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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 00:00

Dimanche des Rameaux - B

 

Aujourdhui, l’Eglise nous fait revivre l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. La couleur liturgique est rouge, car Jésus va verser son sang. Humblement assis sur un petit âne, Jésus montre sa vraie royauté : une royauté spirituelle, intérieure, qui désire commander à nos cœurs et n’a rien à voir avec la richesse orgueilleuse des rois de la terre.

La façon entendue dont Jésus parle de l’ânesse et de l’ânon, semble suggérer que Jésus en connaissait bien les propriétaires, et qu’Il les leur avait demandés d’avance pour telle occasion prochaine. On retrouvera tout-à-l’heure la même attitude lorsque Jésus enverra deux disciples préparer la Pâque. Quoi qu’il en soit, la facilité avec laquelle ces gens laissent faire les disciples de Jésus, montre bien qu’à côté de l’endurcissement de certains Juifs, d’autres en revanche étaient tout dévoués à la cause du Messie.

Ils furent même nombreux : Beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux ; quelle chaleur dans l’accueil, quelle humilité devant Jésus-Christ ! Aujourd’hui, on s’arrache le maillot d’un joueur, ou la chemise d’une vedette quelconque : là, on étendit les propres manteaux, comme des tapis, par terre, sur la route, dans la poussière, en l’honneur de Jésus. Comme Celui-ci a dû être touché de tant de marques d’humble respect pour Sa divine Personne ! comme Il dut être fortifié, quelques jours avant Sa douloureuse Passion !

On a dit parfois que la foule est très volubile, qu’on peut lui faire dire une chose aujourd’hui, et le contraire demain. On a tout de même du mal à penser que ce furent exactement les mêmes qui mirent leur manteau par-terre et qui crièrent A mort quatre jours après. Jérusalem était pleine de monde, au moment de la Pâque, et pour condamner Jésus on s’était bien gardé de convoquer devant le Sanhédrin Ses amis. Les Pharisiens savaient soudoyer leurs gens à l’occasion…

En même temps, ces deux épisodes montrent à leur façon l’authenticité de l’évangile. En effet, si l’évangile n’avait été qu’un écrit de propagande pour un personnage fictif appelé Jésus, son auteur n’aurait parlé que de l’entrée triomphale à Jérusalem et de l’Ascension miraculeuse, passant sous silence l’Agonie et la Passion.

On soulignera ici que la foule acclame Jésus avec un verset du psaume 117 : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , que nous chantons dans le Sanctus : effectivement, à ce moment de la Messe, le Seigneur va venir s’incarner dans le pain et dans le vin eucharistiques ; il convient de l’accueillir avec les mêmes sentiments que la foule de Jérusalem.

Il se peut que notre liturgie dominicale choisisse l’autre récit de l’entrée à Jérusalem, selon l’évangéliste Jean. Celui-ci mentionne moins de détails que Marc et ne parle pas des manteaux étendus à terre. 

Il se peut fort bien que Jean n’ait pas vu ces manteaux, mais seulement les branches de palmier, qui sont à l’origine de notre coutume de porter des branches le jour des Rameaux. Ces branches ne sont pas des porte-bonheur, elles sont très simplement une façon de nous unir facilement aux foules de Jérusalem. Qu’on accroche ensuite ces rameaux quelques jours aux crucifix, n’a rien de déplacé, mais les y laisser toute l’année, secs et poussiéreux, pourrait sans doute être évité.

 

*       *       *

 

La première lecture de la Messe, extraite d’Isaïe, est le troisième “chant du Serviteur de Yahwé” (Is 50:4-7), où l’auteur décrit littéralement le Christ souffrant, flagellé, insulté, blessé. Tout commentaire est superflu. Ecoutons avec recueillement.

 

*       *       *

    

Le psaume 21 nous présente aussi cet anéantissement complet de Jésus, dans le premier verset (celui que Jésus cita à voix haute sur la Croix) : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu avandonné ?

Est-ce à dire que Dieu le Père ait abandonné, oublié Jésus ? Est-ce à dire que Jésus ait été séparé de la communion avec son Père, avec qui il est Un dans la communion de l’Esprit Saint ? La Sainte Trinité aurait-elle été disloquée à cet instant suprême ? Cela est impossible en soi. 

Mais dans son humanité, Jésus devait connaître cet instant suprême, où tout s’éteint pour un homme dont la vie s’arrête : famille, amis, maison, biens, rang, récompenses et distinctions, absolument rien ne reste de tout cela. 

Il faut bien nous imprégner de ce sentiment : l’être qui arrive à la mort est totalement seul, nu comme un ver qui n’a rien pour se défendre. Jésus devait éprouver cette solitude totale humaine, sinon il n’aurait pas épousé vraiment notre condition. 

Mais en même temps, Jésus-Fils de Dieu reste Un avec le Père et l’Esprit, et c’est le même Jésus qui chante avec nous ce psaume 21, dont les derniers versets sont un chant de victoire et de joie devant la Résurrection :

 

Auprès de toi ma louange dans la grande assemblée (…) ;

Toutes les limites de la terre se souviendront et se convertiront au Seigneur,

toutes les familles des nations se prosterneront devant lui.

Car au Seigneur appartient le royaume, et c’est lui qui dominera les nations.

C’est lui seul qu’adoreront tous ceux qui dorment dans la terre ;

devant sa face se prosterneront tous ceux qui descendent dans la poussière.

Or mon âme vivra pour lui, et ma lignée le servira. 

On parlera du Seigneur à la prochaine génération, 

et l’on annoncera sa justice au peuple qui naîtra : Voici ce qu’a fait le Seigneur !

 

Uni à notre humanité, Jésus-Christ partage avec nous cette mort pour nous entraîner dans la nouvelle vie de la résurrection.

Nous ne remercierons jamais assez Dieu pour le don que fit Jésus de Sa vie pour nous. Mieux : Nous avons Sa présence dans le pain et le vin eucharistiques. Eu-charistie : action de grâce. Jésus, après sa mort, sa résurrection et son ascension, restera toujours avec nous, au milieu de nous, nourrissant notre vie intérieure. Nous allons le relire dans un instant.

*       *       *

 

De la deuxième lecture, extraite de la Lettre aux Philippiens (2:6-11), on retiendra surtout le verset 7, traduit actuellement ainsi : Il se dépouilla lui-même ; la version grecque originale utilise plus précisément un verbe qui peut littéralement être rendu par “il se vida de lui-même” (un peu comme on le dirait d’un bateau que l’on “vide” de sa cargaison).

En d’autres termes : il renonça lui-même à Sa condition divine et à la gloire qui lui est due, pour paraître en tout semblable aux hommes, avec leurs faiblesses physiques. Paul insiste : Non seulement il se comporta comme un homme, mais il s’humilia encore plus, se faisant obéissant, jusqu’à la mort, et même la mort en croix

Jésus s’est bien fait homme, esclave même (obéissant) ; plus encore : bandit, scélérat, pour mourir en croix comme le dernier des derniers, d’une mort la plus honteuse qui fût, la crucifixion étant effectivement réservée aux grands bandits.

 

*       *       *

D’abord, aussi humble que ceux qui mirent leur manteau par-terre, voici maintenant cette femme qui vient répandre sur la chevelure de Jésus un parfum très coûteux. Cet albâtre était alors une matière fort rare, dont on fabriquait un parfum qu’on conservait précieusement dans de petits flacons. Il fallait une fortune pour se procurer ces petits objets avec leur contenu, et cette humble femme y a mis, dit Jésus, tout ce qu’elle pouvait faire. Elle était peut-être peu lettrée, ignorante même, mais elle avait du cœur : sans parler, sans chercher à se faire voir, elle accomplit son geste, avant de s’éloigner discrètement ; c’est cette discrétion humble que Jésus récompense en promettant qu’on racontera partout ce qu’elle venait de faire.

L’évangile semble nous enseigner l’attitude à avoir au seuil de toute Eucharistie : demander pardon. L’humble pénitente s’abaisse, tandis que Judas se rebiffe. Pierre fait un peu le vantard, il n’aura pas le courage de reconnaître le Maître, et pleurera comme un gamin sa faiblesse momentanée. 

A propos de la trahison de Judas et du reniement de Pierre, on pourra utilement se rappeler cette récente anecdote d’un jeune néophyte viêt-namien, baptisé par Jean-Paul II une nuit de Pâques. Ce nouveau chrétien voulut prendre le nom de “Pierre” ; aux journalistes qui l’interrogeaient, il expliqua qu’il voulait porter le même nom que Pierre, parce qu’il avait pleuré son péché. “Et si, lui demandèrent-ils, tu avais été Judas, qu’aurais-tu fait ? - Je me serais, répondit-il, pendu au cou de Jésus.”

Petit détail historique du récit de la Passion, il est assez évident que le reniement de Pierre eut lieu dans la nuit, juste avant le chant du coq ; on lit ensuite que dès le matin le grand conseil fut convoqué, donc dans la première matinée : que fit Jésus pendant ce temps-là ? ou plutôt que fit-on de lui ? Une vieille tradition rapporte qu’Il fut alors descendu dans une citerne vide, humide et froide, comme ce fut le cas du prophète Jérémie, six siècles avant Jésus-Christ (Je 37 ; LXX : 44). 

Reprenons, pour finir, le verset du psaume 21 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?, en hébreux : Eloï, Eloï, lama sabactani ? que quelques-uns ne comprirent pas, puisqu’ils disent : Le voici qui appelle Elie. C’est que, parmi les présents, s’en trouvaient qui ne parlaient pas cette langue, des étrangers venus là pour la fête de la Pâque, ou bien des soldats qui n’étaient pas de cette région.

Jésus, en croix, suffoquait ; Il n’avait pas la force de parler, encore moins de proclamer jusqu’au bout tout ce long psaume : Il l’a médité tout au long, et ceux qui l’ont entendu commencer - Marie, Jean, les saintes femmes - ont probablement continué de le réciter à voix basse. Nous pouvons les imiter…

 

*       *       *

L’appel de Jésus retentit plus fort en nos cœurs en cette période de la Passion. En général, on nous propose, le Vendredi Saint - parfois aussi chaque vendredi de Carême - un pieux exercice, d’origine très ancienne, le Chemin de Croix. C’est là une belle méditation, qui peut revêtir des formes et des modes très divers, plus ou moins brefs selon l’horaire de chacun, et qui fait beaucoup de bien à l’âme. 

