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16 octobre 2021 6 16 /10 /octobre /2021 23:00

30e dimanche per annum - B

 

Le passage du prophète Jérémie se trouve dans le Livre de la Consolation du même Prophète (30-31). Jérémie a dû le rédiger vers 622 avant Jésus-Christ. Depuis un siècle que des Juifs avaient été déportés à Babylone, on vivait en Israël loin de Dieu, on adorait des dieux païens jusque dans le Temple. Et voilà que sous le roi Josias, on retrouva le texte de la Loi, qu’on avait complètement oublié et égaré. Le roi Josias avait alors provoqué une profonde réforme religieuse. Allait-on voir revenir les exilés ?

Le retour ne sera pas immédiat ; trois autres déportations vont encore frapper les Juifs et le Temple sera détruit (587). Ce ne sera qu’en 538 que Cyrus proclamera la libération des Juifs et leur retour en terre d’Israël : presque deux siècles d’oppression, d’exil, loin de la Terre promise, loin de Jérusalem.

Jérémie, qui avait annoncé cette longue période d’affliction (ch. 29), ajoute maintenant cette consolation : l’épreuve prendra fin, Dieu sauvera son peuple, car Il l’aime encore. Lui-même ramènera les exilés, Juda et Israël seront rassemblés.

On comprend le motif de cette joie exubérante : Poussez des cris de joie !

L’aveugle et le boîteux qui reviennent sont en même temps tous ceux qui, enfin, voient la Lumière et marchent dans le droit chemin. Ce verset peut évoquer la phrase du Christ faisant répondre à Jean-Baptiste : Rapportez à Jean-Baptiste… : les aveugles voient, les boiteux marchent… (Lc 7:22). La femme enceinte et la jeune accouchée font ici allusion à la Vie qui continue malgré toutes les épreuves.

Plutôt que les eaux courantes auxquelles Dieu va conduire cette foule en liesse, il faudrait lire le texte original qui dit : des torrents d’eau, non pas des torrents dangereux et redoutables, mais emplis de cette eau vivifiante qui sera présente sans cesse, abondante, pour le rafraîchissement, pour la purification. Par opposition aux eaux stagnantes qui engendrent la pourriture, l’eau qui coule en abondance évoque le renouvellement. C’est toute une symbolique de Vie qui s’exprime ici.

*       *       *

Le psaume 125, un de ceux que répétaient les Juifs en montant vers le Temple de Jérusalem, évoque ce retour heureux, après la douleur de l'éloignement, après l’épreuve et la punition que le peuple juif s’était attirées par son idolâtrie.

De la même façon que ce peuple se sentait puni par Dieu, de même maintenant il remercie Dieu pour la joie qu’il reçoit. On pourrait rapprocher ce chant d’action de grâce du cantique de Marie qui, dans son Magnificat, remercie Dieu d’avoir jeté les yeux sur son humble servante (Lc 1:48).

Le psalmiste souligne qu’on le répète parmi les nations, car ces événements n’étaient pas inconnus, les bruits circulaient, on connaissait quel était ce peuple choisi par Dieu, libéré de l’Egypte au milieu de grands signes, tantôt puni, tantôt pardonné. Ici encore, on pourrait rapprocher ce verset du cantique de Marie annonçant que désormais toutes les générations (la) diront bienheureuse (Lc 1:48).

On retrouve ici les torrents, qui inondent brusquement le désert du Negeb, presque toujours sec.

Pour le peuple d’Israël, le chant de ce psaume évoqua peu à peu, au-delà du retour historique à Jérusalem,  l’ère messianique, l’avènement du Sauveur, avec Son règne de paix. Jérusalem signifie vision de paix.

 

*       *       *

 

L'auteur de l'épître – saint Paul ou un de ses plus fidèles disciples – présente la mission du grand-prêtre, qui est d'offrir des sacrifices pour les péchés, à commencer par ses propres péchés. Le grand-prêtre est le pontife (pontem facere) qui «fait le pont» entre Dieu et les hommes. Mais Jésus n’a pas de péchés à expier, c’est ce qui rend son sacrifice si parfait.

La deuxième antienne de communion nous rappelle que le Christ s'est livré pour nous en offrant à Dieu le seul sacrifice qui soit digne de lui (Eph 5:2). 

Cette mission sacrificielle ne vient que de Dieu. Aaron l'a reçue par une onction spéciale, mais pour un temps seulement, tandis que bien avant lui, Melchisédech l'a reçue par un appel tout spécial de Dieu, et non par quelque héritage humain. La même épître aux Hébreux rappelle que : Melchisédech, qui est sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n’ont pas de commencement et dont la vie n’a pas de fin, qui est assimilé au Fils de Dieu, ce Melchisédech demeure prêtre pour toujours (He 7:1,3). 

Ce sacerdoce visible était une manifestation du sacerdoce de Jésus-Christ : Jésus est prêtre parce qu'il est d'abord Fils de Dieu, selon une génération divine et éternelle, non humaine. Dieu lui dit en effet - l’épître cite un autre psaume : Tu es mon fils, c’est moi qui, aujourd’hui, t’ai engendré (Ps 2:7). «Aujourd’hui» exprime ici une éternité toujours présente : le Fils est l’éternel Engendré. Cette éternité se retrouve aussi dans le passé de je t’ai engendré ; en grec, cette formule exprime le résultat durable d’une action désormais accomplie une fois pour toutes. La génération éternelle du Fils de Dieu en fait en même temps LE prêtre éternel.

Que de fois lisons-nous ce verset du psaume 109 : Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. Pour l'éternité ! Tandis qu’Aaron et tous les prêtres d'Israël ont été chargés de cette mission durant et seulement durant leur vie, Jésus demeure prêtre éternellement ; à sa suite, et par le sacrement qu’il a confié à l’Eglise, tous les prêtres de l'Eglise reçoivent l'onction du sacerdoce pour l'éternité.

Quelle grandeur est ainsi liée au sacerdoce ! Même les prêtres, parfois, l’oublient, mais ils ne perdront jamais cette onction sacramentelle qui leur donne comme un nouveau caractère.

 

*       *       *

 

Jérémie nous a parlé de l’aveugle. En voici un, sur la route de Jésus.

Plein de foi, il appelle le Prêtre, Jésus ; il l'implore d'avoir pitié de lui. 

On pourrait remarquer deux aspects dans la psychologie de cet aveugle. D'un côté, sa foi réelle, à laquelle Jésus répond par un miracle, car c'est sa foi qui l'a sauvé. D'un autre côté, quelque chose qui, dans son âme, lui faisait sentir le besoin d'une lumière intérieure, pour sortir des ténèbres du monde où il se sentait prisonnier ; n’était-il pas un aveugle fictif, qui feignait la maladie pour toucher le cœur des passants ? 

Le texte dit qu’il bondit et courut vers Jésus, avant même sa guérison ; c’est donc qu'il y voyait suffisamment ! De faux aveugles, il y en a et il y en aura ; mais il en est qui sentent leur maladie intérieure et qui demandent à en être libérés ; pensons et convainquons-nous que nous sommes tous des aveugles.

Jésus nous apporte la lumière. Comme au moment de la création du monde, Dieu dit tout d'abord : Que la lumière soit (Gn 1:3), ensuite viennent les autres éléments de la création - le soleil et la lune seulement au quatrième jour. Cette lumière n’est pas encore la «vraie» lumière ! La vraie lumière est celle dont l'évangéliste Jean parle au début de son évangile : (Jésus) était la vraie lumière, qui illumine tout homme qui vient au monde (Jn 1:9). 

Il ne s’agit plus ici d’une lumière qui nous fait distinguer un objet d’un autre objet. Jésus illumine notre âme par la Vie qu’Il nous donne dans les Sacrements.

Il n’est pas question ici de mettre en doute le miracle de la guérison de cet aveugle. S’il était vraiment aveugle, le Christ lui a rendu la vue ; mais s’il était seulement aveugle dans son âme, ce qui est bien plus grave, Jésus lui a rendu la vue spirituelle, pour contempler la Vérité et la proclamer. Il y a une cécité intérieure qui nous frappe sans cesse, et dont nous devons sentir l’impérieux besoin d’être délivrés par la grâce divine.

A ce monde qui est tout entier plongé dans le mal (1 Jn 5:19), Jésus apporte la Lumière, le Salut. 

*       *       *

 

Qu'éclate alors notre action de grâces personnelle, avec l'antienne de communion : Joyeux d'être sauvés, nous acclamons le nom de notre Dieu

Toute personne qui reçoit l’absolution du prêtre, sent en soi cette libération, cette légèreté intérieure qui la réjouit.

A la suite du peuple juif qui se convertit de l’idolâtrie et retourna au seul vrai Dieu, à la suite de l’aveugle qui fut inondé de la vraie Lumière, demandons dans notre cœur la grâce de servir Dieu d’un cœur sans partage.

Demandons à Dieu de susciter beaucoup de vocations sacerdotales, beaucoup de saints prêtres selon l'ordre de Melchisédech.

 
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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 23:00

29e dimanche per annum - B

 

 

Récemment (au 24e dimanche), nous avons entendu Jésus annoncer à ses apôtres qu’il devait souffrir, avant de ressusciter, et nous avons entendu Pierre protester, et se faire remettre en place sévèrement par son Maître.

Aujourd’hui, donc, nous lisons dans la première lecture cette prophétie extraite du chapitre 53 d'Isaïe, où le prophète annonce la passion du Sauveur ; c'est le quatrième chant du Serviteur de Yahvé, qui illustre plusieurs siècles à l'avance quelles seront les souffrances du Christ, et aussi sa victoire : A cause de ses souffrances, il verra la Lumière, c’est-à-dire : il ressuscitera.

Pierre ne pouvait l’ignorer, mais il n’avait pas fait le rapprochement entre ce Serviteur et le Messie Jésus, ou bien avait pensé qu’il s’agissait d’une sorte d’histoire pieuse, d’un «genre littéraire». 

L’homme n’aime pas la souffrance. Cette réaction toute spontanée prouve que notre être intime conserve la mémoire de la créature parfaite qui ne devait pas souffrir, tels qu’étaient Adam et Eve avant leur péché.

