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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 00:00

3e dimanche per annum - B

 

 

On peut dire que le thème central de ce troisième dimanche “ordinaire” de l’année B est l’appel à la conversion : c’est le troisième des Mystères Lumineux que Jean-Paul II a institués dans sa Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariæ (ch.2, n.21) : l’annonce du Royaume et l’invitation à la conversion.

La lecture du prophète Jonas est un cas saisissant de conversion. L’épisode se situerait vers le 4e siècle avant notre ère ; Ninive est une grande ville païenne, dont les habitants ont l’humilité d’écouter l’avertissement du prophète : ils font pénitence, ils se convertissent du plus grand au plus petit

Quels changements dans leur vie quotidienne ! S’il fallait trois jours pour la traverser, cette ville pouvait s’étendre sur des dizaines de kilomètres et être peuplée, même à l’époque, de centaines de milliers d’habitants. Imaginons le spectacle de cette foule faisant pénitence, priant, chantant, changeant radicalement de vie, d’une façon aussi unanime ! 

Pendant quelque temps au moins, ce fut certainement, avant la lettre, une communauté comme celle des premiers chrétiens à Jérusalem : Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et trouvant grâce auprès de tout le peuple” (Ac 2:44-47).

 

*       *       *

 

Dans le psaume 24, David exprime un cri de confiance en la miséricorde de Dieu. Au nom de tous les pécheurs (de nous aussi), il exprime son désir de conversion : Oublie les révoltes , les péchés de ma jeunesse.

Il ne s’agit pas ici  de «la» chute de David, qu’il évoquera dans la psaume 50, là aussi plein de repentir. Mais le roi David a cette humilité de se reconnaître imparfait, de se rendre compte que son passé n’est pas exempt de fautes qui déplaisent à Dieu.

Un peu plus loin, il dit encore plus clairement (le passage n’est pas repris aujourd’hui) : À cause de ton nom, Seigneur, pardonne mon péché, car il est grand.

Ce qu’il est important de relever de notre texte, est le dernier verset : Il enseigne aux humbles son chemin. Pour entendre et comprendre l’appel de Dieu, il faut avoir l’humilité de se reconnaître imparfait, comme le roi David, comme les Ninivites du texte précédent.

 

*       *       *

 

Avant l’évangile, nous lisons une nouvelle péricope de saint Paul aux Corinthiens, qui fait suite à celle de dimanche dernier, où l’Apôtre nous rappelait l’importance d’honorer notre corps par une vie ordonnée.

Développant sa pensée, Paul s’étend davantage sur le mariage et la virginité. On avait dû lui poser des questions, car le chapitre commence par ce verset : J’en viens à ce que vous m’avez écrit.

Les conseils qu’il donne dans tout ce chapitre sont pleins de sagesse, de mesure, et très clairs. Lisons-les ensemble, cherchons à nous en inspirer.

Il est plus mystérieux de comprendre la pensée de l’Apôtre, quand il dit aux hommes mariés, aux tristes, aux joyeux de vivre comme s’ils ne l’étaient pas. 

L’Apôtre Paul prêche ici le détachement, et nous exhorte à ne pas nous attacher à tout ce qui passe si vite dans notre existence. Le mariage, la joie, la tristesse, les biens, tout cela est pour un temps ; tout en faisant notre devoir en ce moment, gardons le regard sur l’Eternité.

Il y a un détachement plus total, pour les personnes qui désirent se consacrer à Dieu et vivre dès ici-bas en vue du Royaume des Cieux (cf. Mt 19:12).    

Contrairement à ce qu’on dit souvent aujourd’hui, le bonheur n’est pas forcément dans une liaison matrimoniale, quand on n’y est pas appelé. Même ceux qui y sont appelés connaissent des moments de grandes difficultés, certainement pas enviables. 

Dans le mariage, deux époux cherchent, ensemble, à se sanctifier et à donner la vie à des enfants ; il est impératif que chacun examine s’il est vraiment appelé à cet état, et s’il n’est pas plutôt appelé à un autre état, dans la consécration de sa personne, pour être plus totalement au service de Dieu et de l’Eglise, pour prêcher la Vérité ou pour venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.

Le célibat n’est pas une privation, ni une loi arbitraire. Les prêtres de l’Ancien Testament qui devaient officier à tour de rôle au Temple, devaient s’abstenir de tout commerce conjugal pendant cette période ; Jésus-Christ est resté célibataire et tous les Apôtres à sa suite l’ont imité, même s’ils étaient mariés précédemment. Dans toute l’histoire de l’Eglise, des hommes mariés appelés au sacerdoce ou à l’épiscopat ont mis un terme à leur union conjugale, d’un commun accord avec leur épouse, qui s’est aussi consacrée. Un cas célèbre est celui de saint Hilaire.

Saint Paul aime le célibat ; il le recommande, sans l’imposer (1Co 7:8-9, 28).

Les “trois vœux” de religion, en particulier celui du célibat sacerdotal, ne sont pas une invention tardive de l’Eglise, comme on le répète stupidement à tue-tête aujourd’hui. Un concile du 4e siècle dit expressément qu’ “il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, observent une continence parfaite… ; ce qu’enseignèrent les apôtres, et ce que l’antiquité elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder” (Concile de Carthage en 390, dans “Origines Apostoliques du Célibat Sacerdotal”, par C.Cochini, Lethielleux, 1981, pp.25 et suiv.).

 

*       *       *

 

Comme Jonas durant sa mission à Ninive, Jésus invite à la conversion ; et commence tout de suite à appeler : Simon et André, Jacques et Jean. L’évangile de dimanche dernier relatait la rencontre de Jésus et André, qui Lui amène Pierre ; c’était près de Jérusalem, à Béthanie, où Jean-Baptiste baptisait.

Aujourd’hui, en saint Marc, Jésus est en Galilée. André et Simon travaillent à leurs filets, ainsi que Jacques et Jean. Il s’est passé un certain temps depuis l’épisode précédent, et les futurs apôtres étaient retournés à leur travail. Quand Jésus les appelle, cette fois-ci, c’est “pour de bon” : invités à Le suivre, ils laissent tout, travail et famille, et suivent désormais Jésus-Christ qui va les préparer à leur mission apostolique, au sacerdoce.

Ne pensons pas que ces apôtres aient simplement abandonné leur famille et leur travail ; ils ont mis à profit le temps qui est passé entre la première rencontre et cet appel de Jésus, pour expliquer à tous leur conviction et prendre les dispositions nécessaires. Désormais, ils suivraient Jésus dans l’obéissance, dans la pauvreté et dans la chasteté. 

L’être qui s’attache à Dieu comprend vite que ce qu’il possède ne lui apporte jamais un bonheur définitif : il faut s’en servir pour la nécessité de la vie, mais pas s’y attacher. Etre pauvre ne signifie pas ne rien avoir, mais savoir posséder avec esprit de détachement. Etre obéissant ne signifie pas être esclave d’un autre humain, mais savoir reconnaître qu’un autre peut être plus expérimenté et avoir raison d’imposer un ordre. Etre chaste ne signifie pas qu’il faille renoncer à fonder une famille, mais vraiment la fonder selon la loi de Dieu, si l’on y est appelé, ou alors à s’en abstenir, mais toujours pour la gloire de Dieu et pas par égoïsme.

Jésus appelle, les premiers apôtres répondent “oui”. Chacun est appelé par Jésus, chacun de nous a une “mission”. Où qu’il soit, le chrétien doit se montrer fidèle à l’Evangile de Jésus-Christ, chacun selon cette mission : l’un pourra être prêtre, l’autre religieux ou cloîtré(e), tel sera professeur, tel autre banquier, ou plombier, ou technicien de surface. Dans chaque situation, il y a la place pour un témoignage d’authenticité chrétienne. A la base, la démarche fondamentale du chrétien est un mouvement de conversion authentique, d’adhésion à Dieu sans partage.

Cette école spirituelle est une ascèse difficile vers la sainteté. Nous sommes tous appelés à la sainteté. Cette ascension vers la Perfection est exigeante, et a besoin de la grâce de Dieu. 

Faisons bien nôtre la Prière du jour en demandant que notre vie soit dirigée selon (Son) amour, ou celle de conclusion qui évoque la grâce d’une nouvelle vie, que nous venons de recevoir dans l’Eucharistie.

Ne nous décourageons jamais devant nos chutes. Dans son infinie miséricorde, Dieu ne regarde pas ces chutes : comme pour les Ninivites, Il récompense largement tous les efforts que nous faisons pour nous acheminer vers Lui.

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 00:00

2e dimanche per annum - B

 

Après que nous avons revécu la naissance et l’enfance du Verbe de Dieu incarné, l’Eglise nous invite à écouter ce Verbe fait chair.

La première lecture nous présente le petit Samuel qui, docilement, selon le conseil du prêtre Eli, répond à Dieu : Parle, ton serviteur écoute. Il se met entièrement à la disposition de Dieu, sans retour en arrière, sans hésitation.

Durant toute sa mission sur terre, le Christ n’a fait que se soumettre à la volonté de Dieu, pour accomplir totalement le sacrifice que Dieu attendait de lui. On pourrait très bien dire que, le premier, le Christ a dit à son Père : Parle, ton serviteur écoute. Rappelons-nous que le verbe «obéir» vient tout droit du latin «obaudíre», écouter. Obéir, c’est écouter pleinement.

Ce qui précède ne veut pas pour autant dire que le Christ n’avait pas de volonté humaine propre. Parfaitement homme, Jésus-Christ avait sa volonté  humaine, qu’en homme parfait il soumit à la volonté divine. L’Eglise a combattu l’erreur du monothélisme lors du troisième concile de Constantinople (681).

