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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:42

34e dimanche ordinaire - C

Solennité du Christ Roi

 

Une tendance assez généralisée de nos jours est de considérer le “roi” et la “royauté” comme des réalités désormais désuètes, dépassées, et en voie de totale disparition : nous préférons les “présidents” (1). On conviendra pourtant que, si le terme change, la réalité reste immuable : rois ou présidents, les hommes sont les hommes, ils ont leurs faiblesses et leurs valeurs, leurs erreurs et leurs mérites, leurs caprices et leurs vertus. 

Par définition un “président” est assis à la première place (præ-sedere), nécessairement pour prendre les bonnes directives qu’il fait voter. Le “roi” marche en tête de son peuple pour le conduire (regere) ; le mot grec “basileus” évoque plutôt celui qui est la «base» de la cité, sur lequel on peut s’appuyer pour être rassuré, protégé.

Il reste que la notion de roi évoque un degré absolu, en bonne ou en mauvaise part : le roi de la générosité, le roi de la sottise… Quoi qu’il en soit, on a toujours besoin d’un chef, d’une autorité, à qui se référer ; cela vaut dans tous les groupes, dans tous les milieux, dans tous les pays.

Quand le pape Pie XI institua la fête du Christ-Roi en 1925, il n’avait pas d’idée politique préconçue ; il n'avait qu'un souci paternel et pastoral : inviter tous les hommes à regarder vers le Christ, comme idéal vrai et fondamental pour l’édification de notre société. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, différents courants s’affrontaient dans toute l’Europe, partisans de nouveauté, de restauration, d’alliances diverses ou de divisions : le Pape voulait donner à tous un seul et même Exemple pour reconstruire cette pauvre Europe déchirée par la haine et les ambitions. Il espérait qu’en regardant vers l’unique Pasteur et Chef de tous les Chrétiens, tous - catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans - sauraient faire abstraction de leurs propres intérêts au profit d’une nouvelle Europe chrétienne où l’on éliminerait tout conflit. On ne l’a malheureusement pas écouté, et l’on sait ce qu’il en advint.

Dans l’histoire, il y a eu des rois despotes, injustes, pécheurs ; il y en eut de bons, aussi, et le Martyrologe Romain ne recense pas moins de quarante-huit rois et reines, sans compter les non moins nombreux proches, frères et sœurs, fils et filles de rois, qui ont illustré l’histoire de l’Eglise par leur vie exemplaire tout inspirée de l’amour de Dieu et du prochain.

On a souvent critiqué les rois pour leurs "richesses" ; peut-être est-ce parfois la jalousie qui nous a fait parler, mais peu sont ceux qui "jalousent" Louis IX de France pour avoir lavé les pieds à ses pauvres ou participé à l'office des moines à cinq heures du matin ; lui-même répondit un jour à ses proches, qui le taquinaient pour ses dévotions jugées excessives : Si j'étais allé à la chasse avec vous, vous ne me reprocheriez pas d'avoir délaissé les affaires de l'État !

Etre roi n’est pas une charge véritablement enviable ; malheureux, plutôt, serait toute personne qui ambitionnerait cette place. Quelle responsabilité, devant Dieu et devant les hommes !

Mais être royal, pratiquer les vertus en cherchant la perfection, voilà l’idéal que nous propose le Christ Avec la grâce de Dieu, nous pouvons tous le faire. 

 

*       *       *

 

L’histoire de David nous est un peu connue, surtout pour l’épisode de Goliath, par les deux Livres de Samuel (1S 16-31 et 2S) (2), mais d’autres épisodes illustrent la vie du roi David.

Mystérieusement, dès sa jeunesse, David a reçu l’onction royale de Samuel (1S 16:14), que confirmèrent plus tard les anciens de Juda (2S 2:4), puis ceux d’Israël (2S 5:3, notre récit d’aujourd’hui). 

Quand Saül, dans un accès de jalousie, voulut tuer David, ce dernier cependant pardonna et se montra royal envers Saül, refusant de porter la main sur lui parce qu’il avait reçu l’onction de Dieu (2S 24 et 26). C’est au nom de Dieu qu’il mena beaucoup de combats victorieux contre les ennemis du Peuple de Dieu. 

Après avoir fait reporter l’Arche de l’Alliance à Jérusalem, il eut l’humilité de remarquer qu’il habitait dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu sous une tente (2S 7:2) : c’est alors que le prophète Natân lui annonça que ce serait son descendant qui construirait ce fameux Temple (2S 7:13). C’est à partir de ce moment que Jérusalem fut vraiment ce que signifie son nom (Cité de la paix), la ville de Dieu, le siège du droit, que chante le psaume 121 aujourd’hui.

Or, le descendant de David qui devait construire le Temple de Jérusalem, n’en était pas le premier-né, loin de là (3). Salomon naquit de l’adultère de David avec Bethsabée, dont le roi David avait fait tuer le mari à la guerre. Natân vint reprocher très sévèrement son péché à David et le premier enfant de cette union mourut. Dans son repentir si sincère, David se montra encore une fois royal, il s’inclina devant le reproche du prophète, reconnut son péché et composa alors ce sublime psaume 50, le Miserere. Ensuite naquit Salomon qui, malgré cet adultère, reçut une bénédiction toute spéciale de Dieu et hérita de David la royauté.

En ces circonstances, Dieu montra envers David et Salomon ce que signifie être royalement miséricordieux. David à son tour, montra comment même un roi doit rester humble devant Dieu, en se reconnaissant pécheur : il n’y a peut-être rien de plus exaltant que de reconnaître son péché. Plusieurs siècles après, le Fils de Dieu nous montra comment il voulait être humble, en prenant notre nature pécheresse, et en naissant de la lignée de David, le pécheur royal.

 

*       *       *

 

Nous voyons aujourd’hui Jésus, notre Roi doux et humble de cœur, crucifié, entre deux bandits. Ces deux bandits, disait l’évangéliste Matthieu, l’outrageaient de la sorte, comme le faisaient les Juifs autour de la croix (Mt 27:44). Le passage d’aujourd’hui, en saint Luc, pourrait laisser entendre que le “Bon Larron” fut peu à peu touché par la grâce (et sans doute aussi par l’intercession de Marie, co-Rédemptrice) : voyant comment Jésus mourait sans se plaindre et en pardonnant, il rentra en lui-même, comprit son péché et, cessant d’outrager Jésus, lui demanda humblement pardon, comme le roi David après son péché. 

On pourra remarquer ici que l’évangéliste utilise l’imparfait (il disait…), comme pour indiquer une répétition : il se pourrait bien que le Bon Larron ait en effet répété plusieurs fois son “acte de contrition”. 

Une précision encore : quelqu’un pourrait objecter que, au moment des ténèbres qui suivirent la mort de Jésus, le Bon Larron aura pu être saisi de frayeur et donc un peu forcé de demander pardon. Mais l’objection ne tient pas car la conversion du Bon Larron précéda ces ténèbres de midi. Ce fut donc bien un acte personnel, libre et conscient, du Larron. On ne peut que regretter que l’autre ne l’ait pas imité.

D’après la Tradition, le Bon Larron s’appelait Dismas. Sans le nommer, le Martyrologe commémore le Bon Larron au 25 mars. Saint Dismas ne fut peut-être pas un “martyr” qui versa son sang pour le Christ, mais on peut sans aucun doute affirmer qu’il fut un “témoin” authentique - c’est le sens du mot grec martyr - par ses vertus de foi, d’espérance et de charité : foi au Christ Rédempteur et Sauveur, espérance de l’Eternité, charité à vouloir convertir son compagnon d’infortune, avant-même de demander la grâce pour lui-même.

Ainsi, sur le Calvaire, on pourra dire qu’il y a deux rois : Jésus, et saint Dismas. L’un est Roi par nature, par l’onction qu’Il a reçue de Dieu, l’autre est roi par son humilité, et par sa “nouvelle naissance” dans la vie du Christ ; sans doute sans le savoir, il accomplit ce mot du Christ, prenant en exemple un petit enfant : Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, voilà le plus grand dans le Royaume des Cieux (Mt 18:4).

 

*       *       *

 

Jésus est Fils de Dieu, consacré Prêtre éternel et Roi, selon ces versets des psaumes, souvent repris dans la Liturgie : 

Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech (Ps 109:4)

Ton Dieu t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse comme à nul de tes rivaux (Ps 44:8).

A ce Roi divin saint Paul élève cette hymne magnifique dans l’épître aux Chrétiens de Colosses (4), en des termes qui mériteraient beaucoup d’heureux commentaires : Jésus est l’image du Dieu invisible, avant tous les êtres (en grec : le premier-né de toute créature), tête du Corps, de l'Église, le commencement, premier-né d'entre les morts. Et pour accomplir cette plénitude, ajoute Paul, Dieu a voulu tout réconcilier, en faisant la paix par le sang de sa croix, c’est-à-dire en nous laissant le miracle sublime et extraordinaire du Pain et du Vin de l'Eucharistie. Un don royal.

Le Bon Larron, lui, est le premier que Dieu a fait entrer dans son royaume, derrière son Fils, par qui nous sommes rachetés et nos péchés pardonnés, le premier aussi de ceux que Dieu a rendus capables d'avoir part à l'héritage du peuple saint, et qu’Il a arrachés au pouvoir des ténèbres

A la suite du Bon Larron qui fut baptisé dans son sang et par sa foi, nous avons reçu, au Baptême et à la Confirmation, l’onction sacrée du Chrême, qui nous a rendus participants de cette royauté divine. Nous sommes des rois ! Quelle dignité ! Mais aussi quelle tristesse quand cette dignité est blessée, tachée, bafouée, par nos péchés.

 

*       *       *

 

Apprenons à être rois de nous-mêmes, à nous gouverner saintement en conquérant les vertus que Jésus Roi nous a données en exemple : le pardon, l’humilité, la douceur. 

La béatitude Heureux les doux, ils posséderont la terre (Mt 5:4), devrait sans doute être interprétée ainsi : Donne-nous la grâce de dominer la terre par notre douceur royale.

C’est sans doute aussi ce que veut nous faire dire le Christ dans sa Prière. En effet, quand nous disons Que ton Règne vienne, ce Règne ne va pas tout d’un coup s’imposer à nous sans notre participation. Chacun est appelé à apporter sa propre pierre pour construire ce Royaume, en cherchant à devenir toujours plus “royal”. 

Si nous ne le voulons pas, nous n’empêcherons pas Jésus d’être Roi, puisqu’Il l’est, puisque déjà il possède le règne, la puissance et la gloire, comme nous le chantons à la Messe. Mais Jésus veut nous faire entrer dans ce Royaume, pour que nous soyons avec lui dans l’Eternité. 

Prions notre Roi d’Amour avec cette totale conviction : 

 Fais que toute la création, libérée de la servitude (du péché), reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.

 

 

(1) Et une publicité très inconvenante, présentant une sorte de Bon Dieu dans les nuages, prétend qu’ “il n’y a rien au-dessus du Président”.

(2) Dans la Vulgate, ce sont les deux premiers Livres des Rois.