Mais Dieu avait besoin d’un sacrifice total, parfait, pour «refaire» la création. Cette perfection, seul Dieu pouvait la connaître, et c’est pourquoi en la Personne de Jésus ont été réunies et la divinité et l’humanité. Homme parfait, Jésus offrit à Dieu le Père un sacrifice parfait.

Jésus à vraiment fait de sa vie un sacrifice d’expiation. Vraiment à cause de ses souffrances, il sera comblé. Réellement, parce qu’il a connu la souffrance, le juste justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

Jésus est l’Agneau de Dieu, qui porte (enlève) le péché du monde, avait dit Jean-Baptiste (Jn 1:29). Et parce qu’il enlève nos péchés, il nous donne l’accès à la justification, à la sainteté, à la vie éternelle.

*       *       *

Les trois strophes de psaume que nous avons à méditer sont tirées des neuf strophes du psaume 32, un bel hymne à la Providence, un chant à la Miséricorde et à l’Amour de Dieu.

Quand notre pensée se désespère à l’écoute des nouvelles des guerres, des attentats, des morts, regardons vers Dieu, qui est au-dessus de nous et qui voit tout. Il sait ce que font les hommes, il connaît les épreuves de chacun, il ne prive personne de Sa grâce : la terre est remplie de son amour.

Jésus, Dieu incarné et visible, a connu ces épreuves, il les a assumées comme personne ne pourrait le faire, jusqu’à connaître la mort. Seul un Dieu peut nous délivrer de la mort, comme l’a démontré Jésus par sa Résurrection, de même qu’il avait ressuscité le jeune homme de Naïm (Lc 7:11-17) et Lazare (Jn 11) .

*       *       *

Continuant la Lettre aux Hébreux, que nous poursuivrons jusqu’à la fin de l’année liturgique, nous y relisons comment son auteur rappelle aux Hébreux persécutés combien le Prêtre Jésus est le prêtre parfait, parce qu’il est, comme on l’a dit plus haut, Homme et Dieu.

Parfaitement Homme, Jésus sait partager nos faiblesses (ormis le péché, bien sûr). C’est plus qu’une compassion, si généreuse soit-elle, telle que l’ont démontrée tant de Saints au service des malades. Jésus s’est mis à notre place.

Pour recevoir la grâce de son secours, nous ne devons pas craindre de la demander à Dieu, de la désirer, de l’accueillir vraiment.

Est-ce que nous cherchons à nous imprégner de la Parole de Dieu, dans l’Ecriture ? Est-ce que nous nous efforçons de recevoir le Corps du Christ dignement, et souvent ?

N’avons-nous pas souvent remis : oui, je vais le faire…

*       *       *

On a souvent parlé de l'impétuosité de l'apôtre Pierre, de sa précipitation parfois naïve. Aujourd'hui, un épisode du même chapitre 10 de Marc nous amène à découvrir un autre genre de naïveté : Jésus venait de parler à ses Apôtres de leur «récompense» au ciel après qu'ils auront tout laissé pour Le suivre. 

Voilà donc les deux frères, Jacques et Jean, qui viennent demander une «faveur» pour ce Royaume futur, nous dirions «une promotion»... 

En Matthieu (Mt 20:20) c'est leur maman qui intervient. Le détail pourrait être sans importance, mais on observera qu'à cette occasion au moins, les deux apôtres Jacques et Jean n'ont pas encore vraiment laissé leur mère et leur famille pour suivre Jésus. Ni eux ni leur mère n'ont compris qu'ils devaient abandonner toute ambition terrestre.

Jésus reste patient avec eux et ne leur reproche pas leur erreur. Il les exhorte seulement, par sa question, à désirer plus ardemment partager avec lui la coupe qu'il doit boire

Mais inévitablement, les autres apôtres ne manquent pas, à leur tour, de céder à une réaction bien humaine aussi : ils s'indignent contre les deux «ambitieux». Oh ! Comme il est difficile, même entre amis, d'avoir toujours des sentiments détachés, libres de toute considération humaine, pour ne vivre que dans la charité fraternelle, humble et désintéressée !

Observons comment le Maître de la Vérité profite de l'occasion pour donner à tous, et à nous bien sûr, ne l’oublions pas, un enseignement qui est en même temps une prophétie : pour être le premier, il faut se faire le dernier, l'esclave de tous, comme le fera justement Jésus en acceptant de se livrer aux mains de ses ennemis, pour servir et non pour être servi.

Ne jugeons pas les Apôtres pour leurs petites sautes d'humeur ; pensons aux nôtres ! Et voyons comment chacun d'eux a su petit à petit faire un chemin vers la perfection, jusqu'à l'immolation totale pour la Vérité, pour l'amour de Dieu, en pardonnant totalement à ceux qui les maltraitaient, à l'image du Maître. 

Ainsi Pierre qui, condamné à la croix, demanda d'être immolé la tête en bas, se jugeant indigne de mourir comme son Maître ; ainsi Jacques, qui sera décapité à Jérusalem ; ainsi Jean qui, s'il n'est pas mort martyr, subit beaucoup de souffrances de la part de l'empereur païen qui l'exila à Patmos (la Tradition raconte qu'à Rome Jean aurait été précipité dans un chaudron d'huile bouillante, dont il serait sorti indemne, ce qui lui valut l'exil) ; Barthélemy fut écorché vif, de la tête aux pieds ; André fut crucifié sur la croix en X...

C'est aussi ce qu'on lit à propos des Martyrs des périodes récentes, au Japon, en Angleterre, en Corée, en Chine, au Mexique, en Espagne : torturés, ils priaient pour leurs ennemis, en leur pardonnant. 

Citons ce cas récent, du diacre espagnol Juan Duarte Martín, béatifié en 2007. Il avait déjà subi différentes tortures et fut horriblement mutilé en prison ; amené au lieu de son exécution, on lui ouvrit le thorax à coups de hache, on y  versa de l’essence et on y mit le feu. Dans cet état, le jeune diacre (il avait vingt-quatre ans), eut encore la force de dire : Je vous pardonne, et je demande à Dieu de vous pardonner. Vive le Christ Roi ! (15 novembre 1936).

*       *       *

Ces Martyrs nous ont donné l'exemple de servir Dieu sans partage, pour reprendre l'expression de la Prière du jour. 

Certes, le martyre est une grâce que Dieu ne donne pas à tous, mais nous sommes tous appelés à servir Dieu pleinement, en apprenant à être les serviteurs de nos frères.

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 23:00

28. dimanche per annum - B

 

 

La première lecture est une admirable action de grâces pour la Sagesse qu'a reçue Salomon - le présumé auteur du Livre de la Sagesse. 

On s'en souvient, ce jeune roi avait demandé à Dieu de recevoir la Sagesse, plutôt que la richesse, et Dieu l'avait exaucé en lui accordant et l'une et l'autre (2 Ch 1:7-12). Comblé, le roi remercie Dieu pour ce don inestimable, qu'il a trouvé tout d'abord, dit-il, après avoir prié, après avoir supplié.

La Sagesse divine peut à juste titre être identifiée à la personne divine du Fils de Dieu. La demander et la recevoir ne peut arriver qu'en Lui accordant une place de choix dans notre cœur et dans notre personne. On le lit plus loin : Je l'ai préférée aux trônes... l'or du monde auprès d'elle n'est que du sable... je l'ai aimée plus que la santé... 

On est parfois tellement préoccupé par la santé, qui est un bien si précieux. Mais Dieu parfois nous éprouve dans cette santé ; il faut accepter l’épreuve «avec sagesse». 

 

*       *       *

 

Le psaume 89 se fait l'écho de cette bienheureuse sagesse. C’est un psaume qui exprime aux yeux de Dieu la fragilité de l’homme : Mille ans sont à tes yeux comme un jour… tu les emporte, (comme) un songe au matin.

Le psalmiste met la Sagesse au premier plan de sa prière : même s'il implore Dieu pour ses serviteurs éprouvés, il exprime à Dieu son humble volonté de connaître l'œuvre divine avant tout. 

Ce sera aussi la prière de Jésus au Jardin des Oliviers : Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mc 14:36).

 

*       *       *

 

Ce dimanche voit la continuation des textes de dimanche dernier, tant dans l'épître aux Hébreux que dans le chapitre 10 de saint Marc. 

Recevoir la Sagesse de Dieu, c'est recevoir sa Parole, le Verbe éternel : le Christ. 

Dans l'Ecriture, les mots Sagesse, Parole, Verbe, peuvent toujours être assimilées au Fils de Dieu incarné, à Jésus-Christ notre Sauveur. 

Le bref passage d’aujourd’hui parle de cette Parole qui pénètre au plus profond de l'âme. Nous le sentons bien nous-mêmes : quand la Parole de Dieu nous est proclamée durant la Liturgie, quelque chose (ou Quelqu’un) nous invite à accueillir cette divine Parole, comme des enfants (cf. l'évangile de dimanche dernier).

 

*       *       *

 

Aujourd'hui, ce même dixième chapitre de Marc se poursuit avec un épisode bien connu, celui du jeune homme riche. 

On dirait de prime abord que Jésus lui reproche de l'appeler Bon ; pourtant, par sa divinité, Jésus mérite  ce titre plus que tout autre. Il insiste même : Seul Dieu est bon

On peut supposer que Jésus a voulu «pénétrer au fond des mœlles» de ce jeune homme, et lui rappeler justement que son attitude n'était pas celle d'un enfant disponible à recevoir la Parole de Dieu. Son attitude de se mettre à genoux et d'interpeller Jésus sur la vie éternelle est un peu trop formelle, trop conventionnelle, alors que dans son cœur le jeune homme n'est pas disposé à la conversion totale. C’est ce que les versets suivants vont nous confirmer.

Jésus ne parle pas du «premier» commandement : Adorer Dieu et L'aimer plus que tout, dont il sera en revanche question un peu plus loin, au douxième chapitre. Ici, Jésus semble se «limiter» aux commandements plus humains qui en découlent et qui apparaissent parfois plus «faciles» : ne pas tuer ni commettre l'adultère, ne pas voler, ni mentir, honorer les parents. Ce sont les Commandements de Dieu, que Jésus reprend dans l'ordre à peu près inverse de leur succession habituelle. 