Notre méditation sur la Passion peut aussi prendre d’autres aspects, car l’Eglise ne veut pas nous contraindre. L’important est le recueillement, l’union au Sacrifice du Christ. Le carême n’est là que pour nous le rappeler plus intensément, mais toute l’année - toute la vie ! - les fidèles que nous voulons être gagneront beaucoup à méditer souvent sur la Passion de Jésus : l’agonie, la sueur de sang, les insultes, les crachats, les liens, les coups, les épines, les fouets des Romains - rappelons que ces instruments de torture étaient faits avec des lanières de cuir tranchant, garnies de billes de plomb -, puis les chutes à terre, la croix si pesante, les clous, la lance.

Prions aussi avec notre chapelet, avec les cinq Mystères douloureux : Agonie, Flagellation, Couronnement d’épines, Portement de la Croix, Crucifixion. Une prière si simple, si facile, tellement recommandée depuis des siècles par l’Eglise : en invoquant Marie, nous lui demandons de nous aider à entrer plus intimement dans les Mystères de son fils Jésus.

Source de méditations intenses, et tout-à-fait d’actualité, nous nous souviendrons aussi du si fameux Suaire de Turin, dont on n’a pas toujours bien parlé dans les innombrables écrits qui ont été publiés. A l’écart de toute polémique, mentionnons ici la déclaration faite par le Responsable lui-même du laboratoire où se firent des analyses au Carbone 14 : des erreurs auraient été faites lors de ces analyses, beaucoup d’éléments n’auraient pas été pris en considération… Il reste que la contemplation de cette Sainte Face ne laisse personne indifférent.

Beaucoup de Saints ont rappelé la profonde efficacité que peuvent avoir pour notre vie la lecture et la méditation des douloureux moments de la Passion de Notre-Seigneur. Faisons nôtres ces suggestions, relisons souvent ces lignes, nous en retirerons beaucoup d’enseignements, nous apprendrons mieux à accepter toutes les “petites choses” de la vie quotidienne.

Concluant cette méditation, revenons à la Prière du jour, qui nous fait méditer sur l’Humanité, la mort et la résurrection du Christ :

Tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix ; accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa passion et d’avoir part à sa résurrection.

Doux Agneau de Dieu, chargé de nos péchés, muet devant tes accusateurs, aide-nous à prendre notre croix tous les jours. Amen.

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 00:00

 

5e dimanche de Carême - B

 

Dans deux semaines nous célébrerons la Pâque du Seigneur, le passage de la mort à la vie, la Résurrection.

*       *       *

 

Voici que Jérémie, sept siècles avant le Christ, nous annonce une Alliance nouvelle, une alliance vraiment heureuse, si tous connaîtront Dieu. 

Certes, beaucoup d’hommes aujourd’hui ne connaissent pas Dieu, mais ce n’est pas au sens qu’ils n’en ont jamais entendu parler : partout et dans les coins les plus reculés, on peut rencontrer des signes de l’évangélisation, une croix, un sanctuaire, un cimetière, une tradition chrétienne. Il n’y a pas de régions de la planète qui n’ait pas reçu la visite de quelque missionnaire.

Mais il y a aussi beaucoup de «mauvaises habitudes» qui se sont mélangées au Christianisme authentique, et nombreux aussi sont ceux qui ont des doutes, à cause des mauvais exemples qu’ils reçoivent de certains Chrétiens. C’est pourquoi nous avons sans cesse besoin d’une nouvelle évangélisation, et d’une conversion intérieure chaque jour plus profonde.

S’il est vrai que, par son Sacrifice parfait, le Christ nous a obtenu d’avance le pardon total, il ne nous a pas empêchés de «demander» pardon pour nos fautes. Ce n’est pas un mystère que nous avons sans cesse des choses à nous reprocher, nous le sentons bien intérieurement, notre conscience nous en avertit spontanément, l’honnêteté nous oblige à le reconnaître. Et Dieu, qui est riche en miséricorde, est toujours là pour nous pardonner.

*       *       *

 

Une des plus belles prières de repentir est ce magnifique psaume 50, dont nous relisons aujourd’hui plusieurs versets significatifs.

C’est d’abord la reconnaissance de la grande miséricorde de Dieu, à qui nous demandons de nous laver, de nous purifier.

C’est aussi la supplication à Dieu de créer en nous un cœur pur : le pardon de Dieu est comme une nouvelle création, on se sent re-naître, on a oublié la chute précédente, le péché d’avant, on s’est relevé, on est plein de vie pour reprendre la marche un moment interrompue : Dieu nous renouvelle, nous raffermit.

C’est ainsi une joie d’être sauvé, une joie si profonde, si exubérante, qu’on ne peut la conserver pour soi ; on veut la partager avec les amis, on est plein de zèle pour enseigner (les) chemins de Dieu ; non pas pour enseigner aux autres ce qu’ils savent déjà, comme on l’a lu dans Jérémie, mais pour donner aux autres l’exemple de notre conversion personnelle. Ainsi les égarés reviendront à Dieu.

Comment donc Jésus a-t-il pu prier avec ce psaume ? Comment lui, l’Agneau sans tache, l’Homme parfait, pouvait-il demander à Dieu son Père : Efface mon péché ?

C’est parce qu’il assumait sur lui tout le péché de chacun de nous, se présentant comme «Le» pécheur universel, s’offrant en Victime totale et parfaite pour expier à notre place.

Lui, plus que tout autre homme, pouvait dire : Aux pécheurs j’enseignerai tes chemins.

*       *       *

 

N’allons donc pas dire maintenant ce que l’épître aux Hébreux ne dit pas.

Si Dieu pouvait sauver de la mort le Christ, le Christ n’a jamais demandé à Dieu de lui épargner le sacrifice de la Croix. Comme homme, il aurait pu le demander, mais c’est pour ce sacrifice total qu’il est né et qu’il a vécu, en vue de la Résurrection.

On dit parfois qu’à Gethsémani, le Christ a prié pour que cette coupe s’éloigne de (Lui). Le Christ a pu avoir cette pensée, cette angoisse humaine qui refuse la mort, mais surtout il considéra avec immense tristesse le nombre si grand d’hommes qui refuseraient la grâce de la conversion, malgré Son sacrifice.

Tout prêtre a un peu ce sentiment de désespoir, quand il constate la dureté de cœur de certaines personnes, l’obstination que mettent certains à refuser la grâce sacramentelle.

Ce qui redonne au prêtre force et persévérance, c’est la certitude que la grâce de Dieu pourra quand même toucher un jour le cœur du pécheur. C’est aussi pour cela que le Christ a été exaucé, parce que en Lui nous avons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’il nous a prodiguée (Eph 1:7-8).

L’obéissance de Jésus envers Son Père lui était naturelle, il ne l’a pas apprise au sens où il ne savait pas ce que c’était avant, encore moins au sens où il aurait même «désobéi», évidemment ; on se demanderait bien en quoi Jésus pouvait désobéir, lui qui n’était venu que pour faire (la) volonté de son Père (Ps 39:7). Jésus a éprouvé dans sa nature humaine l’obéissance qu’il devait à Marie et à Joseph, et surtout à Dieu le Père : Je dois être aux choses de mon Père (Lc 2:49).

*       *       *

 

Dans l’évangile, nous voyons des «païens» grecs qui désirent voir Jésus. Eux, qui n’ont pas encore reçu le Message, ont besoin d’être évangélisés ; timides, ils s’adressent à Philippe, qui se réfère à André et l’accompagne auprès de Jésus. En témoin oculaire, l’évangéliste Jean nous parle de cette petite diplomatie un peu amusante pour montrer toute la véracité de la scène. Plus surprenante est la réponse de Jésus, qui semble n’avoir rien entendu et ne pas vouloir donner suite à la demande de ces braves Grecs. Mais nous allons voir que Jésus répond pleinement à leur désir, en parlant au plus profond de leur cœur.

Si Jésus s’était seulement montré à ces Grecs, ces derniers seraient repartis un peu comme lorsque nous nous contentons d’emporter une carte postale d’un sanctuaire. Jésus, qui voit leur cœur avide de Vérité, va leur faire comprendre que ce qu’ils doivent contempler, c’est le Sacrifice du Fils de l’Homme, en croix, parce que c’est pour cette heure qu’(il est) venu

Au moment de le dire, Jésus s’émeut, on le comprend aisément : Je suis bouleversé, dit-il après qu’il a parlé du grain tombé en terre, qui doit mourir pour porter du fruit. C’est que Jésus est désormais à deux pas de Son Sacrifice suprême et de la Croix.

Jésus parle de Son Père ; les Grecs vont comprendre que Le Père et Jésus ne font qu’Un (cf. Jn 17:22-23) et Dieu va se manifester : Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. Glorifié, Jésus l’a été à son Baptême par Jean-Baptiste (cf. Mt 3:17) et au jour de la Transfiguration (cf. Mt 17:5). Jésus sera encore plus glorifié en sa Résurrection et, finalement, à l’Ascension.

Aussi, en quelques mots, le Seigneur montre aux Grecs le chemin à suivre. Lui qui a dit précédemment : Je suis la Voie, la Vérité et la Vie (Jn 14:6), leur montre la Croix, la Résurrection et l’Ascension.

Le Sacrifice de la Croix est présent dans l’Eucharistie, où Jésus nous donne comme nourriture ce Corps qui va être livré pour nous, comme il l’avait déjà dit précédemment : Ma Chair est vraiment une nourriture et mon Sang véritablement un breuvage (Jn 6:55, le “discours eucharistique”).

Le Sacrifice de la Croix serait incomplet sans la Résurrection ; c’est parce qu’il allait ressusciter que le Christ ajoute maintenant :  Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes (une autre version dit : j’attirerai toutes choses à moi).

La Résurrection sera vraiment la victoire de la mission salvifique de Jésus-Christ, dont la dernière étape sur terre sera sa glorieuse Ascension.

C’est pourquoi l’Eglise rappelle, dans chacune des prières eucharistiques de la Messe, la passion, la résurection et l’ascension de Jésus-Christ notre Seigneur. C’est tout cela que Jésus fait comprendre à ces Grecs si avides de Le connaître.

*       *       *

 

Mais à nous, qui n’étions pas présents à Gethsémani, ni au Calvaire, ni au Jardin de la Résurrection, ni sur la colline de l’Ascension, nous avons cette promesse du Maître : Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps (Mt 28:20). Dans l’Eucharistie, dans le Tabernacle de la Présence réelle, nous contemplons le Fils de Dieu incarné, humilié, crucifié et ressuscité. 

Regarder la Croix, faire le signe de la Croix, participer à l’Eucharistie, c’est le chemin pour connaître Jésus, dans toute sa réalité humaine et sa puissance divine, Lui qui a donné sa vie par amour pour le monde (Prière du jour).