 

*       *       *

Un mot sur le psaume 39 qui relie les deux lectures. David, entrevoyant le Messie, exprime l’offrande de celui-ci, exprimant à Son Père le don total de Sa Personne, Sa confiance tandis qu’Il se voit entouré d’ennemis.

Quand il dit Tu as ouvert mes oreilles, il exprime ce qu’on a dit plus haut : le Verbe incarné est prêt à écouter. Dans son épître aux Hébreux, saint Paul citera ce verset dans sa version grecque (Tu m’as façonné un corps, He 10:5-7).

Le Serviteur ajoute encore : Je ne retiens pas mes lèvres… J’ai dit ta vérité à la grande assemblée : David annonce là la vie publique du Christ et son enseignement.

 

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La deuxième lecture n’a pas de rapport direct avec la première et avec l’évangile. C’est la reprise de la première épître aux Corinthiens, dont on a lu les cinq premiers chapitres l’an dernier à la même époque. 

La péricope d’aujourd’hui fait partie du chapitre 6, où Paul parle de la pénible situation matrimoniale de certains Corinthiens, même chrétiens. Nos traducteurs ont peut-être craint d’offenser certaines consciences et n’ont pas traduit littéralement les mots de Paul. 

Or l’Apôtre ne parle pas d’impureté, un mot ambigu qu’on ne sait pas bien expliquer ; il parle précisément, en revanche, de la fornication, un mot qu’on masque souvent dans nos cours de catéchèse et dans nos familles, dans nos collèges et dans nos lycées. Quelques allusions vagues, parfois ironiques en coin, permettent de supposer “quelque chose”, sans qu’on dise quoi, tandis qu’un discours franc, précis, honnête, aiderait notre jeunesse à savoir se bien comporter. 

Il n’est pas permis par Dieu de vivre une situation matrimoniale sans que le mariage soit d’abord prononcé ; là se trouve le péché de la fornication. A plus forte raison, Dieu ne permet pas une autre liaison matrimoniale en-dehors d’un mariage déjà contracté : c’est l’adultère. 

C’est là une doctrine qui peut sembler difficile à beaucoup de nos contemporains, mais nous avons tous dans le cœur ce sentiment d’une situation stable et fidèle dans le mariage. Ce qui manque à beaucoup, c’est la persévérance, l’humilité et le pardon pour reconnaître et pardonner les erreurs.

Saint Paul nous rappelle une grande vérité : Tout être qui reçoit le baptême du Christ fait désormais partie du Corps du Christ, il est comme ce greffon enté sur un arbre pour en recevoir la vie ; celui qui reçoit la Vie du Christ ne s’appartient plus à lui-même, il est une créature nouvelle. Si un homme veut alors s’unir à une femme dans le lien du mariage, pour accomplir la Loi de Dieu, ils doivent ensemble s’unir dans le Christ et, en Christ, ne plus faire qu’une chair - qui se manifestera dans l’enfant qui en naîtra ; cette doctrine remonte aux premiers versets de la Sainte Ecriture (Gn 2:24). 

Les exemples de saint mariage n’ont pas manqué tout au long des siècles, depuis Adam et Eve, à Abraham et Sara, Joachim et Anne, Joseph et Marie, le saint empereur germanique Henri et sa femme Cunégonde, jusqu’à ce couple romain des bienheureux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, béatifiés en 2001, et - encore tout récemment béatifié, le couple des parents de sainte Thérèse de Lisieux, les bienheureux Louis et Zélie Martin.

Ceux qui voudront lire le passage de saint Paul dans le texte, se rendront compte de la force des expressions de l’Apôtre, dont on évite même quelques versets dans la lecture publique. C’est peut-être prudent, mais c’est aussi regrettable de priver nos oreilles d’avertissements aussi solennels, autorisés, et salutaires.

Peut-être pourrions-nous ici répéter les paroles du jeune Samuel : Parle, ton serviteur écoute !

 

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L’évangéliste saint Jean ne fait pas le récit du baptême de Jésus-Christ, déjà raconté par les autres évangélistes : nous avons lu cet épisode en saint Marc dimanche dernier. Aujourd’hui, nous lisons en saint Jean le témoignage de Jean-Baptiste, un témoignage “théologique” et messianique s’il en fut.

Jean-Baptiste voit arriver Jésus. Humainement parlant, il aurait pu recevoir son Cousin avec quelques marques d’affection - car ils ne s’étaient peut-être pas vus depuis leur naissance. Au contraire, Jean est très réservé, effacé ; et il nous livre cette phrase magnifique que, depuis, l’Eglise répète à chaque Messe : Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

Dans l’Ancien Testament, l’agneau a toujours été pris pour le sacrifice le plus parfait, pour sa douceur même, sa blancheur innocente, son mutisme devant la souffrance, en un mot l’image la plus adéquate du Sacrifice du Messie qui marchera vers la Croix avec douceur, soumission, et en toute innocence, s’offrant pour expier les péchés dont il se charge sans les avoir jamais commis. Au moment de la fête des Expiations, on envoyait dans le désert le “bouc émissaire”, chargé par le grand prêtre des malédictions qu’il voulait ainsi détourner de dessus le peuple. Aujourd’hui, cet Agneau s’actualise de façon vivante en la Personne du Christ.

Le lendemain, dit l’Evangéliste - ces deux mots introduisent le texte d’aujourd’hui - Jean se tenait encore là, et répète les mots qu’il avait dits la veille :  Voici l’Agneau de Dieu. 

Il faut imaginer cette scène vraiment mystérieuse : encore une fois, Jean-Baptiste reste discret, il fixe les yeux sur Jésus qui passait et dit seulement Voici l’Agneau de Dieu. Sa mission est seulement d’annoncer, de précéder, puis de disparaître en présence de Jésus. Il invite la foule a écouter cet Homme, à Le suivre, et Lui seulement.

Les disciples du Baptiste n’hésitent pas ; ils suivent Jésus. André est le premier appelé, celui que nos Frères d’Orient appellent le “Protoclet” ; l’autre n’est pas nommé et ne sera peut-être pas un Apôtre ; mais c’est alors que Simon entre en scène, et que Jésus l’appelle “Képha”, Pierre. Le nom ou le surnom qu’on donne à quelqu’un lui reste toujours comme une marque indissociable de sa personne, expression de sa mission particulière. Au jour du baptême, nous recevons un nom qui ne nous quittera jamais ; parfois aussi c’est à leur confirmation que certains chrétiens prennent ou ajoutent un autre nom, comme s. Jean-Marie Vianney qui ajouta celui du Baptiste.

 

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Pour conclure, relisons pour une fois la Prière sur les Offrandes, où est exprimée la doctrine du Sacrement Eucharistique de la Messe : Chaque fois qu’est célébré ce sacrifice en mémorial,  c’est l’œuvre de notre Rédemption qui s’accomplit.

A chaque Messe, Christ se fait présent, un au milieu de nous, se donnant à nous et nous unissant à Lui-même. Chaque Messe est pour ainsi dire une Naissance du Christ, et une renaissance de notre personne “par Lui, avec Lui et en Lui”.

    

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4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 00:00

Baptême du Seigneur - B

 

Après la fête de l’Epiphanie, la liturgie de Noël fait un saut en avant dans le temps, en commémorant l’épisode du Baptême de Jésus par Jean-Baptiste. Nos amis lecteurs retrouveront toujours les homélies de l’année A et pourront y puiser des éléments qui ne seront pas répétés ici. En revanche, nous allons nous attarder un peu plus directement sur les textes de cette année B.

Dans la première édition du Missel, ces lectures étaient les mêmes pour les trois années A, B, C ; seul différait l’évangile. Actuellement deux autres lectures précèdent l’évangile de saint Marc.

 

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Voilà ce qu’annonçait Isaïe, huit siècles avant le Christ : manger de bonnes choses, des viandes savoureuses. Bien sûr, il ne s’agira pas de nos “réveillons”, parfois interminables et grotesques. Isaïe, avec son langage, veut annoncer ce festin eucharistique merveilleux, gratuit, où tout fidèle pourra se nourrir du Corps et du Sang du Verbe Incarné, Jésus-Christ, Fils de Dieu, fait homme.

Tout ce chant d’Isaïe n’est pas à prendre selon la lettre qui tue mais selon l’esprit qui vivifie (2 Co: 3,6b)  : le Prophète ne peut pas nous interdire d’aller acheter de quoi nourrir notre corps. Mais il nous adresse cet appel urgent à nourrir aussi et surtout notre âme, par les Sacrements de Jésus-Christ : Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver, invoquez-Le tant qu’il est proche.

Cet appel est au chapitre 55 ; mais déjà au chapitre 12 Isaïe chantait la présence du Seigneur, et c’est aujourd’hui le Chant de méditation que nous avons, au lieu du psaume habituel. Le Prophète proclame : Il est grand au milieu de vous, le Saint d’Israël. 

 

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La mission publique de Jésus-Christ commence à son Baptême ; elle s’achèvera par le sacrifice de la Croix. Sans la Croix, cette mission salvifique n’aurait pas été complète. Ainsi le souligne l’apôtre Jean, quand il dit que Jésus est venu par l’eau et par le sang ; et (que) celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit.

Témoignage impressionnant : toute la foule entendit cette voix mystérieuse, tandis que la divine Colombe voltigeait pacifiquement au-dessus de Jésus pour bien témoigner de sa divinité, du lien direct qui unissait cette Voix céleste et Jésus de Nazareth.