Ce qui surprend, c’est l'assurance du jeune homme : Tout cela, je l'ai observé depuis l'enfance ; comme s'il n’avait jamais connu aucun manquement :

  • Certes, il n’a pas tué, mais n’a-t-il jamais eu une parole dure envers un proche, ou souhaité la «punition» d’un pécheur, la malédiction ?
  • Certes, il n’a pas commis l’adultère, mais n’a-t-il jamais nourri quelque pensée malsaine ?
  • Certes, il n’a pas enfoncé une porte pour voler, mais n’a-t-il jamais convoité quelque bien, ni détérioré un bien autrui ?
  • Certes, il n’a pas menti effrontément, mais n’a-t-il pas eu des réticences ou des silences fautifs ?
  • Certes, il n’a pas insulté en face ses parents, mais a-t-il vraiment tout fait pour les honorer, les aider, les entourer d’affection ?

Ceci pourrait être un petit examen de conscience pour chacun. Mais écoutons maintenant Jésus.

Jésus va lui parler au plus profond des mœlles. Il le regarde profondément : recevons nous aussi ce regard.

Et, dit l'évangéliste, il se mit à l’aimer. Seulement alors ? Certainement pas, mais maintenant, l'amour de Jésus souffre davantage pour la conversion de ce jeune : Jésus prie intérieurement pour que Ses propres mérites touchent ce garçon trop sûr de lui et là, la Vérité parle tout entière : Vends ce que tu as, donne-le aux pauvres. Jésus ne dit pas de placer l'argent, de le prêter, mais de le donner. Ce jeune homme avait certainement de quoi vivre facilement, mais il était attaché à ces biens, bien plus qu'à la Sagesse de Dieu. Et il s'en va tout attristé, disons plutôt : tout confus de sa première audace. L'Evangéliste ne dit pas ce qu'il fit ensuite : on ne peut que souhaiter qu'il réfléchit, qu'il se reprit, et qu'il se convertit vraiment.

Et moi, qu’est-ce que je fais, quand je me rends compte que je suis attaché à quelque chose ? 

Vient ensuite l'enseignement sur le détachement. Remarquons-le bien : Jésus ne nous interdit pas de posséder, il nous reproche d'être attaché aux richesses, de ne pas en disposer pour faire du bien. De plus, il ne parle pas que des biens matériels ; plus bas il dit qu'il faut quitter : frères, sœurs, mère, père, enfants. Tous ces trésors sont des «richesses» quand nous y sommes attachés plus qu'il ne faut au détriment du Royaume de Dieu. 

En même temps Jésus explique ici en quoi consiste l'appel de Dieu à la consécration, sacerdotale ou religieuse. Se consacrer à Dieu ne consiste pas à oublier les siens, à claquer la porte de la maison de famille. 

Il n'est pas toujours facile de quitter les siens ; parfois ce sont eux à empêcher leur fils ou leur fille de se consacrer. La vie des Saints contient une foule d'exemples de ce genre de conflits. Dans tous les cas, on voit que l'amour de Dieu n'est pas total, ni inconditionnel, parce que l'on est attaché aux «richesses». Jésus a cette comparaison amusante qu' il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu : expliquons que ce chameau peut être compris au sens de «la corde faite avec du poil de chameau», ce qui représente tout de même une certaine difficulté pour passer par le trou de l'aiguille ! 

L'appel de Dieu passe donc par cette exigence. Jésus nous le rappelle : si cela nous semble trop difficile humainement parlant, tout devient possible avec la grâce de Dieu : Comme l'avait déjà dit l'Ange à Marie : Rien n'est impossible à Dieu (Lc 1:37). On peut aisément concevoir que les Apôtres reçurent une grâce spéciale pour suivre Jésus, laissant derrière eux les filets, la banque, les terres familiales. Voici Pierre, avec sa naïveté tout enfantine, qui reprend la parole : Eh bien, nous, nous avons tout quitté pour Te suivre ! Alors ?

Ici, Jésus ne le rabroue pas, mais il va laisser entrevoir à Pierre, à tous les Apôtres, et à nous tous, ce qui nous attend : cent fois plus de maisons, de frères, de sœurs, de mères, d'enfants, de terres ! Comment est-ce possible ? Simplement les serviteurs de Dieu seront partout comme chez eux, ils seront heureux d'habiter d'autres terres, de côtoyer d'autres peuples, leur amour immense de tous les hommes fera que tous seront pour eux d'autres frères, d'autres sœurs, d'autres mères, d'autres enfants. En effet, le prêtre, les religieuses, tous ceux qui donnent leur vie pour Dieu, sont heureux de partager les conditions de vie de tous les hommes ; leur famille est désormais le genre humain dans son intégralité. Les missionnaires sont allés dans les régions les plus reculées, les plus difficiles d'accès, jusqu'au pôle Nord : partout ils se sont fait des amis, partout la parole de Dieu a été annoncée, reçue, accueillie et aujourd'hui c'est en Afrique qu'il y a le plus de vocations sacerdotales et religieuses.

Mais Jésus ajoute aussi une expression qu'il ne faut pas oublier : avec des persécutions, car en même temps que la parole de Dieu a été annoncée, elle a aussi été combattue, les chrétiens et les missionnaires ont aussi reçu la palme du martyre. Encore aujourd'hui, les communautés chrétiennes sont persécutées, dans les pays du Moyen-Orient ou de l'Extrême-Orient : le vingtième siècle (et le vingt-et-unième) ont connu plus de martyrs que tous les siècles précédents. C'est que le Mal s'acharne contre Dieu, contre la Sagesse incarnée, contre l'Eglise, contre ses Ministres et contre la Foi.

Nous le savons : ce combat sera bref, et Dieu sera toujours vainqueur. Peu importe si cette vie sur terre est difficile et si nous devons y perdre la vie, nos biens, nos proches, nos amis : la récompense est au bout du combat, la Vie éternelle !

 

*       *       *

 

Comme toujours, achevons cette petite méditation en relisant avec conviction la Prière du jour : Que ta grâce nous devance et nous accompagne, pour nous rendre attentifs à faire le bien sans relâche, sans nous laisser arrêter par les difficultés quelles qu'elles soient. 

L'autre Prière, sur les Offrandes, est encore plus explicite : Que cette liturgie nous fasse passer à la gloire du ciel.

Amen !

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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 23:00

27e dimanche per annum - B

 

La première lecture et l‘évangile d’aujourd’hui nous invitent à considérer une perfection particulière de la vie chrétienne, celle du saint mariage selon la volonté de Dieu.

Le livre de la Genèse, le premier des Livres inspirés de la Parole de Dieu, ne doit pas être considéré comme un recueil de belles histoires un peu légendaires. L’apparition de la Vie n’est pas un événement banal et le texte sacré peut être le point de départ de beaucoup de réflexions.

La première phrase que nous lisons reprend une expression du premier chapitre de la Genèse (Au commencement, cf. Gn 1,1), et une autre du deuxième chapitre (Dieu fit la terre et le ciel, cf. Gn 2,4b), pour introduire le récit d’aujourd’hui.

Signalons que, d’après le texte grec, Dieu ne dit pas «Je vais lui faire une aide…», mais Faisons-lui une aide…, de la même façon qu’il avait dit plus haut : Faisons un homme selon notre image (Gn 1:26), une similitude de formule qui met l’importance de la femme à égalité avec celle de l’homme. 

Ce pluriel a aussi suscité des commentaires variés. Les auteurs chrétiens y ont vu une présence du Fils de Dieu ou même de la Sainte Trinité ; on a aussi supposé que Dieu délibérait avec les Anges…

La création de la femme à partir du côté de l’homme a été commentée comme une anticipation du coup de lance reçu par le Christ sur la Croix (cf. Jn 19:34) : l’eau et le sang qui en jaillirent étaient l’expression des sacrements du baptême et de l’eucharistie dont allait vivre l’Eglise naissante, l’Epouse du Christ.

Ces versets de la Genèse ont été repris en Si 36:24, en Mt 19:5 et Mc 10:7-8 - l’évangile du jour -, en 1Co 11:7-12), pour souligner tour à tour le soutien qu’apporte la femme à l’homme et le lien sacré du mariage. On va donc y revenir plus bas.

*       *       *

Quelle joie ont les époux, unis, d’être assis devant une grande table avec leurs enfants tout autour. Ce joli psaume 127 chante la bénédiction que Dieu envoie à ses serviteurs fidèles.

Yahvé envoie sa bénédiction de Sion, parce que c’est la montagne du Temple de Jérusalem, figure de l’Eglise qu’allait fonder le Christ. Durant leur pèlerinage vers la Montagne sainte, les Juifs expriment leur espérance en regardant le Temple, la Maison de Dieu, dont ils s’approchent.

 

*       *       *

Avant d'entrer dans le thème le plus important de ce dimanche, lisons un peu lentement cette belle épître aux Hébreux, tout empreinte d'un profond caractère sacerdotal. Nous souvenant encore du 150e anniversaire de la mort du saint Curé d'Ars, Jean-Marie Vianney, il ne sera pas inutile de nous arrêter sur cette épître.

L'idée centrale de l'épître est l'exaltation du sacerdoce de Jésus-Christ. L'auteur – peu importe qu'il soit saint Paul ou un de ses disciples – y invite les Juifs récemment convertis à adhérer pleinement au message sacerdotal de Jésus, unique et vrai Prêtre de la nouvelle Alliance, sans regretter le sacerdoce de l’Ancien Testament, qui n’était qu’une figure de celui du Nouveau Testament. 

Jésus est prêtre selon l'ordre de Melchisédech, il ne connaît pas de génération humaine, il vient directement de Dieu qui l'a engendré avant même l'aurore (Ps 109).