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 00:00

Quatrième dimanche de Carême  - B

Les épisodes racontés dans la première lecture d’aujourd’hui (dans le second livre des Chroniques) se situent aux 7e et 6e siècles avant Jésus-Christ.
Après une réforme religieuse importante, conduite par Josias, plusieurs rois se succédèrent, pas meilleurs les uns que les autres, et qui furent tous soit enlevés soit déportés, qui en Egypte, qui à Babylone ; dans le même temps, Dieu suscita plusieurs prophètes pour ramener le peuple d’Israël dans le bon chemin : Jérémie, Ezéchiel et Habaquq firent connaître au peuple son péché, au nom de Dieu, mais on les méprisa.
Finalement - le texte le dit - Jérusalem et son Temple furent totalement détruits par les Babyloniens ; Nabuchodonosor emmena chez lui les survivants du massacre en les réduisant à l’esclavage pendant soixante-dix ans. Imaginons ce que serait cet esclavage, s’il nous concernait, depuis l’année 1939… Déjà ces cinq années furent particulièrement douloureuses ; on a du mal à imaginer ce qui se serait passé pendant soixante-dix années.
Le peuple d’Israël connut donc cette pénible situation, que le récit de la Bible met en relation avec son éloignement de la Loi de Dieu. Apparemment, Nabuchodonosor ne détruisit pas immédiatement le Temple, mais les murailles et les palais (598) ; plus tard Nabuzeriddinam détruira le Temple ainsi que la ville et fera de nouvelles déportations (587-581). Jérémie sera emprisonné, puis expédié en Egypte…
L’avènement de Cyrus au 6
e siècle va mettre fin à cet exil. Dieu lui suggère cette mesure de miséricorde par laquelle il renverra chez eux les Israélites pour reconstruire leur Temple (538). Si, pour les Israélites, ce Cyrus est un païen, un incirconcis, un étranger, Dieu s’en sert pour faire connaître à tout Israël sa miséricorde. C’était aussi une leçon :  ayant refusé d’écouter les Prophètes envoyés par Dieu, le peuple d’Israël fera l’expérience d’un Juste païen.
En même temps, Cyrus sera l’image du Sauveur futur, qui nous fera passer de l’esclavage du péché à la liberté de la vie nouvelle.


*       *       *

Le psaume 137 illustre cette situation de l’année 587 : les Israélites sont à Babylone, loin de leur pays, tristes, et n’ont pas vraiment le cœur à chanter.
Ce n’est peut-être pas le moment de chanter, mais c’est bien celui de se repentir, de réfléchir à ce qui a causé cet exil.
Et voici qu’une âme fidèle et repentante se souvient de la colline de Sion, de Jérusalem, du Temple. Dans sa tristesse, le chantre n’ose pas prononcer le nom de Yahwé ; il s’adresse à Jérusalem, à la Maison de Jahwé. De tout son cœur, il exprime sa volonté d’être uni à ce Temple où est présent le Créateur.
Une comparaison forte traduit ce sentiment : comme mon corps ne peut travailler sans la main droite, de même je ne peux vivre sans penser à Jérusalem.
L’auteur va même jusqu’à préférer être muet (que ma langue s’attache à mon palais), plutôt que d’oublier la Ville sainte. Mieux : le mot joie couronne cette phrase, montrant jusqu’où doit aller le vrai repentir.


*       *       *

Il faut bien se rappeler cette réalité : comme Israël était exilé, loin de Jérusalem, notre péché aussi nous sépare de Dieu. Sans le Christ, nous n’aurions pas reçu cette vie nouvelle, cette nouvelle naissance par le Baptême ; nous serions restés comme morts, loin de Dieu, exilés et exclus du Paradis.
Ce n’est qu’avec et par le sacrifice du Christ, que Dieu nous délivre de notre exil, nous pardonne et nous comble de Sa grâce.
L’épître de saint Paul aux Ephésiens est riche de ces verbes où l’Apôtre explique que nous sommes avec le Christ.
Une fois que Christ a pris notre nature humaine, Il nous a assumés dans sa divinité, que nous partageons à la mesure où nous abandonnons vraiment notre vieil homme. Nous vivons avec Lui, nous sommes ressuscités avec Lui, nous régnons aux cieux avec Lui.
Paul est radical dans sa pensée : même nos meilleures actions seraient restées nulles et sans fruit, si Dieu ne nous avait donné Sa grâce, dans la Vie sacramentelle qui nous unit à Jésus-Christ. Si, heureusement, Dieu n’abandonne jamais quelqu’un qui n’est pas baptisé, c’est tout de même autre chose d’avoir une vie honnête et même généreuse, et autre chose de participer pleinement à la divinité de Jésus dès ici-bas, par la participation aux Sacrements institués par Lui pour développer en nous une plénitude de Paix, de Joie, et surtout d’union avec Lui, ce qui a fait dire à Saint Paul : Je puis tout en Celui qui me fortifie (Ph 4:13).
Celui qui me fortifie, c’est ce Jésus qui a donné Sa vie pour moi. Ce Jésus crucifié, l’Innocent abaissé au plus vil des châtiments, en compagnie de brigands, c’est Lui qui, désormais, par son Sacrifice total et parfait, est devenu notre Salut. Ne l’oublions pas : à force de le répéter machinalement, nous ne réalisons peut-être plus quelle grâce Dieu nous a faite.


*       *       *

Quand nous regardons la Croix, cet instrument honteux de supplice chez les Romains, cette Croix est désormais pour nous le Signe de la Paix retrouvée, le Signe du Salut, l’instrument qui nous a reconduits à Jérusalem.
C’est en annonce de ce réel prodige, que Moïse eut à exposer dans le désert l’image de ces serpents qui décimaient le peuple d’Israël (cf. Nb 21:4-9) : regarder ce serpent désormais immobilisé signifiait la victoire sur l’ennemi.
A propos de cette Croix, signalons une erreur évidente que commettent certains Chrétiens - qui ne se reconnaissent pas dans les rangs des Catholiques : selon eux, Jésus aurait été attaché non pas à une croix telle que nous la connaissons, mais à un unique poteau vertical (ce qui, reconnaissons-le au passage, n’aurait pas constitué un supplice moins horrible que celui de la croix). C’est pourquoi les publications de cette Secte ont abandonné le signe de la croix, qui était leur emblême au début. Ne leur en voulons pas ; s’ils aiment vraiment la Vérité, ils comprendront d’eux-mêmes leur erreur (qui par ailleurs ne les empêchera pas d’être des personnes très vertueuses).


*       *       *


A notre tour, n’accrochons pas nos harpes aux arbres de Babylone ! A l’approche de la fête de Pâques, chantons de tout notre cœur, par exemple l’hymne Vexilla Regis prodeunt de s.Venance Fortunat († 609), en particulier cette strophe :

O Crux, ave, spes unica :     
Hoc Passionis tempore    
Piis adauge gratiam,    
Reisque dele crimina.    

O Croix, notre unique Espoir : Salut !
En ce temps de la Passion
Pour les justes, augmente la grâce,
Et pour les pécheurs, efface leurs crimes.

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 00:00

 

3e dimanche de Carême - B

 

Le bref évangile de saint Marc est complété, en cette année B, par des extraits de l’évangile de saint Jean. Mais il se peut que certaines communautés choisissent d’utiliser les lectures de l’année A, auxquelles on pourra se reporter.

*       *       *

Qui n’a jamais entendu parler des Dix Commandements ? Il faut tout de suite préciser que le texte biblique ne se présente pas de la façon qu’on a adoptée pour reproduire le Décalogue dans nos catéchismes.

Le texte de l’Exode que nous lisons aujourd’hui en est une première version ; il en existe une autre, postérieure, dans le livre du Deutéronome (Dt 5:6-22) ; l’Eglise a pendant longtemps repris la division proposée  par saint Augustin en dix commandements, trois concernant l’amour de Dieu, sept concernant l’amour du prochain.

L’actuel Catéchisme (Abrégé, n. 436) parle du Décalogue comme d’un résumé de la Loi mosaïque, d’une formule catéchétique que nous ferons bien de réapprendre dans nos familles.

1. Quand Dieu interdit de faire une quelconque image de lui, c’est pour qu’Israël se démarque nettement des pratiques idolâtriques des autres peuples, où l’on se prosterne devant des idoles, des totems, des objets inanimés dont on espère protection et bienveillance. 

Certaines tendances ont interprété cela comme une interdiction totale de toute représentation artistique. Il y eut la tristement célèbre période de l’iconoclasme, qui engendra une véritable persécution pendant deux siècles, et qui fit beaucoup de martyrs.

L’enseignement de l’Eglise est clair : il n’est pas question d’adorer ce morceau de bois ou cette peinture, comme font les idolâtres en se prosternant devant un totem «sacré» ; de la même façon qu’on respecte la photographie d’une personne chère, cette photographie n’est pas «la» personne en question.

Tout ce que l’homme a essayé, bien ou mal (souvent très mal !) de représenter par la peinture ou la sculpture, n’est qu’une image pour orienter notre esprit. 

Aujourd’hui il semble qu’on ait beaucoup plus confiance dans les horoscopes, les superstitions de corbeaux ou de chiffre 13, le loto, que dans les images pieuses.

2. Quand Dieu interdit d’invoquer le nom du Seigneur pour le mal, il nous est rappelé de veiller à notre langage de chaque instant. Dans une célèbre apparition (La Salette, 1846 ; l’apparition est reconnue par l’Eglise), Marie évoque avec grande tristesse ceux qui mettent le nom de (son) Fils chaque fois qu’ils se fâchent

A notre époque, on pourrait croire que ce sont plutôt les mots grossiers qui prévalent ; mais comme il est vilain d’entendre un blasphème ! A l’un de nos rois français qui répétait trop souvent un vilain Jarnidieu («je renie Dieu»), son aumônier, l’abbé Cotton, lui proposa de dire plutôt Jarnicotton, fantaisie qui plut beaucoup au roi.

3. Le “jour sacré” du sabbat, le jour où Dieu se reposa (Gn 2:2) est aussi le jour où Jésus-Christ se reposa dans la tombe, dans l’attente de la Résurrection. Le Sabbat était un jour d’attente ; à partir de la Résurrection du Christ, les Chrétiens fêtèrent ce «huitième jour» comme le premier, pour fêter la nouvelle Lumière, après la création de la lumière au Premier jour. La fête de Pâques sera l’occasion de reparler de ce thème.

A la fin du 19e siècle, tout un courant mobilisait déjà, en France, les artisans et les tenanciers de bars pour ne pas travailler le dimanche. L’argument du “repos dominical” nécessaire à la famille et aux occupations personnelles, n’est qu’un argument laïque. Fondamentalement, ce jour est celui de Dieu. Dominica dies, d’où vient notre dimanche, est littéralement «le jour du Seigneur».