Le sang de Jésus, ce n’est pas non plus seulement celui qu’Il versera durant toute sa passion ; il y aura ce moment sublime où, après avoir rendu l’esprit (on pourrait peut-être écrire : rendu l’Esprit, avec la majuscule), jaillit de son côté percé par la lance, du sang et de l’eau, ces éléments divins des Sacrements de la Vie que Jésus nous a laissés avant de mourir : le baptême et l’eucharistie, l’un pour nous purifier, l’autre pour nous nourrir de son Corps et de son Sang ; et cet Esprit qu’il souffle du haut de la Croix, présage de la prochaine Pentecôte où les apôtres seront “confirmés” dans l’Esprit.

Eau, Sang, et Esprit, rendent chacun à leur façon témoignage à la Divinité de Jésus, et l’on ne peut pas prétendre croire en Lui, sans recevoir également Ses sacrements dans le baptême, la confirmation et l’eucharistie.

 

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L’évangéliste Marc est très bref, mais pas banal pour autant. Nous y lisons d’abord les paroles sublimes du Baptiste, bien conscient de sa mission de Précurseur ; de lui-même il dit ces mots pleins d’humilité : Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales ; on se souvient que, plus tard, Marie-Magdeleine se prosternera aux pieds de Jésus pour lui laver les pieds humblement, en signe de repentir : Jean-Baptiste se met encore en-dessous d’elle, ne se jugeant pas même digne de se courber devant son Maître. 

Mais ce n’est pas tout : Jean-Baptiste “relativise” en quelque sorte aussi sa propre mission, pourtant capitale, de préparation à la venue du Seigneur ; lui qui invite les foules à se convertir, à se faire purifier par le baptême, n’hésite pas à déclarer : Moi, je vous ai baptisés avec l’eau, lui vous baptisera dans l’Esprit Saint, montrant bien par là combien le serviteur tenait à s’effacer devant le Maître, le précurseur devant le Messie, le prophète devant le Christ. Jean-Baptiste est surtout grand parce qu’il est humble.

Quand Jésus demandera à ses apôtres de baptiser au nom du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint, il n’annulera pas le baptême de Jean avec l’eau, mais il y ajoutera la puissance de l’Esprit, qui procède du Père et du Fils, selon l’expression que nous répétons dans notre Credo dominical. Le baptême de pénitence deviendra alors le Sacrement de la Vie nouvelle en Jésus-Christ.

 

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Au jour de son Baptême, Jésus a trente ans environ ; il sera présent, visible, au milieu de son peuple pendant trois années. Aujourd’hui, Jésus est toujours présent parmi nous : dans l’Ecriture, dans les Sacrements et particulièrement dans l’Eucharistie, dans l’Eglise, avec son Chef, le Pape, avec nos Evêques et nos Prêtres, mais aussi dans nos Frères, surtout les plus humbles et les plus démunis, et il est au milieu de nous, chaque fois que deux ou trois sont réunis en (son) Nom.

Nous unir à Lui, nous transformer en Lui, faire Un avec Lui. Une des Prières du jour l’exprime : puisque nous reconnaissons que son humanité fut semblable à la nôtre, donne-nous d’être transformés par lui au plus intime de notre cœur. 

On pourra aussi prêter attention à la prière que prononce le prêtre à la Messe, quand il unit une gouttelette d’eau au vin du calice : 

Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 00:00

Epiphanie - ABC

 

Le mot grec epiphania signifie manifestation. La fête de l’Epiphanie commémore le jour où des rois païens ont reçu la manifestation de Dieu. 

Plutôt que de rois mages il vaudrait mieux parler de savants. L’événement fondamental de ces savants, venus se prosterner aux pieds du Christ, est une pierre milliaire dans l’Eglise en Orient, ce qui explique pourquoi nos frères orientaux, catholiques et orthodoxes, célèbrent Noël en ce jour, le 6 janvier, plutôt que le 25 décembre. Dans certaines familles chrétiennes de nos régions, on fait d’ailleurs cette distinction, en célébrant Noël (religieusement) le 25 décembre, avec les chants devant la crèche, et remettant au 6 janvier pour offrir les cadeaux aux enfants : idée judicieuse, qui donne tout leur sens aux cadeaux.

Ajoutons que, dans nos pays dangereusement laïcisés, on ne peut célébrer solennellement l’Epiphanie le 6 janvier, raison pour laquelle on la célèbre au dimanche le plus proche de cette date, qui peut tomber entre le 2 et le 8 janvier.

 

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La prophétie d’Isaïe est en lien direct avec l’événement que nous relisons aujourd’hui dans l’Evangile : des rois arrivent de loin pour honorer le Roi des Juifs à Jérusalem. L’évangile ne nous dira pas qu’ils soient venus avec des foules de chameaux, mais il est évident que trois personnages de leur rang ne sont pas venus sans équipage, ne serait-ce que pour leur propre subsistance, donc avec armes et bagages, ce qui représente une certaine quantité de domestiques et donc de bêtes pour transporter tout ce monde. Un déplacement qui ne peut passer inaperçu.

Les rois, donc, marchent vers la clarté de l’aurore. Ils reviennent de loin, avec des trésors, avec l’or et l’encens.

Les mages représentent une énigme importante dans la vie de Jésus. Comment ont-ils pu comprendre le “sens” de cette mystérieuse étoile ? Ont-ils eu une sorte de révélation, un écho des prophéties d’Israel ? Il faudrait le supposer comme fort probable, sinon on ne pourrait expliquer comment ils furent poussés à offrir des présents dignes de la royauté (l’or), de la divinité (l’encens), et la myrrhe, ce parfum très fort utilisé pour la sépulture ?

Saint Grégoire de Nazianze fait aussi sur eux cette remarque fort intéressante, reprise par l’encyclique de Benoît XVI, que le moment où les mages, guidés par l’étoile, adorèrent le nouveau roi, le Christ, marque la fin de l’astrologie, parce que désormais les étoiles tournaient selon l’orbite déterminée par le Christ (Spe Salvi, §5).

D’astrologues, de savants, nos rois mages s’ouvraient ainsi à l’adoption divine.

Seule une prédisposition, une attente de la Vérité, jointe à une grâce spéciale, une inspiration divine, peut expliquer tant de coïncidences. Les rois mages ont eut l’humilité de se soumettre à une Vérité qu’ils ne connaissaient pas encore, à reconnaître quelqu’un de plus grand qu’eux. C’est l’attitude même des savants honnêtes, prêts à apprendre quelque chose que d’autres leur révèlent.

 

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Le psaume 71 allude à son tour à cet événement : Les rois de Tarsis et des Iles, les rois de Saba et de Seba… 

Tarsis est une région non identifiée, «lointaine», peut-être imaginaire, comme les Iles lointaines, au-delà des mers. Le royaume de Saba pourrait se situer au sud de l’actuelle Arabie, sur le territoire du Yemen ainsi que sur les territoires d’Erythrée. On se souvient que la reine de Saba rendit visite à Salomon (1R 10:1-13). Seba serait en revanche une région de l’actuelle Ethiopie.

Ce psaume fut composé, d’abord, en l’honneur de Salomon, fils de David, ancêtres du Roi céleste incarné, Jésus-Christ. Et c’est principalement au Christ que s’applique maintenant ce texte du psaume.

 

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La lettre de l’apôtre Paul aux Ephésiens souligne l’importance de la fête de l’Epiphanie. Paul fait remarquer que Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus. Les trois rois-savants incarnent les païens appelés au salut. 

Plus tard (cf. Ac 11), après la conversion du centurion Corneille, les premiers chrétiens finirent par comprendre quand même que Aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie (Ac 11:18). 

L’adoration des mages, venus de si loin, contraste nettement avec l’endurcissement d’Hérode et des Juifs qui n’ont pas voulu accueillir Jésus sur place en Palestine. 

 

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L’évangéliste Matthieu, le seul qui relate l’événement, avait le souci de montrer l’accomplissement des prophéties. 

Il est donc venu, le moment où se vérifie la prophétie d’Isaïe, ainsi que celle du psaume 71. 

En outre, Hérode apprend, de la bouche même des prêtres et des scribes, qu’à Bethléem devait naître le pasteur d’Israël (Mi 5:1) ; c’est dire combien les Juifs qui le voulaient, savaient parfaitement expliquer l’Ecriture.

Matthieu fait aussi remarquer, peu après la visite des Mages, que certaines situations historiques passées étaient en elles-mêmes prophétiques : Rachel (la femme de Jacob) pleurant ses enfants (c’est-à-dire ses descendants) à Rama (que l’on situait près de Bethléem) - rappelle les massacres et les déportations des populations d’Ephraïm, Benjamin et Manassé par la main des Assyriens - mais aussi annonce le massacre des petits Innocents ; c’est le prophète Jérémie qui le disait (Jr 31:15).

Sur le massacre des Saints Innocents proprement dit, on pourra se reporter à la méditation sur cette fête.

Mais pourquoi l’étoile n’a-t-elle pas guidé les Mages directement au lieu où se trouvait l’enfant ?

On pourrait sans doute répondre qu’en s’adressant à Hérode, les mages lui donnaient une occasion, s’il en avait accepté la grâce, de se convertir lui-même et d’avoir lui aussi la joie d’adorer l’Enfant-Dieu. De la part des mages, aller le saluer était une marque de respect ; si à son tour Hérode s’était joint à eux pour reconnaître le Christ, il n’aurait pas fait massacrer les petits Innocents, puis n’aurait bien probablement pas scandalisé les contemporains en répudiant sa femme pour épouser Hérodiade (cf. Mt 14:3), et n’aurait pas fait décapiter Jean-Baptiste ; sa vie politique, ses ambitions, tout aurait changé. 