Dans le court extrait d'aujourd'hui, il est dit que Jésus et les hommes sont de la même race. L'expression est forte et mystérieuse, mais vraie : Adam, le premier homme créé, était fils de Dieu, image et ressemblance de Dieu, homme parfait, comme l'est Jésus, Fils de Dieu par nature, et homme parfait. Par l'incarnation, le Verbe divin est devenu aussi parfaitement homme. La nature divine a en quelque sorte épousé la nature humaine. Ainsi s’explique l’expression abaissé un peu en-dessous des anges. 

De notre côté, en recevant la vie de Dieu par le baptême, nous sommes greffés sur la nature de l'Homme Jésus-Christ, et nous participons de sa divinité.

Jésus, en s'incarnant au milieu de nous, a accepté de vivre au milieu de l'imperfection des hommes. Ce fut pour lui une grande humiliation, une profonde épreuve, de «masquer» sa gloire pour vivre, manger, respirer parmi les pécheurs, les homicides, les prostituées, les mécréants. Voulant conduire tout ce monde vers la Perfection divine, il nous a tous aimés passionément. Il nous a donné tout ce qu'il avait, jusqu'à sa propre vie, en mourant sur la croix. Il a voulu être – et il demeure notre Frère. Avec quelle action de grâce nous devons, nous aussi comme nos ancêtres les Hébreux, remercier Dieu pour ce divin Frère qui est avec nous tous les jours, jusqu'à la fin du siècle (Mt 28:20, principalement dans l’Eucharistie.

*       *       *

 

Il pourra sembler étrange que cette épître sur le Sacerdoce soit lue entre deux autres passages qui traitent du Mariage. Mais il bien évident qu’il n’y a pas de vocations sacerdotales sans le mariage qui les engendre.

Les pharisiens se réfèrent donc ici à une permission donnée par Moïse au sujet du mariage : Moïse, disent-ils, a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation (Dt 24:1). Remarquons bien la réponse de Jésus ; il ne dit pas «ce fut à cause de l'endurcissement de vos ancêtres qu'il a formulé cette loi», mais bien à cause de votre endurcissement » ! En somme, « Vous » qui me parlez, vous êtes endurcis autant que ce peuple d'Israël dans le désert, et vous avez oublié la Loi première de Dieu. Et Jésus leur rappelle les versets de la Genèse que nous lisons dans la première lecture.

Ne l'oublions pas, même si beaucoup nous disent autre chose : Dieu veut que l'homme et la femme, unis dans le mariage, soient fidèles toute leur vie à cette union sacrée. Ce sacrement vient de Dieu : devant Dieu s’unissent les deux êtres qui veulent vivre ensemble, c'est devant Lui qu'ils se promettent fidélité, c'est en Dieu que, selon l'expression de l'Eglise, «ils se donnent le Mariage».

Rien, aucune difficulté, aucune maladie, aucune question, aucune menace, ne peut rompre ce lien, parce que ce lien est sacré, divin. Dans l'Ecriture, quand les prophètes veulent montrer la gravité du péché d'Israël, ils le comparent à une femme répudiée, qui a oublié son Epoux. Seule la mort sépare les époux : le mariage en effet les a unis pour la vie, pour cheminer ensemble, pour s'aider mutuellement, pour engendrer la vie à leur tour et éduquer ensemble leurs enfants ; cette mission ne s'achève qu’à la mort. Certains se remarient, d'autres non, c'est un choix libre, où entrent en question divers problèmes particuliers.

Un si beau Sacrement, si noble et si sacré, est pourtant celui qui a fait et fait encore écrire ou raconter tant de stupidités, tant d'inconvenances même ; c'est que beaucoup n'atteignent pas, par manque de bonne volonté ou par faiblesse, ou par ignorance aussi, la sainteté nécessaire exigée en cet état. On croit souvent que le mariage est une situation «inférieure», une échappatoire où la vie devient plus facile. Le Mariage en Dieu est une école sublime de sainteté, d'une profonde exigence de perfection, où les deux époux sont au coude à coude dans une ascension commune vers le sommet divin.

Devant une si sublime mission, on comprend mieux la gravité de la rupture du lien matrimonial, que ce soit dans l'adultère ou dans le divorce, ou aussi dans la fornication, c'est-à-dire dans l'usage illicite du lien matrimonial quand le mariage n'existe pas encore. Et c'est cela qu'il faut enseigner à nos adolescents, qu'une société sans Dieu pousse à jouir de la vie sans aucun respect pour la Vie, loin de la loi de Dieu.

On ne peut pas à la fois vivre avec ses parents et vivre avec sa compagne ; mais, rappelle Jésus, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront qu'un. Une unité qui s’exprime dans la fidélité, et dans le don de la Vie.

En même temps, il faut que notre jeunesse comprenne qu'il est très important de prononcer devant Dieu et devant l'Eglise ce Oui solennel qui les liera pour la vie. Ils ont parfois peur de cet engagement, mais ce sera justement là leur force pour les aider à dépasser les moments difficiles, qui ne manqueront pas.

L'épisode qui suit, avec les petits enfants, n'est pas étranger à l'enseignement sur l'indissolubilité du mariage. En effet, de celui-ci découle la génération de la vie, dont il est si souvent question dans des problématiques de bioéthique. L'enfant doit être accueilli comme un don de Dieu, non comme un objet du caprice humain. 

Jésus a des paroles très fondamentales vis-à-vis des enfants. Dimanche dernier, on l'entendait menacer gravement celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits. Aujourd'hui, Jésus veut que nous accueillions le Royaume de Dieu à la manière d'un enfant, c'est-à-dire avec la même disponibilité que montre un enfant qui écoute un enseignement, une belle histoire, pour la première fois, confiant que celui qui lui parle ne va pas lui raconter de mensonges. Pour l'enfant, ce qu'il entend est vrai, «puisqu'on le lui a dit», et il faut l'appliquer immédiatement. Certes, cette docilité a besoin de s'armer de prudence, une vertu qui s'acquiert avec l'expérience. Mais les enfants de Dieu que nous sommes, doivent montrer cette disponibilité entière à recevoir le Royaume de Dieu avec la plus grande disponibilité.

*       *       *

Recevoir le Royaume de Dieu, c’est le sens du troisième Mystère Lumineux du rosaire. Nous y demandons la grâce de la conversion du cœur. Une conversion tellement difficile, parfois si exigeante, mais nécessaire aussi !

La tâche peut nous sembler dépasser nos forces, mais Dieu donne toujours sa grâce quand on la lui demande.

N’avons-nous pas entendu un peu distraitement la Prière du jour ? Le prêtre y demande pour nous à Dieu de nous donner plus que nous n’osons demander, et bien au-delà de (nos) mérites et de (nos) désirs.

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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 23:00

26e dimanche per annum - B

 

L’illustre exégète que fut Origène (3e siècle) dit des choses fort intéressantes à propos des soixante-dix anciens choisis dans le désert.

Contre ceux qui prétendaient que Dieu avait retiré à Moïse quelque chose de son esprit prophétique pour le donner aux anciens, Origène dit que Moïse et l’Esprit qui est en lui sont comme une lampe très brillante, à laquelle Dieu en a allumé soixante-dix autres ; l’éclat de la première lumière s’est étendu à elles, sans que la source ait été appauvrie par cette communication. Il en est ainsi du soleil qui ne perd pas son éclat en illuminant la terre.

Dans son Homélie sur les Nombres, le même Origène écrit que, dans l’Ecriture, l’Esprit de Dieu ne repose pas sur n’importe quel homme, mais seulement sur les saints ; il n’habite pas chez les pécheurs, car l’Esprit Saint ne peut cohabiter avec l’Esprit de mal. Pour lui, donc, quand l’Ecriture affirme que cela ne dura pas, c’est pour souligner combien ces anciens étaient emplis des vertus de pureté, de sincérité et d’intelligence spirituelle, tandis que la grande majorité du peuple avait péché, osant se plaindre de cette si précieuse Manne céleste qu’ils récoltaient chaque matin.

Mais Origène n’explique pas vraiment pourquoi ces anciens ne prophétisèrent qu’un instant. Un autre exégète, Théodoret (5e siècle) , propose cette explication : s’ils prophétisèrent aussitôt, c’est seulement pour montrer au peuple qu’ils jouissaient du don de Dieu ; s’ils ne prophétisèrent plus, c’est que Dieu les désigna non en vue de la prophétie, mais en vue de l’économie, à ce moment-là précisément, pour annoncer le miracle des cailles qui allait se produire.

En effet, l’épisode d’aujourd’hui se situe juste après l’annonce que Dieu fait à Moïse qu’il va envoyer au peuple d’Israël de la viande à manger, et juste avant l’arrivée providentielle des cailles.

L’Ecriture ne dit pas pourquoi Eldad et Medad restèrent dans le camp.  Elle ne dit pas non plus qu’ils firent mal ou qu’ils firent bien. Le fait est qu’ils avaient été parmi les soixante-dix anciens choisis et donc qu’ils reçurent aussi l’Esprit. Selon un ancien rabbin, ils restèrent dans le camp par modestie et furent récompensés en recevant l’Esprit directement de Dieu, et non de Moïse comme les autres.

La réaction de Josué, ne doit pas se comprendre comme une marque de jalousie, malgré la réponse de Moïse, mais seulement d’une disposition à accomplir la volonté de Dieu. Moïse non plus ne regrette pas le choix d’Eldad et de Medad : bien au contraire, il souhaite que tout le peuple puisse prophétiser ainsi, par sa sainteté.

 

*       *       *

Le psaume 18 exalte la volonté et le choix de Dieu. De Lui vient le Soleil de Justice, le Christ, et c’est pouquoi ce psaume est chanté à Noël.

Ici, nous en méditons les versets 6, 8, 10, 12,14. Le serviteur fidèle a besoin d’être entièrement lavé de l’orgueil qui nous guette chaque jour, et de rester pur comme un petit enfant, sans ambition.

 

*       *       *

La lettre de l’apôtre Jacques est d’une clarté, mais surtout d’une sévérité totale envers les riches. Non pas les riches qui ont plus que les pauvres, car cela est l’héritage de la nature et des dons divers que chacun reçoit, mais des riches qui accumulent les richesses pour le plaisir d’en jouir ; qui sont injustes envers les domestiques.