(3) Voir 1Ch 3:1-9.

(4) Les ruines de Colosses se trouvent près de l’actuelle Honaz en Turquie occidentale.

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 07:32

33e dimanche ordinaire - C

 

Déjà au chapitre 19 de saint Luc, Jésus avait pleuré sur Jérusalem (Lc 19:41-44), annonçant qu’il n’en resterait pas pierre sur pierre. En entendant la douloureuse plainte du Seigneur, les apôtres ne restèrent certainement pas indifférents, habitués à contempler ce magnifique édifice qu’était le temple de Jérusalem. L’historien juif Josèphe, qui fut témoin des années 60-70, en parle en des termes qui le font bien comprendre (VI Belli, VI). On rapporte traditionnellement que le Temple de Jérusalem était d’une splendeur jamais connue auparavant et jamais égalée par la suite.

C’est un peu comme si on nous annonçait la destruction totale et irréparable d’une cathédrale de Chartres ou de Strasbourg… Dieu le permettra-t-il ? La question travaille les Apôtres. Aujourd’hui, en 21:8 sq, Jésus leur indique davantage de signes, plutôt catastrophiques et inquiétants, et surprenants dans la bouche de Celui qui était venu apporter la paix aux hommes de bonne volonté.

 

*       *       * 

 

Qu’une ville soit détruite, cela était déjà arrivé à des villes célèbres comme Ninive, comme Babylone, Tyr ou Alexandrie ; Rome aussi subira maints saccages.

Certes, la destruction d’une ville entière est évidemment une horreur. Un cataclysme dévastateur, un tsunami, un ouragan, une explosion atomique qui laissent un spectacle de mort, de destruction totale, parfois irréparable, est une épreuve difficile pour les survivants (quand il y en a), les familles et pour nous tous qui en voyons des images dans nos journaux.

Mais Jésus nous apporte ici des réflexions d’un ordre beaucoup plus spirituel. 

Une maison, un monument, une voiture, un musée, un tableau magnifique, une collection de bijoux, un violon Stradivari…, qu’est-ce devant l’Eternité ? Les emporterons-nous dans l’Au-delà ? 

Et si nous les laissons pour nos héritiers, en profiteront-ils plus que nous, si tant est qu’ils survivent à la catastrophe ou à la guerre ?

Ecoutons bien alors l’avertissement du Christ, qui nous demande, qui nous supplie, presque, de regarder au-delà des événements historiques.

Au-delà des guerres, des tremblements de terre, des épidémies de peste, des famines, des faits terrifiants, de grands signes dans le ciel, il y a la Vie éternelle, la Vie qui ne finit pas, et qu’on ne pourra pas nous arracher : le plus important pour nous, est de nous préparer à la Vie éternelle de notre âme qui, elle, ne meurt pas après la mort.

Le Christ nous avertit très clairement : 

Prenez garde de ne pas vous laisser égarer.

N’allez pas vous effrayer.

Aurions-nous déjà oublié la constance des sept frères martyrs, que nous lisions dimanche dernier ?

La destruction de Jérusalem par Titus en 70 fut effectivement une horrible catastrophe. Complètement affamés, les Juifs qui y vivaient encore mouraient de faim et l’on y vit une pauvre mère rôtir et manger son petit nouveau-né. Saint Jérôme, dans son livre Sur Zacharie, VIII, rapporte que, non seulement il n’y resta pas pierre sur pierre, mais qu’on y passa la charrue. Le même historien Josèphe, déjà cité raconte que Titus n’en laissa qu’une partie des murs, pour y loger un camp, et deux des tours du temple, pour que la postérité pût se rendre compte de la force de l’armée romaine qui avait détruit le reste : Tout le reste fut à ce point abattu, détruit et aplani, qu’on pouvait à peine croire qu’on y avait habité (VII Belli, XVIII). 

Mais Jésus va au-delà de la Jérusalem historique. Notre Jérusalem, c’est aussi notre monde, qui ne reconnaît pas Dieu, comme les Juifs n’ont pas reconnu le Christ. 

Conflits nationaux et internationaux, explosions et attentats, déportations massives, maladies graves, catastrophes immenses (rappelons-nous le tsunami d’il y a quelques années, les tempêtes et les ouragans), persécutions : il semble que nous vivions bien au milieu de tous ces malheurs. Le XXe siècle écoulé a peut-être vu tomber autant et plus de martyrs que durant les dix-neuf autres siècles écoulés.

Tout cela non plus ne doit pas nous abattre. Un combat beaucoup plus grave nous attend : celui de rester debout avec la foi, en face des faux prophètes qui prétendront que Le moment est tout proche, ou même en temps de persécutions, car il n’est pas interdit de penser que notre Occident pourrait bien revenir à une persécution organisée contre l’Eglise, déjà bien amorcée par le matérialisme ambiant, ennemi de la religion. 

Jésus ne parle pas qu’aux Apôtres en leur disant qu’ on vous persécutera. Nous avons le droit de vivre une persécution, morale ou sanglante. Là encore, le Christ nous donne les armes de la résistance : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. 

Les martyrs sont gagnants, parce qu'ils sont sûrs d'avoir la Vie éternelle en échange de ce qu'ils laissent, car ils échangent le secondaire contre l'essentiel, le temporel pour l’éternel, la mort pour la vie. Dans cette perspective, on comprend que chacune de nos actions, de nos pensées (chaque cheveu), soit précieuse aux yeux de Dieu. C'est que nous ne sommes pas des égarés perdus au milieu de galaxies : Dieu aime chacun de nous.

 

*       *       * 

 

C'est pourquoi s.Paul nous invite aujourd'hui à ne pas céder à la paresse, sous prétexte que bientôt tout sera fini ou au contraire que cette attente se prolonge trop. Lui, Paul, persécuté presque à chaque étape de ses voyages, et maintenant proche de sa condamnation à mort, continuait à opérer : Nous (lui et ses disciples, Timothée, Epaphras, Tite, Luc, et d'autres), nous avons travaillé pour n'être à la charge d'aucun d’entre vous. 

Il faut profiter de chaque instant pour préparer et conquérir le Royaume de Dieu. Chaque moment de notre existence est une grâce de Dieu. 

Récemment, une cause de béatification semble avoir été définitivement abandonnée, quand on sut qu'un jeune homme condamné par la maladie avait interrompu ses études. Saint Paul est sévère sur l'inactivité : Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. C’est que la société ne manque pas de ces faux pauvres, irresponsables, qui se contentent de profiter des autres. Le livre des Proverbes, déjà, avait ses sentences savoureuses sur l’oisiveté ; en voici une : Le paresseux dit : Un lion sur la route ! Un lion sur la place ! (Pr 26:13).

 

*       *       * 

 

Nous devons donc nous préparer à rencontrer le Christ. Cela pourrait historiquement arriver tout-à-l'heure, demain, après-demain… Qu'ai-je fait de ma vie ? Quelle belle plante ai-je semée, pour faire éclore bientôt une fleur magnifique ? Ou au contraire, à quelle activité sans lendemain ai-je donné tant de temps ?

Quand Jésus sera là, où serai-je ? avec ceux qui commettent l'impiété, qui seront de la paille, ou avec ceux qui respectent le Nom de Dieu, pour qui se lèvera le Soleil de justice. C'est le prophète Malachie qui nous le demande, cinq siècles avant la naissance de Jésus. Or l'avènement que nous attendons n’est plus la naissance de ce Sauveur, mais notre rencontre personnelle avec le Fils de Dieu, notre nouvelle naissance, maintenant en cette vie, et définitivement quand de toutes façons nous laisserons cette terre.

 

*       *       * 

 

Avons-nous bien compris l’enseignement de Jésus-Christ et de saint Pa ul ? Avons-nous besoin d’autres références ?

Il n’y a pas, en effet, que les textes d’aujourd’hui qui nous invitent au détachement. Voyons encore : 

Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs perforent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel (Mt 6:19-20).

Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent (Mt 6:24).

Ne vous inquiétez pas pour votre vie (Mt 6:25).

Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps mais ne sauraient tuer l’âme… Vos cheveux même sont tous comptés (Mt 10:28,30).

A la messe, le prêtre élève cette prière confiante : Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur.

Tous ces textes sont une invitation pour nous à réfléchir sur cette vérité de notre Credo, que nous répétons peut-être un peu machinalement chaque dimanche : 

Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin…

J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.                      

ou bien, dans le Symbole des Apôtres : 

Je crois… à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.

 

*       *       * 

 

Tous ceux qui seront restés fidèles dans leur cœur acclameront le Christ dans un débordement de joie qui ne finira plus. Le psaume 97 veut illustrer cette fête universelle dans une symphonie musicale triomphante avec la cithare et tous les instruments, au son de la trompette et du cor ; la mer, le monde et ses habitants, les fleuves, les montagnes ! Ce psaume est plein de joie, plein d'harmonies célestes, c'est tout le créé, désormais re-créé, qui joue pour Dieu !

 

*       *       * 

 

A la lumière de ces quelques réflexions, il est bon d’approfondir la Prière du jour : trouver notre joie dans notre fidélité, être toujours heureux même dans l’adversité, c’est tout un programme. Servir constamment le Créateur de tout bien, c’est véritablement entrer déjà dans l’Eternité. 

C’est la joie parfaite.

 

 

 

 

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 00:00

32e dimanche ordinaire - C

 

Le mois de novembre, depuis la fête de tous les Saints jusqu'à celle du Christ Roi, nous place dans une perspective très accentuée vers l'Au-delà, tant par la pensée de la mort et de la résurrection, que celle du jugement dernier, du retour du Christ et de la Vie éternelle avec les Anges et les Saints.

 

*       *       *

 

Les livres des "Martyrs d'Israël" - comme on les appelle actuellement - sont les derniers des livres historiques de l'Ancien Testament et furent écrits un siècle environ avant la naissance de Jésus-Christ. Il est important de le noter, parce que nous y trouvons déjà des affirmations importantes sur la résurrection des morts, la prière pour les défunts, les mérites des martyrs, qui seront reprises et amplement développées dès l’Eglise naissante du premier siècle. 

Le récit d'aujourd'hui nous fait lire une petite partie des tortures subies par ces sept frères. Le chapitre entier est consacré à ce récit complet, qui relate d’autres détails (cf. 2M 7). Ne nous y arrêtons pas ici non plus ; ce qui compte, c'est la ferme espérance que nourrissent tous ces jeunes gens, de retrouver la Vie après cette mort terrestre. Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, dit l'un ; tenant de Dieu l'espoir d'être ressuscité, dit l'autre ; et un autre encore, tendant ses mains qui vont lui être coupées : Ces membres que je tiens du Ciel, j'espère par lui les retrouver.

 

*       *       *

 

Cette certitude de la Vie éternelle existait bien avant aussi, mais par d'autres allusions. Jésus nous le rappelle dans l'évangile d’aujourd’hui : si Moïse parle du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est que ces derniers sont bien vivants près de Dieu : quel intérêt y aurait-il à invoquer un Dieu de morts ?