Faisons ici une autre remarque concernant la grotte de Bethléem. Matthieu ne parle pas de grotte ; il dit même deux versets plus loin : Entrant dans la maison… Il s’est donc passé un certain temps déjà depuis la naissance de Jésus dans la crèche dont parle Luc 2:7 ; après le recensement, les voyageurs ont quitté les auberges, et la Sainte Famille aura trouvé un petit logement sur place, pour éviter un voyage de retour difficile avec le petit Bébé. 

On a parfois avancé que l’Enfant-Jésus pouvait déjà avoir dix-huit mois environ, lors de la visite des Mages : ceci expliquerait bien pourquoi Hérode fait rechercher les enfants de moins de deux ans (Mt 2:16).

 

*       *       *

L’Epiphanie est la fête de l’entrée des nations non-croyantes (païennes) dans la communauté des croyants, par l’annonce de l’Evangile. Tous les peuples sont invités à entrer dans la grande famille de l’Eglise. Les rois mages sont les premiers “étrangers” à croire en Jésus-Christ, et une très ancienne tradition rapporte qu’ils furent baptisés très vite après l’Ascension, par les Apôtres eux-mêmes. 

Si nous voyons tant d’injustices, tant de haine et de guerres, c’est que sans doute Jésus-Christ n’est pas adoré, pas aimé, pas reconnu. Et si tous les chefs se tournaient vers Jésus, ils trouveraient bien d’autres issues aux conflits, que celle de guerroyer sans fin. De même qu’ il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie (Mt 2:7), de même aujourd’hui on refuse une place à Jésus dans nos cités, dans nos gouvernements, dans nos écoles, dans nos constitutions, et jusque dans nos familles ; On accroche aux murs des photographies, des posters variés, mais une image du Christ ou de Marie, un crucifix, c’est plus rare… 

Il est urgent d’appeler tous les hommes à retrouver la référence à l’enseignement de Jésus. 

Quand les traditions deviennent purement folkloriques, elles n’ont plus de sens. On “fait les fêtes” au moment de Noël, sans plus aucune référence au contenu historique de Noël. Il faut rappeler que Noël, comme son nom l’indique, c’est la Naissance, et saint Léon nous dit que la naissance de la Tête, c’est la naissance du Corps (de l’Eglise). Ne pas parler du Sauveur, et allumer partout des lampions à grands frais ne sont que l’expression d’une société dangereusement laïque. On en est même à se demander pourquoi souhaiter de “Joyeuses Fêtes”.

Il ne manquera pas une association, pas un club, pas une famille, où l’on ne “tirera les rois”, dans la mesure où la fève cachée dans la galette représentera encore un roi… ou une reine ; mais quand la fève est une figurine quelconque… 

Les mages, eux, regagnèrent leur pays par un autre chemin. Cette phrase apparemment technique peut avoir une signification profonde, car quand on a rencontré Jésus, toute notre vie doit prendre une autre direction.

Unissons notre prière à celle de nos frères en Orient, pour que d’une seule voix et d’un seul mouvement nous venions ensemble nous prosterner devant le Roi des Juifs qui vient de naître.

Et repartons, nous aussi, par un autre chemin.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 00:00

Sainte Famille - B

Chaque année, l’Eglise nous propose de méditer sur la Sainte Famille, le dimanche qui suit la fête de Noël. Les années où cette fête coïncide avec le 28 décembre, nous ne fêterons pas les Saints Innocents, mais nous n’oublierons pas la douleur de toutes ces mamans qui perdirent leur petit garçon à cause de la haine jalouse d’Hérode pour la Venue de Jésus parmi les hommes.
Les fidèles qui seraient en possession des premiers missels parus après la réforme du calendrier liturgique, seront surpris du choix des lectures de cette année en cette fête. C’est que, dans un premier temps, on n’avait pas prévu de lectures différentes pour les trois années A, B et C. C’est maintenant chose faite.


*   *   *


Il s’est écoulé un quart de siècle entre les deux épisodes réunis aujourd’hui dans la première lecture. Au chapitre 15 de la Genèse, Dieu promet à Abram un fils et une grande descendance ; Abram a alors soixante-quinze ans. Au chapitre 21, Sara met au monde son fils Isaac, alors qu’Abraham a alors quatre-vingt dix-neuf ans.
Entre ces deux moments, sont intervenus d’autres faits importants, mais aujourd’hui, la liturgie met l’accent sur la famille et la descendance.
Nous relèverons cette expression divine si consolante, lorsque Dieu ou son Ange dit aux hommes : Ne crains pas ! Dieu veut de nous la confiance, l’espérance, et non la peur d’être condamnés, oubliés ou bannis. Cette expression intervient plusieurs centaines de fois dans la Bible.
A la question toute simple d’Abraham Que vas-tu me donner ?, Dieu lui fait comprendre qu’Il est capable de lui attribuer une immense descendance. La famille, en effet, vient de Dieu. C’était déjà l’ordre donné par Dieu à Adam et Eve : Croissez, multipliez-vous, remplissez la terre (Gn 1:28) ; l’ordre fut répété à Noé (Gn 9:1 et 7).
Ne l’oublions jamais : la famille est une bénédiction de Dieu, qui attend toujours de l’homme des actes de générosité, de confiance, sans exclure d’ailleurs la prudence ni l’humilité, qui sont les vertus fondamentales de notre vie chrétienne.

*   *   *


Abraham vivait environ vingt siècles avant le Christ ; dix siècles plus tard le roi David chante le psaume 104, évoquant la puissance de Dieu, l’auteur de tant de merveilles, de prodiges, de promesses.
De la part de David, c’est une innovation d’inviter ses compatriotes à rechercher sans trêve la face de Dieu, ce Dieu dont on avait si peur de l’entendre et qu’on ne pouvait pas voir en face (cf. Ex 33:20). Pourtant David, rempli de confiance, et inspiré par Yahwé, n’hésite pas à nous encourager dans cet élan de confiance filiale envers notre Créateur et Père.
David évoque mille générations, un chiffre évidemment symbolique qui veut exprimer la continuité incessante de la promesse faite par Dieu à Abraham. Dix siècles après David, Marie chantera à son tour la miséricorde de Dieu et sa promesse faite à Abraham et à sa descendance pour les siècles (Lc 1:55).

*   *   *
 

L’épître aux Hébreux évoque encore cette foi sans faille d’Abraham, qui accepta même d’immoler son fils Isaac, pensant, ajoute l’auteur, que Dieu peut aller jusqu’à ressusciter les morts. La foi d’Abraham alla sans doute jusqu’à entrevoir la mort et la résurrection de Jésus-Christ, puisque le Seigneur affirme lui-même : Abraham vit mon Jour, et s’en réjouit (Jn 8:56). Ce Jour est bien celui de la Résurrection, puisque nous chantons à Pâques : Voici le Jour, que fit le Seigneur (Ps. 117).

*   *   *


Signalons que le verset de l’Alléluia est traduit de façon un peu curieuse. Le psaume 117 ne dit pas «Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient», mais bien précisément : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

*   *   *


Et nous voici à l‘un des principaux épisodes de l’enfance de Jésus : sa Présentation au Temple.
On remarquera tout de suite l’humble volonté de Marie et Joseph, de se soumettre aux prescriptions de la Loi, malgré leur extrême pauvreté et malgré aussi le caractère vraiment miraculeux et divin de la naissance de Christ. Leur esprit d’obéissance et d’humilité les pousse à accomplir toute la Loi, par des rites dont on aurait légitimement pu penser qu’ils en étaient dispensés : imposer la circoncision à Jésus ? «purifier» Marie d’un accouchement virginal ? consacrer Jésus qui est déjà Fils de Dieu ? Joseph et Marie ne se posent pas le problème, ils obéissent à la Loi que Dieu a donnée à Moïse, humblement, comme tous les couples en Israël, mêlés à la foule qui se presse chaque jour dans le Temple. En réalité, Jésus n’a pas «besoin» de ces rites saints, mais c’est Sa divinité qui leur confère leur merveilleuse efficacité et sacramentalité.
Syméon, cet homme juste et religieux, est au comble de la joie et de l’émotion. Avec ses mains fatiguées, dans ses bras de vieillard, il prend l’Enfant divin, il Le regarde, il Le remercie, comme s’il recevait l’Eucharistie ; comblé, il chante son Nunc dimittis (c’est ce chant qui est à l’origine de l’expression souvent utilisée en français).
Syméon connaît aussi les prophéties. Il sait que le Sauveur doit souffrir, que le Serviteur de Dieu sera trahi et insulté ; il sait que cette jeune Maman, Marie, souffrira un martyre intérieur inimaginable : fuir rapidement en Egypte, puis entendre les critiques des pharisiens contre Jésus, et jusqu’à cette cruelle passion, que Jésus subira avant sa résurrection.
Eux aussi, Marie et Joseph, connaissent les Ecritures. Ils savent que des jours douloureux les attendent. Mais ils s’y préparent sans révolte, dans l’union, dans la paix intérieure, dans la joie d’accomplir la volonté de Dieu.
Pélerin à Nazareth, le saint pape Paul VI exprima sa joie profonde de méditer sur l’école de cette Sainte Famille, où il percevait d’abord
une leçon de silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit, en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de fracas et de cris dans notre vie moderne, bruyante et hypersensibilisée,…
Une leçon de vie familiale aussi, là où Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable, … son rôle primordial sur le plan social.
Une leçon de travail enfin : pour comprendre la loi sévère et rédemptrice du labeur humain et montrer à tous les travailleurs leur grand modèle, leur frère divin, le prophète de toutes leurs justes causes, le Christ notre Seigneur (homélie de s.Paul VI, le 5 janvier 1964).
N’oublions pas que la Sainte Famille est l’essence-même de l’Eglise ; s.Jean-Paul II parlait de la famille comme d’une Ecclesiola, une «petite Eglise», là où commence à s’exercer l’amour fraternel et filial. Comme il est urgent que les Chrétiens s’efforcent à tout prix de maintenir la concorde dans la famille. Sans famille, pas de société !