Il serait heureux de chercher une solution plus adéquate pour ce Jour saint, qui convienne aux Chrétiens, aux Juifs ou aux Musulmans. Il ne semble pas que les Chrétiens aient la possibilité de s’opposer au jour de la prière en pays juif ou musulman ; dès lors on ne voit pas pourquoi ces derniers ne pourraient pas prier le dimanche en pays chrétien. La prière reste la prière.

4. Il est tout naturel d’honorer ses père et mère, qui nous transmettent la vie que nous recevons de Dieu. Ils représentent la première autorité sur terre. C’est au nom de cette autorité sainte que Paul recommande aussi de respecter nos maîtres d’ici-bas en leur obéissant comme au Christ.

5. Quand Dieu réprouve le meurtre, l’adultère, le vol, le mensonge, Il demande à chacun de nous d’avoir une vie honnête à tous instants. 

a. Attenter à la vie d’un être est un crime grave. La vie appartient à Dieu, qui la donne et qui la reprend. L’homme n’a pas le droit d’interférer sur cette Loi divine. N’entrons pas dans la polémique : adorons l’Auteur de la vie et respectons-la.

b. A notre époque, il semble que l’adultère et la fornication aient obtenu droit de cité, en dépit de toute référence morale et familiale : l’homme s’est abaissé au niveau des bêtes et même plus bas, et l’on a tendance à trouver cela tout-à-fait normal, habituel et même légitime. Qu’au moins dans notre conscience il n’en soit pas ainsi.

c. Il tombe sous les sens que voler est une injustice grave. Le vol, comme tout détournement, est une forme pratique du mensonge.

d. Un des remèdes à notre société, un auteur russe l’a écrit il y a bien des années, serait de “Vivre sans mensonges” (Alexandre Issaeïevitch Soljenitsine). La sincérité va de pair avec la pureté d’esprit : nous devons condamner en nous toute duplicité et regarder les choses et les personnes avec un œil sans ambiguité.

*       *       *

Le psaume 18 est un hymne à Yahvé, créateur du ciel et tout spécialement du soleil et auteur de la Loi : la nature et la Loi manifestent les perfections divines. 

Le Soleil de Justice est le Verbe incarné, Jésus-Christ, l’envoyé du Père : la liturgie de Noël le répète en chantant ce même psaume 18. Dans l’ancien Orient païen, il y avait une fréquente assimilation du Soleil avec la Justice. C’est pour ce Soleil que Dieu dressa une tente (v. 5 du psaume, non cité aujourd’hui) ; ce pourrait être le sein virginal de Marie, ou l’Eglise entière, puisque l’une et l’autre engendrent la vie du Christ (cf. Concile Vatican II, Constitution Lumen Gentium, 8, 62-63) et c’est ce Soleil qui s’est ensuite exprimé pour toute la terre jusqu’aux limites du monde (v. 6), par l’intermédiaire des Apôtres.

La Loi ainsi transmise est d’origine divine : elle est parfaite !

La crainte qu’elle inspire est pure, parce que nous n’avons pas peur de Dieu : nous le «craignons» au sens où nous le respectons profondément et nous L’adorons humblement.

*       *       *

Puisque dans l’Evangile, nous allons lire que les Juifs demandent à Jésus un signe, nous lisons d’abord ce qu’en dit l’Apôtre Paul : Jésus connut la mort du dernier des brigands, mais c’est Lui le Signe, la vraie Sagesse. C’est pourquoi le signe de notre foi est la Croix. 

Les Martyrs de tous les siècles ont connu d’horribles tourments, mais devant Dieu ce sont eux les vainqueurs d’un monde inique.

N’ayons pas de respect humain à affirmer notre foi, notre attachement à ce Crucifié : c’est Lui qui nous donnera la force nécessaire, le moment voulu, et la sagesse, pour répondre à nos accusateurs (cf. Mt 10:19). 

*       *       *

 

Aujourd’hui, Jésus fait un peu de “nettoyage” dans le Temple de Jérusalem, où l’on accumule un peu tout et n’importe quoi, bêtes et commerçants, sous prétexte que les fidèles ont besoin d’acheter ce qui est nécessaire aux sacrifices du Temple. 

Certes, le commerce reste le même, dedans ou dehors, et au Temple comme dans tout lieu de pèlerinage, les fidèles ont besoin d’acheter ne serait-ce qu’une image en souvenir. Mais il y a un endroit approprié pour prier, un autre pour parler ; de la même façon qu’il est un peu déplacé d’utiliser une salle “polyvalente” pour, un soir, danser et s’amuser, et le lendemain s’y réunir pour prier, sous prétexte qu’il y fait plus chaud ou plus “convivial”. En fait de convivialité, il faudrait d’abord chercher à être convivial avec Dieu. Il y aurait peut-être ici à faire une petite méditation sur la crainte de Dieu et le respect qu’on doit au sanctuaire.

Donc, on a prétendu que Jésus s’est “mis en colère” en chassant du Temple de Jérusalem vendeurs et bêtes et en renversant les tables avec l’argent des changeurs. Jésus ne s’est certainement pas mis en colère, parce que la colère provoque des attitudes et des paroles déplacées et incontrôlées ; pour faire sortir des bêtes d’un endroit, il ne faut surtout pas les affoler, mais simplement les diriger vers la porte, comme font tous les paysans avec leur bâton et leur chien ; Jésus  se fit un fouet avec des cordes, donc avec les moyens du bord, et nul ne dit qu’il se soit déchaîné sur les pauvres bêtes innocentes qui se trouvaient là.

De même au sujet des changeurs et des marchands : Jésus ne les a certainement pas battus, ni privés de leur argent ; sinon, leur première réaction aurait été d’avertir l’autorité pour se faire restituer leur argent perdu et se venger de Jésus. Rien de tout cela, parce que les intéressés savaient très bien qu’ils n’étaient pas à leur place et qu’ils avaient mauvaise conscience de tout ce trafic.

Non, Jésus ne s’est pas “mis en colère” ce jour-là ; plutôt, il nous a montré avec quelle énergie nous pourrions expulser de notre temple personnel nos vilains défauts : l’orgueil avant tout, l’avarice, la gourmandise, la paresse…

Le Temple de Jésus, son Corps humain, va bientôt disparaître, pour reparaître plein de gloire au jour de la Résurrection.

*       *       *

 

Nous aussi, purifions notre temple intérieur. Dans ce combat parfois difficile, il est bon de recourir à la prière, à de petites privations, pour élever notre âme vers la Perfection divine. 

La Prière du jour est intense, qu’elle soit la nôtre chaque jour : nous avons conscience de nos fautes, patiemment, relève-nous, Seigneur, avec amour.

S’il est éblouissant de fixer le soleil, il est indispensable au contraire de fixer le Soleil de Justice, le Christ mort et ressuscité. C’est pourquoi l’Antienne d’ouverture reprend le verset du psaume 24 : J’ai toujours les yeux sur le Seigneur.

 
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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 00:00

Carême - 2 B

 

Le sacrifice d’Isaac a été unanimement reconnu comme une préfiguration de la Passion de Jésus-Christ par des auteurs célèbres comme Tertullien, Origène, et bien sûr s.Augustin qui écrit : “Qui d’autre en Isaac portait lui-même le bois pour le sacrifice, si ce n’est Celui qui était lui-même chargé de la croix pour aller au terme de sa passion ?” (Contra Faustum, XII,25).

Le sacrifice d’Abraham a vraiment été complet, total : par sa promptitude à obéir, sans un mot de discussion, sans un instant d’hésitation, sans exprimer le moindre regret.

De cette bénédiction est venu le Fils de Dieu, incarné dans le sein de Marie, qui s’est offert totalement à Son Père jusqu’à la croix. 

*       *       *

Il y a un petit problème de traduction dans le psaume de méditation, où nous lisons : Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens, comme si Dieu avait accepté à contre-cœur le sacrifice de Jésus et le martyre de tant d’hommes et de femmes jusqu’à nos jours. 

Certes, Dieu ne prend pas plaisir à voir écorcher vifs Ses enfants, mais le psaume dit en réalité : Elle a du prix, aux yeux de Dieu, la mort de ceux qui l’aiment (traduction Segond). 

Une note de la Bible de Jérusalem explique que les versions ont interprété ce texte d’après le dogme de la résurrection, et tout le contexte de ce psaume 115 semble bien exprimer clairement l’Action de grâces du Christ pour son Sacrifice rédempteur. 

Ce psaume à lui seul pourrait constituer une excellente Prière Eucharistique, à utiliser à l’entrée de la maison du Seigneur, au milieu de Jérusalem.

*       *       *

Saint Paul est encore plus décisif : Dieu n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous : c’est bien la preuve que cette mort est précieuse aux yeux de Dieu.

 

*       *       *

Sur cette autre montagne du Thabor, Jésus apparaît transfiguré aux apôtres, et la voix du Père nous dit expressément que c’est Lui qu’il faut écouter.

Cette manifestation du Christ glorieux a été permise par Dieu pour, en quelque sorte, encourager les apôtres à ne pas se laisser abattre par la prochaine passion du Christ, en leur annonçant quelle serait ensuite la gloire du Ressuscité, même s’ils ne comprennent pas bien encore ce que peut signifier ressusciter d’entre les morts, une réalité encore inexistante et qui allait bientôt être la marque fondamentale du Christianisme .

Il faudrait dire un mot sur la phrase de Pierre qui ne savait que dire, tant était grande leur frayeur

En fait, Pierre exprime très clairement quelque chose qui est plein de respect et d’adoration, proposant une tente pour le Christ qui est Dieu, une pour Moïse (qui en reçut les Tables) et une pour Elie (qui annonça Sa naissance), mais pas pour lui-même et ses deux compagnons ; il disait donc quelque chose de tout-à-fait sensé, mais un peu sans s’en rendre compte, comme dans une extase. 

Et l’on ne pourrait pas vraiment parler de frayeur, puisqu’il dit qu’il est bon d’être ici : certainement il a pu être rempli d’un sentiment de sainte crainte, de cette crainte de Dieu dont le psaume dit : Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur (Ps 33:12).

Sans prétendre corriger la traduction officielle des textes liturgiques, on pourrait proposer de comprendre cette expression de la façon suivante : “Il ne s’apercevait pas des paroles qu’il disait, tant il était saisi de crainte”, un état d’esprit qui s’est répété dans maintes apparitions tout au long des siècles.

 

*       *       *

Ce n’est pas la mort en soi qui est douloureuse, ni aux yeux de Dieu ni aux nôtres, puisque dès notre conception nous sommes condamnés à la mort. Ce qui compte, en effet, c’est comment est offerte et acceptée cette mort, ainsi que les douleurs et les maladies qui l’accompagnent, comment chacun de nous accepte de s’offrir à Dieu pour collaborer à Son œuvre rédemptrice. 