Dans l’évangile, les interlocuteurs de Jésus inventent une situation invraisemblable, juste pour lui poser une "colle". Imagine-t-on en effet sept frères épouser successivement la même femme ! Mais ne nous moquons pas des Sadducéens, ces juifs qui ne croyaient pas à la résurrection. Combien de fois n'entend-on pas dire dans des conversations ordinaires, et même de la bouche de chrétiens, que "la vie d'après n'existe pas, parce que jamais personne n'en est revenu pour nous le dire" ? Bien que chaque dimanche nous répétions que nous croyons à la résurrection des morts, beaucoup montrent là-dessus des doutes, des craintes, des perplexités… Pourtant, que de “signes” avons-nous reçus de la part des Défunts, et ne serait-ce que les multiples manifestations de Jésus après sa mort et sa résurrection !

 

*       *       *

 

Or, même avant Jésus, déjà les juifs avaient coutume de lire et de commenter les psaumes. Le psaume 16 d'aujourd'hui a précisément cette finale très claire sur la résurrection : Au réveil, je me rassasierai de ton visage. On peut certainement y voir et y entendre le Christ parlant à Son Père, pendant la “nuit” de sa vie, de son agonie, de sa mort, et attendant l’heure de sa résurrection. Tout le psaume est la prière d’un Juste qui se sait innocent, mais qui, accusé de toutes parts, ne trouve son refuge qu’en Dieu. 

On pourra évoquer parallèlement le psaume 15 où s’exprimait aussi cette certitude : Ma chair reposera en sûreté ; car tu ne laisseras pas mon âme dans le shéol, ni ne laisseras ton Saint connaître la corruption ; plénitude de joie devant ta face, délices éternelles à ta droite.

Le sens de ces versets est assez clair. Peut-être que les Sadducéens lisaient ou chantaient ces psaumes sans y réfléchir, machinalement ; un peu comme nous "récitons" le Je crois en Dieu, qui s'achève précisément sur cette profession de foi en la vie éternelle.

Pour nous, chrétiens, nous avons au moins "une" attestation de la résurrection, par la résurrection tout-à-fait historique de Jésus-Christ. Saint Paul nous en a avertis : S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité, et vide est notre foi (2Co 15:13-14).

Il est vrai que la résurrection échappe à toutes les lois de la nature, à toutes nos expériences quotidiennes. Elle n'en demeure pas moins une réalité fondamentale.

 

*       *       *

 

C'est le sens qu’il faut trouver dans les paroles de saint Paul aux Thessaloniciens, la deuxième lecture d’aujourd’hui, dont nous allons souligner quelques expressions fortes : 

Laissez-vous réconforter par notre Seigneur lui-même, car si Jésus n’était pas ressuscité, il ne pourrait pas nous réconforter ; 

Dieu... nous a donné réconfort et joyeuse espérance : quelle espérance “joyeuse” pourrions-nous avoir, si nous n’étions pas appelés à la résurrection, comme le Christ ?

Qu'ils affermissent votre cœur…, que le Seigneur vous conduise à la persévérance pour attendre le Christ : ne nous laissons pas décourager par ce monde qui passe, mais encourageons-nous à rejoindre le Christ. 

Ces expressions ne sont pas banales ; gardons-nous de les lire trop rapidement, de les trouver évidentes sous la plume de l'Apôtre. Elles sont précisément une exhortation pressante à raviver notre foi, à ne pas nous endormir sur nos habitudes, sur notre train-train. Quelle merveille inouïe que cette résurrection ! Que serait notre vie, sans cette perspective ?

 

*       *       *

 

Quand nous comprenons quel sera le vrai but de notre existence, nous percevons mieux quelle valeur prend alors chaque instant de la vie : chaque minute est précieuse pour l'éternité. Mais comme c’est souvent difficile de rester fermes sur la route, nous demandons à Dieu dans la Prière du jour que, par Sa grâce, Il éloigne de nous tout ce qui nous arrête, toute entrave d’esprit et de corps. Déjà dimanche dernier, l’expression se trouvait dans la Prière : sans que rien nous arrête.

 

 

Pour l’homme, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible (Mt 19:26).


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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 00:00

31e dimanche ordinaire - C

 

Dans son voyage pour rejoindre Jérusalem, Jésus a successivement rencontré les dix lépreux aux confins de la Samarie et de la Galilée (Lc 17:11, évangile du 28e dimanche), puis guéri l’aveugle comme il approchait de Jéricho (Lc 18:35) ; Le voici en Jéricho, où l’attend Zachée. Le récit évangélique d'aujourd'hui va peut-être nous poser quelque difficulté, après la parabole du pharisien et du publicain de dimanche dernier, où Jésus nous invitait à ne pas nous vanter de nos bonnes actions. 

Aujourd'hui, celui qui expose à Jésus ses bonnes actions n’est pas un pharisien, mais un publicain ; qui plus est, il est le chef des collecteurs d’impôts, quelqu’un qui manipule l’argent, qui emprunte, fait du profit, en quelque sorte un “voleur”, un de ceux qui devaient traiter aussi avec les Romains pour changer leur argent, pour collecter et leur remettre les impôts : traiter ainsi avec les occupants, c’était être un “collaborateur” ; on voit bien comment on peut arriver aux amalgames, et aux accusations faciles (1). 

S’arrêter là serait mal connaître celui à qui Jésus va dire qu’il doit demeurer chez lui. Le nom-même de Zachée signifie Pur (Juste), et l’on va voir que ce “gabelou” a un cœur en or.

Voici donc que Zachée, qui est de petite taille, grimpe sur un arbre : cette attitude est touchante de prime abord, parce que ce faisant, Zachée ne peut guère passer inaperçu ; tout le monde voit notre homme se dépêtrer dans les branches, comme le font tous les enfants pour s'amuser ; mais Zachée ne s'amuse pas : sans s'inquiéter du qu'en-dira-t-on, il fait tout ce qu'il peut pour voir Jésus. Saint Jean Chrysostome commente délicieusement : Il voulait voir des yeux Celui que désirait son âme.

Jésus ne manque pas de le remarquer, bien sûr, et lui adresse la parole, l'invite à descendre "vite" (déjà il avait couru en avant pour escalader son sycomore, voilà qu'il doit redescendre encore plus vite ! Et Zachée de descendre, obéissant comme un petit enfant à l’appel de Jésus, pour Le recevoir avec joie.

Il y a eu des commentaires à propos du sycomore auquel est grimpé Zachée. Ce petit arbre, parfois appelé “faux platane”, ou même assimilé à une sorte de figuier aux fruits fades, aura suggéré la “folie de la Croix”. Contrairement aux païens qui considèrent une folie le langage de la Croix (cf. 1Co 1:18), Zachée au contraire s’est “sagement” appuyé sur ce Bois pour trouver la Vérité. 

Saint Grégoire le Grand a à ce propos une autre formule savoureuse : “Abandonnons la science vénéneuse pour apprendre la louable stupidité” (2) .

Le désir de Zachée était si fort et si pur, que Jésus s’est Lui-même présenté à lui, selon ce passage de l’Ecclésiastique (ou Siracide) : La Sagesse vient au-devant de (celui qui craint le Seigneur) comme une mère ; elle le nourrit du pain de la vie et de l’intelligence, elle lui donne à boire l’eau de la sagesse salutaire (Si 15:2-3, d’après la Vulgate) (3). 

Ecoutons notre Zachée : contrairement au pharisien de la parabole de dimanche dernier, sans vanité, sans se comparer aux autres, il expose simplement ce qu'il croit bien de faire. Personnellement, il ne connaît pas la Loi, sinon vaguement ; peut-être n’était-il pas même Juif ; mais son cœur droit lui dicte qu'il doit aider les autres, qu'il doit réparer ses torts. A strictement parler, la Loi ne demande pas de donner aux pauvres la moitié de (ses) biens : en fin de récolte, il fallait seulement laisser à la veuve la gerbe ou les grappes qui restaient (Dt 24:19sq), ou bien tous les trois ans seulement on demandait la dîme des récoltes (Dt 14:28) ; quant à restituer au quadruple, cela ne concernait que le vol de petit bétail (Ex 21:37).

Le texte de l’évangile nous permet ici une explication supplémentaire. Dans son laconisme, le verset de Luc Voyant cela, tous récriminaient… laisse bien supposer tous les attroupements de la foule devant la maison de Zachée et les conversations où chacun y va de son commentaire et de sa critique. Pendant tout ce temps, personne n’entend la conversation de Jésus et Zachée : il est plus que probable que Jésus ait pris le temps de parler, d’écouter, de conseiller, après quoi Zachée, convaincu, converti, aura cette phrase : Je fais don aux pauvres, etc, qu’on peut très bien entendre comme une sorte de décision, de promesse solennelle faite à Jésus, qui alors déclare que le salut a été accordé à cette maison, à Zachée et à tous ses proches, car le bon exemple de Zachée a convaincu toute la maisonnée (4). 

Certes, Zachée savait s'y prendre en matière de finances, et n’était pas totalement innocent. Mais Jésus voit plutôt l'intérieur de son âme, éprise de justice : à lui pourra s’appliquer la Béatitude Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés (Mt 5:6) ; Jésus lui accorde le salut, exactement selon le mot que nous lisons dans la première lecture : Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’il se convertissent. Ainsi se manifeste la divine miséricorde : sans contrainte, sans brusquerie, Dieu amène toute âme droite à la conversion.

 

*       *       *

Toute la première lecture, extraite du Livre de la Sagesse, chante cette miséricorde divine, qui n’exclut personne. Un Père de l'Eglise a fait cette remarque merveilleuse : Dieu aime tous les êtres, parce qu'il les aime chacun en particulier (5). 

 

*       *       *

Oui, vraiment, dit ensuite le psaume 144 : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Il n’est pas rare que tel ou tel pécheur demande lui-même à recevoir les Sacrements de l'Eglise avant de mourir. De telles conversions au moment suprême montrent comment des cœurs parfois endurcis soient touchés par la grâce, comme le Bon Larron sur la croix. Le cas est loin d’être unique. On ne peut que remercier Dieu pour cette "patience" qu'Il a envers chacun de nous.

 

*       *       *

Dieu, qui n’est pas un juge impitoyable, ne veut qu’une chose : le salut de notre âme. Peu importeront les circonstances, les peines, les difficultés, les souffrances, nos chutes même (pourvu que nous les reconnaissions) ; et surtout les faux prophètes alarmistes (deuxième lecture) : si s.Paul dit ailleurs que le Seigneur est proche (Phil 4:5), c'est pour nous rappeler que le temps passe très vite, mais il nous avertit bien précisément, aujourd’hui, que la fin du monde (le jour du Seigneur) n'est pas arrivée encore. Peu importe la date des "derniers temps" dont on nous parle ici et là : l'essentiel est, dit l’apôtre, de conserver une foi active et d'accomplir tout le bien possible ; d’abord une conversion toujours plus totale en nous-mêmes, et puis un amour toujours plus grand autour de nous.

