sens littéral de l’épouse fidèle et travailleuse, sur laquelle s’appuie son mari qui, lui, travaille à des occupations plus lourdes pour apporter le salaire nécessaire à entretenir toute la famille. On imagine volontiers que ce fut le cas de Joseph et Marie à Nazareth.

Saurons-nous comprendre le verset de la fin : Décevante est la grâce, et vaine la beauté ? N’est-il pas habituel et nécessaire pour une femme de s’arranger avec soin ? Oui, il le faut, tout en pensant toujours que cette beauté humaine finira, tandis que la vraie beauté d’une personne réside dans ses qualités, dans les bonnes intentions qu’elle nourrit dans son cœur.

Mais transposons maintenant cet extrait à un niveau plus mystique. Quelle est cette Epouse merveilleuse, ce Mari qui a totalement confiance en elle ? L’Epouse qui travaille inlassablement au bien de la maisonnée, c’est l’Eglise, l’Epouse mystique du Christ. La mission de l’Eglise est en effet de pourvoir au bien de chaque âme, de lui fournir la nourriture solide de l’Eucharistie, le vêtement chaud des vertus, à l’exemple de tous les Saints qui nous en ont donné l’exemple.

Nous sommes tous appelés à devenir des Saints, chacun à notre mesure, chacun selon la réponse que nous donnons à l’appel de Dieu et à la façon dont nous recevons la grâce divine.

 

*       *       *

Cet Epoux et cette Epouse se retrouvent aussi dans le psaume 127. Jésus a chanté ce psaume, et Il pensait à l’Eglise qu’Il était en train de fonder, et à Sa Mère aussi, à Marie, notre Mère à tous.

S’il n’est pas déplacé d’imaginer la table familiale, avec les fils autour de la table, il est encore moins déplacé d’imaginer ici la Table Eucharistique.

Ce psaume 127 est l’un des quinze Cantiques des montées, qui étaient la prière des pèlerins en route vers Jérusalem. Le but de leur route était la Maison du Seigneur, où toute la famille des Croyants allait se retrouver réunie.

Depuis Jésus-Christ, le Temple véritable est l’Eglise, qui accueille tous les fils de Dieu, les fils de tes fils, c’est-à-dire toutes les générations. La comparaison de ces fils qui sont comme des plants d’olivier convient aussi à la pérennité de l’Eglise, quand on sait combien les oliviers vivent longtemps.

 

*       *       *

La nécessité de transposer ces versets à un niveau spirituel, mystique, eschatologique est soulignée aussi par les avertissements de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens.

Nous ne devons pas nous fier à nos points de repère terrestres : ils sont fallacieux. Le vrai but de notre vie est de la quitter pour passer à la Vraie Vie, qui ne finira pas. 

Cette catastrophe imminente ne sera pas forcément un cataclysme ravageur ou un déluge de quarante jours : elle pourrait bien n’être que le jour de notre mort, que nous ne pouvons jamais prévoir, et qui nous attend au détour de chaque moment de notre existence : une maladie, un accident… c’est si vite arrivé !

C’est en nous imprégnant profondément de cette certitude, que nous sortirons de nos ténèbres, et que nous ne serons pas surpris, comme les vierges sages dont nous entendions la parabole dimanche dernier.

 

*       *       *

L’huile des vierges sages, au contraire, ce sont tous les mérites que les fidèles auront su accumuler en prévision de la Vie éternelle.

La parabole des talents nous est assez familière. Cette parabole aussi n’est pas un traité historique et social : il faut essayer de comprendre le symbole des termes utilisés par le Seigneur.

Le Maître, évidemment, est Dieu le Père, notre Créateur, qui confie à chacun de nous certains talents, pas les mêmes et pas en quantité identique pour chacun, de la même façon qu’on ne met pas autant d’eau dans des vases de capacité différente, ni qu’on donne autant d’eau à toutes les plantes ; mais chacun reçoit la quantité d’eau fraîche dont il a besoin. 