A-t-on jamais vu rouiller de l’or ou de l’argent ? Eh bien, si cet or ou cet argent sont injustement accumulés, ils “rouilleront”, dit Jacques, ils ne serviront à rien. 

Salaires non payés… bombance… et les justes condamnés et tués… On pourrait dire que le vingt-et-unième siècle n’est pas différent du premier siècle, mais on dira surtout que la promesse de Dieu vaut autant pour nous aujourd’hui que pour les hommes de l’époque de saint Jacques.

 

*       *       *

 

L’extrait de l’évangile d’aujourd’hui fait immédiatement suite à celui de dimanche dernier et il faut bien le remarquer : Jésus y introduisait un petit enfant au milieu des Douze Apôtres. Le plus grand, c’est celui qui est un petit enfant. Ce chapitre 9 de Marc parle beaucoup des enfants.

Jésus y guérit un enfant possédé ; puis rappelle aux Apôtres la vraie grandeur de l’enfant, et condamne vigoureusement celui qui “scandaliserait un de ces petits”. 

Nous allons voir que le texte d’aujourd’hui concerne aussi la sainte enfance qui plaît à Dieu.

Personne ne peut faire un miracle en mon nom et aussitôt après parler contre moi, dit Jésus : c’est qu’en effet l’enfant ne connaît pas cette duplicité de pensée et de langage.

Vient ensuite le fameux passage où Jésus semble nous demander l’impossible : Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la -  si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le - si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le.

Au lieu d’écarter cet enseignement parce qu’il nous semble trop mystérieux, cherchons à l’approfondir. N’oublions jamais que toute écriture inspirée de Dieu est utile pour enseigner (2Tim 3:16).

La main de l’homme symbolise toute son activité ; le pied de l’homme symbolise les lieux qu’il fréquente ; l’œil de l’homme symbolise tout ce qu’il voit, bien sûr. Il est clair pour chacun que dans notre activité, dans nos fréquentations, dans nos regards, tout n’est pas bon et innocent comme l’est le regard ou la volonté d’un enfant innocent. Bien sûr, nous avons mille justifications, mais intérieurement nous sentons bien que nous ne sommes plus des “petits enfants”.

Qui de nous n’a jamais entendu un enfant repousser avec force une vilaine image ou un vilain camarade en disant “C’est pas bien, ça !” ?

Comment alors se couper une main, un pied, ou s’arracher un œil ?

Ceux qui veulent suivre Jésus intégralement, doivent faire un choix radical, et renoncer franchement à telle mauvaise habitude, à tel mauvais penchant, à telle mauvaise idée, à telle mauvaise convoitise… Renoncer à certaines activités non conformes à l’évangile, c’est en effet accepter de “couper sa main” ; renoncer à certaines fréquentations, certains lieux, c’est vraiment “couper son pied” ; savoir surveiller son regard et renoncer à certaines convoitises, c’est “arracher son œil”.

Ces “amputations” sont parfois difficiles, oui. Elles coûtent même terriblement parfois. 

Si nous remettons à plus tard cette amputation spirituelle, Dieu ne nous rejettera pas pour autant, et restera patient jusqu’à notre conversion plus profonde ; mais nous connaîtrons une joie bien plus grande en acceptant de nous priver radicalement de certains plaisirs pour rester de vrais enfants de Dieu.

 

*       *       *

La prière du jour fait allusion à cette patience inlassable de Dieu. Avec sa grâce, efforçons-nous de nous hâter vers les biens que Dieu promet, les biens authentiques, qui ne rouillent jamais. 

Disons de tout notre cœur cette Prière du jour.

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11 septembre 2021 6 11 /09 /septembre /2021 23:00

25e dimanche per annum - B

 

Le texte de la première lecture, tirée du livre de la Sagesse, annonce clairement quelle fut la conduite des prêtres juifs devant l’enseignement de Jésus. 

Un de leurs reproches était d’abandonner nos traditions. Or l’Evangile - la Bonne Parole du Christ, n’a jamais aboli un seul iota (Mt 5:18) de la Loi de Moïse : Jésus a porté cette Loi à sa perfection, dans l’Amour, dans le don de soi. 

Ainsi dans le Discours sur la Montagne, Il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point… Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal, etc (Mt 5:21sq).

Les grands-prêtres ont raillé le Christ en croix avec les termes mêmes que nous lisons aujourd’hui (Mt 27:42-43). Eux qui connaissaient si bien l’Ecriture, n’avaient pas honte de l’accomplir en insultant Jésus.

 

*       *       *

Le psaume 53, dit l’Ecriture, a été composé par David, harmonisé par le maître de chant pour les instruments à cordes. Il fut inspiré après l’épisode raconté en 1S 24, quand David épargna la vie de Saül ; ce dernier, poursuivant David avec ses hommes, vint s’abriter dans une grotte, sans remarquer que David y était déjà au fond. David eut la magnanimité de laisser partir Saül et de l’interpeller de loin, pour ne pas porter la main sur l’Oint du Seigneur. Saül, au moins ce jour-là, lui en sut gré.

David exprime des sentiments qui pourraient bien convenir aussi à Jésus-Christ durant sa vie et particulièrement durant sa passion. 

Notre texte parle d’étrangers, ce qui est une variante ; la Bible dit : des orgueilleux, un terme qui pourrait très bien désigner les accusateurs du Christ.

Dans la bouche de David, les deux versets qui ne sont pas lus ici, peuvent trouver une explication. David dit en effet : Que retombe le mal sur mes tyrans, Yahvé, par ta vérité détruis-les ! - Mes ennemis me sont donnés en spectacle. David, qui ne connaît pas encore l’enseignement du Christ, et bien qu’il ait fait preuve de magnanimité envers Saül, a tout de même des mots de vengeance et de mépris envers ses ennemis. 

Mais il demeure profondément humble devant Dieu et Le remercie de l’avoir protégé, attribuant à Dieu sa victoire, la victoire du Juste sur l’injuste : Je rendrai grâce à ton nom !

 

*       *       *

Il faudrait envoyer le texte de s.Jacques à nos diplomates et chefs d’états : D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? 

Mais il serait très hypocrite pour nous de ne penser qu’aux dirigeants, comme si chacun de nous n’avait jamais de sentiments de jalousie, de rivalité, de convoitise. 

Jacques insiste même : Vous n’obtenez rien parce que vous ne priez pas.

Cette réflexion est faite pour ceux qui prétendent que «la prière ne sert pas à grand-chose» : c’est que précisément ils n’essaient pas même de prier Dieu quelques instants.

Le saint Curé d’Ars (Jean-Marie Vianney), parlant de ses “folies de jeunesse”, confiait un jour à un Confrère : Lorsque j’étais seul, pouvant me livrer à mon aise à mon attrait, il m’arrivait de ne pas manger pendant des journées entières. J’obtenais alors du bon Dieu tout ce que je voulais pour moi comme pour les autres.

 

*       *       *

L’évangile va maintenant compléter la première lecture et le psaume.

Dans l’évangile de dimanche dernier (Ma 8:31) Jésus-Christ a déjà fait part à ses Apôtres de sa prochaine passion et a sévèrement “remis en place” Pierre, qui s’en scandalisait. 

Aujourd’hui, nous lisons une deuxième annonce de cette douloureuse passion. Le temps est passé et Jésus parle au présent : le Fils de l’homme EST livré aux mains des hommes. La trahison est en route. Jésus marche vers la mort.

Les Apôtres ont peur de l’interroger, sans doute parce qu’ils se souviennent du vif reproche que Jésus a fait à Pierre la première fois ! 

Comme nous autres bien souvent, les Apôtres sont trop aveuglés par leurs concepts humains ; ils pensent que le messianisme de Jésus va triompher d’une façon sociale, politique ; ils attendent Que retombe le mal sur les tyrans, les Romains, oubliant les prophéties qui annoncent les souffrances du Serviteur de Yahvé.

Dans la suite de l’évangile, Jésus va leur parler du Serviteur, car les Apôtres avaient eu une conversation dont ils n’étaient pas très fiers, au point qu’ils n’osaient pas en parler à Jésus. Qui est le plus grand ? Plus tard, après l’Ascension, l’apôtre Jacques écrira son épître, et les propos que nous avons lus plus haut : D’où viennent les guerres ? - De la jalousie ! Mais pour l’instant, les Apôtres ont besoin d’élever leur jugement.

Jésus n’était pas sourd ! Et surtout il savait lire dans les cœurs et connaissait bien ce que s’étaient dit entre eux les Apôtres. Jésus, qui est Dieu, va leur rappeler que c’est bien Lui, le plus grand, mais pas (seulement) parce qu’il est Dieu : surtout parce que, en tant qu’homme, il se mettra à la dernière place, il servira, il s’abaissera sous les crachats et les moqueries. Voilà le Plus Grand.

Se faire petit, et accueillir un enfant simplement, pour l’amour du Christ, sans le regarder de haut, sans s’estimer plus grand que lui, voilà l’enseignement divin que nous rappelle le Christ ; soigner un malade pour l’amour du Christ, sans se croire supérieur parce qu’on le soulage, mais parce que c’est un frère et qu’en lui on soulage le Christ souffrant. 

On pourra objecter que les enfants ont de ces caprices, qui les rendent très agressifs et même méchants. Mais Jésus ne parle pas de cette enfance-là ; les enfants que Jésus aime sont tous ceux qui, même à l’âge adulte, savent être bons amis, sincères, généreux, sans malice dans le cœur, droits dans leurs intentions, qui ne cherchent pas querelle ni vengeance, ceux dont Il parle dans les Béatitudes (Mt 5:3-11). 

 

*       *       *

 

Cette générosité totale, c’est l’amour de Dieu et l’amour du prochain, comme l’exprime bien la Prière du jour : Tu as voulu que toute la loi consiste à t’aimer et à aimer son prochain, qui d’ailleurs reprend le passage bien connu de l’évangile où un scribe demande à Jésus quel est le plus grand commandement (Ma 12:28-34 ; épisode similaire en Mt 22:36-40).

La loi de l’Amour ! Rien n’est plus constructif que d’aimer, de pardonner, de conserver le sourire, d’accepter toute contrariété avec douceur et grandeur d’âme. 