Ainsi, dit s.Paul, notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous (le texte grec dit plutôt que le nom de notre Seigneur Jésus (sera) glorifié en vous) : que chacune de nos actions soit un hommage à Jésus Christ, une progression vers les biens qu’(il) nous promet, dit la Prière du jour, pour que Jésus soit en quelque sorte fier de nous, quand Il reviendra, et qu'Il dise à chacun de nous : Entre dans la joie de ton Maître (Mt 25:21).

Alors, sans crainte du Jugement et de la mort, et au contraire avec la plus grande joie et totale liberté, nous invoquerons de toutes nos forces : Viens, Seigneur Jésus (Apoc 22:20).

 

 

1 Le mot hébreux pour “chef” est Gabba, d’où vient notre gabelle, le fameux impôt sur le sel.

2 “Relinquamus noxiam sapientiam, ut discamus laudabilem fatuitatem” (Moralia, XXVII).

3 On pourra chercher sur Internet des informations sur M.André Levet, un Zachée du XXe siècle, ou plutôt un Bon Larron : ce voleur voulut parler  avec le Christ, le vit effectivement, et se convertit totalement dès sa prison.

4 D’après le pape saint Clément, saint Pierre ordonna Zachée évêque de Césarée de Palestine. 

5 Très probablement s.Maxime le Confesseur, un illustre théologien de Constantinople au VIIe siècle, extrêmement prolixe et surnommé “le Confesseur”, fêté le 13 août ; sa fidélité à la doctrine de l’Eglise lui valut d’être torturé : on lui coupa la langue et la main droite, pour l’empêcher de parler et d’écrire davantage.

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 10:49

 

La fête de la Toussaint

 

 

Une grande confusion s’est depuis longtemps installée dans les esprits de beaucoup de fidèles, à savoir que la Toussaint soit la triste journée des Morts. Nous parlerons des Morts demain, 2 novembre, et nous verrons même que ce jour ne doit pas être triste.

 

Aujourd’hui, 1er novembre, nous fêtons dans une grande joie tous les Saints et toutes les Saintes du Paradis. Cette fête existe dans l’Eglise depuis des siècles.

 

Dès le IVe siècle les Eglises d’Orient célébraient en une fête commune tous les martyrs de la terre. Saint Ephrem composa pour cette circonstance une hymne où l’on voit qu’à Edesse cette fête était fixée au 13 mai. En Syrie, elle était placée au vendredi après Pâques. Dans une homélie sur les Martyrs, saint Jean Chrysostome précise qu’il parle le premier dimanche après la Pentecôte ; cet usage a été conservé jusqu’à nos jours par l’Eglise byzantine, qui a par une évolution normale transformé la fête des “Martyrs de toute la terre” en celle de “Tous les Saints”.

 

Le choix de ces différentes dates est significatif : on a voulu associer les Saints au triomphe du Christ à Pâques ou à l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte ; suivant la poétique formule de l’empereur Léon le Sage, l’Eglise célèbre les fleurs produites par la terre arrosée des fleuves du Saint-Esprit.

 

Comme souvent, l’Orient a montré la voie à l’Occident. C’est probablement le 13 mai 609 que le pape Boniface IV transforma le Panthéon de Rome en “une église de la Bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous les Martyrs”. C’était la première fois qu’un temple païen devenait église chrétienne. Sans doute la Providence y avait préparé le terrain, en faisant que justement l’architecture de ce temple fût tout-à-fait exceptionnelle : la voûte surbaissée éclairée seulement par son centre où pénètrent la lumière et le ciel.

 

Successivement, à la fête “de tous les Martyrs”, se substitua peu à peu la fête de “tous les Saints”, avec les Confesseurs et les Vierges. La première mention d’une véritable “Toussaint” apparaît à Salzburg à la fin du VIIIe siècle, sans doute par l’influence du théologien Alcuin, lui-même abbé à Tours.

 

Certains demanderont : Pourquoi une fête de “Tous” les Saints, puisqu’on les fête déjà tout au long de l’année ? C’est une bonne question, qui masque toutefois une mauvaise information assez généralisée aujourd’hui. C’est l’occasion de parler d’un Livre de l’Eglise, qui s’appelle le “Martyrologe”. Selon une habitude remontant aux premiers temps de l’Eglise, on a consigné par écrit, dans un premier temps, la liste de tous les Martyrs, au jour de leur mort (c’est-à-dire au jour de leur naissance au Ciel, leur jour “anniversaire”, qu’on a appelé le dies natalis) ; plus tard, on y adjoint peu à peu tous les Saints canonisés officiellement, et dernièrement aussi tous les Bienheureux. Certains jours, il y a deux pages entières de liste de Saints et Bienheureux, c’est dire combien il est impossible de les fêter chaque jour tous à la fois. On ne pourra que vivement conseiller à tous les fidèles la lecture assidue de ce beau Livre.

 

Dans son calendrier officiel, l’Eglise fête certains Saints particulièrement caractéristiques : les Apôtres, les Fondateurs d’Eglises locales, le ou les premiers Martyrs de ces Eglises, les Pères de l’Eglise, les Docteurs. Bien évidemment, l’Eglise ne dispose “que” de trois-cent soixante-cinq jours, alors que les Saints sont des milliers et des milliers.

 

Autre question maintenant : Quel intérêt représentent pour nous ces célébrations en l’honneur des Saints ? N’avons-nous pas suffisamment de l’enseignement de Christ dans l’Evangile ?

 

Posée ainsi, cette judicieuse question porte en elle-même sa réponse parfaitement théologique : notre vie doit suivre en tout celle de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Il n’y a que Jésus que nous pouvons et devons imiter en tout, sans risque de nous tromper. Et il n’y a que Jésus envers qui nous devons avoir des attitudes d’adoration. En langage musical on pourrait dire que Jésus a écrit la partition de l’Evangile, tandis que les Saints l’ont interprétée.  

 

Les Saints, eux, ne sont pas de “petits dieux” subalternes, qui devraient accaparer notre dévotion et satisfaire tous nos caprices : obtenir ceci, faire que cela se fasse ainsi et pas autrement, jusqu’à certaines attitudes de véritables superstitions. Dans beaucoup d’églises, de braves personnes se précipitent sur les cierges ou les luminaires à allumer devant une statue de Madone ou de saint Antoine, sans même adresser un petit salut à Celui qui est présent réellement dans le Tabernacle eucharistique. Ne disons pas que ces personnes soient de mauvaise foi ! Simplement, leur dévotion est mal éclairée, et les prêtres doivent s’employer à le leur expliquer patiemment.

 

En revanche, théologiquement, l’Eglise nous rappelle chaque jour que les Saints ont été des êtres humains comme nous, avec leurs faiblesses, leurs erreurs, leurs défauts, qu’ils ont combattus de toutes leurs forces durant leur vie terrestre, par amour de Dieu et pour se rapprocher toujours plus de la perfection à laquelle Dieu nous convie. En regardant ces saintes Figures, en admirant les grands moments de leurs vies, leurs combats, nous ne pourrons qu’être encouragés à les suivre, bien persuadés que ce qu’ils ont fait pourrait aussi être humainement à notre portée, la grâce de Dieu aidant.

 

Dieu ne nous demande pas d’être parfaits ici-bas, tout-de-suite, et sans jamais céder à quelque tentation. Dieu connaît notre faiblesse et ne nous la reprochera jamais. Ce qu’Il attend de nous, est un effort, une recherche du mieux, et cela, chacun peut le faire.

 

C’est dans ce sens-là que nous pouvons recourir à nos grands Amis, les Saints : “Toi, saint X qui as réussi à faire ceci, cela, aide-moi, donne-moi quelque chose de ton amour pour Dieu, quelque chose de ta force d’âme”. C’est un peu comme si, pour mieux préparer un examen, j’appelle un de mes camarades en lui disant : Toi, tu es bien préparé, tu ne pourrais pas venir relire avec moi telle matière ? Personnellement, je ferai le même travail pour mon examen, mais de le faire en compagnie d’un camarade mieux préparé que moi et que j’aime bien, cela me donnera plus d’ardeur pour me préparer. N’oublions pas non plus cet élément doctrinal, souvent oublié, de la puissante intercession des Saints auprès de Dieu.

 

C’est aussi dans cette perspective que depuis les débuts, les Chrétiens ont pris l’habitude de donner à leurs petits enfants non plus des noms de divinités, de héros ou de “vedettes”, mais des noms de Martyrs : très souvent furent donnés les noms de Pierre, Paul, Laurent, et celui-là-même de “Martyr”. Ce prénom qu’on reçoit au sacrement du Baptême n’est jamais un hasard, et tous nous pourrons trouver dans tel ou tel trait de la vie de notre saint Patron, quelque chose qui se rapportera à notre vie. On aimera comprendre pourquoi on invoque saint Antoine de Padoue pour retrouver un objet perdu, saint François Régis pour les femmes stériles, sainte Claire pour la télévision, Notre Dame de Lorette pour les aviateurs, etc. 

 

Les Saints nous attendent au Ciel : saint Jean-Baptiste, saint Joseph, saint Pierre, saint Paul, saint Benoît, saint Vincent de Paul, saint François, saint Jean-Marie Vianney… Ce devrait être pour nous un stimulant très fort de penser que dans “peu” de temps nous serons en leur compagnie, au Ciel, devant Dieu, avec Marie, la glorieuse Mère de Jésus et Ses myriades d’Anges et de Saints.

 

Oh ! dans le Ciel, il n’y aura plus de maladies, plus de souffrances, plus de jalousies, plus de rivalités ; plus d’impôts, plus de procès ; plus de voitures, plus de moteurs, plus de catastrophes… 

 

 

Vraiment, il y a de quoi se réjouir, en ce jour de Toussaint. Réjouissez-vous tous, frères et sœurs, et mettez-vous promptement à l’école de Jésus-Christ, à la suite de tous les Saints ; apprenez à connaître qui est votre saint Patron ou votre sainte Patronne, fêtez-les au jour de leur “naissance au ciel” : le Martyrologe vous l’enseignera.

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:00

30e dimanche ordinaire - C

 

Le Christ met une petite pointe d'humour dans la parabole d'aujourd'hui : le procédé est utile pour faire passer plus aisément la leçon. Nous connaissons tous la parabole du pharisien et du publicain, et tous, nous condamnons l'attitude du pharisien, mais, sincèrement, demandons-nous maintenant : suis-je un pharisien ou suis-je un publicain ?

Au fond, pourquoi le pharisien n'a-t-il pas trouvé grâce devant Dieu ? Nous allons voir que ce pharisien - celui qui se cache en chacun de nous - commet plusieurs erreurs.

 

*       *       *

 

Sa première erreur est une des erreurs les plus répandues parmi les hommes : il se compare aux autres. Il est tout-à-fait vain de se comparer aux autres, parce que nous sommes tous pécheurs devant Dieu : nous avons tous des qualités et des défauts, aussi différents de sujet à sujet. Celui auquel nous devons chercher à ressembler, l'Unique, est le Christ. Lui seul est parfait, lui seul est notre modèle. Cette doctrine est fondamentale et l'Eglise n'a jamais cessé de nous le rappeler. 