La société ne peut pas se construire si chaque famille ne cherche pas à s’agréger à la Sainte Famille, à son esprit d’humilité, d’obéissance, de fidélité, d’harmonie.

 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 00:00

Noël : Messe de la  Nuit

Un de nos cantiques traditionnels de Noël dit : Depuis plus de quatre mille ans nous Le promettaient les prophètes. Voici que le prophète Isaïe, huit siècles avant la naissance du Sauveur, entrevoit cet heureux événement et s'en réjouit comme s'il y assistait. Huit siècles ! Imaginons que notre roi Louis IX nous ait annoncé la deuxième guerre mondiale…
Il faut comprendre dans un sens spirituel et théologique ces termes qui décrivent les hommes : les ténèbres, le pays de l'ombre,  expriment l'héritage du péché ; la grande lumière est celle qui vient d'En-haut, celle dont parle l'évangéliste Jean à propos du Verbe éternel : C'était la vraie lumière qui illumine tout homme (Jn 1:9). De même le joug, le bâton, le fouet, font allusion à la situation des Israélites en Egypte, l'Egypte étant elle-même restée ensuite le symbole de l'esclavage du péché.
Quand ensuite Isaïe parle de la victoire de Madiane, il fait allusion à cette fameuse victoire du Juge Gédéon avec ses trois-cents hommes qui, de nuit, sans rien faire d'autre que de crier Pour Dieu et pour Gédéon et en heurtant entre elles les lanternes qu'ils portaient, ont engendré une telle panique dans le camp adverse, que les ennemis en se réveillant brusquement se sont entretués eux-mêmes (Jg 7).
Certes Dieu n'agit pas toujours ainsi ; pour Gédéon, Dieu voulait faire comprendre que ce n'était pas le grand nombre de combattants qui allaient garantir la victoire, mais la confiance en Dieu. De fait, sur les vingt-mille hommes dont disposait Gédéon au départ, seuls trois-cents restèrent avec lui.
Ces ennemis d'Israël, guerriers orgueilleux, ont été exterminés en un instant.
La victoire, désormais, est dans les mains de ce petit Bébé qui vient de naître ; il n'a ni épée, ni arc, ni bouclier, ni richesse, ni force physique : il est dans une étable, sur la paille, près des bêtes, et c'est Lui le Sauveur. Personne ne le connaît, mais il porte déjà l'insigne du pouvoir sur son épaule, et des titres de noblesse inégalables : Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.
Quand Isaïe écrit, il ne connaît encore ni Marie, ni Jésus, mais il apprend dans l’inspiration qui lui vient de Dieu d'une part que Marie est vierge (on va en reparler à propos de l'évangile), et qu’elle aura un Fils. C'est Dieu qui inspire à Isaïe de donner à cet Enfant ces noms extraordinaires : Jésus est en effet Un avec Dieu Père, dont Il est le Fils unique, éternellement engendré ; avec Dieu et comme Dieu, Christ est Fort, Père à jamais et Prince de la Paix.
La Paix que Jésus nous apporte n'est pas une paix sociale ou politique. Nous ne le savons que trop, hélas ! la guerre est chaque jour d'actualité, et même là où Jésus est né... Mais Jésus-Christ nous apporte une autre paix ; ce sera par le sang de sa croix qu'Il apportera la paix, autant à ceux qui sont sur terre qu'à ceux qui sont (déjà) au ciel (Col 1:20) ; et la paix que Jésus Christ nous apporte, c'est la réconciliation entre Dieu et la Créature, cette créature blessée par le péché initial.

 

*         *        *

 

Le psaume 95 chante cette joie immense de la Créature qui se sent consolée, une joie tellement universelle que même les arbres des forêts la ressentent.

 

*         *         *


Saint Paul explique à son disciple Tite quelle grâce immense Dieu nous a donnée par la naissance du Christ. Cette grâce concerne tous les hommes, et nous appelle à rejeter le péché, à vivre en hommes raisonnables, justes et religieux. Il dit bien "nous", car il ne s'adresse pas qu'à Tite : il pense à lui-même, à tous ceux qu'il a convertis, à toute l'Eglise, à nous tous, car chacun de nous est concerné par cet appel à combattre le péché.

 

 *         *         *


L'évangéliste Luc, le plus historien des quatre évangélistes, donne des précisions historiques sur la date de la naissance de Jésus, mais les spécialistes n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la date précise de cette naissance, sans doute parce que nous ne connaissons pas forcément tous les détails de la vie politique d'il y a deux mille ans, et qu'il y a bien probablement des faits que l'on croit établis avec certitude et qui devraient au contraire être repensés. Mais ceci n'a désormais plus d'importance. Il est bien plus important de recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus et de la mettre en pratique, que de préciser si Jésus ne serait pas né quelques années (quatre, ou six)  plus tôt qu'on ne l'admet en général.
En revanche, Luc signale que Marie mit au monde son fils premier-né, une expression qui a fait couler beaucoup d'encre, car certains ont voulu y voir une allusion à d'autres éventuels enfants qu'aurait eus Marie après Jésus. Ce n'est certainement pas la pensée de saint Luc.
Après avoir fait le récit de l'Annonciation, Luc rappelle par ce premier-né, d'une part que Jésus est effectivement né d'une Femme vierge, comme l'avait annoncé Isaïe (Is 7:14), mais surtout l'évangéliste affirme cette vérité fondamentale et théologique que Jésus est le Premier-né d'une nouvelle génération :  chacun de nous, par les sacrements de l'Eglise, reçoit de l'Eglise comme d'une Mère, cette nouvelle Vie divine que Jésus nous a apportée. Comme Marie a donné le jour à Jésus, ainsi l'Eglise, nouvelle Mère, engendre en nous la vie de l'âme.
Jésus ne pouvait pas naître sans Marie, et sur la croix, il nous a à son tour donné Marie comme Mère : Voici ta Mère, dit-il à Jean (Jn 19:26-27). Tout ce que nous recevons de Jésus, nous vient en même temps par Marie, Mère de l'Eglise et Mère de chacun d'entre nous.
Il faut encore préciser ceci : après la naissance de Jésus, Marie est restée vierge, selon une tradition toujours répétée depuis les premiers siècles. D'ailleurs, si Jésus avait eu quelques frères et soeurs, Jésus n'aurait pas dit à sa Mère et à Jean, sur la Croix : Voici ton Fils, voici ta Mère. En outre, de même que la Tradition a eu le souci de répéter inlassablement que Marie était la « Toujours Vierge », de même elle aurait répété fidèlement et respectueusement – si ç'eût été le cas – que cette Mère aurait eu d'autres enfants, et elle nous aurait sans doute aussi conservé leurs noms. Rien de tout cela. Marie fut vierge avant la conception de Jésus, et après. Nous le répétons encore aujourd'hui, peut-être un peu machinalement, mais c'est l'expression de notre liturgie, dans le Je confesse à Dieu, dans le Canon romain, dans le Je crois en Dieu  ; dans tous les textes, les prières et les textes conciliaires ou pontificaux, partout où il est question de Marie, on répète constamment qu'il s'agit de la « Vierge Marie ».
Cette Mère admirable, dit Luc, emmaillota Jésus, pour bien préciser que Jésus était né comme un homme, d'une Mère, et n'était pas seulement "apparu" sous forme humaine. Ceci a son importance, car on a parfois prétendu que Jésus était seulement un ange.
L'histoire de l'apparition des anges aux bergers, elle, fait aussi partie de la Tradition. On a voulu la qualifier de "légendaire", car les bergers ne dorment pas à la belle étoile un 25 décembre, même au Moyen-Orient où il fait un temps plus doux que dans nos régions occidentales.
Or il sera bon de préciser ici que la date de Noël a été établie par l'Eglise de façon non pas historique, mais théologique : Noël se situe au moment où les jours commencent de s'allonger, où la lumière gagne en durée sur la nuit. D'ailleurs, cette fête ne fut instituée que relativement tard et fut plusieurs fois déplacée. Encore actuellement, nos frères d'Orient célèbrent la Nativité le 6 janvier au lieu du 25 décembre.
Relevons enfin le chant des Anges à Bethléem, qui a été repris dans le chant du Gloria à la Messe des dimanches et jours de fête. On ne le chante pas les dimanches qui précèdent la fête de Noël, pour le reprendre au moment où les Anges l'ont chanté la première fois, dans la nuit de Noël.
Parlons aussi ici de deux autres détails liturgiques, concernant l’un le rite de la goutte d’eau à l’Offertoire, l’autre le chant de la Préface à Noël.
A chaque messe, le prêtre mélange une goutte d’eau au vin qui va être consacré, disant  ces paroles : Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous êtres unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. Cette goutte d'eau se perd dans le vin, de même que notre nature humaine a été totalement assumée dans la divinité de Jésus-Christ.
Ecoutons attentivement, enfin, la préface de Noël : Par le mystère de l'incarnation du Verbe, la nouvelle lumière de Ta clarté a rayonné à nos yeux. Une nouvelle Lumière, la vraie Lumière dont il était question plus haut.
Mais jusqu'à il y a peu, la préface de Noël était celle-là même de la Fête-Dieu, solennité du Saint-Sacrement. Pourquoi ? Parce que, à chaque messe se renouvelle dans les mains du prêtre l'Incarnation et la Naissance du Christ parmi nous. Chaque messe est une actuation de la nuit de Noël. Le Verbe s’est fait chair et il a habité en nous, écrit l’évangéliste Jean dans son Prologue (Jn 1:14 : Verbum caro factum est, et habitavit in nobis) : en traduisant très littéralement, on se rend compte que cette phrase exprime aussi bien et l’Incarnation du Verbe, et l’Eucharistie où nous Le recevons.
La plus grande joie de la Vierge Marie est que son Fils naisse en chacun de nous.
A l'occasion de Noël, renouvelons notre reconnaissance envers la Mère du Sauveur, demandons-lui avec ferveur d'intercéder pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort, pour que cette grande fête d'aujourd'hui soit une occasion de re-naissance pour nos âmes. Dans une semaine, nous célébrerons solennellement le premier janvier, la Maternité de Marie, Mère de Dieu.