Sur l’invitation de Dieu lui-même, écoutons son Fils bien-aimé : travaillons à faire mourir en nous les traces du vieil homme, nos concupiscences, nos petites choses humaines et terrestres, pour dès maintenant ressusciter à une vie nouvelle.

Ecoutons bien déjà la Prière du jour : ainsi purifiés, nous pourrons discerner (la) gloire du Christ, comme les Apôtres.

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14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 00:00

1er dimanche de Carême - B


Le personnage de Noé a souvent été mis en doute par les rationalistes : comment expliquer qu’un déluge universel se soit déversé sur le monde entier, que tant d’hommes, d’animaux et d’espèces végétales aient disparu par simple décision de Dieu pour «punir» les hommes ?
Des récits anciens ont aussi parlé d’une immense catastrophe dans la région de Babylone. Quand on voit les conséquences dramatiques d’un tsunami, d’une éruption volcanique ; ou celles d’un accident technique comme à Tchernobyl, ou aussi du comportement humain irresponsable causant l’actuel réchauffement de la planète, on peut très bien imaginer on ne sait quelle catastrophe immense.
Quelle qu’ait été l’ampleur de ce séisme, la Bible désire s’en servir pour nous donner un enseignement spirituel et théologique pérenne : le mal, comme le bien, ne restent pas sans conséquences. Autant le mal que je commets altère l’harmonie du créé et donc toutes les créatures, autant le bien que je m’efforce de faire contribue à consolider, à réparer l’harmonie perdue, ou même à l’embellir, comme on embellit de pierres précieuses un objet déjà finement tissé ou sculpté.
Toutes ces créatures qui étaient tombées dans le péché et furent englouties, représentent notre vieil homme et ses mauvaises passions ; le déluge annonce notre baptême, Noé et sa famille dans l’arche sont la nouvelle créature sauvée, de même qu’on verra plus tard Moïse sauvé des eaux, le peuple juif sauvé des eaux de la Mer Rouge.
Saint Hilaire de Poitiers (4e siècle), reprenant un commentaire d’Origène (3e siècle), montre comment le personnage de Noé préfigure celui de Jésus-Christ. En effet, écrit ce Père de l’Eglise, c’est Jésus-Christ qui abrite ses fils dans l’arche de sa doctrine et de son Eglise ; comme Noé inventa cette liqueur issue de la vigne, de même Jésus changera ce vin en Vin nouveau, en Son Sang rédempteur ; comme un de ses fils s’est moqué de la nudité de Noé, de même on se moquera du Christ dénudé en croix ; comme Noé fut victime de sa vigne qui lui provoca l’ivresse, de même Jésus, après avoir apporté la vigne d’Egypte (Ps 79:9) et l’avoir plantée en Palestine, souffrit justement de cette vigne d’Israël, jusqu’à la passion et la mort (voir Saint Hilaire, Traité des Mystères, 12-15).

La lecture d’aujourd’hui commence au verset 8 du neuvième chapitre de la Genèse. Quelques versets plus haut, on lit que Dieu établit tous les animaux de la terre, tous les oiseaux du ciel, tout ce dont la terre fourmille, tous les poissons de la mer comme nourriture au même titre que la verdure des plantes, précisant bien que tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture, avec cette seule restriction que vous ne mangerez pas la chair avec le sang, toutes ces bêtes devant d’abord être immolées par le feu, le sang étant éliminé, de sorte qu’il ne restera que la chair à manger.
Au début, en effet, l’homme et les animaux ne devaient se nourrir que des fruits de la nature (cf. Gn 1:29-30). Ils n’avaient pas à tuer la vie pour se nourrir. L’homme devrait désormais conserver un souvenir de la destruction générale provoquée par le déluge.
On comprendra mieux ainsi pourquoi certaines saintes âmes, par nostalgie de la première innocence, cessèrent de manger de la viande.

*       *       *


Le psaume 24, qui est de David, est un poème alphabétique, dont chacun des vingt-deux versets commence par une des lettres de l’alphabet hébraïque.
Il évoque un homme qui regrette fortement son passé de pécheur (verset 11 : pardonne mes torts, car ils sont grands), qui est remis dans la voie qu’il faut prendre (verset 12) et qui, tout en ayant les yeux fixés sur Yahvé (v.18), a besoin de Lui pour le protéger des ennemis qui foisonnent (v.19) : Vois de quelle haine violente ils me haïssent (v.19). On perçoit bien ici le Christ, l’Homme nouveau, qui a pris en sa chair le péché des hommes et qui est l’objet de la risée des bourreaux.
Dans les trois strophes choisies aujourd’hui pour le Chant de méditation, se trouvent des expressions essentielles : le Dieu qui me sauve, le Dieu qui a sauvé Noé et sa famille ; le Dieu miséricordieux qui oublie les révoltes ; et qui montre au pécheur le chemin, c’est-à-dire le salut par la Croix.
Observons ici que l’ultime lettre de l’alphabet hébraïque, Tau, est justement le T de la croix, l’instrument du salut par lequel le Christ a achevé son existence terrestre pour nous donner la vie nouvelle.

*       *       *


Saint Pierre avait parfaitement compris tout ce mystère : le déluge était une image du baptême qui nous sauve maintenant.

C’est le sens profond de cette nouvelle alliance de Dieu avec Noé, promettant que les eaux ne produiront plus le déluge, alors que bien évidemment bien d’autres catastrophes météorologiques se sont abattues sur terre depuis Noé. En réalité, dans la nouvelle alliance, dans l’arche du salut de l’Eglise, tout sera accompli : le Sacrifice du Christ ouvrira définitivement la porte du salut à toute âme qui adhérera à la doctrine unique de la Vérité.
Pierre fait remarquer que huit personnes en tout furent sauvées. Le chiffre huit n’est pas un hasard : après la création, qui dura symboliquement six jours, Dieu se «reposa» le septième jour ; le Christ, après sa mort, «se reposa» le jour du sabbat. La Résurrection advint au huitième jour, premier jour de la nouvelle semaine, de la nouvelle créature. C’est dire l’importance du Jour du Seigneur, du Dimanche.
Ce symbolisme se retrouve dans la gamme musicale : la septième note «attend» la huitième, l’octave, la reprise de la première note. Dans la liturgie, «fêter l’octave» signifie que pendant huit jours les prières se réfèrent toutes à la fête du premier jour ; c’est le cas à Noël et à Pâques.
La conscience droite dont parle saint Pierre, est la conversion de cœur que Jésus attend de nous, quand Il nous dit Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.

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Cette phrase a été répétée par le prêtre en déposant sur notre tête un peu de cendres au début du Carême. L’invitation à la conversion du cœur, c’est le troisième des Mystères Lumineux du Rosaire. Nous l’entendons dans l’évangile.
L’évangéliste nous dit aussi que Jésus resta quarante jours dans le désert, très laconiquement. On sait par les autres évangélistes qu’Il y jeûna ; le jeûne a toujours été une attitude qui accompagnait une prière intense, ou une pénitence volontaire pour expier quelque mal commis, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. Il est dit de beaucoup de Saints qu’ils jeûnaient. Encore aujourd’hui, rappelons-le, l’Eglise nous demande de jeûner, mais seulement deux jours dans l’année : le Mercredi des Cendres (mercredi dernier, en début de Carême), et le Vendredi Saint, au terme du Carême, quand nous revivons la mort du Christ.
Jeûner n’est pas une attitude que certains appelleraient aujourd’hui “masochiste” ; il ne s’agit pas de  se complaire dans des pratiques douloureuses pour le plaisir de souffrir la faim - et de risquer d’en perdre la santé. Il est vrai que certains Pères du désert et certains Saints ont pratiqué des austérités véritablement effrayantes : ce qu’il faut admirer en cela n’est pas leur “prouesse”, mais l’humilité profonde avec laquelle ils ont uni leurs souffrances à celles du Sauveur. Mais pour nous, l’Eglise reste maternellement prudente et ne nous impose rien de si austère : un jour de jeûne, il nous est demandé de faire un seul vrai repas (plutôt à midi), avec aussi une boisson chaude au petit matin et avant de se coucher, et ce uniquement pour les adultes de dix-huit à soixante-cinq ans, pourvu qu’ils aient une santé qui puisse supporter cette privation.
Les mêmes jours de jeûne ainsi que tous les autres vendredis de Carême, il nous est demandé de faire “abstinence de viande”, et donc de manger du poisson ou de l’œuf, ce qui ne constitue pas vraiment une privation, vu que ces nourritures sont extrêmement riches pour la santé : c’est seulement une attention particulière pour honorer la mémoire de la mort du Christ le Vendredi Saint. Nous pouvons toujours pratiquer l’abstinence les autres vendredis de l’année ou en d’autres jours, mais ce n’est pas là une obligation.
Ceux qui ont jeûné peuvent témoigner que cette pratique est fort utile pour la vie intérieure : en nous détachant un peu de la vie matérielle, elle nous aide à approfondir la méditation, la prière, le don de soi, la préoccupation pour les autres.
Jésus a jeûné : non pas qu’Il ait eu besoin de cela pour apprendre à prier, à parler avec Dieu le Père, à s’offrir pour tous les hommes, mais pour nous montrer comment amener ce corps humain qu’Il avait pris de nous, à s’élever vers plus de spiritualité, vers plus de sainteté.

*       *       *


Que cette période de Carême soit pour chacun de nous l’occasion de nous convertir davantage, de progresser dans la connaissance de Jésus-Christ - ce sont les termes de la Prière - pour arriver à Pâques un peu plus “ressuscités” à la vie du Christ.

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 00:00

Mercredi des Cendres

 

Du quatrième au neuvième dimanche “ordinaires”, nous relisons d’amples passages du Discours sur la Montagne en saint Matthieu, mais pas celui que nous lisons aujourd’hui, en ce Mercredi des Cendres, précisément parce que l’Eglise veut aujourd’hui nous faire méditer sur le vrai jeûne, comme l’entend Jésus-Christ.

La pratique du jeûne n’est pas une innovation du Christ, car on le trouve maintes fois dans l’Ancien Testament (voir Tb 12:8 ; Ion 3:5 ; 2Par 20:3…). Le Prophète Joël nous y convie à son tour aujourd’hui. L’usage de la cendre non plus n’est pas nouveau : se couvrir la tête de cendre ou se coucher dans la cendre est une attitude de pénitence, d’humiliation, de repentir (cf. Job 2:8 ; Est 14:2 (gr 4:17k) …).