C’est ainsi qu’on apaisera les conflits. Tel fut Jésus, le Serviteur.

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4 septembre 2021 6 04 /09 /septembre /2021 23:00

24e dimanche per annum - B

 

 

Dans le livre du prophète Isaïe, il y a quatre Chants du Serviteur de Yahwé, aux chapitres 42, 49, 50 et 52-53, dans lesquels Isaïe aperçoit avec huit siècles d’avance la mission, les souffrances du Messie. La première lecture d’aujourd’hui reprend le troisième de ces Chants.

A chaque verset d’Isaïe on peut faire correspondre un verset de l’Evangile : 

Le Seigneur m’a ouvert l’oreille : Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé (Jn 6:38) ;

Je ne me suis pas révolté : S’il est possible que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux (Mt 26:39) ;

Je ne me suis pas dérobé : Si c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là partir (Jn 18:8) ;

J’ai présenté mon dos : Pilate ordonna de prendre Jésus et de le flageller (Jn 19:1) ;

Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats : …ils le giflaient (Jn 19:3b) ; crachant sur lui… (Mt 27:30) ;

Dans la prophétie, le Seigneur Dieu vient à mon secours, tandis que dans l’Evangile, les Pharisiens raillent le Christ : Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant (Mt 27:43) et Jésus lui-même meurt en appelant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27:46 ; cf. Ps 21:1). N’y voyons pas une opposition. La raillerie des Pharisiens obstinés accomplit un autre verset du même psaume (Ps 21:9), tandis que ce psaume 21 s’achève par un véritable cri de victoire, où la Victime chante la victoire de Dieu : Le règne appartient au Seigneur, et c’est lui qui dominera les nations. Lui seul, l’adoreront tous ceux qui dorment dans la terre (Ps 21:29-30) ;

J’ai rendu mon visage dur comme pierre : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l’Enfer ne tiendront pas contre elle (Mt 16:18).

Qui donc me condamnera ? : Qui condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité… (Ro 8:34).

*       *       *

 

A ces versets répond le psaume 114, qui évoque à son tour la passion, mais aussi la résurrection sur la terre des vivants ; à celui qui s’est fait petit et faible, Dieu montre sa justice et sa pitié, sa tendresse, son salut, en un mot : la Vie.

Ce psaume 114 est une longue action de grâces. On lui adjoint dans certaines versions le psaume 115, qui le complète heureusement et logiquement. C’est dans ce double psaume qu’on trouve aussi le verset sacerdotal : J’élèverai la coupe du salut et cet autre aussi, souvent mal compris : Elle est précieuse, aux yeux du Seigneur, la mort de ses Saints, qui ouvre une perspective directe sur la résurrection des justes, selon cette autre promesse du Sauveur : Celui qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle (Jn 12:25).

 

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Mais ne faut-il penser qu’à la mort durant notre vie ? N’y a-t-il pas quelque chose d’autre ou de plus à envisager ?

Justement, la lettre de Jacques nous dit comment.

Avoir (vraiment) la Foi ne peut être seulement une démarche intellectuelle, qui ne conduise pas à des témoignages concrets de cette Foi. Ma Foi doit me relier vraiment à Dieu, à l’Eglise ; elle doit me conduire vers le Prêtre, vers le Prochain, vers la Communauté : suivant ce que Dieu attend de moi, je trouverai l’occasion de témoigner de la Vérité par ma parole, mon exemple, mes démarches, mes choix, qui témoigneront de mon attachement au Christ.

Avoir la Foi comporte d’une part que nous donnions à Dieu du temps pour prier, pour approfondir notre connaissance de la Vérité. ; d’autre part aussi, à l’école du Christ, que nous devenions doux et patients avec les autres ; humbles et respectueux ; honnêtes et généreux ; que nous sachions prendre sur notre temps libre pour aider, pour soigner, pour consoler.

Il y aurait une grave erreur à s’enfermer dans une sorte de tour d’ivoire pour se livrer à de pieuses méditations, sans penser à ceux qui ont sans doute besoin de nous ; il y en aurait une autre à délaisser totalement la prière pour ne s’occuper que d’activités “caritatives”. Pour donner, il faut avoir ; pour avoir, il faut recevoir de Dieu ce qui est nécessaire pour nous-mêmes et pour en donner aux autres.

C’est ainsi que nous lisons dans les Actes des Apôtres, que les Douze… dirent : Il n’est pas convenable que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables (Ac 6:2). Les Apôtres ne pouvaient plus à la fois prier et enseigner la Bonne Nouvelle, et encore rendre d’autres services ; les diacres qui furent alors institués eurent cette charge, mais ils devaient d’abord aussi être des hommes de prière, même en donnant à celle-ci un peu moins de temps que les Apôtres.

Nombreuses sont les familles religieuses ; toutes ont leur vocation particulière, certaines sont davantage “contemplatives”, d’autre plus “actives”, mais toutes observent une harmonieuse alternance de moments de prière et de méditation avec d’autres moments d’occupations plus pratiques. Nous devons tous harmoniser notre vie quotidienne à cette enseigne.

Au soir de notre vie, dit s. Jean de la Croix, nous serons jugés sur l’amour. Dieu en effet, ne nous demandera pas (seulement) si nous avons gardé la Foi, mais si nous l’avons pratiquée dans l’Amour.

 

*       *       *

 

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Pierre montre que sa Foi est encore trop intellectuelle : il sait proclamer que Jésus est le Messie, mais il ne comprend pas encore que la mission du Messie comporte le don de soi jusqu’à la mort. 

Il pense vraisemblablement que croire aux miracles du Christ est facile et suffit pour Le suivre. Pourtant, il connaît l’Ecriture, il connaît le «Chant du Serviteur». 

C’est pour le “réveiller” que Jésus ne mâche pas ses mots : “Satan !”, dit-il à Pierre. Et de lui (et nous) rappeler que suivre Jésus comporte la Croix, inévitablement. Non pas forcément la Croix pour mourir en croix comme Jésus ou Pierre, mais la Croix comme épreuve, comme souffrance, acceptée avec générosité quand Dieu nous la propose.

Il n’est pas nécessaire de nous imposer des croix : elles arrivent d’elles-mêmes. Prenons l’habitude de ne pas nous en plaindre. Le Chrétien ne se plaint pas.

 

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Voilà pourquoi la Prière du jour nous fait demander à Dieu de nous aider à Le servir avec un cœur sans partage

C’est là la pleine imitation de Jésus-Christ.

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 23:00

23e dimanche per annum - B

 

Huit siècles avant Jésus-Christ, Isaïe annonçait que Dieu viendrait lui-même apporter un changement profond en Israël. 

L’expression lui-même a son importance : le Messie est un être divin, Jésus sera bien Dieu incarné. Le texte est clair sur la divinité de Jésus-Christ.

Cette divinité se manifestera par des miracles, par la guérison des aveugles, des sourds, des muets, des boîteux… 

Outre les guérisons physiques, on peut très bien comprendre que ces guérisons seront spirituelles : les hommes verront et entendront la Vérité, ils la proclameront ;  ceux qui hésitent encore entre diverses doctrines, seront raffermis et ne «boîteront» plus.

La vengeance et la revanche de Dieu n’ont ici rien de ces sentiments humains aggressifs : Dieu intervient sur le péché, pour reconduire l’homme à la Vérité, à l’Innocence. 

Ainsi se manifeste la gloire de Dieu : par la conversion de l’homme. Tel est le règne de Dieu dont nous répétons sans cesse dans la prière : Que ton règne vienne !

Les gens connaissaient la prédiction d’Isaïe. Quand Jean-Baptiste fit interroger le Christ : Es-tu celui qui doit venir ?, Jésus lui fit répondre précisément par les mots du prophète Isaïe : Dites à Jean : les aveugles voient, les boîteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent… (Mt 11:3-4). Jean-Baptiste et ses disciples devaient comprendre par là que l’Ecriture était en train de s’accomplir.

 

*       *       *

Le psaume 145 est le premier d’une série de cinq psaumes que les Juifs chantaient le matin. Ils commencent par le verbe louer, ce qui a donné nos laudes matinales.

En reprenant certains termes d’Isaïe, le psalmiste chante le Dieu plein de bonté, qui fait justice, délie les enchaînés, protège l’étranger… Dans sa bonté et sa miséricorde, Dieu veut aider tous les hommes à se transformer.

Dieu s’occupe de tous les hommes, mais aussi de ceux qu’on oublie ou qu’on méprise parce qu’ils sont «petits». Et cela nous introduit directement à la lettre de l’apôtre Jacques. 

 

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A la suite du Christ, nous avons le devoir de tourner notre regard vers tous les hommes, vers les justes et aussi vers les pécheurs, vers les gens aisés mais aussi vers les pauvres.

Aucun de nous ne peut penser qu’il soit «plus» qu’un autre : devant Dieu, il n’y a aucune considération de personnes. Souvenons-nous en : le général est comme un agent de surface, l’avocat est comme un artisan, professeurs et élèves sont sur le même banc…

Si nous prétendons marcher selon l’Evangile, si nous avons accepté de changer notre homme intérieur, nous ne pourrons pas permettre une situation semblable à celle à laquelle fait allusion l’apôtre Jacques.

Les situations sociales les plus difficiles ne sont pas insolvables dès lors que nous y cherchons une solution en harmonie avec l’appel de Dieu. Le plus important, souvent, est de mettre la main à la pâte ; quand l’ouvrage est commencé, les choses s’enchaînent et Dieu nous aide souvent à trouver des pistes auxquelles nous n’avions pas songé au préalable.

Jamais Abraham ou Moïse n’auraient songé à devenir les chefs d’une multitude ; jamais David avec sa petite fronde de berger, n’aurait songé à être roi ; Salomon encore moins. Dieu s’est servi de leur fidélité pour montrer qu’avec Lui, les petits et les faibles peuvent faire de grandes choses. Comme l’écrira saint Paul : Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi (1Co 1:27-28).