Merci, mon Dieu, pour la naissance de ton Fils !
Merci Jésus, de nous avoir donné ta Mère !

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 00:00

4e dimanche de l’Avent - B

 

Pour ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent, si proche de la fête de Noël, l’Eglise propose à notre méditation une des prophéties annonçant la naissance du Christ, et un évangile de l’enfance du Christ, en l’occurence, cette année, le récit de l’Annonciation.

*       *       *

Qu’il est impressionnant de penser que Nathan vint annoncer à David cette bienheureuse perspective de la Maison de David, de ce Trône éternel, environ dix siècles - mille ans, avant la naissance du Sauveur !

Nathan lui-même n’en avait pas eu l'intuition, puisque dans un premier temps, il répond à David qu'il peut faire tout ce qu'il a l'intention de faire, en l'occurence, construire un Temple magnifique pour abriter l'Arche d'Alliance du Seigneur.

Dieu "corrige" donc le projet de Nathan et de David : ce n'est pas David qui construira le Temple (ce sera d’ailleurs son fils Salomon), mais Dieu construira Lui-même le vrai temple, cette immense famille : le Christ viendra, pour fonder l’Eglise, ce Temple vivant où pourront entrer toutes les nations. David sera à jamais la souche de la lignée du Sauveur : un Nom exceptionnel, une stabilité à toute épreuve, un peuple désormais tranquille, et surtout une descendance royale stable pour toujours. 

Il n’est pas possible que celui qui lit avec bonne foi les paroles de cette prophétie, ne voie tout d’abord qu’elle regarde le Salomon spirituel fondant l’Eglise spirituelle, l’Eglise qui durera autant que les siècles, plutôt que le Salomon typique construisant le temple de Jérusalem, temple périssable et à jamais ruiné.

On se souviendra que Salomon signifie prince de la paix, une des qualifications typiques du Messie.

Le Salomon historique, qui a commencé à régner du vivant de son père, ne peut pas être, dans l’exacte application, celui que Dieu a promis à David de lui susciter après qu’il aura accompli ses jours et quand il reposera déjà avec ses pères ; il ne peut pas être celui dont le règne doit être affermi et durer jusqu’à l’éternité. 

Mais il s’agit bien du Messie, du Fils de Dieu, qui offrira son corps adorable en temple vraiment et seul digne de la Divinité, ce temple qu’il promit de rétablir le troisième jour après sa destruction (cf. Jn 2:19), ce qu’il exécuta par sa glorieuse résurrection d’entre les morts.

Mais pour être Dieu il n’en est pas moins homme ; et dans cette dernière qualité, quoique impeccable de sa nature, il s’est mis en état de péché, en se chargeant volontairement de toutes nos iniquités (cf. 2 Co 5:21 et Ga 3:13).

A ces considérations, nous allons ajouter quelques mots d’un ancien Rabbin, Isaac Abarbanel (1437-1508), qui relate ceci : 

Il y en a qui appliquent cette vision aux jours du Messie qui sera de la postérité de David. Et c’est lui qui bâtira le temple de Dieu, et qui aura cette royauté stable qu’il ne perdra jamais… Et David aussi dit au Seigneur, dans ses actions de grâces : Et tu as fait aussi des promesses à la maison de ton serviteur pour les temps éloignés. Allusion au Messie fils de David.

Nous pourrions en effet rester perplexes en examinant l’héritage historique de David, ces rois qui ne firent qu'ajouter péchés sur péchés, cette terre de Juda sans cesse conquise et reconquise. Mais nous pouvons lire à travers les lignes de la Sainte Ecriture, que la miséricorde de Dieu agit toujours malgré l'infidélité des hommes, et Sa force s'exerce bien au-delà de la faiblesse des créatures. C'est justement là la preuve de l'origine divine de l'Eglise, qui poursuit sa mission spirituelle à travers tous les siècles, malgré l'infidélité permanente, la constante inconstance de chaque être humain.

Les historiens se complaisent à relever les chutes, les écarts, les trahisons des rois, des princes, des grands, de certains membres de l’Eglise aussi, hélas. En cela ils disent des choses vraies, mais s'ils voulaient être de vrais historiens, ils devraient aussi relater les exemples de grande sainteté d'autres rois, d'autres princes, d'autres grands de ce monde, les milliers de prêtres et de missionaires fidèles, de toute époque, de chaque siècle, qui ont allumé partout sur la terre de petites lumières - parfois héroïques - de bonté, d'humilité, de sourire, de fidélité, grâces auxquelles l'amour de Dieu continue de se manifester aux hommes de bonne volonté.

*       *       *

 Avec ses mots poétiques et inspirés, non moins solennels, David chante encore cette promesse dans le psaume 88 qui suit la lecture. David "entrevoit" la réalisation de la promesse de Dieu, il "voit" le Fils de Dieu, le Christ, qui sera un de ses descendants. Dieu l’a juré ! Cette dynastie sera pour toujours (l’expression revient deux fois).

Le roc divin revient aussi, rappelant le roc du désert d’où jaillit l’eau vive, et qui sera finalement l’Eglise, bâtie solidement sur le Christ. C’est de ce roc, de cette pierre stable, que Simon recevra son nom de Pierre.

*       *       *

Si ce mystère était resté mystérieux pour une partie d’Israël et pour beaucoup de peuples dans le monde, maintenant la naissance du Christ sera l’occasion, nous dit saint Paul, de la révéler à tous les hommes.

On pourra lire toute cette épître aux Chrétiens de Rome, dans laquelle Paul démontre que, désormais, les hommes n’ont plus d’excuses à ne pas croire. Jésus l’avait proclamé : Il n’y a rien de caché qui ne doive être proclamé (Lc 8:17).

Déjà, les rabbins de l’ancienne Synagogue savaient interpréter avec précision les prophéties qui parlaient du Messie. Ceux qui Le reconnurent furent parmi les premiers Chrétiens ; ceux qui Le refusèrent, furent parmi ses accusateurs lors de la Passion ; ils se sont condamnés eux-mêmes par leur obstination.

*       *       *

Une autre prophétie qui bouleversera aussi les desseins humains, est l'annonce de l'ange Gabriel à Marie. Cette toute jeune fille, à peine sortie de l'adolescence, désirait vivre toute sa vie dans la virginité et s'était consacrée à Dieu. Joseph, son fiancé, désirait aussi vivre dans cette stable et sainte chasteté. Et voilà que Marie va concevoir, elle accepte une mission inouïe, elle portera en elle l'Héritier de David, le Prince de la Paix, le Fils de Dieu Lui-même… 

Dans son humilité, elle se trouble, mais Gabriel (dont le nom signifie Force de Dieu) la réconforte et la rassure : c'est l'Esprit de Dieu qui sera à l'œuvre, l'Esprit Saint, Celui qui planait sur les eaux (Gn 1:2) au début de la Création, Celui qui se montrera lors du baptême de Jésus (Lc 3:22), Celui qui se manifestera au jour de la Pentecôte (Ac 2:4).

Le moment de l'Annonciation à Marie et de l'Incarnation du Verbe divin est LE moment historique où commence l'œuvre du Salut de l'homme. Neuf mois avant Noël, nous fêtons en effet cet événement transcendantal, le 25 mars.

*       *       *

Une très ancienne coutume de l'Eglise fut de saluer l'Incarnation du Verbe Eternel par une prière simple et courte, qui marquait les trois moments importants de la journée, au lever, au repas de midi, au coucher : la prière de l'Angelus, qu'un tableau célèbre a illustré. C'est cette prière que sonne la cloche de l'église en maints endroits encore. Trois petits versets, trois Ave, achevés par une courte prière (celle de ce jour), voilà une dévotion qui serait très facile à instaurer dans nos familles chrétiennes. La voici : 

 

 R/ L'Ange du Seigneur porta l'annonce à Marie,

 V/ Et elle conçut du Saint Esprit.   

    Je vous salue, Marie…

 R/ Je suis la servante du Seigneur,

 V/ Qu'il me soit fait selon ta parole.  

 Je vous salue, Marie…

 R/ Et le Verbe se fit chair,

 V/ Et il habita parmi nous.     

Je vous salue, Marie…

 

 Prie pour nous, sainte Mère de Dieu,

 Pour que nous devenions dignes des promesses de Christ.

 

 Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l'ange, tu nous as fait connaître l'incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu'à la gloire de la résurrection. Par Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

 

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 00:00

3e dimanche de l’Avent - B

 

Depuis des siècles, le peuple d’Israël attendait Celui qui doit venir. Isaïe lui fait dire ces paroles prophétiques : L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi… Le passage révèle toute la mission du Dieu incarné, qui tressaille de joie à la pensée qu’il va apporter la justice aux hommes. 

Certes, cette mission divine comportera les douleurs de la Passion, qui ne sont pas évoquées ici, mais qui seront le prix de cette nouvelle justice, de la nouvelle Vie que Jésus nous donnera.