Pour certains baptisés, comme une plante sous l’action de l’eau et du soleil, ces talents mûrissent, grandissent, et rapportent, ce sont les Chrétiens qui veulent correspondre à la grâce de Dieu, cherchant volontairement à se sanctifier, sans cesse, par la prière, par les Sacrements, lisant l’Ecriture, les textes importants de l’Eglise, soulageant le Prochain. Ce sont tous les Saints que nous fêtons chaque jour ou ces nombreuses personnes qui agissent dans la discrétion, semant partout bonté et douceur. 

Avant d’être saints, les Saints ont été des pécheurs, des hommes et des femmes faibles, et nous le sommes tous. Mais ils ont combattu ! On remarquera que le Maître ne récompense pas moins que les autres ceux qui n’avaient que deux talents ; cela va dans le même sens que la récompense des ouvriers de la dernière heure dans l’autre parabole (voir 25e dimanche ordinaire) : c’est l’effort que Dieu récompense, et non le résultat.

Avec le serviteur “paresseux”, les choses changent ! Qu’il considère - à tort - le Maître comme un homme dur et qui récolte ce qu’il n’a pas semé, est une grossière erreur humaine : et il est vrai qu’on entend souvent dire que notre Créateur divin est «trop sévère»…  mais ce Maître, sans vraiment lui donner raison, va lui répondre en respectant pleinement son choix : le peu de mérites qu’il pouvait avoir, il n’en sera plus tenu compte, ils seront effacés, et l’individu sera exclu, pour toujours dehors dans les ténèbres. Encore une allusion du Sauveur à l’enfer éternel.

Tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé… alors, il fallait placer mon argent à la banque ! Ici, Jésus taquine un peu le paresseux de sa parabole : si Dieu moissonne ce qu’il n’a pas semé, si l’homme ne croit pas en Dieu, parce qu’il ne le voit pas, qu’il se confie alors à la Banque divine, qu’il peut voir, à  l’Eglise du Christ ! L’Eglise est ce Corps mystique dépositaire du trésor des mérites accumulés par chacun ;  qu’elle offre à Dieu pour en obtenir les “intérêts”, c’est-à-dire des grâces abondantes pour toutes les âmes qui en ont besoin.  

Le Corps Mystique du Christ est tellement Un, qu’aucune des cellules qui le composent n’est indépendante des autres, et que toutes concourent au bien des autres (de même aussi que chaque “erreur” d’une cellule se répercute toujours sur l’équilibre des autres cellules qui, à leur tour, “souffrent” pour cette erreur dont elles ne sont pas responsables).

La parabole de Jésus veut nous donner ici un enseignement très consolateur et très encourageant. Même si notre foi est vacillante, même si, pratiquants, nous nous sentons d’indignes pécheurs, nous concourons quand même au bien de tous, dans la mesure où nous nous efforçons de faire du bien à notre niveau, honnêtement, là où nous le pouvons.  

Notre serviteur “paresseux” ne ressent même pas un peu d’émulation à essayer de ressembler plus aux autres. De toutes façons, il ne s’intéresse pas aux autres. Paresse, égoïsme, indifférence, ces défauts sont de tous les temps, hélas. Ce serviteur a mis “en terre” son talent, c’est-à-dire qu’il ne s’est préoccupé que de la terre, que de choses qui ne peuvent pas faire fructifier les dons célestes. Notre siècle matérialiste est dangereusement préoccupé de la “terre”, et nous en sommes tous un peu victimes un jour ou l’autre.

Ainsi donc l’Eglise est dépositaire, en premier lieu, de tous les mérites du Christ, et puis aussi de toutes les bonnes choses de chacun ; c’est la “richesse” de l’Eglise, dont elle dispose pour aider chacun de nous ; elle s’en sert pour consolider encore plus la Santé de toutes les cellules du Corps Mystique ; ainsi pouvons-nous à chaque instant demander à Dieu des grâces “par les mérites de Jésus-Christ” ou de tel Saint. 