Les Saints et les Saintes ont pratiqué les vertus à un degré héroïque, ils ont eu des attitudes étonnantes, voire mystérieuses, ou même contradictoires, liées au contexte historique de leur mission. Qui voudrait imiter le caractère fougueux d'un saint François d'Assise pourrait bien se trouver en difficulté à vouloir ensuite imiter la douceur infinie d'un saint François de Sales ; ou bien qui voudrait - à l'instar de certains grands Mystiques - ne se nourrir que de l'Eucharistie, aurait bientôt quelques problèmes avec son entourage (et son médecin !).

Mais si les Saints et les Saintes sont des "modèles", c'est parce qu'ils nous montrent comment ils ont cherché à suivre le Christ totalement, sans prendre en considération le qu'en-dira-t-on, et surtout sans se mesurer aux autres.

 

*       *       *

 

Et voici maintenant la deuxième erreur du pharisien : toutes les bonnes œuvres qu'il accomplit pour satisfaire la Loi, lui suffisent pour s'autodéclarer "juste". Dans ses paroles, aucun amour réel de Dieu, mais une immense complaisance en lui-même. Il fait de Dieu son miroir et se félicite lui-même de ce qu'il y voit. Les Saints en revanche ne s'attribuent aucun mérite dans leurs bonnes actions. 

On lit ainsi dans la vie de saint Martial qu’après avoir fondé les Églises dans tout le sud de la Gaule, il mourut "ne cessant de regretter d'avoir si peu fait".

 

 

*       *       *

 

En lisant l’épître de saint Paul, on pourrait, à première vue, lui reprocher d'avoir des propos un peu similaires à ceux du pharisien : Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout, je suis resté fidèle… Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense. Mais lisons bien le contexte : Le Seigneur m'a assisté, il m'a rempli de force. Paul ne s’attribue aucun mérite : c’est Dieu qui a agi en se servant de son “serviteur inutile” (rappelez-vous l’évangile du 27e dimanche) ; et surtout, rappelons-nous le fameux “hymne à la Charité”, du même Apôtre Paul : Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (1Co 13:2). Paul se montre ici très exigeant pour son propre apostolat : sans l’amour vrai, sans la Charité, tout ce qu’il pourra faire ne comptera pour rien.

 

*       *       *

 

Les Saints ne s'appuient que sur Dieu. Quand ils se mettent en Sa présence, leur première attitude est de s'humilier, de demander pardon pour leurs faiblesses, comme nous en donne l'exemple notre publicain. C'est pourquoi aussi, au tout début de la liturgie de la Messe, avant toute prière, avant toute lecture, nous commençons par demander pardon à Dieu. Cette action est pleinement liturgique, parce qu'elle favorise l'ouverture de notre cœur pour écouter et entendre la Parole divine.

 

*       *       *

 

Recueillons encore une autre leçon que nous donne notre Modèle divin aujourd’hui. Le pharisien a la dent dure contre les autres hommes : voleurs, injustes, adultères ; c'est sa troisième erreur. Oui, laissons à Dieu le jugement des autres ; tout en discernant le bien du mal, ne condamnons jamais et bannissons rudement de notre cœur (et de notre bouche) toute médisance. Cette attitude nous apportera un sens profond de la Justice et de la Paix, à l'image de Christ qui dit à la pécheresse : Je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus (Jn 8:11).

 

*       *       *

 

Voilà qui nous amène au texte de Ben Sirac le Sage

 . Nous y lisons en quelques lignes l’universelle Bonté et Justice de Dieu, un “juge” absolument juste et impartial, en qui l’homme peut avoir une totale confiance.

Toutefois, après avoir lu ces lignes et celles du psaume 33 qui suit, que dira-t-on de tant et tant de “laissés pour compte” de notre monde ? Injustices, conflits sociaux, délinquance, guerres… Où est cette Bonté divine, cette Justice dont nous avons tant besoin? Quand donc Dieu nous délivrera de toutes (nos) angoisses ? 

Avec saint Pierre nous nous rappellerons que Dieu use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir (2P 3:9). Dieu veut la conversion de tous les pécheurs, de tous les hommes. Voyons si nous ne sommes pas, nous les premiers, à l’origine de quelques injustices, de quelques heurts familiaux, de quelques querelles entre collègues.  Au lieu de regarder le mal ailleurs, cherchons toujours à corriger d’abord nos propres défauts à l'intérieur de nous-mêmes ; jusqu'au dernier souffle, nous aurons toujours des imperfections à nous reprocher.

 

*       *       *

 

Le pharisien de la parabole, en réalité, ne prie pas ; il se loue lui-même.

 Le publicain, dans son humble prière de pécheur, a une attitude que l’Eglise a, depuis, reprise dans notre liturgie pour exprimer la pénitence : il se frappe la poitrine. Par ce geste, le publicain veut en quelque sorte subjuguer son cœur, le siège de la volonté humaine, la source de tous les péchés. On se frappe la poitrine à l’acte pénitentiel du début de la Messe, au chant de l’Agneau de Dieu qui précède la communion.

 

*       *       *

 

Cette façon de demander pardon à Dieu nous conduira tout droit à cette joie du psaume 104 du chant d'entrée : Soyez dans la joie, vous qui cherchez Dieu. Cherchez le Seigneur et sa force, sans vous lasser, recherchez son visage ; c'est cette recherche qui nous fortifiera et nous consolidera sur le chemin vers la sainteté. 

Oui, Seigneur, fais-nous aimer ce que tu commandes, pour obtenir ce que tu promets (prière du jour).

 

 

1 Saint Martial venait de Palestine et fut évêque à Limoges, un des sept premiers évangélisateurs envoyés de Rome en Gaule. Sa fête est au 30 juin.

2 Le “Siracide” ou “Ecclésiastique”, un livre de la Bible très utilisé dans la liturgie ; la numérotation est un peu différente selon le texte latin de la Vulgate ou le texte hébraïque original. La Bible de Jérusalem indique les versets latins en chiffres marginaux, plus petits.

3 C’est ce que fait remarquer saint Augustin dans son “Sermo 36”, De Verbis Domini secundum Lucam.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 23:00

29e dimanche ordinaire - C

 

Je t'appelle, mon Dieu, car tu peux me répondre. Le psaume 16 ouvre ainsi la liturgie de ce dimanche. Voilà une prière confiante, une supplique intense : Dieu est notre refuge sûr. Nous allons méditer sur la prière confiante à Dieu.

 

*       *       *

Moïse demande l'aide de Dieu, il s'offre lui-même pour l'obtenir, il supplie, il lève les mains, et quand il n'en peut plus il se fait aider : grâce à Aaron et Hour, Moïse garde les bras élevés. Cet homme qui intercède pour son peuple, les bras étendus, est déjà une figure du Sacrifice du Christ, qui lèvera ses bras en croix pour tout Son peuple. 

Chaque fois que nous prions pour quelqu’un, un malade, un ami, une quelconque autorité, nous sommes des Aaron qui soutiennent les bras de nos Moïse.

 

*       *       *

Il s’agit aussi de la prière confiante dans le psaume 120, un des psaumes graduels que chantaient les pèlerins en marche vers Jérusalem. De la plaine, ils "levaient les yeux" vers les montagnes, vers Jérusalem, vers le Seigneur, attendant de Lui sa protection contre toutes les embûches de ce voyage, car le chemin de Jéricho à Jérusalem était infesté de voleurs, prêts à dévaliser les braves pèlerins (on se rappellera la fameuse parabole de l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho (Lc 10:30) ; mais aussi protection contre les embûches spirituelles, celles qui jalonnent notre voyage terrestre.

 

*       *       *

Depuis plusieurs dimanches nous parcourons les deux lettres de s.Paul à Timothée, le disciple très cher de l’Apôtre, fidèle entre tous. Le passage d'aujourd'hui est une exhortation à la lecture approfondie de l'Ecriture. Non pas que Timothée l’ignorât, puisque, dit saint Paul, il la connaît depuis (son) plus jeune âge. Mais Paul l’exhorte à ne pas l’oublier, et il nous exhorte tous, et chacun d’entre nous, à lire l’Ecriture Sainte, dont tous les passages sont inspirés par Dieu. Nous y trouverons beaucoup d’exemples de prière, ne serait-ce que La prière que nous a enseignée le Seigneur.

Il est vrai que beaucoup de passages du Texte sacré nous apparaissent obscurs, étonnants, parfois vraiment incompréhensibles… Probablement, Dieu ne veut pas que nous les comprenions tout de suite, comme le dit Jésus à ses Apôtres : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant (Jn 16:12). Mais croyons bien que la lumière se fera peu à peu, comme l’éponge qui se laisse progressivement gonfler par l’eau qu’elle absorbe.

D’autres fois, c’est que notre cœur est fermé à la Lumière : nous voudrions faire entrer le soleil, mais nous maintenons fermés les volets ! Notre âme est trop pleine de nos pensées terrestres, humaines, et il n’y a pas de place pour le divin. Notre première pensée, en ouvrant le Livre inspiré, doit être : Quel enseignement Dieu veut-il me donner en ce moment ? 

Lisons l'Ecriture, relisons-la, méditons-la ; surtout l'Evangile, que saint Dominique savait par-cœur ! C’est l’enseignement direct de Jésus. 

Et n’oublions pas que certains autres textes de l’Ecriture sont réellement “faciles” à lire, parce qu’ils sont davantage historiques, comme les Actes des Apôtres, ou, dans l’Ancien Testament, les livres de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, des Chroniques. Les passages des Prophètes, ou des Psaumes, ou de l’Apocalypse, auront certes besoin d’explications, mais ne doivent pas nous rebuter, car ils nous conduiront toujours vers la Vérité. N’avons-nous pas souvent le “courage” de lire des livres véritablement rébarbatifs, pour préparer nos examens ou nos conférences ? Et nous renoncerions à approfondir l’Ecriture ?

Puisqu’il s’agit aujourd’hui de la prière, cherchons dans l'Ecriture des exemples de prière confiante, et apprenons à prier Dieu comme ces saints personnages ont prié : comme Abraham devant Sodome (Gn 18:23-33), comme Moïse dont il est question aujourd’hui, comme Esther (Est 14)

 , comme aussi le jeune Salomon pour obtenir la sagesse (Sg 9)… comme Jésus qui priait parfois toute la nuit (cf. Lc 6:12) et qui, humblement, s’effaçait devant la volonté de Son Père, à Gethsémani (Lc 22:42).

 

*       *       *

L'évangile du jour revient sur l'efficacité de la prière instante. Jésus prend l’exemple un peu déconcertant d’un juge qui finit par faire justice envers cette brave femme, simplement pour qu’elle cesse de lui casser la tête. Il faut noter ce que Jésus dit de cet homme : il est tellement injuste, qu’il ne respecte ni Dieu ni même les hommes, ce qui sous-entend un état d’esprit véritablement, foncièrement mauvais. Pourtant il finit par céder. Mais Dieu n’est pas un juge humain ! Si un juge humain finit par écouter cette femme bon gré mal gré, à plus forte raison notre Père céleste, qui est bon, exaucera promptement ses enfants.