C’est précisément ce passage d’Isaïe que Jésus commentera plus tard au début de sa prédication à Nazareth (cf. Lc 4:16-19), se l’appliquant à lui-même (ibid. v.21).

 

*       *       *

La joie que Marie montra après l’annonciation et la visitation, s’exprima en des termes que Jésus peut très bien faire siens, et c’est ce Magnificat que nous avons dans le Chant de méditation. 

La mission de Marie apparaît ainsi en parfaite union avec celle du Christ ; la volonté la plus intime de Marie est d’aider les hommes à s’approcher du Christ, en leur disant comme à Cana : Tout ce qu’il vous dira, faites-le (Jn 2:5).

 

*       *       *

La première lettre aux Thessaloniciens de saint Paul nous invite à ne pas repousser les prophètes, comme ont fait les Pharisiens, et à en recevoir humblement le message. 

Isaïe et tous les prophètes jusqu’à Jean-Baptiste n’ont fait que nous inviter à préparer la venue du Sauveur. Saint Paul le répète encore aux Chrétiens que nous sommes. 

Il est bon et salutaire d’entendre à nouveau cette invitation pressante, car la vie quotidienne routinière nous fait souvent oublier des choses importantes.

Garder le bien… S’éloigner de tout ce qui porte la trace du mal :  programme exigeant, si l’on veut l’appliquer intégralement. C’est le prix à payer pour trouver la paix en Dieu.

Ceux-là seulement trouvent la vraie paix, la paix intérieure, qui sont en harmonie de cœur avec l'appel de Dieu. La vraie paix n'est pas l'absence de guerre, une banale tolérance, mais une union intime avec Dieu, qui nous fait considérer toute créature, humaine, animale, végétale, comme un don de Dieu qu'il faut respecter et traiter avec considération.

Voilà comment l'on peut être toujours dans la joie, malgré les difficultés quotidiennes. Celui qui est en paix avec Dieu reçoit toute épreuve avec sourire et courage, sans révolte ; la prière l'aide à rester dans la paix, dans la joie, dans l'action de grâce. C'est le vrai chemin de la perfection, de la sainteté.

 

*       *       *

Le 3e dimanche de l'Avent nous met habituellement en présence de saint Jean-Baptiste. Mais comme l'évangéliste Marc est très laconique à son sujet (et que nous avons déjà lu dimanche dernier l'unique passage de Marc concernant Jean-Baptiste), nous lisons aujourd'hui un passage de l'évangéliste Jean.

Le Baptiste est donc à Béthanie, de l'autre côté du Jourdain : il s’agit donc d’une autre localité portant aussi le nom de Béthanie, différente de celle où Jésus ressuscitera Lazare (cf. Jn 11. Sa parole est franche, convaincante, il appelle à la conversion du cœur et beaucoup viennent le voir, l'écouter, se faire baptiser. 

De leur côté, les autorités religieuses, les Pharisiens, les prêtres et les lévites du Temple, ne sont pas ignares des textes bibliques ; depuis longtemps ils ont lu Isaïe : Aplanissez le chemin du Seigneurî et quand Jean-Baptiste le leur répète, ils comprennent très bien de qui et de quoi il s'agit. Mais ils sont jaloux de ce que les foules aillent à Jean et pas à eux ; orgueilleux, indociles, ils viennent discuter.

La discussion : excellent moyen de tourner autour de la Vérité sans y entrer vraiment, en se contentant d’accumuler d’interminables palabres.

Le ton des questions dénote l’esprit provocateur. La vraie question qu'ils devraient poser à Jean, comme le font les gens simples qui vont le voir (cf. Luc 3:10-14), devait-être : Que nous faut-il faire ? Mais leur problème n'est pas d'accueillir le message de Dieu ; et ils soumettent Jean à un véritable interrogatoire : Qui es-tu ? La question revient trois fois.

Jean ne rentre pas dans leur dialectique. Même s'il sait qu'il est cet Elie qui doit se manifester (et Jésus le confirmera plus tard, cf. Mt 17:12), il s'efface, pour bien faire comprendre qu'il n'est qu' une Voix, et qu'ils doivent écouter Celui qui vient leur parler. Cette voix passera, lorsque le Verbe sera là personnellement.

C’est certainement de Dieu que Jean-Baptiste a reçu cette mission de baptiser, en préparation de la venue du Christ, mais là encore Jean ne parle pas de l'excellence de sa mission, se contentant d'orienter ses auditeurs vers l’unique Sauveur : Moi, je ne fais que baptiser, mais c'est Lui qu'il faut écouter ; je ne suis pas même digne de lui retirer ses chaussures. C'est déjà humble d'être prosterné devant quelqu’un, encore plus de lui retirer les chaussures.

L'humilité de Jean est saisissante ; elle annonce celle de Jésus qui assumera notre condition humaine dans sa faiblesse, qui lavera les pieds de ses disciples, avant de porter sa croix jusqu'au calvaire.

 

*       *       *

 

Comme d'habitude, un retour sur les prières du jour éclairera en synthèse tous ces éléments. La prière du jour rappelle que nous devons fêter Noël avec un cœur vraiment nouveau ; et la prière finale, de ne pas céder à nos penchants mauvais. 

Ce peut être le moment d’examiner notre intimité, et de préparer le Sacrement de la Réconciliation, auquel nous a de nouveau invités le Pape tout récemment.

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 00:00

2e dimanche de l’Avent - B

 

Le deuxième dimanche de l’Avent est toujours centré sur le message de Jean-Baptiste, l’ultime Prophète à annoncer le Christ, à préparer sa venue. Son message était d’autant plus pressant, qu’il savait la venue du Messie imminente. Rappelons-nous qu’en effet dès avant sa naissance, Jean-Baptiste avait tressailli de joie en présence de Jésus incarné, lorsque Marie vint visiter Elisabeth après l’Annonciation (cf. Lc 1 : 41. 

 

*       *       *

 

Après que Dieu a envoyé ses Prophètes pour préparer la route du Seigneur, le dernier de ceux-ci fut Jean-Baptiste, qui prêchait dans cette région désertique proche de Jérusalem. 

Dans sa prédication, il reprit justement (cf. Lc 3:4-6) ces versets d’Isaïe que nous lisons en ce jour. Que sont donc ces ravins, ces montagnes, ces chemins tortueux, auxquels il fait allusion ? De quels travaux de terrassements gigantesques s'agit-il donc là ? S’agit-il de ces travaux qu’on fait toujours pour attendre la visite de quelque personnage important ?

Ce serait là une explication intéressante. Mais le Personnage que nous attendons n’est pas un roi de ce monde (cf. Jn 18:36). Ce sont nos cœurs que nous devons lui soumettre. Comment donc combler nos ravins ? comment abaisser nos montagnes ? comment rendre droits les chemins tortueux

Nos ravins sont nos chutes, tous les moments où nous nous laissons tomber au lieu de persévérer sur notre route. Combler nos ravins, ce sera essentiellement demander à Dieu le pardon de nos fautes pour nous remettre en marche. Abaisser nos montagnes, ce sera éliminer l'origine de nos chutes : nos défauts, notre paresse, notre orgueil, notre gourmandise… Rectifier nos chemins, ce sera s'efforcer de prendre la route directe pour la Vérité, sans hésitation, sans atermoiements, sans remise à plus tard. 

Ne jouons pas les petits saints, innocents comme des agneaux, toujours victimes des seules injustices des autres ! Celui qui doit aplanir la colline, ce n'est pas "lui", l'autre, non : c'est moi !

 

*       *       *

 

Dans le psaume 84 se trouve un verset qu’on peut prendre tout-à-fait à la lettre : La Vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice, comme pour dire : Jésus, la Vérité, va naître au milieu des hommes, manifestant ainsi la Justice (céleste) de Dieu. 

Oui, chacun de nous pourra ressentir cette venue, car son salut est proche, mais à cette condition, que nous soyons bien «à l’écoute», pour reprendre le premier mot de notre extrait : J'écoute !, qui nous rappelle la réponse du petit Samuel à l’appel de Dieu : Parle, car ton serviteur écoute (1S 3:10) et aussi la solennelle invitation de Dieu à son peuple : Ecoute, Israël !, le fameux Shéma, si cher aux Juifs (Dt 6:4).

Avons-nous bien ouvert nos oreilles, pour entendre l'appel de Jésus ? Sommes-nous vraiment de ceux qui ont un grand amour de Dieu pour mériter que le salut soit proche de ceux qui le craignent ?

 

*       *       *

 

Les Prophètes, et surtout Jean-Baptiste, ont exprimé des appels pressants pour inviter les Juifs à bien accueillir le Messie. 

Mais après la venue du Messie ? Quand le Christ reviendra-t-il, puisqu’il l’a promis (cf. Mt 25:31) ? Que faire, d’ici-là ? 

C’est ce que nous rappelle saint Pierre, dans sa deuxième lettre, qui n’a pas besoin d’autre commentaire. N’en oublions pas pour autant ses expressions : 

Le jour du Seigneur viendra comme un voleur.

Faites tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix.

On observe ici qu’avec son conseil, saint Pierre s’empresse d’enlever toute inquiétude : restons dans la paix. Non pas endormis, pas nonchalants, mais simplement attentifs et prévoyants. Ainsi qu’une bonne maîtresse de maison qui, sans attendre personne, enlève soigneusement la poussière de ses meubles chaque jour pour que sa maison soit accueillante, ainsi devons-nous chaque jour nous dépoussiérer comme si nous devions rencontrer le Seigneur tout-à-l’heure.