 

*       *       *

 

Pourra-t-on encore dire que le Maître moissonne ce qu’il n’a pas semé ? Non, bien sûr, car cette Banque, c’est nous tous, c’est la Famille de Dieu, et la moisson du Maître, c’est nous-mêmes. En rapportant au Maître le fruit de notre travail quotidien, c’est nous-mêmes qui nous enrichissons, parce que nous recevons finalement la vraie joie, le vrai bonheur.

La Prière nous le fait dire : …trouver notre joie dans notre fidélité : car c’est un bonheur durable et profond de servir constamment le Créateur de tout bien.

Voilà le Règne de Dieu dont il sera question dimanche prochain.

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 00:46

Dédicace de la basilique du Latran

 

 

En ce 9 novembre, nous célébrons une fête à la fois très importante et très méconnue : la Dédicace de la Basilique romaine Saint-Jean-de-Latran. Cette fête est même suffisamment importante pour qu’elle remplace la célébration du dimanche, en cas de coïncidence des deux dates (c’est le cas en 2014, et le sera en 2025, 2031, 2036, 2042…)

Le “Latran” doit son nom à la famille des Laterani, qui avait sa propriété dans la zone sud-est de Rome ; devenue propriété de l’empereur Constantin au 4e siècle, elle fut donnée aux papes, qui y résidèrent en effet pendant dix siècles, jusqu’à la “papauté en Avignon” ; une première basilique y fut alors construite, plusieurs fois reconstruite, qui s’appela Archibasilique du Saint Sauveur, puis fut dédiée aussi à Saint Jean-Baptiste, le Précurseur et Cousin de Jésus-Christ, tant il est vrai que le Pape, successeur de saint Pierre, doit préparer les âmes à recevoir le Christ, comme le fit Jean-Baptiste.

Cette basilique fut donc la cathédrale du Pape, qui est l’Evêque de Rome. Dès son élection le Pape “prend possession” de cette basilique ; il y célèbre chaque année la Messe du Jeudi Saint, au cours de laquelle il lave les pieds à douze personnes, soit prêtres, soit laïcs, comme le fit Jésus au cours de la Dernière Cène. Signalons aussi qu’au-dessus de l’autel de la chapelle du Saint-Sacrement, est conservée la Table de la Dernière Cène, cette Table-même où Jésus institua l’Eucharistie. 

Siège de l’Evêque de Rome, la basilique de Saint-Jean-de-Latran est donc en même temps la “Mère et Maîtresse de toutes les Eglises”. 

 

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Dans la première lecture, Ezéchiel raconte une vision : les termes précis qu’il utilise ont une signification spirituelle et mystique. 

Cette Eau qui jaillit dessous le Temple, ne signifie pas que le Temple est construit sur un sable mouvant ; c’est l’Eau de la Vie, l’Eau des Sacrements, du Baptême, de l’Enseignement divin. 

Se souvenant mal de ce récit, l’auteur du Coran a glosé en décrivant la récompense des Justes comme des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où, immortels, ils auront des épouses purifiées (sourate 3,13).

L’eau qui descendait du côté droit a été commentée comme ce jaillissement de sang et d’eau qui sortit du côté du Christ, quand le centurion lui ouvrit le côté avec sa lance (cf. Jn 19:34). On le sait, les Pères de l’Eglise ont vu dans cette eau et ce sang l’allusion au Baptême et à l’Eucharistie.

L’abondance permanente des poissons et des fruits de ce Temple, évoque la richesse de la Grâce divine. En particulier on retiendra le nom mystique du Poisson, qui symbolisa le Christ : d’une part, parce que les lettres du mot grec (ichthus) signifient : Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur ; d’autre part aussi parce que le poisson, même blessé ou amputé d’une partie de son corps, se reconstitue, conservant la Vie. Et le Christ, même mort physiquement, continue de nous donner la Vie par son Corps eucharistique.