Saint Jean Chrysostome

 commente ainsi : Si la prière assidue a pu faire de ce juge cruel un homme doux, que ne sera-t-il pas du Bon Dieu ! Et de faire remarquer quelle force a la foi, quand on voit des juges injustes et même méchants devenirs bons et miséricordieux.

Le même Chrystostome ajoute ensuite : Quelle dignité de parler ainsi avec Dieu ! La prière nous unit aux Anges, dont la charge est de prier sans interruption, qui nous apprennent à oublier notre condition humaine et à remplir notre esprit d’une telle rapidité et d’une telle sainte crainte, que nous n’ayons plus de regard vers les choses présentes mais que nous nous sentions comme en présence des Anges, en train d’accomplir le même sacrifice d’action de grâce avec eux.

Saint Augustin

 , quant à lui, compare cette Veuve à l’Eglise qui attend du Christ qu’Il lui rende la justice, qu’Il intervienne enfin pour éliminer tous les maux, toutes les injustices. Mais ces maux sont multiples, et dureront malheureusement jusqu’à la fin des temps, car ils sont liés à la condition humaine. Jusqu’à la fin de notre vie nous connaîtrons les tentations les plus diverses, jusqu’à la fin des temps les hommes éprouveront des tribulations de toutes parts, des injustices sociales, des maladies, des épidémies, des accidents, des persécutions… Tout cela, l’homme ne peut l’éviter ; mais tous, nous pouvons éviter le péché, et c’est ce qui est le plus important, peut-être même le plus difficile.

Notre prière instante doit nous faire espérer et croire sans cesse qu’avec Jésus, et seulement Lui, nous serons libérés du mal. Rappelons-nous la prière qui suit le Notre Père à la Messe : c’est bien au Seigneur qu’on demande de nous délivrer de tout mal… du péché… des épreuves, dans l’espérance de l’avènement de Jésus-Christ, à qui, répond l’assemblée, appartiennent le règne, la puissance et la gloire.

L’expression de Jésus : toujours prier, ne doit pas s’entendre au sens de quelque attitude permanente, qui exclurait par exemple le travail manuel nécessaire à la vie quotidienne. Effectivement, il y eut de ce genre d’esprits tordus que saint Paul reprend vertement : Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or nous entendons dire qu’il en est parmi vous qui vivent dans l’oisiveté, ne travaillant pas du tout mais se mêlant de tout. Ceux-là, nous les invitons et engageons dans le Seigneur Jésus Christ à travailler tranquilles et à manger le pain qu’ils auront eux-mêmes gagné (2Th 3:10-12). 

Toujours prier veut dire : avec persévérance, à différents intervalles, comme l’insinue le psaume de David : Sept fois le jour, je te loue pour tes justes jugements (Ps 118:164).

C’est pourquoi l’Eglise nous a habitués à «faire la prière» le matin et le soir ; ce n’est pas en soi une «obligation», mais c’est le moyen d’apprendre à rester en union avec Dieu ; il y a aussi l’Angelus, le chapelet, et mille autres dévotions parmi lesquelles on peut choisir celles qui nous conviennent le mieux.

Par la persévérance dans la prière, notre esprit s’accoutume peu à peu à l’inspiration de l’Esprit de Dieu, et se laisse plus facilement modeler par la sainte Volonté divine. Il faut croire que ce que Dieu nous accordera sera pour notre bien, et que ce ne sera pas forcément ce qu’on avait demandé au départ.

Croire, oui. Mais vient alors cette question vraiment bouleversante de Jésus : trouvera-t-il la foi à son retour sur terre ? 

Jésus a-t-il un doute sur la fidélité de l’Eglise et des Chrétiens ? Veut-Il dire que l’Eglise aura “peut-être” disparu de la société ? L’Eglise sera-t-elle à ce point persécutée, qu’on ne la verra plus apparaître visiblement dans notre société ? Les églises et la Croix auront-elles disparu de nos cités ? Il est vrai que certains esprits inquiets pourraient le penser, devant tant de persécutions, et devant la montée en force des ennemis de l’Eglise. 

Mais reprenons-nous : si la question de Jésus-Christ devait nous mettre dans cette inquiétude, elle ne serait pas de Lui. Au contraire Jésus veut par là nous alerter, nous aider à rester en éveil, à être de ces vierges sages qui savent entretenir leurs lampes avec la foi et les œuvres de charité (cf. Mt 25:1-13).

C'est à chacun de nous que Jésus pose cette question, comme pour nous inviter instamment à L'attendre ; préparons-nous à son retour, soyons de ceux qui garderont la foi et qui seront prêts à accueillir Jésus Christ.

 

*       *       * 

Jésus veut en même temps nous expliquer ici pourquoi certains d’entre nous ne sont pas toujours exaucés : c’est parce que notre foi n’est pas totale. L’homme se donne aux plaisirs, et oublie facilement le jugement qui l’attend. La Foi, celle que Dieu attend de nous, manquera chez certains, et saint Paul le dit (1Tm 4:1-2) Il y aura aussi de faux prophètes (Mt 24:24). C’est pourquoi il est urgent pour chacun de nous de ne pas s’endormir sur notre fausse justice. Ce sera le thème de la prochaine parabole du Christ, du pharisien et du publicain, que nous lirons dimanche prochain.

 

*       *       *

Notre supplique sera d'autant plus efficace qu'elle exprimera l'ouverture de notre cœur à la volonté de Dieu : que serait cet appel à l'aide, si nous maintenions fermée à clef la porte de notre cœur ? Au contraire, faisons bien nôtre la Prière du jour : Fais-nous toujours vouloir ce que tu veux.

 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 23:00

 

28e dimanche ordinaire - C

 

Une lecture et l’évangile de ce jour nous mettent en présence de lépreux. La lèpre, dans l’histoire d’Israël, revêt une importance singulière, au point que le Lévitique y consacre deux chapitres entiers, l’un pour la maladie elle-même - y compris la “lèpre” qui s’attaque aux vêtements, aux objets en tissus ou en cuir, et aux murs d’une maison -, l’autre pour la purification (Lv 13 et 14).

Dans la Loi de Moïse, si c’est au prêtre de reconnaître la maladie officiellement, c’est parce que cette maladie extérieure suppose une maladie intérieure grave ; être lépreux est pour ainsi dire être hérétique : la personne ou la chose en question est “impure”, c’est-à-dire qu’elle doit être exclue de tout contact, voire de la communauté. 

Le texte du Lévitique considère par “lèpre” diverses affections cutanées qui ne sont pas ce que nous appelons aujourd’hui la lèpre, mais qui requièrent de la part des personnes touchées des sacrifices particuliers grâce auxquels elles redeviendront “pures” et pourront être réadmises dans la communauté. Elles ne seront pas pour autant guéries de leur lèpre extérieure, mais le mal intérieur que représente cette affection, sera expié.

 

La lèpre est vraiment une affection très pénible ; l’altération de l’épiderme des personnes ou des murs d’une maison, fut considéré comme une altération de la beauté des créatures de Dieu, comme quelque chose qui mine de l’intérieur l’être ou l’objet et lui enlève sa belle apparence. Une sorte de corruption intérieure. Pendant des siècles, une interprétation radicale du livre du Lévitique prescrivait l’éloignement total et définitif des lépreux hors des habitations ; les malades devaient agiter une clochette pour avertir la population de s’éloigner. Une véritable malédiction pesait sur ces malheureux. 

Un jour, François d’Assise passait près d’un lépreux et en eut instinctivement quelque répulsion ; se reprenant, il alla à sa rencontre et l’embrassa fraternellement. Au XIXe siècle, le belge Damien De Veuster voulut aller sur la petite île Molokaï (Hawaï), où le gouvernement reléguait les lépreux en les abandonnant à leur sort fatal ; ce missionnaire y fit grand bien, et y finit ses jours, gagné à son tour par la contagion.

 

 

*       *       *

 

Le personnage de notre première lecture, le général Naaman, un Syrien (donc un “étranger”), ne devait pas souffrir d’un cas “contagieux” de lèpre, puisqu’il conservait sa place de militaire à la tête des armées et aussi qu’on ne l’a pas rejeté à son entrée en Israël. Ce que nous lisons aujourd’hui ne donne que l’essentiel du chapitre 5 du deuxième livre des Rois ; l’histoire de cet homme est très belle et vaut la peine d’être lue intégralement.

Après avoir d’abord refusé le conseil du prophète, ce militaire va quand même se baigner sept fois dans le Jourdain, et recouvre la peau d’un petit enfant ; guéri, il perd ainsi son “impureté” : c’est la récompense de son humilité à suivre les conseils du prophète Elisée.

 

*       *       *

 

Les dix lépreux de l’évangile sont dans une situation différente : neuf sont juifs, un est samaritain (donc aussi “étranger”) ; mais ils sont tout autant exclus de la vie communautaire : ils se tiennent à distance et supplient Jésus qui, appliquant la loi du Lévitique, leur prescrit d’aller se montrer aux prêtres. On le sait, Jésus n’est pas venu abolir la loi, mais la porter à son accomplissement (Mt 5:17). Ici, cet accomplissement se fera quand l’homme guéri viendra alors aux pieds de Jésus la face contre terre en lui rendant grâce. Encore une fois, c’est l’humble obéissance à Jésus qui vaut à cet homme la guérison totale. 

Saint Luc avait relaté précédemment (9:51) que les Samaritains n’avaient pas voulu recevoir Jésus ; aujourd’hui, Jésus guérit justement un Samaritain, rendant ainsi le bien pour le mal. On le sait, Luc aime montrer la clémence de Jésus, la miséricorde divine, comme il l’a fait avec la parabole du Fils prodigue (15:11-32).

L’évangéliste ne dit pas que les neuf autres n’aient pas conservé la grâce de la guérison au moins physique ; rien ne donne à douter qu’ils aient entendu parler de l’attitude du Samaritain et qu’ils se soient à leur tour rendus auprès de Jésus. Pourquoi pas ? Mais l’attitude de Jésus nous prouve bien que la maladie de la lèpre, souvent, cache une autre maladie, intérieure, une maladie que seul le Fils de Dieu peut guérir : Ta foi t’a sauvé, lui dit simplement Jésus.

Le général Naaman aussi exprima les sentiments d’un converti : Je ne veux plus, dit-il, offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël (cf. 2R 5:17). Sa foi est déjà tellement ancrée dans son cœur, qu’il veut prélever une bonne quantité de terre de cet endroit pour l’emporter dans son pays et établir sur cette terre l’autel de ses nouveaux sacrifices. Il se dit serviteur du prophète.

Il faut aussi admirer l’attitude du prophète Elisée, qui refuse les présents apportés par Naaman. Il les refuse, pour que Naaman comprenne bien que c’est la grâce de Dieu qui a opéré dans son cœur, et non la puissance du prophète. Ici, Elisée nous rappelle qu’il n’est à son tour que le serviteur de Dieu, le serviteur inutile dont on parlait dimanche dernier. En revanche, Dieu punira très sévèrement la cupidité du serviteur personnel d’Elisée, Géhazi, qui moyennant deux gros mensonges, essaie d’accaparer pour lui un peu des présents offerts par Naaman : c’est lui qui est alors couvert de lèpre (2R 5:20-27).