Nous lirons dimanche prochain comment Jésus se retira au désert et y jeûna quarante jours et quarante nuits, avant d’être tenté par le Démon. Avant de nous enseigner comment jeûner, Jésus pratique le premier ce qu’il veut nous suggérer : un jeûne authentique, qui nous aide à approfondir notre attachement à Dieu par le détachement de la terre.

La Prière du jour nous explicite le sens juste et le but de ce jeûne : Que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l’esprit du mal. Et aussi la préface de la Messe : Tu veux, par notre jeûne et nos privations, réprimer nos penchants mauvais, élever nos esprits, nous donner la force et enfin la récompense

Il ne s’agit pas du tout de mourir de faim, de faire courir des risques à la santé. A certaines périodes, en certains endroits, on a pratiqué des jeûnes excessifs, parfois effrayants, qui finissaient par être plus des prouesses orgueilleuses que de vrais efforts vers la conversion intérieure. 

Jésus ne semble pas s’être privé de boire, même au désert ; le texte dit bien qu’il eut faim, donc qu’il ne mangea pas durant les quarante jours et les quarante nuits ;  Il ne s’est pas non plus “rattrapé” la nuit. Il y a des jeûnes qui consistent à ne rien prendre pas même une goutte d’eau, pendant tout un mois, même par la chaleur, mais on peut manger à sa faim durant toute la nuit : ceci n’est pas le jeûne que veut Jésus. 

Surtout, Il ne s’est pas montré ces jours-là ; il est resté discret ; tout au plus en aura-t-il parlé en secret avec les Apôtres, plus tard, ne serait-ce que pour leur expliquer comment il se prépara à sa mission, et comment ils auraient ensuite à expliquer aux croyants la façon de jeûner.

Actuellement, l’Eglise a considérablement réduit les exigeances de ce jeûne du Carême. C’est aussi que notre vie est extrêmement stressante, et maternellement l’Eglise ne voudrait pas contraindre à des obligations dures des travailleurs déjà très éprouvés par les déplacements et le bruit. Au désert, on souffre de la soif ou de la faim, mais pas du bruit !

Il reste que notre Mère l’Eglise nous demande seulement de jeûner le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Et encore, jeûner s’entend : prendre un seul repas à midi, avec une boisson chaude le matin et une légère colation le soir. En outre, chaque vendredi de Carême, en souvenir de la mort de Jésus-Christ pour chacun de nous, nous sommes invités à nous abstenir de viande, en la remplaçant par du poisson ou de l’œuf ou du fromage, ce qui n’est pas à proprement parler une “pénitence”.

De ces pratiques sont exemptés les enfants et les adolescents, ainsi que les personnes âgées et bien sûr les malades. Mais rien n’empêche ceux qui le désirent ardemment d’ajouter quelque petite pratique plus personnelle, pourvu qu’elle soit dans l’esprit du Carême : s’abstenir de chocolat, de confiture, de vin n’est pas forcément nécessaire ; beaucoup plus important serait de perdre moins de temps devant la télévision ou l’ordinateur et la console de jeux, savoir se taire plutôt que de parler derrière le dos des autres, et surtout de lire un peu plus les saints livres de l’Eglise : l’Ecriture, le Catéchisme, tel ou tel document du Pape, des Vies de Saints, en priorité par exemple les plus récemment béatifiés ou canonisés.

 

*       *       *

 

Dans cet esprit faisons bien nôtre l’appel du prophète Joël : Revenez à moi de tout votre cœur…! Les larmes et le deuil que préconise le Prophète sont là pour pleurer nos péchés, sincèrement, et non pour se donner en spectacle à la foule.

 

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Saint Paul à son tour nous demande de nous réconcilier avec Dieu : le mot est presque amusant, car ce n’est pas Dieu qui doit se réconcilier, mais comme les gens disent très souvent que Dieu semble ne pas les écouter ni s’occuper d’eux, saint Paul répond qu’au fond, pour que Dieu soit plus proche de nous, nous n’avons qu’à nous rapprocher un peu de Lui ; ayant fait ce pas vers Dieu, nous serons tout heureux de sentir la main puissante de Dieu sur nous.

Il est remarquable que Jésus-Christ, en prenant notre nature humaine, ait assumé tout le péché des hommes, de sorte que notre nature soit à son tour absorbée en Jésus-Christ qui nous reconduit à Dieu, divinisés.

 

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L’appel que nous adresse le prêtre au moment de nous imposer la cendre sur le front, est significatif : 

Convertissez-vous et croyez à l’Evangile (cf. Mc 1,15), qui est plutôt un appel pressant à la joie de la conversion, dans l’esprit du troisième mystère lumineux du rosaire. C’est la raison pour laquelle c’est le rite des Cendres qui tient lieu d’acte pénitentiel, à la place du Je confesse à Dieu habituel.

 

*       *       *

 

Dans cet esprit lisons, méditons, ce psaume 50 : on y lit tout le repentir de David après son adultère, mais aussi l’espérance en la joie d’être sauvé, la confiance d’être pardonné et le désir intime de louer Dieu.

Autrefois la formule pour l’imposition des cendres était : 

Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière (cf. Gn 3,19), qui insistait plus sur notre côté humain et mortel.

Convertissons-nous ! Avançons vers la sainteté de Dieu par de petits actes humbles, de petites victoires arrachées à notre Ennemi, parfois avec une certaine violence contre notre moi personnel. Si nous reconnaissions chaque soir une seule action imparfaite de notre journée et que nous nous en repentions, nous serions déjà sur le chemin de la sainteté.

N’oublions pas que l’Eglise nous demande au minimum de nous approcher de l’Eucharistie chaque année au moment de Pâques, et que pour y accéder, il faut s’y préparer par une bonne confession. Salutaire habitude, celle de s’examiner chaque soir en sachant pointer du doigt tel défaut, tel péché : non pas pour nous en sentir accablés, mais en remerciant Dieu de nous avoir ainsi éclairés pour nous rapprocher de Lui, pour nous réconcilier.

Que ce premier pas dans le Carême soit suivi d’autres, tous plus décisifs l’un que l’autre, pour franchir avec Christ le fossé de la Mort et ressusciter avec Lui à la victoire, à la résurrection, à la Vie.

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 00:00

6e dimanche per annum

 

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La lèpre occupe dans le Lévitique une place très importante (deux chapitres : Lv 12 et 13). 

On ne contracte cette maladie qu’après un contact prolongé avec un autre malade, et elle cesse d’être contagieuse dès qu’on commence de la soigner, même si ses effets sont encore visibles.

Or, théologiquement, cette maladie ressemble à une autre, spirituelle : l’erreur. On tombe dans une erreur quelconque après avoir fréquenté assez longuement, de façon physique ou seulement intellectuelle, quelqu’un qui se trouve déjà dans cette erreur, mais aussi on est déjà bien soulagé dès qu’on commence de lutter contre cette erreur, même si parfois il n’est pas facile d’en éradiquer toutes les coséquences.

Pour cette similitude, la lèpre était donc vue symboliquement comme le signe extérieur d’un état intérieur fautif, dévié, étranger à la Loi divine. C’était pour cela le rôle du prêtre de la constater et de se prononcer. Ce pécheur, impur, devait être exclu du camp, de même qu’un hérétique, dans l’Eglise, est excommunié.

Dans la Loi, il n’existait pas encore de sacrement pour la réconciliation ; le pécheur devait attendre sa guérison dans la pénitence. On verra tout-à-l’heure dans l’évangile comment Jésus perfectionnera la Loi.

 

*       *       *

Le psaume 101 est un cri confiant du pécheur vers Dieu ; c’est un des psaumes traditionnels «de la pénitence». Le premier verset est chaque jour répété par tous ceux qui prient la Louange des Heures (le bréviaire), pour invoquer la présence de Dieu.

S’adresser à Dieu implique en effet qu’en premier lieu on sache se reconnaître pécheur et qu’on demande pardon. C’est le sens du rite initial de la Messe. 

Après cet appel à la miséricorde de Dieu, le psaume s’achèvera sur une vision de la consolation, du rétablissement de Sion (la colline de Jérusalem, symbole de l’Eglise) où se joindront peuples et royaumes pour rendre un culte à Yahvé (v. 23). 

La réponse de Dieu se manifeste dans son infinie miséricorde. La première antienne de Communion y fait allusion : Ils mangèrent et furent rassasiés, leur attente ne fut pas trompée.

 

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Puisque la première lecture est en lien direct avec l’évangile, lisons tout de suite le récit de la guérison du lépreux.

Ce pauvre lépreux vient trouver Jésus, spontanément, librement ; il tombe à genoux, humblement ; et dans un acte de foi sincère, il déclare au Médecin céleste : Tu peux me purifier.

Il n’est pas allé dire cela aux prêtres du Temple, mais il vient le dire à Celui qu’il reconnaît comme seul habilité à remettre les péchés, à Dieu. Il y ajoute cette expression : Si tu le veux…

Nous avons là tous les éléments de notre sacrement de Réconciliation : le pécheur doit y reconnaître son péché, l’avouer au prêtre et vouloir s’en débarrasser, et le prêtre doit avoir cette intention de remettre le péché. Jésus y ajoute ce geste si bienveillant : il le toucha, en signe d’élection, comme s’il lui disait : Toi, toi qui m’as dit ‘si tu le veux’, toi, je te guéris.

Toute faute, tout désordre, appelle une «restauration» ; le pécheur, pour être pleinement pardonné, doit réparer sa faute. C’est le sens de l’injonction de Jésus : Va te montrer au prêtre, qui constatera la guérison, donc le pardon reçu de Dieu. A partir de ce moment, le pécheur guéri reprendra sa place dans l’assemblée.

Les prêtres seuls savent quelle joie ils ont de remettre les péchés aux pénitents ; et ceux qui vont confesser leurs péchés au prêtre peuvent dire quel soulagement ils ressentent en se relevant, absous. 

On fera ici une différence entre l’absolution qu’on reçoit au début de la Messe ou lors d’une cérémonie pénitentielle, et le sacrement proprement dit de la Réconciliation. Dans les deux premiers cas, le prêtre remet les fautes légères aux personnes présentes, avant de passer au Sacrifice ; dans le Sacrement, le prêtre donne l’absolution pour des péchés plus graves ou plus fréquents, après que le pénitent les ait reconnus explicitement et qu’il ait exprimé son ferme désir de s’en amender.

Mais Jésus demande en plus quelque chose de bien particulier à ce cher Converti : Ne dis rien à personne ! 