 

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La version de la Bible de Jérusalem note que le psaume 45 est à chanter sur le hautbois, du moins avec un chalumeau tel qu’on en jouait au temps biblique.

Ce psaume oppose les eaux profondes agitées, et celles d’un fleuve calme et majestueux qui borde la Cité de Dieu.

Par cette image qui correspond à la cosmogonie ancienne, on imagine la terre ébranlée sur ses supports par une tempête dévastatrice, tandis que la Cité de Dieu reste stable et tranquille. Traditionnellement, les commentateurs y ont reconnu les agitations du monde et de la société, qui ne pourront jamais ébranler les fondements éternels de l’Eglise.

Cette confiance au Roc de l’Eglise doit nous aider à surmonter nos épreuves, par la certitude que, même dans la plus grave catastrophe, Dieu est là avec sa grâce et ne nous laisse jamais démunis.

 

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 Saint Paul reprend l’image de cette construction sainte. Il nous fait remarquer que les pierres de cette construction, c’est nous mêmes ! 

L’Eglise est une immense famille ; une construction doit sa beauté à la qualité de chacune des pierres qui la forment, et l’Eglise est d’autant plus belle que chacun de ses membres se montre tel que Dieu le désire.

Plus je rechercherai la perfection, plus l’Eglise sera resplendissante.

Quand saint Paul affirme qu’il a posé les fondations, ce n’est pas vanité de sa part : tout son enseignement repose sur la Résurrection du Christ et l’amour fraternel. Après, c’est à chacun de prendre garde à la façon dont il construit.

Nous sommes tous appelés à être d’authentiques temples, ce que s.Pierre appelle dans son épître des pierres vivantes (1P 2:4-5), formant l’unique Temple sacré, l’Eglise éternelle. 

 

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Jésus se rendit souvent dans le Temple de Jérusalem, la première fois à douze ans (cf. Lc 2:41sq). Au début de sa vie publique, il intervint sévèrement pour en faire retirer tout ce qui s’y vendait (cf. Jn 2:13sq). Bien sûr, les fidèles devaient bien se procurer ce qui était nécessaire aux sacrifices à offrir dans le Temple, mais peu à peu ce commerce s’était intallé à l’intérieur de la Maison Sainte, avec tout ce que cela pouvait comporter de conversations, marchandages, cris et disputes, et d’insanités malodorantes. Imaginons la Foire-Exposition de bestiaux à Versailles s’installer dans une de nos cathédrales !

Mais aux Juifs, Jésus précise que le vrai Temple de Dieu, c’est d’abord Lui-même, la Perfection humanisée, venu pour se faire Agneau et s’offrir en Sacrifice parfait. Et d’annoncer sa mort et sa resurrecction : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 

Unie à ce Templs divin, l’Eglise, l’Epouse du Christ, est à son tour le temple de DieuUne telle “construction” sainte ne doit donc pas être profanée par n’importe quel marché à bestiaux, par n’importe quelle conversation, n’importe quelle conduite. 

 

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Faire la “dédicace” d’une église nouvelle est une cérémonie grandiose : l’évêque vient consacrer cet édifice pour en faire la maison de Dieu, le Lieu où se rendront les appelés, les Chrétiens, qui forment l’Ecclesia (“Assemblée”), là où seront célébrés les Sacrements, où sera proclamé l’Enseignement du Christ.

La fête de la Dédicace, c’est donc tout cela : c’est Dieu parmi nous, Emmanuel, Celui qui s’est révélé à nous comme “la Voie, la Vérité et la Vie”. Que cette fête soit une action de grâce pour cette Annonciation quotidienne, pour cette présence divine parmi nous. 

Mais qu’elle soit surtout l’occasion d’une réponse de notre part, d’une sanctification quotidienne ! Le bel édifice sacré de la présence de Dieu, ne doit pas laisser apparaître des pierres mal taillées !

C’est ce que veut dire la Prière du jour : Que le peuple ne cesse pas de progresser pour l’édification de la Jérusalem céleste, ou aussi celle après la Communion : Accorde-nous d’être le temple de ta grâce.