L’attitude de Naaman, qui emporte de la terre d’Israël pour y bâtir chez lui le nouvel autel, inspirera plus tard sainte Hélène, quand elle eut retrouvé la Croix du Seigneur près de Jérusalem : elle emporta de la terre de Jérusalem pour y construire à Rome la basilique qui depuis s’appelle “Sainte Croix à Jérusalem”, là où se trouve un important morceau de la Croix du Christ, ainsi qu’un long morceau de celle du Bon Larron (s.Dismas).

 

*       *       *

 

La conversion de Naaman, syrien, et celle du samaritain reconnaissant de l’évangile, sont à l’origine du choix du psaume 97 : Le Seigneur (.…) a révélé sa justice aux nations… La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. C’est un chant nouveau, parce que Dieu veut étendre le salut aux hommes de toutes les nations : la nation choisie d’Israël devait préparer la venue du Messie ; désormais l’Evangile doit être annoncé partout. Acclamez le Seigneur, terre entière !

 

*       *       *

 

La deuxième lecture semble ne pas avoir de rapport direct avec tout ce qui précède ; ces temps-ci, l’Eglise nous fait lire les “petites épîtres” de saint Paul, à Philémon d’abord, à Timothée ensuite. Ce dernier, ainsi que Tite, étaient parmi les meilleurs disciples de Paul, qui les exhorte paternellement à une fidélité constante, même dans les souffrances. Paul est en ce moment enchaîné à Rome et recevra bientôt la couronne du martyre - il le sait, cf. 2Tm 4:6 ; Timothée, lui, le jeune évêque à Ephèse, ne mourra pas martyr

, mais aura sa part de souffrances, d’épreuves diverses, de déceptions aussi, dans l’annonce de l’Evangile de Jésus-Christ. Saint Paul l’encourage : on n’enchaînera pas la parole de Dieu !

L’apôtre Paul rappelle cependant à Timothée l’importance des textes sacrés : par là s’acquiert la sagesse qui conduit au salut par la foi. 

Le lépreux de l’évangile a été sauvé par sa foi. Naaman a cru et il fut sauvé. Nous sommes peut-être nous aussi des Naaman : n’avons-nous pas parfois refusé de nous plonger… dans les eaux profondes et purificatrices de la miséricorde de Dieu ?

 

*       *       *

 

Admirons la force de nos frères du Moyen-Orient et de l’Orient, où la religion chrétienne est tellement frappée par la persécution ouverte et déchaînée, justement dans ces pays qui ont été le berceau de la foi judaïque et chrétienne.

De même que la parole de Dieu n’est pas enchaînée, de même Dieu est toujours près de nous par la grâce qui nous devance et nous accompagne. Même si cette grâce ne fait jamais défaut, notre désir de la recevoir nous la fait demander encore plus instamment aujourd’hui pour faire le bien sans relâche, selon les termes de la Prière. 

Il est certain nous avons besoin de cette grâce divine pour résister aux embûches. Saint Paul nous rassure : Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces (1Co 10:13) ; et saint Pierre : Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux (2Pt 2:9). 

C’est la dernière demande de la Prière du Seigneur : Délivre-nous du mal !

 

 

 

1 C’est le norvégien Hansen qui trouva le bacille de la lèpre en 1874. Cette maladie très pénible présente des cas plus ou moins graves, pas toujours contagieux et pas non plus toujours incurables.

2 Il semble qu’il ait été contaminé après qu’un petit lépreux ait joué avec sa pipe, car le père Damien fumait la pipe, un peu par habitude, mais aussi pour éloigner les insectes par la fumée. Damien-Jozef De Veuster a été béatifié en 1995, canonisé en 2009 et sa fête est le 15 avril ; s. François d’Assise est fêté le 4 octobre.

3 Ce n’est pas absolument avéré. Actuellement, s.Timothée est fêté avec la couleur blanche des Confesseurs, en même temps que s.Tite, le 25 janvier.

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 23:00

27e dimanche ordinaire - C

 

Au fur et à mesure que nous approchons de la fin de l’année liturgique, les textes sacrés attirent notre attention davantage sur la fidélité et la persévérance.

Persévérer n‘est pas toujours très facile, quand on rencontre des épreuves. Il est même assez fréquent d’entendre des réflexions de ce genre, à propos de la prière, mais surtout en temps de calamité : “Est-ce que Là-haut, on s’occupe un peu de nous ?” 

Cette question assez impertinente n’est pas nouvelle, et il semble qu’elle soit aussi celle du prophète Habacuc (1) : Combien de temps vais-je t’appeler au secours ? Dieu répond au prophète : d’une part, que les Chaldéens seront bien le fléau qui punira les pécheurs, mais d’autre part aussi, oui, que Dieu lui-même va intervenir, et bientôt. 

Mais le temps de Dieu n’est pas le temps de l’homme. Avant que Cyrus permette aux Juifs de rentrer d’exil, il passera encore une soixantaine d’années. Quant au Sauveur promis, la venue du Messie adviendra… six siècles plus tard ! 

Dieu veut que l’homme apprenne à être patient, à se soumettre, à accepter la volonté de Dieu, humblement. Tandis que Le juste vivra par sa fidélité, l’insolent au contraire n’a pas l’âme droite (ou aussi, suivant les versions : ne mènera rien à terme). On aura plaisir à lire la longue prière du prophète qui clôt la prophétie (Ha 3) : une belle prière de soumission à la toute-puissance de Dieu.

 

*       *       *

 

Saint Paul reviendra plusieurs fois sur cette fidélité du juste (cf. Ro 1:17 ; Ga 3:11 ; He 10:38). Aujourd’hui, comme depuis plusieurs dimanches, c’est à Timothée qu’il adresse ces recommandations. C’est ici la deuxième lettre à Timothée, que Paul a dû lui envoyer peu de temps avant d’être mis à mort à Rome. 

Dans la première (1Tm 4:12), Paul évoquait le jeune âge de Timothée ; ici, il lui demande de réveiller le don de Dieu qu’il a reçu : sans préciser ce qui a pu “s’endormir”, Paul demande à Timothée de “ressusciter” ce don, comme s’il voulait l’exhorter à bien continuer sa marche, avec fidélité, jusqu’au bout, sans se relâcher. Rien n’exclut que Timothée, au milieu des difficultés, ait un peu perdu de sa ferveur, ou qu’au contraire il se soit laissé gagner par la fougue de son jeune âge et ait connu quelque précipitation dans ses décisions ; un peu plus bas dans le texte, Paul lui recommande bien en effet de fuir les passions de la jeunesse (2Tm 2:22).

Reste que les recommandations de Paul valent pour chacun de nous, prêtres et évêques, mais aussi laïcs : dominer la peur, garder l’esprit de la force ; rendre témoignage au Seigneur, sans honte ; accepter notre part de souffrances ; conserver pure la doctrine. 

 

*       *       *

 

L’invitation du psaume 94 qui relie ces deux lectures, est justement ce qu’on appelle chaque jour dans le Bréviaire le psaume invitatoire, qui demande instamment à chacun de bien écouter l’appel de Dieu : Ne fermez pas votre cœur ! Crions de joie pour le Seigneur ! Entrez, prosternez-vous ! Ce psaume commence la prière du matin, en nous invitant justement à laisser derrière nous la nuit, le sommeil, au propre et au figuré, tout assoupissement, et à raviver notre foi en Dieu. 

 

*       *       *

 

La foi, reprend Jésus… Le grand arbre dont Il parle est, dans le texte, un mûrier, et l’on sait bien quelle difficulté il y a à éradiquer un tel buisson ! Telle est la puissance de la foi, si nous l’appuyons fermement en la puissance de Dieu. Saint Jean Chrysostome a fait remarquer que le grain de sénevé et le buisson qui se développe ensuite, évoquent bien le grain de foi dont nous avons besoin pour développer la puissance du don de Dieu ; le Vénérable Bède dit à son tour que la foi peut être modeste, intérieure, mais doit être aussi très ardente.

Il faut relever que Luc reprend ici une expression de Matthieu (Mt 17:20), où Jésus cependant parlait de commander à une montagne de se jeter dans la mer ; l’image est la même que le mûrier. Mais il est intéressant aussi de relier cette réponse à ce qui précède : en Matthieu, les disciples demandent à Jésus pourquoi ils n’ont pas pu chasser le démon épileptique et c’est là que Jésus leur reproche leur peu de foi. Ils faisaient leur apprentissage ; plus tard, ils accompliront à leur tour des miracles ; et même de plus grands (Jn 14:12b).

Les Saints ont eu cette foi, cette confiance absolue en la puissance de Dieu, avec une soumission totale à Sa volonté divine, et en furent récompensés. Deux exemples entre mille : 

Sainte Scholastique avait reçu son frère saint Benoît un soir ; l'heure passait et Benoît voulait regagner son monastère ; mais Scholastique, qui connaissait l’heure de sa mort prochaine, le prie de rester encore un peu ; lui de protester ; sans rien dire, elle se recueille quelques instants, et voici des cataractes d'eau qui empêchent Benoît de s'en aller. Puisque tu n'as pas voulu, lui explique-t-elle, je me suis adressée à Dieu, et il m'a exaucée. Ils purent ainsi continuer de parler de Dieu toute la nuit, et elle mourut en effet le lendemain (2). 

Et cet autre miracle, bien moins connu, d'un malade gravement atteint qui, avant d'aller à Lourdes, annonçait à tous ses amis qu'il reviendrait guéri. Lors de la procession du Saint Sacrement, il ne compte que les secondes qui le séparent de la guérison… mais le Saint Sacrement passe sans le guérir. Alors, plein de foi, il s'adresse à Jésus présent dans l'Hostie : "Tu n'as pas voulu me guérir ? Je vais le dire à ta Mère !" Le prélat qui porte le Saint Sacrement l'entend, s'arrête une seconde (on imagine sa stupeur !), se retourne et bénit derechef le malade. Qui guérit aussitôt. On ne connaît rien d’autre sur la “sainteté” de cet homme, mais on peut affirmer avec certitude que sa foi a été entière.

 

Revenant donc à notre mûrier, on l’a aussi comparé à la passion du Christ : de même que ces ronces produisent un fruit rouge, de même les coups, les épines, les clous, feront jaillir le Sang rédempteur. 

Quant à “arracher” ce mûrier et le jeter en mer, certains y ont vu la mission des apôtres consistant à “retirer” le message évangélique du milieu des Juifs qui ne l’acceptaient pas, pour le jeter dans la “mer” des païens ; ou encore à chasser le diable et le précipiter dans l’abîme. 

Quoi qu’il en soit, après avoir suggéré aux Apôtres quelle force, quelle autorité les animeront grâce à la foi, Jésus leur recommande immédiatement après de rester modestes, humbles. 