 

*       *       *

 

Tous ceux qui connaissent un peu la solitude où se trouvent les mal-entendants pourront éprouver une joie intense en lisant le récit de la guérison du sourd-muet. On reproche souvent aux malentendants de s’isoler des autres, mais c’est leur infirmité, même légère, qui les isole contre leur gré.

Jésus emmène donc cet homme à l’écart, loin de la foule, car la foule est bruyante, agitée, et ne permet pas le recueillement ; mais Jésus dut garder près de lui quelque Apôtre, qui observerait les gestes de Jésus et être plus tard témoin de la scène, sans doute Pierre, de qui Marc aura appris ces détails que ne racontent pas les autres évangélistes.

Jésus fait des gestes très particuliers, qui furent repris pendant longtemps dans la liturgie du baptême chrétien. De ses doigts, il touche les oreilles, comme pour faire passer vers le malade un “courant” mystérieux émanant du Fils de Dieu pour guérir l’homme malade. 

Plus étonnant encore, ce signe de la salive pour toucher la langue de cet homme : certainement, le Verbe incarné veut guérir le verbe humain malade. On pourra rapprocher ce geste de celui que fit Jésus pour guérir l’aveugle (Jn 9:6) : si le Verbe de Dieu a créé toutes choses, ce même Verbe incarné vient re-créer les membres malades de la création pécheresse. Ainsi “touché” par le Verbe, l’homme peut s’ouvrir à la Vérité : Jésus lui dit en effet : Effata ! Ouvre-toi ! Ouvre ton cœur à la Bonne Nouvelle ! Crois, et tu seras sauvé !

On se permettra de noter que ce geste de la salive n’a rien à voir avec un geste sensuel, avec un baiser érotique par exemple. Le geste de Jésus est plein de discrétion, de pureté. L’ancien rite du baptême a maintenant été supprimé parce qu’il n’était malheureusement plus compris de notre époque.

Encore une fois, nous lisons que Jésus recommande la discrétion à l’homme guéri ; on dirait aujourd’hui qu’Il lui demande d’éviter les journalistes et le tapage médiatique, car Jésus travaille dans le fond des cœurs et attend la conversion profonde, pas le bruit du monde.

 

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La Prière du jour,  utilise une belle expression : les enfants d’adoption de Dieu. C’est vrai : en apportant aux hommes sa Vie divine, Jésus Christ fait de nous ses frères et donc les fils d’adoption de Dieu. 

Nous sommes des sourds-muets invités à entendre l’appel de Dieu et à proclamer notre foi au Christ. Si nous recevons pleinement ce Verbe en nous, nous serons de ceux dont saint Jean parle : qui ne sont pas nés du sang ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu (Jn 1:13). 

Dépassant l’humain, nous ferons naître en nous le Christ et dirons avec s.Paul : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2:20).

 

Quelle joie immense que d’être appelés à la vie divine, que d’être unis à la vie du Christ ! Etre fils de Dieu, comme Jésus, c’est se libérer du monde, c’est entrer dès maintenant dans l’éternité !

La prière du jour réunit tous ces mots merveilleux : nous, les enfants d’adoption, Dieu nous aime comme un père ; dans Son fils, le Christ, Il nous donne la vraie liberté et la vie éternelle.

Quelle joie profonde et inaltérable ! Efforçons-nous de la communiquer !

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 23:00

22e dimanche per annum - B

 

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Avec le peuple d’Israël, nous avons promis dimanche dernier de servir le Seigneur. Voici maintenant l’exhortation qu’avait faite Moïse à tout ce peuple (et à nous).

Moïse énonce un principe qu’on retrouvera en d’autres passages de la Bible, et notamment au tout dernier chapitre de l’Apocalypse (Ap 22:18-19) : les scribes et les docteurs devront transmettre la Loi divine sans aucune altération ; ce sera le depositum fidei de l’Eglise, la garantie de son authenticité. Philon d’Alexandrie commente que on n’ajoute que des éléments injustes et on ne retranche que du juste.

Moïse fait aussi une remarque très forte au sujet d’Israël : alors que c’est la plus petite de toutes les nations, elle sera reconnue grande par tous les peuples. Cette grandeur lui vient de la proximité de Dieu, proche de nous chaque fois que nous l’invoquons.

Dieu est beaucoup plus proche de nous que nous le croyons ; nous avons appris au catéchisme que Dieu sait tout, entend tout, même nos pensées intimes ; mais Dieu n’est pas un surveillant omniprésent, c’est surtout un Père qui nous aime et ne veut que notre bien.

 

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Dans le psaume 14, David s’adresse à ce Dieu si proche, et parle même d’entrer sous sa tente, d’habiter sur sa montagne sainte. 

Les conditions pour accéder à ce bonheur ? rien de plus normal qu’agir avec justice, de dire la vérité, de ne pas faire de tort à son frère, de ne pas outrager le prochain… 

Qui prétendra encore que Dieu nous en demande trop ? Certes, comme Jésus, nous traversons des épreuves, mais l’apôtre Paul nous rassure - et sa parole est inspirée : Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter (1Co 10:13).

Quel dieu a cette prévention, sinon notre Père Créateur ?

 

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Saint Jacques va nous inviter maintenant à remercier Dieu pour toutes les grâces que nous en recevons : Les dons les meilleurs viennent d’en-haut ! 

Profitons de la lecture de l’épître de Saint Jacques pour dire quelques mots de cet Apôtre. Comme deux Apôtres ont porté le même nom, on les a distingués par “majeur” et “mineur”, mais on les confond souvent quand même. 

L’auteur de l’épître en question est Jacques “le Mineur”, proche cousin du Seigneur lui-même. Après l’Ascension, il fut le premier évêque à Jérusalem. Son martyre eut lieu en 62 : il fut précipité du haut du Temple de Jérusalem, lapidé et achevé à coups de foulon. Ce n’est donc pas de lui qu’il s’agit à propos de Compostelle.

Son épître, une des plus brèves du Nouveau Testament et en même temps une des moins lues, va attirer notre attention pendant cinq dimanches de suite. L’Eglise n’a retenu dans ces lectures que quelques éléments marquants de l’épître. 

Aujourd’hui, l’Apôtre commence par nous demander de mettre en pratique la Parole de Dieu : Ne vous contentez pas de l’écouter, à la Messe, le dimanche matin. Il a même cette comparaison amusante - non reprise dans la péricope d’aujourd’hui - que celui qui écoute la Parole sans la mettre en pratique, ressemble à un homme qui se regarde dans le miroir : A peine s’est-il observé qu’il part et oublie comment il était.

Pourquoi saint Jacques parle-t-il seulement de venir en aide aux orphelins et aux veuves et de se garder propre au milieu du monde ? Suffit-il de quelques œuvres caritatives pour pratiquer la religion ?

Non, bien sûr, mais pour Jacques, dans cette Eglise naissante de Jérusalem, recevoir les Sacrements, prier au Temple, écouter l’enseignement de l’Eglise, rencontrer la communauté, sont des préambules acquis, que tous reconnaissent. Mais précisément parce qu’ils ne sont pas remis en question, les Chrétiens pouvaient parfois s’en contenter, un peu comme les rites extérieurs des Pharisiens dont il va être question dans l’évangile.

Jésus-Christ attend de nous un engagement fort, tellement vif qu’il ouvre notre cœur au Prochain. 

Des orphelins, il en existait déjà à l’époque de Jésus ! Enfants sans parents, abandonnés, ignorés, laissés dans la rue, victimes de toutes les corruptions, cette plaie n’est pas d’aujourd’hui. Mais il n’y a pas que les orphelins naturels : il y a tous ceux qui ignorent la paternité de Dieu, Père de tous les hommes, soit qu’ils n’en aient jamais entendu parler, soit qu’ils l’aient oublié. Et là, nous rappelle s.Jacques, les chrétiens ont une immense et profonde responsabilité, car dans l’immense famille des descendants d’Abraham, nous sommes tous frères et tous enfants de Dieu.

Les veuves aussi peuvent s’entendre de deux façons. Celles qui ont perdu leur mari prématurément (à la guerre, souvent, et cette plaie aussi n’est pas d’aujourd’hui…) ou par quelque autre épreuve, ont perdu le soutien de leur vie et de leur affection. Les veuves sont beaucoup plus nombreuses que les veufs. Mais les veuves peuvent aussi, dans l’esprit de s.Jacques, être toutes ces âmes privées de tout soutien immédiat, les faibles, qui ne savent à quoi se raccrocher, à qui se référer, à qui s’adresser, qui n’ont plus de repères, comme un émigré qui a perdu famille, maison, travail et santé… Ici aussi le travail apostolique est immense. 

Autrement dit, l’apôtre saint Jacques étale sous nos yeux le champ pratiquement sans limite du travail apostolique qui incombe à tous les Chrétiens. C’est le travail d’évangélisation qui fut celui des premiers Apôtres, qui a continué dans tout l’empire romain, qui s’est étendu dans le monde entier, durant tous les siècles. A toutes les époques Dieu a suscité des figures éminentes de sainteté pour éclairer avec la lumière de la Vérité le monde enténébré. 

Saint Paul n’a pas converti l’empire romain en quelques jours, mais son zèle à laissé une empreinte qui a conduit cet empire à la conversion générale. A sa suite, des milliers d’apôtres, prêtres, religieux, religieuses, catéchistes, ont donné leur vie pour gagner les âmes à Dieu. La christianisation de l’Europe entière depuis le haut Moyen-Age a été le fruit de la présence de ces si nombreux monastères qui ont poussé dans toutes les régions d’Espagne, de France, d’Angleterre, d’Allemagne, en se conformant à la Règle de saint Benoît : Ora et Labora (Prie et Travaille).

 

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Il y a donc bien autre chose à faire qu’à se préoccuper de se laver les mains ou de laver les verres avant de boire, comme le préconisaient les pharisiens.

Ce qu’il faut purifier, c’est notre cœur, rappelle Jésus.

C’est d’abord dans notre cœur que naissent les pensées qui conduisent à tant de vices, et ce sont ces pensées qu’il faut purifier.