 

*       *       *

 

Revenons maintenant à Jean-Baptiste, dont il été question au début.

Nous avons entendu ici le véritable Commencement de l'Evangile de saint Marc. 

On a dit que celui-ci était "peu lettré", que son style était beaucoup moins riche que celui des autres évangélistes. Marc n’était pas un grammairien : fidèle disciple de saint Pierre, il écrivait l'essentiel de la parole du Premier Pape pour la transmettre aux premières communautés chrétiennes. La Tradition nous rapporte que Pierre en approuva pleinement le texte.

"Commencement de la Bonne Nouvelle", annonce Marc. Un titre "en fanfare", joyeux, solennel. Et tout de suite une citation du prophète Isaïe, précédée d'une autre phrase empruntée à Malachie et que Marc fond en une seule citation, très cohérente : Voici que j'envoie mon messager devant toi, pour préparer ta route. A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

Dès son plus jeune âge, Jean-Baptiste s'est retiré à l'écart, il n'a pas cherché la célébrité… il n'a pas averti les médias ! vêtu et nourri sobrement, il a vécu dans une grande austérité. 

Il ne nous demande pas de nous vêtir de poils de chameau, ou de manger des sauterelles grillées, mais au moins d'être un peu moins vaniteux, un peu moins attachés aux plaisirs de la terre. En effet, si notre quotidien est empli de modes, de bruits, de frénésie, où restera-t-il un peu de place pour le Messie ? Jean-Baptiste, qui avait reçu de grandes grâces dès avant sa naissance, se dit lui-même indigne de défaire la courroie de ses sandales ; savons-nous être humbles, sans chercher la notoriété ?

 

*       *       *

 

Mais comment faire, va-t-on demander, dans notre monde si agité, dans notre époque si perturbée ? La réponse est unique, elle exprime le grand manque de nos contemporains : Prier ! Non pas en multipliant les heures d'agenouillement sur le carrelage froid d'une église glaciale, cela non ! Mais entrer du fond du cœur dans la prière de l'Eglise, qui s'exprime unanime dans le monde entier avec des textes très simples et brefs. Ainsi la Prière du jour de ce dimanche : 

"Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils". Amen.

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 00:00

1er dimanche de l’Avent - B

 

 

Aujourd'hui commence une nouvelle année liturgique, et en ce premier dimanche de l'Avent, commence l'année liturgique B, pendant laquelle nous lirons principalement les textes de l'évangéliste Marc ; cet évangile étant le plus court de tous, il sera aussi complété par quelques textes de l'évangile de Jean. 

Il ne sera pas inutile de rappeler que le mot Avent s’écrit bien avec un e, du latin Adventus, qui signifie arrivée. Il n’est pas rare d’entendre dire que l’Avent est la période qui est avant Noël.

Durant cette période, le prêtre revêt un ornement violet, cette couleur qui veut indiquer l’attente, la pénitence, la souffrance : l’attente de tout Israël, depuis Adam, jusqu’à la venue du Messie.

 

*       *       *

 

La première lecture de ces quatre dimanches de l'Avent (année B) comporte chaque fois un extrait du prophète Isaïe ainsi que celle du prophète Nathan, respectivement des 8e et 10e siècles avant Jésus-Christ. Il faut remarquer l'antiquité de ces prophéties divines. Imaginez qu'on nous ait annoncé la venue de tel personnage actuel au dixième siècle, peu après la mort de Charlemagne ! Il faut bien réaliser que la venue du Sauveur était LA prophétie attendue principalement par tout Israël, celle pour laquelle toute personne pieuse orientait sa vie. 

Aujourd'hui nous lisons dans la prophétie la prière ardente vers ce Sauveur : Si tu descendais… Voici que tu es descendu. Le prophète fait son annonce comme s'il en voyait déjà la réalisation ; il parle des hommes au passé : Nous étions desséchés… Tu nous avais caché ton visage. Celui qui parle au nom de Dieu entre en quelque sorte dans le présent éternel divin, il voit simultanément le passé et le futur dans une actualité étonnante.

Le saint Auteur appelle Dieu Père, Rédempteur : son nom depuis toujours. C'est donc bien l'expression de l'attente du salut, de la Rédemption. Cette attente va encore être longue, car nous ne sommes là qu'au 8e siècle avant la naissance du Verbe incarné. Cette prière du Prophète est un cri plein de confiance, un appel pressant à Dieu : Reviens ! Il demande à Dieu de faire fondre les montagnes, certainement les montagnes du péché, ces montagnes qui empêchent le Christ d'arriver dans nos cœurs. Au chapitre 40, Isaïe proclamait déjà : Que toute montagne et toute colline soient abaissées (Is 40:4).

Puis Dieu est descendu et les montagnes ont fondu… personne n'a vu un autre dieu agir ainsi envers l'homme : quel dieu mythologique en effet est jamais descendu vers les hommes pour leur pardonner leurs péchés ? Quel dieu est jamais venu prendre forme et condition humaines, pour s'offrir lui-même en sacrifice ? 

Isaïe a cependant aussi quelques mots durs : nous étions desséchés, nos belles actions étaient comme des vêtements salis, nos crimes nous emportaient… Rappelons en effet que par son premier péché, l'homme avait perdu la plénitude de la Grâce ; Adam avait perdu la vision directe de Dieu ; dans son choix il avait entraîné avec lui toute la lignée humaine, transmettant par la génération elle-même quelque chose de l'orgueilleuse rébellion qui fut à l'origine de l'apparition du Mal dans la création.

 

*       *       *

 

Les Patriarches, le roi David, les Prophètes, tous les fidèles d'Israël attendaient avec grande nostalgie l'Eau purificatrice, l'Eau baptismale, qui devait nous rouvrir le chemin de la Grâce, de l'intimité avec Dieu. L’eau du déluge restait un signe de cette purification tant attendue. Le psaume 79 exprime cette attente, appelant intensément la venue du fils de l'homme - il manque sans doute la majuscule - comme Jésus aimera se nommer Lui-même dans l'Evangile. 

Les brebis fidèles d’Israël attendent leur berger.

 

*       *       *

 

Aux Chrétiens de Corinthe, l'apôtre Paul écrit quelque chose de plus important encore. Cette première épître, nous en lirons de larges extraits en janvier et février prochains. 

Aujourd'hui, le message de l'apôtre veut nous rappeler que c'est en Christ que Dieu a accordé tant de grâces salvifiques à cette communauté, cette Eglise qui est à Corinthe. Une communauté de frères à qui s.Paul n'épargnera pas quelques reproches solennels, mais qui sont et restent pour lui ceux qu'il a engendrés dans le Christ Jésus (1Co 4:15). 

Il ne s'arrête pas à la venue "historique" de Jésus-Christ, qui est désormais passée depuis une quinzaine d'années quand il écrit à ces nouveaux Chrétiens. Rappeler la venue de Jésus, célébrer Noël, est une bonne chose, mais le vrai culte divin n'est pas un souvenir du passé ; c'est un appel à toujours tendre vers la seconde Venue de Jésus, son dernier avènement, quand s'instaurera Son Règne définitif, à la fin des temps.

Quelle triste religion serait en effet celle qui consisterait uniquement à "se souvenir" d'un passé : à quoi donc tendrait notre "espérance" ? Israël avait l'espérance du Sauveur. Historiquement parlant, la venue du Sauveur fut l'immense Joie de la réalisation des prophéties ; bienheureux furent ceux qui reçurent Jésus ! Mais ensuite, après eux, et jusqu'à nous, et jusqu'à la fin des temps, quelle est notre espérance ?

 

*       *       *

 

La réponse est ce que nous rappelle Jésus dans le court extrait d'aujourd'hui : Vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… Veillez ! Après sa venue historique, Jésus doit continuer de venir dans le cœur de chaque homme, à chaque moment. Jésus doit continuer de venir dans mon cœur, en moi, à chaque instant de ma vie. Sans cesse je dois faire en sorte que naisse Jésus, non plus dans une crèche glaciale, mais dans la chaleur de mon cœur, avec un vibrant et ardent amour pour Lui. Voilà pour répondre à l'invitation pressante : Veillez !

Mais désormais, nous continuons d'attendre Jésus pour cette Autre venue, à la fin des temps. La "venue" de Jésus est toujours présentée en même temps que son "retour", car Jésus "vient" à chaque instant de la vie de l'homme ; Il vient quand l'homme est baptisé, Il vient quand l'homme se repent, Il vient quand on Le reçoit dans l'Eucharistie, Il vient quand on le cherche dans l'Ecriture, Il vient quand deux ou trois sont réunis en (son) Nom, Il vient quand un défunt Lui rend son âme, Il vient enfin quand, à la consommation de ce siècle, arrive le moment de Son Règne éternel définitif.

Il viendra, certainement, et nous ne pourrons pas l'éviter, ni dire "un peu plus tard", ou bien "je vais réfléchir", ou bien "je voudrais encore faire ceci, cela…" Nous avons seulement quelques années devant nous, un temps extrêmement court et instantané, suffisant tout juste pour nous préparer à cette Rencontre, pour hâter la venue du royaume définitif de Jésus Christ, ce Royaume de Paix que nous avons célébré dimanche dernier en la solennité du Christ Roi.

 

*       *       *

Remarquons aussi ce détail de la Prière : nous demandons la grâce d’aller avec courage à la rencontre du Seigneur. Il ne s’agit pas seulement d’ «attendre» là, sans rien faire, mais nous devons être extrêmement éveillés et actifs pour aller de nous-mêmes au-devant de Jésus, avec nos bonnes œuvres, bien décidés à L’écouter sans résister à sa parole.

Viens, Seigneur Jésus ! (Ap 22:20).

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