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 23:10

30e dimanche per annum

 

S’il nous arrive de trouver notre quotidien ennuyeux ou long, élevons l’esprit et chantons l’antienne d’ouverture d’aujourd’hui : Soyez dans la joie, vous qui cherchez Dieu… sans vous lasser, cherchez son visage.

Mais comment chercher le visage de Dieu, qui est invisible ?

 

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Une première réponse va nous venir de la lecture de l’Exode : Dieu lui-même commande à son peuple d’avoir du respect envers l’immigré, envers la veuve et l’orphelin ; de ne pas pratiquer l’usure, de savoir prêter sans exiger d’intérêts. 

Serons-nous tentés de penser que ceci valait seulement pour cette époque-là et n’est plus praticable de nos jours ?

Certainement pas, sinon saint Paul n’aurait pas écrit à Timothée que toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réformer, redresser, former à la justice (2Tm 2:16).

Si le Christ avait voulu «mettre à jour» ce passage de l’Exode, il l’aurait fait ; mais nous allons voir tout-à-l’heure que, justement, il en a rappelé l’enseignement.

L’amour que nous avons pour le Prochain, c’est celui que nous avons pour Dieu.

 

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Dans le psaume 17 qui suit, le psalmiste David réaffirme cet amour pour Dieu, en attribuant à Dieu des épithètes qu’il sera bon de ne pas lire trop vite.

L’origine de ce psaume, comme l’écrit David lui-même en exergue, est une action de grâces pour la victoire que Dieu lui a accordée contre Saül.

Des versets 5-6 du psaume (qui ne sont pas repris aujourd’hui), on pourrait penser que David s’était projeté dans le Messie attendu, parlant des flots de la mort et annonçant la résurrection. Plus loin, Dieu est la lampe qui éclaire les ténèbres, et le psaume s’achève, justement, sur cette victoire du messie, de David et (de) sa descendance à jamais.

Le plus important de ces termes est incontestablement celui de Roc, qui est repris plus bas avec le Rocher. Ce roc, c’est la Pierre sur laquelle Jésus a construit l’Eglise, la foi de Pierre qui a mis toute sa confiance en Jésus-Christ.

Appartenir à l’Eglise fondée par Jésus-Christ, c’est habiter dans la forteresse dont parle le même verset du Psaume. Etre dans l’Eglise, c’est être sous la protection du Bouclier de Dieu, notre Libérateur, celui qui nous rend vraiment libres dans la Vie divine, parce qu’il nous arrache du Mal.

Qu’on ne s’imagine pas que cette protection à l’ombre de l’Eglise soit une immunité contre toute souffrance ; c’est un gage de Vérité : nous savons que Dieu ne peut «ni se tromper ni nous tromper», pour reprendre les mots de notre Acte de Foi.

 

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Les Chrétiens de Thessalonique ont eu cette foi. Ils ont accueilli la Parole, et au milieu de bien des épreuves, ils ont tenu bon, ils ont reçu Paul avec empressement, avec la joie de l’Esprit-Saint.

Posons-nous la question : Saint Paul serait-il aussi satisfait de nous, de moi ? 

 

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Telle ne fut pas l’attitude des sadducéens et des pharisiens. On a vu dimanche dernier comment Jésus a fermé la bouche aux pharisiens et aux hérodiens. Dans le chapitre 22, vient ensuite une autre discussion, avec les sadducéens cette fois-ci, qui présentent à Jésus un «cas théologique» invraisemblable.

Une veuve qui aurait successivement épousé sept frères, tous morts, de qui sera-t-elle l’épouse dans l’autre monde ? L’épisode n’est pas lu à la Messe. Jésus répond et laisse les interlocuteurs sans argument.

C’est pourquoi l’extrait d’aujourd’hui commence par appremant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens. Les pharisiens, obstinés, reviennent à la charge ; comme s’ils ne le savaient pas, ils demandent Quel est Le grand commandement ? En quoi consiste donc cette mise à l’épreuve ?