Les vices énumérés par Jésus sont des mots que nous n’aimons pas entendre ; mais comme nous ne les aimons pas, nous faisons comme l’autruche devant le danger ; nous ne devons pas les oublier ; le texte grec et les traductions les reportent dans les ordres les plus variés : adultères, fornications, meurtres, vols, avarices, méchancetés, fraude, impudicités, envie, calomnie, orgueil, folie. 

La plupart peuvent se ramener aux Commandements de Dieu ou à la simple morale naturelle écrite dans le cœur de l’homme. 

On notera les pluriels, montrant que nos pensées sont malheureusement fertiles en déviations : les péchés du cœur précèdent de beaucoup les péchés réellement commis.

Inévitablement, ces pensées et ces défauts nous détournent de Dieu et du Prochain. En avoir conscience nous aidera déjà à combattre les tentations.

 

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Heureusement, nous ne sommes pas continuellement ni entièrement envahis par ces pensées. Nous avons à lutter pour laisser les bonnes pensées nous dominer.

La Prière du jour nous rappelle que tout don parfait vient de Dieu (Jc 1:17) et nous avons besoin de la force divine pour développer ce qui est bon en nous. 

Dans la prière et dans l’Eucharistie, nous trouverons cette force.

Que l’Eucharistie fortifie l’amour en nos cœurs, et nous incite à servir Dieu dans nos frères (Prière finale).

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:00

21e dimanche per annum - B

 

Après les cinq livres du Pentateuque, le Livre de Josué nous raconte comment Josué était entré en Israël avec le peuple israélite et avait reconquis cette Terre promise.

Après les tergiversations répétées durant l’exode dans le désert, après les multiples défections, après les déviations vers les divinités païennes, Josué demande au peuple israélite une solennelle Profession de Foi. Il les “tente” même, leur disant qu’ils ne seront sans doute pas fidèles, mais tous répondent qu’ils seront fidèles à leurs engagements. C’est alors que Josué peut mourir en paix, ayant accompli sa mission.

Pourtant, le peuple choisi ne tarda pas à retomber dans l’erreur. De même que chacun de nous retombe souvent.

Dieu connaît ces chutes répétées que nous faisons chaque jour. Ce ne sont pas ces chutes qui comptent devant Dieu, mais c’est l’amour avec lequel nous nous relevons.

Jésus-Christ l’a redit à diverses âmes d’élection : Ce ne sont pas nos fautes qui l’attristent, seulement, mais c’est surtout que nous tardons à nous relever, à demander pardon, à implorer Sa grâce.

Dans toutes les familles, dans toutes les congrégations, dans toutes les associations, arrivent des tentations de toutes sortes, des tensions ; c’est inévitable, car le Démon est toujours en action pour diviser ce qui est uni, pour briser les amitiés, pour nous dresser les uns contre les autres. 

Renouveler nos engagements nous aide à réaffirmer notre volonté, à nous rendre plus forts devant la tentation.

*       *       *

Il est bon de lire et de méditer les quelques versets du psaume 33 en comprenant bien ce que signifie ici juste et méchant.

Dans l’Ecriture, est juste celui qui est fidèle à Dieu, malgré ses fautes. Un verset des Proverbes le dit bien clairement : Le juste tombe sept fois, mais se relève (Pr 24:16). La sainteté n’est pas dans le fait de ne commettre aucun péché, ce serait impossible pour l’homme ; mais la sainteté consiste à marcher vers la perfection divine avec persévérance, malgré nos péchés.

Inversement, le méchant n’est pas celui qui pèche, car tout être est pécheur. Est méchant au sens biblique, celui qui ne veut pas se relever, qui désespère du pardon de Dieu, qui refuse de reprendre la route qui mène à la Lumière et à la Vie. Qui s’obstine ainsi dans le mal ne pourra pas connaître la «Terre promise», le Ciel. C’est pourquoi le psaume 33 dit que le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire.

Le juste, lui, connaîtra sans doute des épreuves (malheur sur malheur, dit le psaume), dont Dieu chaque fois le délivre. Le verset suivant est celui-là même que cite l’évangéliste Jean en parlant du coup de lance : Ils ne lui brisèrent pas les jambes… pour que s’accomplît l’Ecriture : On ne lui brisera pas un os (Jn 19:33,36).

L’avant-dernier verset est véritablement effrayant : Le mal tuera les méchants, laissant à penser que les méchants ne connaîtront pas la Vie, le Pardon. On pourra penser qu’il s’agit là de la peine éternelle de l’Enfer (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, Abrégé, nn.212-213).

L’ultime verset au contraire est plein de paix : Pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge. Le texte latin précise mieux : …pour ceux qui espèrent en lui. 

L’âme du juste en effet ne perd jamais confiance en Dieu.

 

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Dans l’épître, l’Apôtre Paul va nous aider à consolider l’amitié fidèle : comment faire pour demeurer dans la fidélité et l’harmonie ? pour rester fidèle à une promesse ? à Dieu ?

Il est bon de noter que Paul parle d’abord d’être soumis les uns aux autres, sans distinction de sexes, rappelant par là que la règle d’or de la vraie paix est que chacun respecte humblement les autres, sans chercher à imposer sa personne, sa volonté, sa voix, ses préférences. C’est là une loi de discrétion.

Même lorsque, selon l’expression de Paul, la femme doit être soumise à son mari, l’apôtre précise bien - ce qu’on oublie presque toujours - qu’elle doit l’être comme au Seigneur Jésus, comme l’Eglise se soumet au Christ. Cettee soumission n’a rien d’un esclavage, mais est vécue simplement dans le plein respect de Celui qui a fondé l’Eglise. Jésus veut être aimé, et ne demande que l’Amour. L’esclavage est une soumission sans amour.

Et comme il n’y a pas d’amour sans réciprocité, Paul rappelle ensuite aux hommes qu’ils doivent aimer leur épouse à l’exemple du Christ, qui s’est livré pour son épouse, l’Eglise.

Sur le conseil de saint Paul, les époux auront donc à cœur de regarder le Christ qui se livre - dit-il - pour l’Eglise, pour chacun de nous : il supporte patiemment, il ne répond pas durement, il n’accuse pas, il est patient. A la mesure de cet effort, toutes les épouses auront une véritable joie de se soumettre à eux comme au Seigneur Jésus.

Jésus lui-même se soumet à l’Eglise, à Sa propre Epouse, quand Il dit à Pierre : Ce que tu auras lié sur terre, sera lié aussi aux cieux ; et ce que tu auras délié sur terre, sera aussi délié dans les cieux (Mt 16:19). Quand le prêtre dit Je te baptise, c’est le Christ qui baptise ; quand le prêtre dit Je vous remets tous vos péchés, c’est le Christ qui remet les péchés ; quand le prêtre dit Ceci est mon corps, c’est le Christ qui nous donne Son Corps, le Pain Eucharistique, dont il va être question dans l’évangile.

Jésus est entièrement soumis à l’Eglise, parce qu’Il l’aime et ne fait qu’Un avec elle ; qui aime vraiment, respecte tellement l’Autre, qu’il s’y soumet amoureusement, et l’Autre répond à son tour avec le même respect ;  aucune humiliation ici, aucune injustice, aucune blessure, aucune souffrance ; au contraire, dans l’esprit de cette sainte soumission, l’harmonie devient sans cesse plus parfaite ; l’amour se dilate et s’épanouit.

Pour écouter le Christ, il faut écouter l’Eglise. Quand on respecte l’Eglise et qu’on accomplit fidèlement ce qu’elle nous demande, on est sûr d’être avec le Christ. C’est pourquoi le Christ affirme : La Vérité vous rendra libres (Jn 8:32).

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Aujourd’hui s’achève le “Discours du Pain de Vie” que nous a relaté l’évangéliste Jean depuis plusieurs dimanches. 

Apparemment, l’enseignement de Jésus n’a pas emporté l’adhésion massive des Juifs, tant s’en faut. On se scandalise de devoir manger la Chair et boire le Sang de ce Jésus qui parle, sans chercher à mieux comprendre ce qu’Il veut dire ; pourtant Jésus a bien dit que le Pain qu’il donnera sera Sa chair (Jn 6:51). 

Si nous y faisons un peu attention, il nous apparaîtra on ne peut plus clairement que Jésus parle bien de Pain, et non de viande crue, et que ce Pain sera Sa chair, donc qu’il se passera quelque chose d’extraordinaire à ce moment-là pour que du pain soit en même temps chair. 

Pas un instant Jésus ne demande qu’on vienne lui mordre les bras ou les jambes ; simplement, cette nourriture eucharistique est une Réalité tellement nouvelle, tellement inattendue, qu’Il doit peu à peu l’expliquer à son entourage, à ses auditeurs, pour qu’au moment voulu, tous reconnaissent Ce qui leur fut expliqué et annoncé un ou deux ans auparavant. 

Il n’empêche que beaucoup s’en allèrent parmi les disciples ; ici il ne s’agit pas encore de Judas, même si l’évangéliste dit explicitement que Jésus savait depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait, car juste après Jésus questionne les Douze, comme pour tendre la perche à celui qui le trahirait. Et c’est là que Pierre exprime sa conviction si heureuse : Vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la Vie éternelle.

L’enthousiasme de Pierre ce jour-là ne l’empêchera pas, plus tard, d’avoir ses moments moins heureux. Pierre est un homme, avec ses hauts et ses bas, comme chacun d’entre nous. Dieu connaît nos hésitations, nos épreuves et reste patient et miséricordieux. Autre chose est notre ferme volonté, autre chose nos faiblesses quotidiennes.

Une des façons par laquelle nous pouvons chasser les tentations ou les doutes, c’est de répéter avec quelque solennité nos engagements profonds, notre foi, notre promesse, comme par exemple quand nous proclamons le Je crois en Dieu à la Messe. Certaines âmes saintes et mystiques, craignant d’être victimes d’illusions mauvaises, renouvelaient leurs vœux de religion : si c’était le diable qui les tentait, il disparaissait aussitôt !

Dans tout moment d’épreuve, renouveler nos engagements, dans l’intimité ou à haute voix, nous donnera immanquablement la force de rester fidèles.

La prière aussi, pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies (Prière du jour).

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