Comment ne rien dire, quand on est guéri d’une si horrible maladie comme la lèpre ? Oui, Jésus demande la discrétion, car le bruit extérieur, les nouvelles à sensation qu’on colporte, tout ce qui est clamé en gros titre dans la presse quotidienne - ne favorisent pas la vraie conversion du cœur, la vraie conversion que Dieu attend de nous.

L’évangile ne dit pas que le lépreux ait été de quelque façon “puni” d’avoir parlé, mais Jésus se trouve désormais dans l’impossibilité de parler vraiment au cœur des hommes qu’il rencontre, car il est assailli par toute une foule hurlante et délirante qui crie et gesticule, genre de manifestation populaire bien en vogue déjà à l’époque de Jésus, et qui ne favorise guère un climat spirituel de prière.

 

*       *       * 

Comme les dimanches passés, nous lisons les conseils de l’apôtre Paul aux Corinthiens. Dimanche dernier, il s’était concentré sur la nécessité de prêcher la Bonne Nouvelle ; aujourd’hui, il ose des expressions en apparence orgueilleuses sur lui-même : Faites comme moi - Prenez-moi pour modèle.

Saint Paul ne dit pas du tout qu’il est parfait, sans défaut, et qu’il faille l’imiter en tout. Mais comme il a entendu et vu le Christ sur le chemin de Damas (cf. Ac 9), il explique ainsi son comportement : puisque mon modèle à moi, c’est le Christ, vous pouvez être tranquilles que je n’agis qu’en exacte conformité avec le Christ.

Quel Apôtre aurait-il été, s’il avait prêché autre chose que l’enseignement du Christ, et si lui-même vivait autrement que ne le lui a enseigné le Christ ?

N’être jamais cause de scandale par nos façons, tout faire «pour la gloire de Dieu» : conduire la voiture, faire le ménage, ou la cuisine bêcher le jardin, rédiger un devoir à l’école, toute action exécutée le plus parfaitement possible, plaît à Dieu et constitue un bon exemple pour tous ceux qui nous voient.

Puisque Paul parle ici de manger, boire, rappelons-nous la consigne laissée par Jésus à ses disciples : Mangez ce qu’on vous servira (Lc 10:7), contraire à toutes sortes d’abstinence, où certains, même Chrétiens, jugent telle ou telle nourriture «impure» à la consommation. Paul aussi déclarera aux mêmes Corinthiens : Mangez tout ce qui se vend au marché (1Co 10:25).

 

*       *       *

Avec le lépreux, dont l’attente ne fut pas trompée, cherchons à vivre selon (la) grâce divine, pour reprendre l’expression de la Prière du jour.

Cette attente du pardon nous conduira vers l’esprit du prochain Carême.

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 00:00

5e dimanche per annum

 

Devant les difficultés de toutes sortes qui se dressent contre nous, la tentation peut être forte de se décourager.  

Dans la première lecture, nous entendons le pauvre Job, affligé de toutes parts, qui expose à Dieu sa peine ; il est tenté même de se révolter.

L’histoire de Job est en général connue, mais pas dans ses détails. La lecture intégrale du texte peut aisément faire penser que, si le personnage de Job est historique, le récit biblique présente les faits d’une façon assez symbolique : comment par exemple expliquer qu’à chaque malheur un seul serviteur ait réussi à échapper au massacre pour venir prévenir Job (cf. Jb 1:15,16,17,19) ? Le récit lui-même des épisodes, répétitif, suggère une figure oratoire qui retient l’attention. 

Il reste que dans le personnage de Job chacun de nous peut se reconnaître, avec les épreuves multiples que nous vivons durant notre vie. Qui n’a jamais dit un jour Quelle corvée ! Quelle galère ! Qu’ai-je fait au Bon Dieu… ? Et de la plainte à la révolte, il n’y a qu’un pas.

Job évoque cette corvée, ces cauchemards, le travail qui apparemment ne sert à rien quand tout s’en va en fumée. Au chapitre 23, il parle de sa révolte ; au chapitre 27, il dit que Dieu lui refuse justice ; au chapitre 30, il semble se vanter des jours passés, et accepter à contre-cœur d’être la risée des gens qui sont plus jeunes… Mais à ces moments difficiles font suite des élévations sublimes : au chapitre 25, il qualifie Dieu de souverain redoutable, au chapitre 28, il fait un sublime éloge de la Sagesse de Dieu.

Saint Grégoire le Grand commente : Par le péché, nous sommes en désaccord avec Dieu ; il est donc juste que nous revenions à la paix avec lui par les épreuves… L’âme de celui qui est ainsi corrigé est rétablie par l’humilité dans la paix avec son Créateur. 

Mais la leçon principale que nous devons recevoir de Job, est la réponse qu’il fit à son épouse : Tu parles comme une folle. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! (Jb 2:10). Sa première réaction, à l’annonce de ses malheurs, fut une véritable soumission à la volonté de Dieu : Dieu a donné, Dieu a repris : que le nom de Dieu soit béni (Jb 1:22).

 

*       *       *

Le psaume 146 fait écho à Job, en évoquant l’action de Dieu qui guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures.

Quelles blessures Dieu soigne-t-il ? Fait-il un miracle chaque fois qu’un homme se casse un bras ou une jambe ? Certainement pas. Mais il y a des blessures intérieures que seul Dieu peut soigner : nos péchés. Seul lui est un juste juge, qui sait pardonner, qui sait punir, qui sait récompenser. C’est pourquoi le psaume continue : Le Seigneur élève les humbles et rabaisse les impies.

Comme Job, il faut recevoir de Dieu les bonnes choses comme les moins bonnes, les premières comme des grâces pour nous encourager, les autres comme d’autres grâces aussi pour nous corriger. Saint Paul le dit en d’autres termes : Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter (1 Co 10:13).

 

*       *       *

C’est là une parole très réconfortante que nous dit l’Apôtre Paul. Lui qu’on a parfois qualifié de dur, de rigoureux, lui qui vient de reprocher aux Corinthiens leurs divisions et, pour certains, leurs mœurs licencieuses, il sait aussi se montrer extrêmement soucieux d’apporter du réconfort, de la consolation, à la suite du Christ.

Durant sa vie publique, combien de fois Jésus a répété ces phrases consolatrices : N’ayez pas peur ! Va en paix ! Ta foi t’a sauvé(e) ! Je ne te condamne pas ! Pardonnez ! 

Si saint Paul dit qu’il s’est fait tout à tous, qu’il a cherché à gagner le plus grand nombre possible d’âmes, ce n’est pas pour se vanter, c’est pour exprimer ce zèle qui l’anime, à la suite du Christ, pour le salut de chacun de nous.

Durant son voyage à Manille (29 novembre 1970), le pape Paul VI reprit à son compte cette exclamation de l’Apôtre : Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile !

La Nouvelle Evangélisation en cours nous rappelle le devoir que nous avons de porter l’Annonce à nos frères ; non pas un nouvel évangile, mais une annonce efficace de l’Evangile perenne du Christ, en commençant par examiner notre propre cohérence de vie avec l’idéal évangélique.

 

*       *       *

Que nous dit aujourd’hui Marc dans son Evangile ? 

Jésus guérit la belle-mère de Pierre, ainsi que toutes sortes de malades, chassant beaucoup d’esprit mauvais.

Marc, comme les deux autres Synoptiques, mentionne cet épisode où l’on voit que Pierre était marié, pour mettre encore plus en lumière que le Christ l’a appelé “tel qu’il était” pour le conduire au célibat, dans le don total de sa personne à Dieu. Par ailleurs, il n’est jamais question dans l’Evangile, de l’épouse de Pierre. On sait par des traditions orales persistantes, que les Apôtres ont tous donné le témoignage d’un célibat absolu à partir du moment où ils ont répondu à l’appel du Christ.

    Ensuite, on pourra remarquer l’attitude très humble de cette femme ; contrairement aux démons de dimanche dernier qui parlent à tort et à travers, cette femme à peine guérie s’empresse de rendre ses services à Jésus et aux disciples. Sa joie et sa reconnaissance s’expriment par cette humble disponibilité envers Jésus-Christ.

    Après cette guérison, on lit que Jésus guérit toutes sortes de malades et chassa beaucoup d’esprits mauvais ; pas tous. Certainement Jésus voyait avec quelle dispositions de cœur ces malades s’approchaient de Lui. C’est dans ce même esprit que les malades sont accompagnés, par exemple, dans leur pèlerinage à Lourdes : ce qui est primordial pour chacun est d’abord la guérison spirituelle, la conversion intérieure, à laquelle quelquefois Dieu ajoute la guérison physique, visible extérieurement, pour montrer davantage Sa puissance. Prudentes, l’Eglise et la Science ne se hâtent jamais de proclamer telle ou telle guérison miraculeuse, de la même manière que Jésus évite le “tapage médiatique” et préfère même, comme aujourd’hui, quitter les lieux et se retirer.

Certes, l’Evangéliste dit qu’ Il parcourut toute la Galilée, une région d’environ 60 sur 30 km. Si Jésus fit ce voyage apostolique à pied, s’arrêtant dans chaque ville où il y avait une synagogue, il dut parler et se fatiguer beaucoup, mais là ne fut pas son premier souci ; d’abord, dit l’Evangéliste, bien avant l’aube… il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. Prier ! Se mettre devant Dieu, parler avec Lui, de Fils à Père, de Père à Fils : combien important est ce moment sacré que nous oublions trop facilement “par manque de temps”.

Trop souvent, nous croyons bien faire de nous donner éperdûment aux actions, aux mouvements, aux réunions, aux coups de téléphone, aux courriers électroniques, et peut-être de regretter qu’il ne reste que la portion congrue de notre temps à prier Dieu, alors que toute notre action n’est absolument rien sans une intense prière, une vie intérieure de méditation soutenue et incessante.

Jésus prie. Ici, ce n’est pas Dieu qui parle avec Lui-même ; c’est la nature humaine que Jésus a prise de nous, qui a besoin de s’élever dans la prière vers son Créateur. Jésus s’est fait l’un de nous, et Il nous a montré ce que chacun de nous doit faire pour Le suivre.

    

*       *       *

Ces lectures nous invitent à ne mettre qu’en Dieu notre espérance, à n’attendre que de Lui notre force, et ne mettre qu’à Son service toutes nos activités. La Prière du jour nous fait dire que ta grâce est notre unique espoir ; en un mot, pour reprendre la prière finale, cherchons à Vivre tellement unis dans le Christ que nous portions du fruit pour le salut du monde ; le texte latin ajoute le mot gaudentes - en nous réjouissant.

 

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24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 00:00

4e dimanche per annum

 

Les dimanches précédents, nous avons vécu le baptême de Jésus pas Jean-Baptiste et l’appel des premiers apôtres. Jésus va maintenant inaugurer sa prédication.