Les Pharisiens, qui ont pourtant déjà souvent entendu Jésus parler des Ecritures, veulent voir si Jésus les connaît vraiment bien ; quel commandement préfère-t-il parmi les six-cent-treize commandements reçus par Moïse ? Eux-mêmes discutent traditionnellement sur ces commandements : lesquels, lequel suivre en priorité ?

La réponse du Christ est la référence au solennel Chema’ Yisrā’ēl, la prière que tout Juif doit savoir dès l’enfance pour la répéter chaque matin et chaque soir. Elle se trouve dans le Deutéronome (Dt 6:4-9) ; nous l’avons au bréviaire le samedi soir.

Ainsi, le Christ rappelle que l’amour de Dieu doit passer même avant le Décalogue, que Dieu a remis à Moïse sur le Sinaï. C’est aussi ce que saint Paul rappellera aux Corinthiens, quand il leur dit : Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien…

Tout acte, même héroïque, est vide s’il n’est pas accompagné d’une intention droite. Je peux me prosterner dans une attitude d’adoration, mais si je n’aime pas vraiment le Bon Dieu, mon geste est faux ; je peux très bien ne jamais tuer personne, et ainsi obéir apparemment au cinquième Commandement, mais si j’ai dans mon cœur le moindre sentiment de rancune ou de haine, je reste un homicide (cf. Mt 5:21sq).

En répondant aux Pharisiens, Jésus les invite ainsi à exclure tout ce qu’on appelle justement aujourd’hui le pharisaïsme.

 

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La réponse à la question du début est donc simple, tout en étant un programme complet : en aimant le prochain vraiment, j’aime Dieu vraiment, et ainsi j’accomplis la Loi.

Pour ne pas être seulement une façade, notre religion doit venir du fond de notre cœur, et transformer tout notre être. 

C’est dans ce sens que nous sommes invités, dans la Prière, à demander à Dieu, d’abord, d’augmenter en nous la foi, l’espérance et la charité, et ensuite d’aimer ce qu’Il commande.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 23:47

29e dimanche per annum

 

 

La première lecture, du prophète Isaïe, nous montre que Dieu se sert même de païens pour accomplir Sa volonté. Cyrus II le Grand, au VIe siècle avant Jésus-Christ, n’était pas un Juif, ni un Croyant. Mais ce roi de Perse, qui avait conquis toute l’Asie occidentale, avait des qualités, entre autres une grande tolérance religieuse, permettant par exemple aux Juifs exilés de revenir à Jérusalem.

De ce Païen au cœur noble, Isaïe dit que Dieu l’a consacré, l’a pris par la main ; La parole de Dieu que transmet Isaïe est très précise : c’est Dieu lui-même qui a donné cette puissance à Cyrus pour qu’on sache qu’il n’y a rien en-dehors de (Lui). Les hommes politiques sont ce qu’ils sont, avec leurs défauts et leurs ambitions, leurs orientations plus ou moins avouées, mais derrière ce fin rideau mouvant de l’histoire, le Tout-Puissant se sert de chacun pour exécuter Sa volonté, et c’est dans cette direction que nous devons regarder, pour essayer d’avoir un jugement un peu différent celui de Monsieur Tout-le-Monde.

 

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C’est ainsi que nous pouvons chanter ce magnifique psaume 95 : un chant nouveau, parce que ce n’est ni facile ni fréquent de savoir chanter au Seigneur dans certaines circonstances difficiles de notre vie. 

Mais c’est ainsi, nous devons humblement reconnaître que Dieu gouverne les peuples avec droiture.

 

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Jésus est aujourd’hui assailli par des pharisiens et des hérodiens. Cette situation vaut la peine d’être ici commentée, tant elle a de l’inhabituel.