Ainsi aussi, à saint Augustin de Cantorbury, qui convertissait beaucoup d’Anglais grâce à ses miracles, le pape Grégoire le Grand recommanda d’éviter toute tentation de présomption. 

On aurait pu supposer, ensuite, que l’enseignement de Jésus sur les serviteurs quelconques fût sans rapport avec ce qui précède. Mais le docte évangéliste qu’est Luc n’a pas accumulé des réflexions et des enseignements épars, qu’il a réunis au hasard dans son évangile. Tâchons humblement de comprendre.

Au début de l’exemple que donne Jésus, on pourrait rester dubitatif sur la conduite de ce maître apparemment égoïste, sans cœur pour son serviteur fatigué. Mais Jésus ne fait que prendre un exemple de la vie courante de son époque, où sévissait l’esclavage (encore que même de nos jours, cette conduite soit plus fréquente qu’on ne le dise…), mais sans la justifier pour autant. Il veut nous dire ceci : si vous êtes capables de vous soumettre à un tel maître, sachez à plus forte raison reconnaître devant Dieu que vous n’êtes que des serviteurs quelconques (le texte latin dit : inutiles). 

C’est simplement une pressante invitation à persévérer humblement dans l’accomplissement de notre travail, conscients de coopérer au champ immense de l’Eglise, sous le regard de Dieu, qui nous réserve notre juste récompense dans le monde à venir.

Avant d’être glorifié dans la victoire de la résurrection, Jésus a pratiqué l’humilité à son degré absolu : en s’abaissant à l’indignité d’un scélérat, il s’est vraiment fait un serviteur quelconque, considérant qu'il ne faisait que son devoir

De la foi qui transporte les montagnes, Jésus a dit ailleurs :  

En vérité, oui, je vous le dis : si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom, demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit pleine (Jn 16:23-24).

Que demandons-nous justement aujourd’hui dans la Prière ? 

D’abord nous exprimons un acte de foi en Dieu : Il nous comble bien au-delà de nos désirs ! Ensuite, eh bien, nous comptons sur sa miséricorde - car nous sommes pécheurs - et même si notre culpabilité ou notre modestie nous empêche de parler, du moins notre confiance nous aidera à demander la grâce divine : qu’Il augmente en nous la Foi !

 

 

1 Le prophète Habacuc, dont le nom devrait être plus exactement Ambakoum, écrivait aux alentours de 600 avant Jésus-Christ.

2 Sainte Scholastique est fêtée le 10 février ; s.Benoît, le 11 juillet.

 

 

 

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 14:53

26e dimanche ordinaire - C

 

Il n'est pas difficile aujourd'hui de faire la synthèse des trois lectures : tandis que le prophète Amos reproche à ses contemporains de vivre dans le plaisir, l'apôtre Paul encourage son cher Timothée (et ceux qui lui sont confiés) à toujours se souvenir de Dieu, de Jésus-Christ, de la vie éternelle ; cet antagonisme est illustré dans l'Evangile par le bon-vivant égoïste et le pauvre Lazare.

 

*       *       *

 

Comme on l’a relevé dimanche dernier, le prophète Amos dénonce le bien-être de son époque, durant une longue accalmie politique. Les richesses abondent, le farniente s’installe, on aime manger et boire abondamment… on ne se tourmente guère du désastre d’Israël… ils vont être déportés, effectivement, en 721, après la prise de Samarie par Sargon II (cf. 2R 17:5sq).

Amos, comme plus tard Jésus, ne condamne pas la richesse en tant que telle ; il faut bien être un peu riche pour aider les pauvres. L'objet des reproches d'Amos et de Jésus, c'est l'usage égoïste de ces richesses, uniquement pour son propre plaisir, sans le moindre souci de ceux - parfois proches - qui sont dans le besoin.

 

*       *       *

 

L’histoire-parabole de Jésus fait partie du même chapitre que la parabole de l'intendant malhonnête de dimanche dernier, traitant du juste usage des richesses. Exceptionnellement, ce pauvre reçoit un nom : Lazare (en hébreux : "Dieu aide") - à distinguer de l'ami de Jésus - pourrait très bien avoir été un de ces pauvres connus à Jérusalem, ou à Capharnaüm ; discrètement, au contraire, le riche n'est pas nommé. Ce sont peut-être là les seuls éléments "historiques" de notre parabole, qui donnent à Jésus l'occasion de développer son enseignement.

Jésus dit que les chiens venaient lécher les plaies du pauvre, un détail médical qui convient bien au médecin qu’était l’évangéliste saint Luc. En effet, on dit que la langue des chiens et leur salive ont un effet antibiotique, curateur ; par la présence de ces braves bêtes fidèles, Jésus veut montrer le bienfait qu'apportera la langue des prédicateurs contre les plaies de nos âmes malades, si elles sont ouvertes à la voix de la Vérité.

Et voilà qu’après sa mort le riche souffre terriblement dans cette fournaise ; c’est une des multiples allusions que Jésus fait dans l’évangile à la peine éternelle de l’enfer. Si l’enfer n’existait pas, ou s’il n’était pas éternel, Jésus nous aurait parlé différemment. Comment sera cet enfer, ce feu qui ne s’éteint pas ? Nous avons peut-être lu les descriptions qu’en ont faites les Voyants de Fatima (1). Mais, loin des représentations trop imagées des marmites bouillantes et des tridents pointus de diablotins cornus, il faut retenir principalement qu’en enfer, on est loin de Dieu, loin de la miséricorde, loin de l’amour, et cela définitivement. C’est une souffrance atroce, comparable à un feu brûlant. 

Ce malheureux riche souffre, appelle Abraham et Lazare à son secours et donne l'impression de se préoccuper aussi de ses frères… La situation est très imagée, car on ne dialogue pas ainsi entre le ciel et l’enfer ! A travers cet apparent dialogue de sourds, Jésus veut nous enseigner qu'à notre mort, nous ne pourrons plus ajouter ou retrancher quelque chose à notre vie, ce que nous aurons voulu être sera comme figé ; il en fut de même des anges fidèles et des anges déchus : leur choix irrévocable les a fixés pour l'éternité en compagnie de Dieu ou loin de Lui.

Le grand abîme dont parle Abraham, rappelle ainsi que notre sort final sera définitif. Et cette prophétie concernant ceux qui ne seront pas convaincus même si quelqu'un ressuscite, s'adresse bien évidemment à ceux qui, prochainement, ne voudront pas accepter la réalité de la résurrection de Jésus : les chefs de la synagogue en tout premier lieu, mais aussi tous ceux qui, jusqu’à nous, s’obstineront dans le rejet de la vérité, même s’ils connaissent Moïse et les prophètes.

Connaître vraiment Moïse et les prophètes, conduit indubitablement à reconnaître Jésus, le Fils de Dieu, Sauveur des hommes. C’est bien ce qu’expliquera Jésus ressuscité aux pèlerins d’Emmaüs (Lc 24:27). C’est le commandement du Seigneur que Paul recommande à Timothée de garder fidèlement.

 

*       *       *

 

Ce Timothée est, avec Tite, un des plus intimes collaborateurs de Paul, que ce dernier a établis à la tête des premières communautés en Asie Mineure et en Crète. Leur rôle est d’organiser, de conduire, d’enseigner, au nom des Apôtres, d’abord par le témoignage de leur propre conduite (la foi et l’amour, la persévérance et la douceur). Ces “sur-veillants” (epi-scopes) deviendront nos évêques, les successeurs des Apôtres par l’imposition des mains.

A ce même Timothée, Paul dit à la fin de sa lettre de recommander aux riches de ce monde de ne pas juger de haut, de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de bonnes œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ; de cette manière ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable (1Tm 6:17-19).

Saint Paul aurait bien pu en rester à cet hymne d’acclamation au Roi des Rois, que nous lisons à la fin de la lecture. Il y a ajouté cette recommandation concernant les riches parce qu’il observait combien l’attachement aux biens empêchait la vraie adhésion à Dieu. 

Notre vie parfois insouciante ignore certaines réalités qui pourtant crient d’elles-mêmes. Chaque jour, des millions de tonnes de pain passent directement du four à la poubelle ; quelques fortunes mondiales suffiraient à donner à manger aux affamés, à enseigner aux populations pauvres à créer des canalisations d’eau potable… Il est à craindre que nous payions durement notre indolence.

 

*       *       *

 

Mais, objectera-t-on, où est ce Dieu dont parle le psaume, qui fait justice aux opprimés, donne le pain aux affamés, délie les enchaînés, ouvre les yeux des aveugles, protège l’étranger, soutient la veuve et l’orphelin ? 

Dieu, lui, garde à jamais sa fidélité. Il n’oublie personne et saura récompenser avec justice, mais dans l’autre monde. Dans ce monde, il y a beaucoup d’injustices à cause des hommes. Dieu fait patience, pour donner à tous le temps de se convertir : si nous étions tous parfaits dès maintenant, nous n’aurions pas de mérites à prétendre la Récompense finale.

Mais les épreuves de cette vie sont finalement de brève durée. Nous y avons juste le temps de faire les bons choix. Chaque fois que nous remettons à plus tard notre effort de conversion, chaque fois nous courons le danger de perdre cette fidélité totale à Dieu. 

 On pourrait rapprocher le psaume 145 d'aujourd'hui des Béatitudes : Heureux les pauvres… Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… Heureux les miséricordieux… (Mt 5:3,6,7). On pourrait aussi y faire correspondre nos Sacrements : le Pain de l'Eucharistie pour les affamés, la Lumière du Baptême et de la grâce qui ouvre les yeux aveugles de l'âme, la Réconciliation qui nous déliera du péché, l'Onction des Malades pour redonner de la force aux affligés et aux souffrants.

En ces dimanches de fin d'année, l'Eglise nous fait lire les textes qui nous orientent vers nos fins dernières : non pas la réincarnation, mais la mort et la résurrection, pour nous aider à ne pas perdre de vue le but de notre existence. Que verrons-nous alors ? Nous verrons Dieu tel qu'il est, dit s.Jean (1Jn:3,2), Dieu, le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'immortalité, qui habite la lumière inaccessible,  dit à son tour s.Paul. 

Paul ajoute que personne ne peut le voir,  sous-entendu : en ce monde, parce que cela dépasse nos possibilités. Ainsi Moïse parla "face à face" avec Dieu, mais sans “voir” cette face et sa Gloire (cf. Ex 33:18-23). Mais quelle sera notre joie alors, au ciel, de nous trouver aux côtés des Anges et des Saints, et de chanter avec eux, dans l'éternité : Honneur et Puissance éternelle. Amen.

Notre Dieu tout-puissant est infiniment patient et inlassablement rempli de pitié : que nos attachements temporels ne nous empêchent pas de courir vers Lui et vers les réalités du ciel. C’est en substance ce que nous disons dans la Prière du jour.

Avec une telle espérance, pourrons-nous encore un moment oublier le pauvre Lazare ?

 

 

1 Francisco Marto (1908-1919) et sa petite sœur Jacinta (1910-1920), béatifiés en 2000, sont fêtés respectivement les 4 avril et 20 février.

 

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