 

*       *       *

Dans la première lecture, Moïse annonce au peuple d’Israël la venue d’un Prophète. Moïse lui-même a toujours parlé au nom de Dieu ; il y eut après lui les grands prophètes (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel,  Daniel), qui vinrent après Samuel et Elie ; Jean-Baptiste fut le dernier prophète, qui fit la charnière entre l’ancien et le nouveau Testaments.

Nul doute que Le prophète annoncé par Moïse est le Verbe de Dieu incarné, Jésus-Christ. Saint Pierre y fait directement allusion dans son discours (Ac 3:22-23), précisant bien que tous ces prophètes avaient annoncé ces jours-ci, ceux du Christ.

En quel prophète, sinon en Jésus, Dieu n’a-t-il mis par excellence ses paroles dans sa bouche ?

On a parfois objecté que Dieu annonçait la prochaine mission de Josué en continuateur de celle de Moïse, car Moïse ne devait pas entrer dans la Terre Promise, mais bien Josué. Toutefois, Josué lui-même (dont le nom n’est qu’une autre forme de Jésus) est une figure prophétique ; le vrai prophète, qui devait venir, c’était Jésus-Christ, comme l’ont écrit plus tard les Pères de l’Eglise (Clément d’Alexandrie, Irénée) .  

C’est pour cela que les Juifs demandèrent à Jean-Baptiste s’il était Le prophète (Jn 1:21), avec l’article défini. C’est donc bien Jésus que nous devons écouter.

Mais n’oublions pas l’avertissement que Dieu nous donne au terme de la même lecture : il s’agit là des faux prophètes, ceux que Dieu n’a pas envoyés, et qui prétendent pourtant être «inspirés». Cet avertissement peut viser beaucoup de chefs de sectes, d’auteurs même célèbres, auxquels on se réfère comme à des phares, mais qui trompent leurs adeptes et ne font que répandre de l’ivraie dans le champ de l’Eglise.

 

*       *       *

Le psaume 94 est le chant par lequel commence chaque jour l’Office divin (qu’on appelle communément le Bréviaire ou Louange des Heures). 

Le point focal de ce psaume est aujourd’hui cette interrogation : Ecouterez-vous sa parole ?, qui nous invite à écouter l’enseignement divin.

Notons le mot Rocher du début du psaume. L’auteur ne nous demande pas d’acclamer un morceau de pierre quelconque et de tomber dans quelque idolâtrie. Le Rocher, c’est d’abord le Rocher d’où jaillit l’eau dans le désert, un roc qui annonçait le Christ donnant l’Eau de la Vie. Dans le Deutéronome, ce Rocher est clairement personnifié : Il a déshonoré le Rocher, son salut… Tu oublies le Rocher qui t’a mis au monde (Dt 32:15, 18).

Le psaume fait directement allusion, ensuite, à la Personne de ce Rocher : s’il ne s’agissait pas du Messie divin annoncé, il ne nous inviterait pas à l’acclamer, à nous incliner, à nous prosterner, à l’adorer.

Prenons à la lettre cette invitation, et n’hésitons pas à nous incliner, nous prosterner, dans le sanctuaire où se trouve la présence du Christ dans l’Eucharistie. Adorons-le !

Quand Jésus donnera ensuite à Simon le nom de Pierre, ce n’est pas pour faire un banal jeu de mots, mais bien pour exprimer que désormais, nous devrons écouter le Roc de l’Eglise, dans la personne de son Chef, Pierre, et de ses successeurs. 

C’est un calcul trop humain de comparer entre eux les papes, pour en préférer un plutôt qu’un autre. Le Pape, c’est le successeur de Pierre : on doit l’écouter, pour être fidèle à l’Eglise voulue par le Christ.

 

*       *       *

Sans lien direct avec ce qui précède, nous continuons de lire des extraits de la première Epitre aux Corinthiens. Après l’enseignement concernant l’adultère et la fornication, l’Apôtre Paul expose aujourd’hui l’excellence de l’état du célibat, dans l’esprit de consécration totale à Dieu. 

Rappelons tout de suite que Paul ne rabaisse pas la vocation du mariage, tant il est vrai que, pour reprendre une idée de saint Augustin d’Hippone, pour engendrer des (futurs) prêtres, il faut bien qu’il y ait au préalable des parents.

Paul veut surtout encourager ceux et celles qui pourraient hésiter dans l’une ou l’autre voie, le mariage ou la consécration. Et il nous dit que dans le mariage, on est forcément moins libre pour la prière et le service des autres. Dans une même ligne de pensée, saint François de Sales fait justement remarquer que l’artisan ne peut être tout le jour à l’église comme le religieux (Introduction à la Vie Dévote).

Pour un Juif, ne pas être marié était une situation rarissime et même exceptionnelle dans l’Ancien Testament, car il fallait absolument perpétuer la race juive des croyants. 

Jésus a réellement innové, en instituant une génération nouvelle, par le Sacerdoce nouveau : il a donné naissance à la nouvelle génération de ceux qui ne sont pas nés du sang ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu (Jn 1,13).

Jésus ne s’est pas marié ; les Apôtres mariés ont vécu dans le célibat après leur appel, et beaucoup de saints évêques après eux ; Paul ne s’est pas marié ; sans cesse l’Eglise a rappelé cette sainte exigence de la consécration totale des diacres et des prêtres, ainsi que des moniales (les “veuves” dont il est sans doute question par exemple dans 1Tim 5).

Le célibat n’est pas une “obligation” imposée, une condition sine qua non, un joug insupportable. C’est un état particulier où Dieu seul appelle, en donnant à Ses candidats une grâce spéciale pour vivre ainsi. Le pape Jean XXIII, maintenant canonisé, fit un jour cette confidence aux séminaristes de Rome : Nous vous dirons comme une confidence que, durant nos années de séminaire à Rome, nous venions souvent dans ce sanctuaire (l’église Saint-Ignace) nous agenouiller devant l’autel de saint Luigi Gonzaga et de saint Jan Berchmans pour obtenir, par leur intercession, toute notre vie la grâce d’une chasteté intacte et resplendissante.

Nos journalistes ne manquent jamais une occasion de parler, à leur façon, de cet argument en présentant certaines demi-vérités qu’ils complètent de faux arguments, maniant à l’envi l’ironie ou le mépris envers tous ceux qui, dans l’Eglise, rappellent cette tradition sacrée du célibat sacerdotal et de la consécration des religieux et des religieuses. On pourrait dire d’eux en vérité qu’ “ils ne savent pas ce qu’ils font” (Lc 23:34). Il faudrait d’abord interroger des prêtres, des religieuses : ils ont été heureux de se consacrer totalement à Dieu dans le célibat. 

Dans les séminaires et les noviciats, on n’entend personne parler de la «difficulté» de vivre dans le célibat ; on s’y prépare en toute connaissance de cause. Celui ou celle qui est appelé(e) par Dieu réellement, ne pense pas au mariage.

Si beaucoup de jeunes n’entendent pas cet appel aujourd’hui, c’est que leurs oreilles bourdonnent des bruits d’un monde athée qui n’aime pas Dieu. Mais quand l’appel se fait un peu plus pressant, un peu plus clair, ils l’entendent très bien et savent y répondre généreusement. Dans une de ses visites en France, Jean-Paul II l’a bien mis en évidence : le problème n’est pas l’appel de Dieu, mais l’écoute de l’appelé, et sa réponse.

Ce n’est pas le célibat qui détourne les jeunes du sacerdoce. Dans les autres religions aussi se fait sentir le problème religieux : les temples protestants, les synagogues israélites, les églises orthodoxes, ne sont pas plus remplies que nos lieux de culte catholiques, et leurs ministres ne sont pas plus nombreux que les nôtres bien qu’ils puissent être mariés. La crise de la foi et des vocations est universelle, liée au matérialisme ambiant, un matérialisme qui, bien sûr, ne conduit pas à Dieu.

 

*       *       *

Jésus commence sa vie publique. Le voici près de Nazareth, à la synagogue de Capharnaüm. Les foules vont commencer à entendre l’annonce du Royaume - ce troisième des cinq Mystères Lumineux de notre Rosaire. 

Ce qui frappe d’abord la foule qui écoute Jésus, c’est sa douceur, sa patience, son humilité, qui contrastent avec les habitudes fières des prêtres et des docteurs de la Loi. C’est autre chose d’agir doucement avec autorité, que de l’imposer avec sévérité.

L’autorité de Jésus, c’est la lutte contre le Mal et contre les Esprits mauvais. Contre le Nom de Jésus, le Démon ne peut rien.

Notons bien ceci : l’Esprit mauvais du pauvre possédé ne dit pas une chose fausse, en reconnaissant que Jésus de Nazareth est le Saint de Dieu. L’Esprit mauvais sait beaucoup de choses, et il en indique certaines aux faux voyants. L’erreur majeure de cet Esprit mauvais est de ne pas adorer le Christ, et d’empêcher l’homme de L’adorer. On se rappelle ici le psaume de tout à l’heure. Cela sera aussi pour nous un signe de discernement entre le bon et le mauvais Esprit : ce dernier ne nous dira jamais : Adore Dieu ! Au contraire, quand il viendra tenter le Christ au désert, il demandera au Christ de l’adorer, lui, le Démon, l’Esprit du mensonge et de l’orgueil.

Autre manifestation de l’Esprit mauvais que nous remarquons en lisant l’évangile : il se mit à crier, et sortit de cet homme en poussant un grand cri. Il ne sait pas faire faire autre chose à sa victime : crier ;  crier peut-être une chose juste (Tu es le Saint de Dieu), mais Jésus ne veut pas de ce genre de tapage médiatique ; ce qu’Il attend, c’est notre conversion, et c’est cela que le troisième Mystère Lumineux veut nous faire méditer : écouter Jésus et nous convertir en vérité. 

Notre conversion ! C’est pour cela que Jésus nous appelle, c’est cela qu’Il désire pour nous, c’est cela l’objet de son amour pour nous. 

Une dernière observation : L’Esprit de Dieu nous invite à L’adorer. Cette adoration, nous la devons à Dieu tous les jours, mais particulièrement le Jour du Seigneur, le dimanche. Jésus a rencontré la foule le jour du sabbat, et à la synagogue, parce que dans l’ancienne Loi, c’était ce jour-là qu’on se reposait (cf. Gn 2:2-3). Depuis la Résurrection du Christ, c’est au huitième jour que nous nous «reposons». La fête de Pâques sera une occasion de revenir sur ces arguments.

 

*       *       *

 

Retenons donc bien la Prière du jour : adorer Dieu sans partage ; et avoir une vraie charité pour tout homme, c’est-à-dire l’aider à se convertir.

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