A l’époque de Jésus, la Palestine est sous occupation romaine. Comme dans toute situation analogue, il y a dans le pays l’autorité officielle (l’envahisseur avec le gouverneur Pilate, qui manipulent le roi Hérode) et l’autorité légitime locale (en Palestine, une autorité “religieuse” : prêtres, pharisiens, docteurs de la Loi, qui d’ailleurs rivalisent d’autorité entre eux). D’habitude, ces diverses autorités sont en conflit constant, mais cette fois-ci ils se mettent d’accord pour prendre en faute Jésus.

Si Jésus dit qu’il faut payer l’impôt à l’empereur César, les Pharisiens vont l’accuser de “collaborationniste”, de traître à la Loi de Moïse. Si Jésus dit qu’il ne faut pas le payer, les Hérodiens vont l’accuser d’être un fauteur de trouble, un ennemi de l’empereur.

La réponse de Jésus est une leçon qui vaut pour chacun de nous. Notre vie quotidienne exige que nous participions à la vie civile et que nous payions des taxes - si chères soient-elles, oui, c’est vrai - ; mais chacun aussi, qu’il soit humble petit citoyen ou haut fonctionnaire, ne doit pas oublier les “impôts” qu’il doit à Dieu. 

Ainsi, non seulement Jésus renvoie dos à dos Pharisiens et Hérodiens, mais aussi, puisqu’ils s’étaient entendus pour monter le traquenard, Il rappelle à tous leurs devoirs envers l’unique Dieu créateur, Père commun de tous les hommes.

Disons quelque chose, en passant, à propos de nos impôts. Ils sont toujours “excessifs et injustes”, d’après nous. Mais, reconnaissons-le, ils dépendent des autorités que nous avons bien voulu (laisser) élire. Si nous étions convertis de cœur, si notre société était vraiment chrétienne, et nos élus seraient plus scrupuleux dans leur gestion, et nos impôts seraient plus adéquats ; il reste que nous sommes bien contents de bénéficier à tout moment de services divers dont on ne peut se passer, et qu’il faut bien rémunérer.

Quelque part, l’autorité civile est toujours le fruit de notre société, et l’œuvre de la Providence envers nous. Il la faut reconnaître et respecter, selon le conseil de l’apôtre Paul : Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu (Ro 13,1-7). Etat et Eglise ont une même origine, dans l’un comme dans l’autre chacun a ses devoirs, l’un comme l’autre énoncent des règles de convivialité fraternelle ; mais tandis que l’Etat se limite aux rapports extérieurs et aux conditions matérielles de vie de la société, l’Eglise rappelle à chacun que c’est par la conversion du cœur que l’homme peut vraiment être proche de l’homme son frère, et qu’ensemble ils peuvent être proches de Dieu.

 

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Sans lien direct avec ce qui précède, nous lisons à partir d’aujourd’hui plusieurs larges extraits de la Première Lettre de s. Paul aux Thessaloniciens. 

Thessalonique se trouve très au nord de la Grèce actuelle, dans la Macédoine grecque ; à la prédication de Paul, quelques juifs et beaucoup de Grecs païens se convertirent (Ac 17:1-9), non sans quelques difficultés d’ailleurs. 

La lettre que Paul leur écrit est probablement le tout premier écrit du Nouveau Testament, donc un témoignage de premier ordre de la prédication apostolique à ses débuts. Saint Paul oublie les incidents de son passage à Thessalonique, et se réjouit plutôt de ce que la communauté persévère dans la foi, dans l’espérance et la charité. En outre, il rend grâce à Dieu de ce qu’ils ont reçu sa parole non comme simple parole, mais comme présence de la puissance, de l’action de l’Esprit Saint, avec certitude absolue. Nous entendrons, les dimanches prochains, quels enseignements l’Apôtre leur adresse.

Notons cependant l’exorde de cette Epître : …l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur : que la grâce et la paix soient avec vous. C’est de là qu’a été tirée l’une des formules de salutation que peut utiliser le prêtre au début de la Messe : 

 

Que Dieu notre Père et Jésus Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix. 

Béni soit Dieu, maintenant et toujours !

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